LISTE DES CRITIQUES PUBLIEES

SUR CETTE PAGE

Année 2011

 

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LA DELICATESSE:

Une dramédie

 

 

Les Frères Foenkinos, David l’auteur et Stéphane le directeur de casting ont réalisé leur premier long métrage, La Délicatesse avec Audrey Tautou, François Damiens et Bruno Todeschini dans les rôles titres, un film qui n’est ni une comédie, ni un drame, peut-être une dramédie selon Stéphane, un film ni drôle, ni triste, un film driste toujours d’après Stéphane. Il est vrai que l’héroïne passe par tellement d’états différents qu’on a bien de la peine à ranger ce long métrage dans une case existante. Il fallait donc en créer une nouvelle. Ils l’ont fait et avec talent. Il faut dire que La Délicatesse s’appuie sur un roman à succès de David particulièrement bien écrit et savoureux. Adapté mais pas transposé au cinéma, ils ont su conserver la moelle de ce récit qui raconte comment une jeune femme qui a tout pour être heureuse, un compagnon charmant, beau et attentionné, un complice, une âme sœur avec qui elle peut bâtir une vie gaie et joyeuse, comment donc cette jeune femme trop gâté par le destin va sombrer dans une profonde mélancolie. Ce satané destin va en effet lui jouer un très vilain tour. A peine mariée, que son mari sera fauché par la mort.  

 

 

Comment dès lors remonter la pente, se reconstruire , sortir peu à peu de sa coquille pour s’ouvrir à nouveau au monde? Se réfugier dans le travail suffit-il à mener une vie normale ? En apparence, oui, mais au fond, le cœur brisé de la jeune femme ne se recollera jamais. A moins que, le destin, toujours lui, ne lui fasse de nouveau une farce au goût étrange. Dans un élan incompréhensible, inexplicable, complètement déraisonné, échappant à toute logique, elle roule une pelle dans son bureau à l’un de ses subalternes, un suédois pas franchement un canon de beauté, un homme grand, un peu pataud, à la calvitie naissante qui porte des pull beiges. Ces deux là sont dépareillés, ne s’accordent pas du tout physiquement parlant. Leur entourage leur fera savoir. Mais la vie est ainsi faite. Il ne faut pas chercher d’explication là ou il n’y en a pas. Si ils se sont trouvés, s’apprécient mutuellement, sur la plan intellectuel, sentimentale et même sexuel, alors pourquoi se séparer à cause du quand dira-t-on ? Pourquoi se priveraient-il de vivre leur histoire d’amour, surtout après avoir connu chacun une telle traversée du désert. 

 

 

La Délicatesse, avec un titre pareil, tout est dit. Les frères Foenkinos signent un film délicat qui montre parfaitement la difficulté de rebondir après le décès d’un être cher, et surtout à quel point il est tentant de s’enfermer dans le malheur. Brillamment écrit, on y déverse un flot quasi ininterrompu de très bon mots. Parfaitement dosé, ce film tout en finesse  vous arrachera bien des sourires et peut-être quelques larme, et vous laissera un arrière goût très agréable. La Délicatesse repose aussi sur un casting réussi. C’est quand même le métier de Stéphane depuis plusieurs années. Godard, Ozon, Chabrol, Téchiné, Corsini, Fieschi, Lemercier, Tirard, Malick et Allen lui doivent beaucoup. Il ne pouvait décemment pas se planter à ce niveau et il ne s’est pas gouré. Audrey Tautou est parfaite, capable de jouer sur les deux registres, ceux de la comédie et du drame. A l’aise dans les deux genres, elle est le personnage par excellence, celui que les lectrices ont peut être imaginé en lisant le bouquin. Pareil pour François Damiens! Le comique successeur potentiel de Poelvoorde est ici très touchant. Il montre à quel point il est capable de jouer un être sensible, émouvant, timide, pas un don juan, juste un gars normal, amoureux, qui préfère fuir cette potentielle bien aimée, fuir son regard, donc se faire mal au cou plutôt qu’au cœur. Quant à Bruno Todeschini, le patron amoureux hypnotisé par la belle, il est également parfait. Certes, par rapport au bouquin, son personnage a perdu un peu d’épaisseur mais il faut dire qu’il y avait un film à faire uniquement sur ce type!

 

 

D’un mot encore sur la mise en scène, standard, même si on essaye, on ose. Parfois ça prend avec ces scènes burlesques ou les poissons de l’aquarium d’un resto asiatique dégueulas se mettent à parler, ou quand François Damiens est frappé par Cupidon. C’est le coup de foudre. Immédiatement, il est sur son nuage, se déplace au ralenti et dans la rue, toutes les femmes n’ont d’yeux que pour lui. C’est assez bien vu, plutôt rigolo. Parfois, les tentatives d’originalité frisent la copie ratée comme avec le coup des photos de l’héroïne en vacances à travers le monde qui rappelle trop les clichés des nains de jardin d’Amélie Poulain. Quelques images bien clichées auraient également mérités de rester dans le chutié du banc de montage, le couple d’amoureux qui se balade sur le pont des art, la Tour Eiffel, cette grande illuminée de mille feu qui s’invite dans le champ de la caméra sont malheureusement le lot de bien des films romantiques tournés à Paris. Pas question de chipoter plus que ça d’autant que la musique légère et grave à la fois, simple comme quelques notes qui s’échappent d’un xylophone ou d’une trompette, finira de vous envoûter. Ces partition particulièrement bien inspirées ont été composées spécialement par Emilie Simon, frappée plus ou moins dans sa vie parce qui arrive à l’héroïne du film. La Délicatesse, un très bon film pour terminer l’année en beauté.

 

 

 

 

 

A DANGEROUS METHOD

A History of Psychanalyse!

 

 

Bien sur, vous avez toujours rêvé de donner la fessée à Keira Knightley. Bien sur, vous pouvez continuer à fantasmer encore longtemps, car vous ne vous appeler pas Michael Fassbender. Seul lui est autoriser à fesser l’actrice dans le nouveau film de David Cronenberg A DANGEROUS METHOD. Et encore… Dites vous bien qu’il s’agit là d’une fausse fessée fabriquée puisque l’acteur a juste été autorisé à frapper une boite posée sur l’arrière train de la dame! Il se dit même que la comédienne a bien failli refuser le rôle à cause de cette scène d’humiliation et que Cronenberg dû prendre toutes les précautions nécessaires pour qu’elle accepte. Après quelques vodka sifflées cul sec avant la prise,  elle s’est lancée, non sans avoir menacé avant Michael Fassbender, son partenaire de jeu, de lui faire casser les 2 jambes par son bodyguard au cas ou ses mains déraperaient! Résultat, une fessée de cinéma sans écart, une fessée à voir surtout au cinéma la semaine prochaine dans A DANGEROUS METHOD, un film avec aussi l’exceptionnel Viggo Mortensen et un passage éclair du démoniaque Vincent Cassel. 

 

 

40 ans… Voilà bientôt 40 ans que David Cronenberg songe à porter à l’écran cette rencontre au sommet entre Carl Gustav Jung et Sigmund Freud, arbitrée par Sabrina Spielrein. Ceux qui ont vu RAGE avec Rose incarnée par la sublime Marilyn Chambers et son dard planté sous l’aisselle gauche, sorte de piqûre avec laquelle elle inocule le virus à toute une population se souviennent peut-être de cette scène insignifiante ou l’assistante médicale de la clinique ou est soignée Rose tend ce livre à un médecin : The Life and works of Sigmund Freud by Ernest Jones. On est alors en 1976. L’idée est donc effectivement bien présente dans l’esprit de Cronenberg mais pas encore suffisamment mure. Le créateur de La Mouche, Crash, Chromosome3, Dead Zone, Existenz, plus récemment Spider, Les Promesses de l’Ombre ou A History of Violence sait juste qu’il veut éviter à tout prix de construire un film purement historique et scientifique sur l’affrontement entre 2 figures incontournables de la psychanalyse. L’idée a donc surgit récemment lorsqu’il songea à se rapprocher de Faux Semblant en laissant une place prépondérante à la femme. Faux Semblant, un long métrage qui rejoint A Dangerous Method en ce sens ou il est question de dualité dans les 2 films. Dans Faux Semblant, 2 jumeaux gynéco en parfaite osmose partagent tout, leur clinique, leurs idées, même les femmes jusqu’au jour ou LA femme vient les consulter. Pour la première fois, les 2 hommes sont penser et agir différemment. On peut effectivement faire le parallèle avec A Dangerous Method ou Jung et Freud partagent des théories communes jusqu’à ce que la patiente Sabrina Speilrein, une femme souffrant d’hystérie, vienne provoquer un trouble si grand auprès de Jung qu’il n’aura d’autre choix que de s’éloigner de son mentor Freud, au point même de finir par le détester.

 

 

A Dangerous Mathod débute en fait à Zurich en 1904. Une femme en pleine crise d’hystérie est internée dans l’établissement du docteur Jung, un médecin qui croit en la cure par la parole et cherche aussi à analyser la signification des rêves. Intriguée par cette femme intelligente, en proie à de curieuses  hallucinations et qui avoue être excitée à l’idée d’être humiliée, Jung va faire d’elle son aide. Le jeune docteur a de quoi être perturbé par ce cas à part qui affirme avoir ressenti une réelle excitation dès sa plus tendre enfance lorsque son père la battait après avoir commis une bêtise. Elle confesse même qu’elle commettra bon nombre de conneries pour avoir droit à sa fesser et mouiller son slip, dira-t-elle. Rapidement débordé par ces aveux, Jung entre en contact à Vienne avec Freud pour qui il éprouve un profond respect. Mais sa rencontre avec le débauché Otto Gross, un polygame venu se faire interner à Zurich sur ordre de son père, va là encore perturber Jung. Pour Otto Gross, il ne faut jamais rien réprimer. Tel est sa devise. Il affirme également que toutes les névroses ne sont pas d'origine sexuelle contrairement à ce que pense Freud. Il conseille même à Freud de baiser un peu plus pour ouvrir son esprit si étroit. Jung va écouter Gross, franchir la ligne et succomber au désir qui le submerge en faisant de Sabrina sa maîtresse. Dès lors, Jung et Freud n’auront de cesse de s’affronter, leur conception de la psychanalyse devenant de plus en plus divergentes. Malgré tout, les 2 hommes vont continuer à correspondent et Freud de tenter de faire comprendre à Jung qu’il ne va pas bien. Selon lui, un homme qui crie haut et fort qu'il va bien alors qu'il ne va pas bien est un cas intéressant. La fracture entre les 2 sera définitive.

 

 

A DANDEGROUS METHOD, voilà un film qui possède la couleur d’un Cronenberg, le parfum d’un Cronenberg, le goût d’un Cronenberg mais ce n’est pas un Cronenberg comme les autres! Pour son 19ème long métrage, il n’y avait pourtant rien d’étonnant à ce qu’il s’attaque à un tel sujet, lui qui a toujours été fasciné par la folie, les névroses en tout genre et autres pulsions sexuelles affirmées ou refoulées. Néanmoins, sa forme, affreusement académique, son coté extrêmement bavard et son actrice pas assez lubrique et sensuelle font de cet objet un film déroutant, peut-être même à la réflexion, génialement déroutant. Parce que tout se trame dans la cervelle, Cronenberg n’a pas jugé utile de malmener avec un peu plus de folie sa narration. Même si on l’imaginait accidentée, il n’en est rien. L’action se déroule en parfaite ligne droite, sans heurt.  D’ou vient le géni alors ? Et bien dans le véritable thème qui traverse tout le film: la dualité. Elle est omniprésente. Jung voit en Freud un père potentiel à qui Il voue un amour haine déchirant. Jung déteste les pensées d’Otto Gross mais les suivra à la lettre. Il ne peut tolérer les besoins sexuels de sa patiente mais en fera tout de même sa maîtresse et prendra plaisir à l’humilier. Que voilà une passionnante étude de mœurs à base de transferts, contre-transferts, mais pas fulgure au point! Cronenberg n’est pas Goldorak. Il est juste le cinéaste auteur de A DANGEROUS METHOD, un film que vous adorerez détester ou que vous détesterez adorer dès mercredi prochain en salle. La méthode est effectivement dangereuse et risque fort d’en dérouter plus d’un. 

 

 

 

MISSION IMPOSSIBLE 4

Scénario Fantôme!

 

 

La franchise dont Tom Cruise est propriétaire depuis pas mal de temps tourne à plein régime. Tom Cruise produit, joue également le héros, Ethan Hunt, celui qui est à la solde de la FMI et pas du FMI… On parle bien de la Force Mission Impossible et pas du Fond Monétaire International! DSK n’est pas Ethan Hunt, même si, les deux ont en commun de s’être fait piéger et de vouloir laver leur honneur et déjouer un complot les concernant. Toujours est-il que la mission acceptée par Ethan Hunt n’est pas de résoudre la crise européenne mais de proposer un divertissement explosif pour que les européens et les autres aussi, oublient pendant plus de 2 heure la crise mondiale. Et voilà comment le Top Gun du box office dégaine un parfait pop corn de fin d’année. Pour être plus précis, si Tom Cruise a produit le film, Brad Bird lui, a  signé la réalisation de ce film à 150 millions de dollars! Comment expliquer ce curieux phénomène? Pourquoi Brad Bird, un génie de l’animation, à qui l’on doit LES INDESTRUCTIBLES et autre RATATOUILLE, mais un type inexpérimenté en prise de vue réel, s’est-il débrouillé pour que la Paramount lui confie ce projet Mission Impossible IV! Un truc échappe à toute clarté ! Sans doute est-il scientologue ? Sans doute aussi n’est-il pas regardant sur la qualité même du scénario où on ose nous ressortir une pseudo hypothétique 3ème guerre mondiale nucléaire entre Russe et Américain à cause d’un mégalo indien! On sent l’influence des vieux James Bond moisis et c’est dommage!

 

 

Il y avait peut-être moyen de faire intervenir l’Iran, ou éventuellement de montrer qui dirige les révolutions arabes. A qui tout ça profite?v Mais non, on reste figé sur cette conception archaïque de la géopolitique et de la menace terrifiante d’une 3ème guerre mondiale nucléaire, alors que la 3ème guerre mondiale a débuté depuis un certain temps maintenant! Ben oui, elle est simplement d’ordre économique, donc beaucoup plus vicieuse et mesquine. Les armes de destruction massives s’appellent des agences de notation. Les dettes des états, les emprunt à des taux exorbitant font nettement plus de dégât que n’importe quel missile à tête chercheuse. Et que penser du fric chinois qui se répand partout tel un gaz Sarin inodore mais hautement mortel. Hum ??? Donc, la guerre économique a commencé et elle est encore plus ravageuse parce qu’elle tue des peuples à petit feu… M’est avis que pour un MISSION IMPOSSIBLE 5, faudrait peut-être aller chercher des idées de ce côté là plutôt que de nous resservir une ‘n’ ième opposition Est-Ouest, ou même Nord Sud…  

 

 

Enfin bref, avant de pensez au volume 5, sachez que ce MISSION IMPOSSIBLE 4, sous titré Protocole Fantôme a au moins le mérite d’être plus musclé, plus riche en action et en explosions que le précédent volume 3, ou on se faisait quand même bien chier ! Souvenez-vous de  Hunt qui se débattait pour sauver sa femme d’une mort certaine. Et bien c’était pas la peine de dépenser autant d’énergie car dès le début du 4, on apprend que cette femme est morte et que Hunt l’a vengé en dégommant 6 mecs, allant à l’encontre de sa hiérarchie. Emprisonné pour ce crime, Ethan Hunt se débrouille pour se libérer et faire libérer son co-détenu qui sera bien utile dans la suite de l’histoire, lorsqu’on sera à Dubaï. Entre temps, Hunt va tenter de dérober des codes secrets d’activation d’un missile nucléaire au cœur même du Kremlin… Rien que ça! Doublé par un étrange et mystérieux agent inconnu connu sous le nom de Cobalt, Hunt va le pourchasser pour tenter de le doubler à Dubaï avant de justement coincer le commanditaire indien de toute cette opération de relance de guerre entre russes et ricains. 

 

 

MISSION IMPOSSIBLE 4, PROTOCOLE FANTOME parce que finalement la FMI va devoir agir dans l’ombre. L’organisation est dissoute au moment ou Hunt semble avoir merdouillé. Du coup, lui et son équipe  sont considérés comme des terroristes. Alors, pour éviter Guantanamo, ils doivent réussir leur mission et bien évidemment, éviter que le missile nucléaire n’explose. Que voilà en tout cas un 4ème épisode bien rythmé, bien dosé ou le spectateur n’aura que très peu le temps de soufflé. Le divertissement est dopé aux gadgets sympathiques comme ces lentilles appareil photo, ces gants ventouse électronique en caoutchouc pour monter aux vitres de la plus grande tour de Dubaï. La scène est plutôt impressionnante, surtout quand on sait que Tom Cruise réalise lui-même ses cascades et donc escalade et court sur les baies vitrées de cette tour à 130 mètre d’altitude. A signaler aussi la présence au générique d’un prototype de voiture électrique allemande plutôt pas mal… Bref, si vous avez envie de vous visser le derrière dans un fauteuil en bouffant du pop pendant les vacances de Noêl, MI4, le protocole fantôme remplira parfaitement cette mission ! 

 

 

 

 

 

HOLLYWOO:

Un Florence Debouze show

 

 

Démarrage timide pour cette comédie pas drôle, comme quoi il y a une justesse sur la planète cinéma. N’en croyez pas les chiffres annoncés ça et là. Ramené aux nombres de copies, Hollywoo rameute une vingtaine de spectateur par séance et par salle. On est loin du raz de marée Intouchable. Malgré l’énergie dépensée à promouvoir son premier film en qualité de co-scénariste et tête d’affiche, Florence Foresti peine donc à convaincre le public et ce n’est pas son copain de blague qui partage le générique avec elle, Jamel Debouze qui va décider les plus réticents de faire le déplacement en salle. Même si le réalisateur de RTT, Frédéric Barthe a fait de son mieux pour mettre en boite Hollywoo, ce film co-écrit par Florence Foresti elle-même, Xavier Maingnon et Pascal Serieis est bien trop fainéant pour donner autre chose qu’une comédie aussi peu goutteuse et généreuse qu’un chewing gum dont le gout s’estompe après 10 minutes de machouilli intense. Hollywoo n’est autre qu’un Florence Foresti Show. L’humoriste est de tous les plans, toutes les scènes dans ce long métrage ou on cherche le gag pour le gag. Ce passage en force ne donne rien de bon. Ici, on mise avant tout sur le comique de situation, parfois sur le pantomime, jamais sur les dialogues qui font mouche. Et quand malgré tout un bon mot fini par éclore de ce marasme, il est tellement rare qu’on le répète une seconde fois .

 

 

Pour tout dire, une doublure voix d’une actrice de Sitcom à succès traverse  l’Atlantique pour rencontrer la vedette qu’elle double. Il faut dire que la starlette américaine a plaqué la série après que son camarade de jeu, accessoirement son amant de passage l’a trompé. Plus de série pour la star, plus de boulot pour la doublure française. Et voilà comment, Florence Foresti arrive à LA pour convaincre la vedette de reprendre du service. Rencontrant par hasard un zonar français égaré dans la cité des rêves depuis plusieurs années, ensemble, ils vont échafauder moult plan pour entrer dans l’intimité de l’actrice. Et ça marche. Les deux femmes font amie-amie, mais cette amitié, basée sur un mensonge va forcément voler en éclat quand le poteau rose sera dévoilé. Comme on est à Hollywood dans un film intitulé Hollywoo, attendez-vous forcément à une happy end (ou plutôt une Happy en), avec en prime, une Florence Foresti, qui a défaut de ramener la star à la raison, ramènera l’amour à la maison. 

 

 

Dans Hollywoo, Florence fait du Foresti et Jamel du Debouze, en franglais! Autant dire que l’on s’ennuie ferme devant cette histoire sans surprise ou les  sketchs moyennement bien écrits s’empilent avec de temps à autres, des invités de prestige comme Karl Lagerfield. Hollywwo s’appuie sur des clichés pathétiques : les réceptionnistes américaines sont forcément désagréables, les physionomiste à l’entrée des soirée huppées un peu bête, les B-Boys menaçants sauf quand ils découvrent Diam’s… Wouais elle est Grosse celle là!!!! Et la star de la série télé est aveugle et naïve. Elle a réalisé une sexe-tape que Florence Foresti va s’échiner à retrouver pour gagner définitivement la confiance de sa nouvelle copine. A ce propos, le seul moment ou le film pourrait devenir drôle, c’est quand Florence Foresti est contrainte de se rendre sur le tournage d’un film de boule attifée en pom pom girl prête pour un gang bang.

 

 

Ne vous excitez pas, elle détalera du plateau avant même que le réalisateur ne prononce le fameux : Action! De l’action, il en manque donc sérieusement dans ce film français re-doublé en français! Et cette partie de la post production est tellement foirée, qu’on remarque tout de suite le défaut dès le début, lorsque Muriel Robin, pourtant excellente agent de star dans ce film, doit redire des dialogues qu’elle avait certainement parfaitement prononcé pendant le tournage! Hollywoo regardez plutôt la bande annonce, vous économiserez du temps et de l’argent ! 

 

 

 

 

 

HYSTERIA, OH MY GOD!

Une comédie peu profonde sur l'invention du godemiché 

 

 

A la recherche de l’orgasme perdu, tel aurait pu être le titre de cette savoureuse comédie d’aventure autour du plaisir. Dans le rôle d’Indiana Jones, un vieux médecin, le docteur Dalrymple dit Goldfinger, le doit en or, masse la vulve de ces dames de la bonne société de l’Angleterre victorienne venues le consulter. Dans  cette époques ultra conservatrice, on ne se masturbe pas parce que c’est pêché. Ces femmes en manque de plaisir, appelées les hystériques en sont réduites à se faire tripoter et soulager en cachette chez un médecin spécialisé en ce domaine. Vielles, jeunes, grosses, moches, fines, belles, elles défilent au début du film pour confesser, gênées, face caméra, ce qu’elles recherchent exactement. Pas facile de mettre le doigt, ou plutôt les mots justes sur ce que l’on ressent quand on est en manque d’orgasme. C’est qu’à la fin du 19ème siècle, le sujet est tabou, à tel point qu’on ne moufte pas. Ces femmes souffrent en silence car on ne badine pas avec cette ‘maladie’. Une femme diagnostiquée hystérique a tôt fait de se retrouver sur le billard, les lèvres cousues à tout jamais! On en est encore à penser que la saignée est le meilleur remède à tous les maux, alors songez au calvaire de ces dames, à la peur et à la honte qu’elles pourraient ressentir en étant considérées comme des dépravées aux mœurs légères, des démons à soigner. 

 

 

C’est donc dans ce contexte que le jeune docteur Mortimer Granville, pensant sérieusement que la médecine fait plus de dégât qu’elle n’en répare, démissionne de son hôpital à la suite d’une altercation avec son supérieur. « La médecine est meurtrière, » pense-t-il, « et ce n’est pas un hasard si les morgues sont juxtaposées aux hôpitaux… » Sans emploi, il trouve refuge chez un ami, dandy bourgeois qui s’intéresse de prêt aux nouvelles technologies, comme le téléphone. Certes, le haut débit n’est pas encore d’actualité. Et pour cause! L’électricité à peine inventé, on en est encore à hurler dans une cornette pour essayer de s’entendre, et quand je dis on, seules deux personnes à Londres disposent de cet engin plein d’avenir: l’ami de Mortimer Granville et un avocat. Le jeune docteur, alors en recherche d’emploi, après avoir écumé tous les cabinets, fini par mettre son inexpérience de l’Hystérie au service du vieux toubib Dalrymple. Il faut dire que les affaires vont bon train. Darlymple a besoin d’aide car la salle d’attente ne désemplie jamais. En plus, le vieil homme est père de deux filles plutôt charmantes : une docile fifille à son papa, bien éduquée, discrète, dévouée, bonne à marier et l’autre, une tornade, suffragette gauchiste impétueuse, indépendante au caractère bien trempée qui entend bien faire comprendre aux hommes que la femme est son égal, qu’elle mérite l’accès aux universités et le droit de vote, et que dans la vie, quand on est fortuné, on doit tendre la main aux plus démunis. 

 

 

Et voilà comment, insidieusement, les rouages d’une comédie romantique standard se mettent en place. Le jeune et beau médecin verra son cœur balancer entre les deux donzelles, pendant qu’au cabinet, il devra lutter contre les avances de Molly La Sucette et que, pour soulager une tendinite à force d’exercer son art du massage vaginal, il inventera complètement par hasard avec son ami porté sur les technologies, le premier godemiché électrique. Attention, l’objet n’a rien à voir avec le Polar Cub de 1921 ou le Hitachi Magic de 1970 ou le plus récent Pocket Rocket. On assiste encore aux balbutiement du godemiché. Il faut plutôt imaginer un engin incroyable en forme de sèche cheveux à tête pivotante et qui fait sauter les plombs de la maison lorsqu’il est utilisé à pleine puissance, un appareil effrayant, rebutant, mais délicieusement efficace. Il sera adopté par les hystériques, avant de remporter tous les suffrages auprès des femmes du monde entier et fera la fortune du jeune médecin. 

 

 

Qui de mieux qu’une femme pour imaginer une comédie autour de cet obscure objet du plaisir qu’est le vibromasseur. Tanya Wexler, psychologue de son état signe là son 3ème long métrage, les deux précédents n’ayant jamais traversé l’atlantique. Pour le coup, son 3ème film n’a eut qu’à passer de l’autre côté de la Manche pour arriver dans nos salles puisqu’il a été tourné à Londres. C’est curieux d’ailleurs comme on ressent précisément tout au long de ce film mené par une américaine, cette british touch. Le ton léger, l’humour qui le traverse sont précisément les atouts de cette comédie. Cet humour provient sans doute du contraste entre les mœurs conservatrices, ultra coincées de l’époque et cette découverte considérée au début comme purement médicale. C’est que l’Hystérie a été rayée de la liste des maladie en 1952 en Angleterre, pas avant! Dès qu’une femme était en manque de plaisir, elle était donc atteinte d’une maladie sérieuse! Et c’est sans doute ce que les féministes vont reprocher à Hystéria. Rappelons-leur simplement qu’il s’agit d’une comédie avant toute chose, pas d’un film historique sur l’Angleterre victorienne de 1880. Pour sûr qu’elles vont chipoter, dire ça et là que la réalisatrice passe à coté du sujet. Si ces pauvres femmes sont en recherche de plaisir, cela induit que leur manque, d’un point de vue social, provient de leur piètre condition. La femme qui ne jouit pas est une femme bafouée, abandonnée par son mari à des corvées ménagères. Elle est là pour torcher les gamins, s’occuper de la maison et mettre bas tous les 2 ou 3 ans et puis c’est tout. Nul doute que Tanya Wexler a conscience de tout ça. Mais là n’est pas le propos de Hysteria, qui est avant tout un film sur l’invention du godemiché! Pour un réel décryptage de l’hystérie et une approche nettement plus sérieuse de la chose, patientez donc jusqu’à la sortie au cinéma du nouveau film de David Cronenberg, le formidable A Dangerous Method! En attendant, ne vous privez surtout pas du plaisir de dérider vos zygomatiques devant les facéties des Jonathan Pryce, Ruppert Everett, Hugh Dancy, Félicity Jones et Maggie Gyllenhall. Avec Hysteria, vous allez vibrer de plaisir !

 

 

 

 

 

HUGO

Par le Boss Scorcese! 

 

 

Avant toute chose, ne pédalez pas dans la semoule! Il ne faut pas confondre Hugo Cabret et Hugo Koblet! Aussi surprenant soit-il, Martin Scorcese n’a pas signer un biopic sur le légendaire cycliste suisse mais bel et bien sur une autre légende, du cinéma celle-ci, en l’occurrence Georges Méliès. Avant de refermer la parenthèse, si vous n’avez jamais vu Hugo Koblet, débrouillez-vous pour mettre la main sur le Dvd de cette fiction documentaire extrêmement bien ficelée et passionnante sur ce pédaleur de charme, un doc de Daniel Von Aarburg. Ceci étant souligné, revenons sur le Hugo Cabret de Martin Scorcese, envoûtant film familial de fin d’année qui aurait pu être un excellent Tim Burton. On se demande d’ailleurs pourquoi ce n’est pas lui qui s’est attelé à la tache, tant il y avait tout dans ce projet pour le séduire. Néanmoins co-produit par Johnny Deep, l’ami de Tim, Scorcese prend donc tout le monde de cours en négociant un virage à 180 degrés dans sa filmographie. Exit les histoires mafieuses et violentes. L’Affranchis en a visiblement fini avec ses gangs de New York et autre Taxi Driver. Le voilà qui quitte sa Shutter Island pour débarquer dans une gare Montparnasse en 3D au début du siècle dernier afin de se pencher au chevet d’un cinéaste majeur qui a bien failli passer à la trappe, Georges Méliès. En fait, Hugo est l’adaptation d’un roman de Brian Selznick paru en 2007. il se dit qu’à la lecture, le cinéaste a tout de suite ressenti quelques résonances avec son propre parcours. Lui, enfant solitaire qui a grandi dans le quartier new yorkais de Little Italy a fréquenté très jeune les salles de cinéma. Il a donc tout de suite vu la possibilité de réaliser enfin un film qui raconterait un peu de sa solitude d’enfant et de son amour du 7ème

 

 

Pour tout dire, Hugo débute dans un Paris enneigé. Un gamin, embusqué derrière l’une des innombrables horloges géantes de la gare Montparnasse observe de loin un magasin de jouet. Un vieux monsieur remonte une souris mécanique. Intrigué par l’objet, le môme quitte son poste d’observation et se rend au comptoir ou il tente de dérober le jouet. Mais le vieux a plus de réflexes qu’il n’y paraît et attrape le gredin. En fait, il s’agissait d’un appât pour piéger ce petit voleur qui officie depuis trop longtemps dans cette gare. C’est alors que le vieux monsieur demande à l’enfant de vider ses poches. Il s’exécute et dévoile un carnet de croquis. Choqué, paniqué, effrayé, l’aïeul lui confisque immédiatement le carnet et lui ordonne de disparaître sur le champ! Alerté par tout ce tohu-bohu, le chef de gare boiteux rescapé de la Grande Guerre, accourt avec son chien. 

 

 

S’en suit une course poursuite infernale à travers les dédales de la gare. L’enfant réussi a semer ses poursuivants et se réfugie dans les combles de la gare. C’est ici qu’il habite depuis que son père, horloger passionné d’automates est décédé. Recueilli par son oncle, un poivrot chargé de remonter les horloges de la gare, l’enfant travaille donc secrètement pour lui. Mais avant de mourir, son père n’a pas eut le temps de terminer la réparation d’un automate unique. Le jeune garçon s’est mis martèle en tête pour finir l’œuvre de son papa. C’est pour cela qu’il n’a eut de cesse de dérober des objets, des outils au vieux monsieur de la boutique de jouets mécaniques, afin de trouver ou de fabriquer les pièces manquantes. Son automate terminé, il lui manque encore une clé en forme de cœur pour l’activer. Il la trouvera au cou de Isabella, la fille adoptive du vieux monsieur. Cultivée, solitaire aussi, elle se réfugie dans les livres. Cette rêveuse en quête d’aventure va tout faire pour qu’Hugo récupère son carnet et l’aider à mettre en route son automate. Seulement, au cours de cette aventure, les deux enfants ne vont pas seulement percer le secret de l’automate. Ils vont aussi découvrir celui de ce vieux monsieur que tout le monde appelle: papa Georges !

 

 

HUGO est un film a plusieurs entrées qui éblouira les petits, enchantera les amateurs de 3d et émerveillera les plus cinéphiles des spectateurs. C’est d’ailleurs cette partie qui semble la plus intéressante, lorsque la réelle identité de papa Georges apparaît au grand jour. Scorcese se paye le luxe de reconstituer les studios de production de Georges Méliès. Il nous livre ainsi quelques uns des secrets de fabrication de celui qui fut un magicien réputé avant de découvrir une invention révolutionnaire : le cinématographe. Méliès va réaliser 500 films, des courts métrages oubliés, disparus pour la plus part. Ruiné à cause de la seconde guerre mondiale et du désintérêt du public pour ses films pourtant inventifs, il brûla toutes les bobines et se réfugia dans l’anonymat. Aujourd’hui, moins d’une centaine de films ont été retrouvé, restauré tant bien que mal, le plus célèbre étant le voyage dans la lune. On a tous en mémoire cette image de la lune souriante se prenant une fusée dans l’œil!  

 

 

Dans Hugo, la magie fonctionne donc à plein régime pendant près de 2 heures. Avec son budget pharaonique, 170 millions d’euros, Scorcese s’est offert plusieurs luxes comme celui de tourner son film en 3D, pour le coup une excellente idée. Jamais la technique n’a été aussi bien employée. Il a aussi reconstitué le fabuleux et célèbre accident du train du 22 octobre 1895, celui qui dérailla en gare de Montparnasse et fini sa course dans la rue. La scène a nécessité 4 mois de préparation avec la reconstitution en maquette à l’échelle ¼ du décors et du train, 4 mois de travail pour quelques secondes de film! Voilà le genre d’exploit qui aurait certainement enthousiasmé le roi de l’illusion Méliès. Truffé d’automates sublimes, Hugo est pareil à une mécanique de précision. Le film est aussi à prendre comme une belle métaphore de notre existence sur Terre. Quiconque s’est posé la question de savoir ce qu’il faisait en ce bas monde n’a pas forcément trouvé de réponse. Pour Scorcese, le monde est une machine avec un nombre exact de pièces. On a donc tous une raison d'être car on est tous une pièce unique de ce monde. Dans celui de Hugo, toutes les pièces ont ainsi leur place, et jamais la mécanique bien huilée ne se grippe. Parmi les pièces maîtresses de ce film, on signalera les interprétations formidables de Ben Kingsley alias Georges Méliès, Sacha Baron Cohen le chef de gare, Asa Butterfield l’orphelin Hugo Cabret et Chloé Moretz, la rêveuse intrépide Isabella. Hugo, l’excellente surprise de cette fin d’année.

 

 

 

 

 

 

 

LE TABLEAU

Du grand art 

 

 

Apparemment, le cinéaste peintre dessinateur en a fini avec ces grandes aventures et ces histoires de pirate intrépide façon l’Ile de Blackmore. Jean François Laguionie a préférer mettre son talent au service d’une cause noble, en l’occurrence expliquer aux enfant que de la différence ne doit pas forcément naître la haine. Au contraire, on s’enrichit à mieux connaître et accepter autrui. Il faut faire preuve de tolérance, d’ouverture. C’est comme cela que nous vivrons dans un monde en paix.

 

 

LE TABLEAU, un film sur fond de lutte des classes. Pendant près de 1h30, l’humaniste Jean François Laguionie martèle son message. Pour se faire, il part d’un tableau laissé en plan par le peintre. Sur la toile, dans un château se pavanent les Toupins, autrement dit, les nantis, ceux qui se targuent de faire parti de cette caste de personnage dit supérieur. Ces privilégiés, Les Toupins, tolèrent à peine la présence des Pafinis dans le jardin du château mais méprisent au plus haut point les juste crayonnés. Les Toupins accusent ces malheureux de tous les maux. A cause d’eux, ce tableau, LEUR tableau n’a pas la valeur qu’il devrait avoir. Il ne peut pas être apprécié du monde extérieur. Et voilà comment les Toupins décident, en l’absence du peintre, et comme pour le punir, que leur château n’étant pas extensible à l’infini, ils leur faut chasser les justes crayonné de la toile et interdire l’accès à leur résidence aux Pafinis. Dans ce contexte l’histoire d’amour entre un jeune Toupins et une Pafinis devient délicate, voire impossible. Il y a du Roméo et Juliette dans l’air. Les tourtereaux  doivent se cacher pour vivre heureux. Au bout d’un moment, alors que la pression monte, c’en est trop pour le jeune homme qui part à l’aventure avec un juste crayonné et une Pafinis. Ils traversent la rivière de fleur, celle ou on ne s’aventure jamais. On dit que les fleurs pourraient vous dévorer tout cru. Voilà encore une belle manière de faire comprendre aux plus petits qu’il faut éviter les préjugés ridicules. Ce n’est pas parce que l’on a peur de l’inconnu que l’on doit inventer les pires fadaises pour ne pas l’affronter, et se rendre compte finalement que ces peurs n’étaient pas fondées. N’empêche que les 3 amis d’infortune sortent du tableau pour tenter de retrouver le peintre et le convaincre de terminer son œuvre afin que l’harmonie revienne, afin que les fascistes Toupins en finissent avec leur chasse aux sorcières  et que la haine entre les castes disparaisse.

 

 

Au cours de cette odyssée à la Ulysse, les 3 amis vont passer d’un tableau à l’autre, connaître la guerre entre les bleus et les rouges, discuter avec une femme nue qui les invitera a passer de l’autre coté de la fenêtre de son tableau pour danser la tarentelle au  carnaval de Venise. Attention à eux ! Ils devront éviter les pièges et les embûches et surtout, ne pas perdre de vue leur objectif : retrouver le peintre. LE TABLEAU, un film animé intelligent et divertissant, et en plus très beau, du grand art de Jean François Laguionie, à courir voir avec ces chérubins au cinéma.

 

 

 

 

 

CARNAGE

un jeu de massacre jubilatoire 

 

 

Roman Polanski est décidément un maestro de la direction d’acteur. Pour ceux et celles qui en douteraient, laissez-vous convaincre par son nouveau film Carnage un  petit bijoux de comédie noire, subtile, extrêmement bien dialoguée, un huit clos formidable, qui se déroule en temps réel, sans ellipse ni pause, et abordé comme on aborde une pièce de théâtre. Ce jeu de massacre est porté par un quatuor d’acteur exceptionnel. Il y a réfugié dans ce décorum, John C Reilly un assassin de hamster nihiliste, sa femme Jodie Foster rigide et mère morale, un autre couple composé d’un avocat cynique Christoph Waltz qui joue sur les mots et de sa femme Kate Winslet qui ne croit plus en son mari. Chacun des deux couples aura 1h20 pour trouver un terrain d’entente à la suite d’une altercation entre leurs enfants. 

 

 

Carnage est ni plus ni moins que l’adaptation d’une pièce écrite par Yasmina Reza. Après avoir connu un véritable coup de foudre pour ce texte, Roman Polanski s’est mis au travail avec l’auteur pour livrer un film d’à peine plus de 80 minutes entièrement tourné dans un décors unique. Inutile de souligner que pour tenir en haleine le spectateur dans ce huit clos, Roman Polanski et Yasmina Reza ont été contraint de soigner les dialogues, mais aussi les situations, car il n’y a rien de plus mortel qu’un huit clos ou rien ne se passe. Ici tout commence dès le générique d’ouverture. En même temps que défilent les noms des protagonistes sur l’écran, on distingue au loin, le temps d’un long plan fixe, des enfants dans un square en train de se chamailler. En fait, on apprend très vite que Zachari a cassé 2 dents a Ethan et l'a défiguré en lui fracassant la tronche avec un bâton! Le générique enfin terminé, on se retrouve dans le bureau d’un appartement. Les parents des deux enfants se mettent d’accord sur une déclaration commune, sans doute pour les assurances. Si le contact demeure pour le moment courtois, on sent poindre comme une légère tension. C’est qu’on chipote pas mal quant au choix des mots à employer dans cette fameuse lettre. Dire de Zachari qu’il était armé d'un bâton est un peu fort, selon son père. Il s’est saisi d'un bâton semble plus juste. La mère adverse conciliante, admet que le verbe armer est un peu excessif, mais tout de même! Pour défigurer son fils, le criminel ne s’est pas seulement contenter de saisir un bâton. Faisant contre bonne fortune bon cœur, et parce que le père avocat tatillon ne lâche pas vraiment l’affaire, elle consent à corriger le texte. La scène s’éternise et alors que l’on pense que les deux couples vont se séparer la dessus, le père de la victime invite tout le monde a passer au salon pour déguster un somptueux clafoutis. S’en suit une conversation banale sur le secret de fabrication de cette pâtisserie pas forcément du goût de tout le monde. Ceci dit, la dégustation permet aux parent de poursuivre la discussion. Ils cherchent à comprendre ce qui s’est passé. Qui est le vrai coupable? Qui a commencé finalement? Leur fils ne taperait jamais gratuitement un camarade sans y être obligé. Sans doute a-t-il été humilié ? La partie adverse s’offusque. Alors que les femmes sont sur le point de se rentrer dedans, les hommes prennent la situation avec légèreté. Il faut calmer le jeu. L’avocat joue sur les mots, ou tout du moins, essaye de participer comme il le peut au débat car il est sans cesse interrompu au téléphone par une grosse affaire. Il doit aider à la rédaction d’un communiqué de presse urgent pour démentir une vraie fausse rumeur concernant un de ses clients de l’industrie pharmaceutique qui vient de sortir un médicament aux effets secondaires ravageurs. Dérangé à intervalles réguliers, il ne songe qu’à en finir avec ce tea-time pour se concentrer sur son travail. C’est alors que tout le monde s’accorde pour que Zachari vienne le soir même présenter ses excuses à Ethan. Tout le monde ? Non ! L’avocat concède à l’assemblée que son fils est un sauvage, et souhaite même bon courage à la partie adverse pour qu’ils obtiennent de sa part la moindre excuse! Bref, la situation s’embourbe. Un vomis nerveux plus tard, elle se tend encore davantage. On commence alors à mieux cerner les méthodes d'éducations différentes de ces parents. Finalement, les réactions de leurs enfants ne sont peut-être que le reflet de l’attitude de leurs parents… Bref, la cordialité n’est plus trop de mise alors que le vernis craque et que chacun des personnages laisse apparaître au grand jour ses propres failles pour le plus grand bonheur du spectateur. On arrive alors dans un véritable cul de sac! 

 

 

 

Cul de sac, comme le titre d’un précédent film de Roman Polanski. Souvenez-vous de ces 2 criminels qui trouvaient refuge dans un manoir habité par un couple. Dans Carnage, on retrouve un peu du Cul de Sac dans ce sens où le film dissèque les rapport entre 4 personnages. La différence majeure, c’est que dans Cul de Sac, d’autres personnages intervenaient. Ici, ils ne sont que 4 du début à la fin, 4 névrosés enfermés dans un appartement New Yorkais de Bry-Sur-Marne ! Ah magie du cinéma, ce film a en effet été tourné en studio en banlieue parisienne par un Roman Polanski qui pour le coup s’est Woody Allenisé. Sublime !

 

 

 

 

 

 

BLACK GOLD

Une Black Crotte! 

 

 

Après les ours, les tigres, la truie, voici les chameaux et les dromadaires! Non d’un zèbre, Sa Majesté Annaud qui nous avait emballé avec son Nom de la Rose il y a 25 ans, semble avoir perdu la tête, au point de nous gratifier d’une nunucherie à 40 millions d’Euros! S’il y a du Gold dans cette histoire, c’est donc la couleur de la carte du compte en banque du producteur et rien d’autre ! Tourné dans un désert du Qatar sur fond de révolte syndicale pour cause de détournements de contrats des techniciens français au profit de la législation tunisienne, nettement moins avantageux, Black Gold ne remplie donc pas sa mission, celle de divertir et d’envoûter un public avide de grande et belle aventure. Au contraire, Jean Jacques Annaud reste ensablé avec cette saga pétrolière qui se déroule au début du siècle dernier dans un royaume musulman imaginaire. Ce film qui se veut épique repose sur un scénario tellement crétin, gangrené par une Over-Dose de romanesque, qu’il en devient carrément tarte. Il faut aussi, en plus de se coltiner le jeu minable de l’ensemble de la distribution, supporter des rebondissements téléphonés comme la fausse mort du héros ou encore une succession de scènes de bataille qui se veulent grandioses en avion, en autochenille ou en chameaux, le tout soutenu par la musique envahissante, omniprésente, gonflante et pas discrète pour deux barils, de James Horner! Dommage, il y avait pourtant moyen de faire tellement mieux sur cette opposition entre deux conceptions de l'islam, entre un progressiste bien décidé à investir l’argent du pétrole dans des écoles, des routes et des mosquées, et un intégriste replié sur ses traditions et rejetant en bloc tout ce qui peut provenir des mécréants, de l’occident, donc du diable, c’est à dire, refuser cette  conception du monde fondé sur le pouvoir de l’argent. Ce que l’on peut acheter par l’argent n’a aucune valeur dira-t-il alors que l’autre dépense le fric du pétrole en se construisant un royaume dorée et en achetant ses sujets.

 

 

Dans Black Gold, tout commence par une négociation serrée entre deux chefs de clans. L’un des deux abandonne ses deux jeunes fils à son ennemi comme garanti de ne plus se faire la guerre pour le corridor jaune. Ce lopin de désert de sable devra rester terrain neutre, sans quoi la paix sera remise en question. Personne, au Nord comme au Sud, ne pourra prétendre exploiter cette zone. Des années plus tard, le royaume du Sud n'est que désolation. C’est alors qu’un avion de la Texan Oil atterrit. A son bord, un ingénieur américain annonce que le corridor jaune regorge de pétrole en sous sol. Ni une, ni deux, le sultan du sud donne son aval pour que l’or noir en soit extrait. Cette exploitation apporte richesse au sultan mais réanime les tensions entre les tribus. La guerre menace entre les 2 clans du début. Gentiment, la tragédie se met en place avec le mariage forcé d’un des fils à Layla, la belle princesse, la fille du sultan du Sud. L'assassinat du deuxième frère, préféré de son père biologique, ne va rien arranger à la situation explosive. Et voilà comment le fiston à son papa, le nouveau prince pacifiste va au nez et à la barbe de tout le monde, se métamorphoser en seigneur de guerre impitoyable, opiniâtre, modèle de courage et faire la nique au sultan du sud et à ses alliés achetés à coup de Rolex. Bien sur que son vrai père sera dès lors fier de ce fils surprenant qu’il a failli répudier. Bien sur que l’histoire se terminera bien... N’oubliez pas que le prince et la princesse se sont mariés et qu’ils devraient avoir un bel enfant comme dans tous les comtes de fée à chier ! Si vous voulez voir un excellent film sur la découverte et l'exploitation du pétrole au début du siècle dernier mais aux USA, je ne saurais trop vous conseiller There Will Be Blood, de Paul Thomas Anderson, autrement plus passionnant!

 

 

 

 

 

 

HAPPY FEET 2:

Les danseurs de claquette

se prennent une claque

 

 

En 2007, Georges Miller, réalisateur de Happy Feet était récompensé d’un Oscar pour sa création. Devant ce succès critique mais aussi public, inutile de dire que chez Warner, on n’avait pas tergiversé bien longtemps avant de lancer le chantier d’un deuxième volet, songeant secrètement que les pingouins danseurs de claquette pourraient devenir une superbe poule aux œufs d’or! Malheureusement, la sanction est tombée dès le premier WE de sorti aux Etats Unis. A l’instar de la fonte des glaces qui frappe actuellement la calotte polaire, les espoirs de succès ont eux aussi fondu comme neige au soleil puisque Happy Feet2 a fait un flop retentissant. 500 salariés de chez Warner seront donc remerciés d’ici fin décembre! Rien d’étonnant à ce gadin. Il faut dire que Happy Feet 2 ressemble plus à un objet commercial insipide qu’à une œuvre de cinéma digne d’intérêt pour jeune public. Voilà ce qu’il en coûte quand on privilégie la stratégie de vente à l’œuvre artistique. En amont du film, on plus pensé à développé des produits dérivés comme un jeux vidéo, un album de chanson, des calendriers, et toute une armada de joujous qui resteront sans acquéreurs sur les étales des commerçants! Il faut dire que depuis Happy Feet, les manchots rasta de Surf’s Up, concurrents direct autrement plus rigolos de l’écurie d’en face, Sony Picture, sont passés par là. Ici, exit l’humour et place à un film parfait cependant pour initier le jeune public aux méfaits du réchauffement climatique. En effet, la fonte des glaces, et l’une de ses conséquences directes, le déplacement d’une grande partie de la banquise menace une colonie de manchots d’extinction. Il faut donc se mobiliser pour trouver une solution et empêcher une catastrophe.

 

 

Happy Feet 2 s’appuie en réalité sur une aventure standard sans aucune originlaité. Dans une colonie de manchots, Erik, un jeune duvêteux, ne veut pas faire comme les autres: jouer de la claquette. Au grand désespoir de son très charismatique papa, il décide de fuir et rejoint un autre groupe de manchot dont Sven le chef a le pouvoir de voler! Erik a trouvé son modèle, sa voie! Lui aussi, un jour, il volera comme Sven. Pendant ce temps, sous l’eau, deux krills, Bill et Will quittent leur essaim pour partir à l’aventure. Très vite, ils découvrent l’horrible secret : ils sont tout en bas de la chaîne alimentaire ! S’en est trop pour eux, alors ils décident de grimper dans l’échelle de cette chaîne alimentaire et pourquoi pas, de devenir à leur tour, carnivores ! Pendant ce temps là, en surface, Erik le duveteux est témoin d’une scène de courage sans pareil. Son père, venu le récupérer pour le ramener au sein de la colonie, va sauver d’une mort certaine un gigantesque éléphant de mer. Mais en revenant à la maison, la surprise est de taille. La colonie est bloqué par un gigantesque iceberg. Les manchots n’ont plus d’accès à la mer. Ils ne peuvent plus pêcher. Ils sont bloqués et contraints d’attendre une mort certaine, à moins que sur la banquise, le mot solidarité ait un sens!

 

 

Happy Feet 2, une comédie musicale animée aux relents de Rap et de RnB bas de gamme. Le film défend des valeurs standard, comme l’amitié, l’entraide, le courage, la figure paternelle que l’on se doit de vénérer et respecter, l’amour, le dévouement. Le film prône le fait qu’il faille aller au bout de ses rêves quoi qu’il en coûte, et qzu’il est important de surmonter ses peurs. Et pour les petits menteurs en sommeil, qu’ils se rassurent, dans Happy Feet2, on leur dira que mensonge avoué peut être à moitié pardonné! Happy Feet 2, une vraie déception qui ne casse pas 3 pattes à un pingoin!

 

 

 

 

 

LES LYONNAIS

Qui vole une cerise,

vole le SAC! 

 

 

L'ex flic reconverti dans le cinéma et la série Tv, Olivier Marchal, vient de commettre son nouveau coup, sans doute le plus foireux de sa carrière: Les Lyonnais. Rien que la présence de Tchéky Karyo au générique est déjà un indice en soit quant au ratage prévisible de cette entreprise. A la vue de sa filmographie, si on excepte La Balance, Doberman et La Cité de la Peur, il est vrai qu'il n'y a pas de quoi s'extasier devant cette enfilade de films les moins mémorables de l'histoire du 7eme art: Jeanne d'Arc, Un Homme et son Chien, Jacquou le Croquant, Blueberry, Fusion, The Patriot, pour ne citer que ceux la... Et dire que Bernard Giraudeau  devait incarner son personnage de Serge, le faux ami de Momon, dans ce biopic consacré au célèbre gang des Lyonnais. Dommage que la grande faucheuse ait rappelé trop tôt Le Gitan! 

 

 

Vous me direz que Les Lyonnais s'appuie tout de même sur du solide: Gerard Lanvin, ex Spécialiste devenu depuis un pathétique San Antonio. La fin de carrière d’un acteur vedette autrefois incontournable et irrésistible n’est pas toujours très glorieuse. Mais Lanvin n’est pas un cas isolé. Regardez De Niro ! Le Taxi Driver est obligé de cachetonner tous les 2 ans pour Le compte de la ridicule franchise du beau père, sans quoi le Raging Bull serait dans les cordes, obligé d’aller pointer à la soupe populaire des acteurs sur le déclin pour manger à sa faim! En fait, il faut savoir que Gérard Lanvin a rafler le contrat suite au désistement d'Alain Delon. Le Samouraï a préféré quitter le projet Les Lyonnais avant le tournage, officiellement pour des raisons d'incompatibilité de planning, officieusement pour des divergences de point de vu sur le scénario. Et on le comprend, ce vieux guépard de Delon, tant l’histoire des Lyonnais est d'une pauvreté absolue. Olivier Marchal ressasse ses mêmes obsessions: le code de l'honneur des caïds du milieu, le sens de la famille, le respect entre flics et gangsters, l'amitié infaillible entre des frères de cœur, la rédemption d’une crapule en bout de course. Bref, pas de quoi emballer celui qui autrefois nous régalait de par sa présence dans des films noirs de Verneuil, Melville, Visconti, Clément, Losey ou Lautner, et j’en passe...  Alain Rocco Delon s'est abstenu et on ne va pas le blâmer, au contraire, plutôt se réjouir devant tant de lucidité, une qualité qui fait défaut à Olivier Marchal puisqu’il a osé comparer le chevalier blanc Gérard Lanvin au barbouze Lino Ventura! Avouez qu’il ne faut plus avoir toute sa tête! Le Gorille qui nous salue bien depuis l'au delà a dû se retourner dans son caveau en entendant ça!  Si le catcheur était encore de ce monde, pour sûr qu'il aurait allonger Marchal. Mais, Ne Nous Fâchons Pas, même si il y a de quoi prendre une grosse colère à la vue de la piètre prestation de Gérard Lanvin dans ces Lyonnais où Il incarne une figure paternelle, retraité du grand banditisme. Coulant des jours paisibles avec bobonne et son chien dans sa belle bicoque, celui qui s'est rangé depuis plusieurs années va devoir reprendre du service pour sortir Serge, son ami d'enfance et ancien complice membre fondateur du gang des lyonnais, de la mouise. 

 

 

Règlement de compte à Ok Croix Rousse, tel pourrait être le titre de cette fumisterie ou d'emblée, en voix off Gérard Lanvin nous explique le sens de la vie: « on l'espère belle, cool avec des amis sur qui compter. J'ai eu la chance d'avoir ça », dit-il.  Forcément qu’avec une entame pareil, on renifle que les choses se sont déréglées à cause d’un traître qui vont lui pourrir la vie sinon, il n'y aurait pas de film! On hume la grande idée, la fameuse, celle à laquelle on ne peut plus échapper: Olivier Marchal va certainement nous faire le coup du long flashback pour dérouler l’histoire de son caïd en pleine confession. Et bien, oui et non. Car Olivier Marchal n’opte pas pour un, mais pour une, une ribambelle de mini flash back! Et voilà comment on plombe un film en pensant le rythmer. En effet, dans ce retour vers le futur en version polar frenchie sans Marthy, le doc et leur Delorean, on doit se fader systématiquement des va-et-vient permanent entre présent et passé pour que le spectateur appréhende au mieux les actions menées par le repenti et ses amis dans le présent! A titre d’exemple, quand la femme de Momon le quitte, il revoit son mariage avec elle en prison. Quand le nouveau commissaire le convoque dans un bar, on revoit la même action dans le même lieu dans les années 70 alors que le commissaire était encore un jeune bleu. Et le procédé lourd dingue se répète tout au long du métrage. Très vite, on se dit que Olivier Marchal aurait du choisir son camp, se cantonner au passé, à la période de gloire des Lyonnais. Mais non! Sans le présent, pas de Gérard Lanvin au générique. Et sans Gérard Lanvin, pas de pognon pour réaliser ce hold-up. Il faut du bankable en haut de l’affiche, du nom qui claque pour que la courbe des entrées ne tire pas la gueule au moment de la sortie en salle. Pensez bien qu’on ne monte pas un film de gangster sans têtes d’affiches! Et puis, en restant figé sur les seventies, avec cette image à gros grain dégueulas pour faire film noir, Les Lyonnais aurait sans doute trop ressemblé au très laid et particulièrement désastreux Dernier Gang de Ariel Zeitoun, sur le gang des postiches. On n’allait pas redemander à Vincent Elbaz, Gilles Lellouche et Samy Bouajila de rempiler! 

 

 

Voilà sans doute pourquoi Olivier Marchal a pondu deux films indigestes en un avec Gérard Lanvin qui au début nous livre son secret  pour devenir un homme : «Il faut agir bien, parler peu et ne pas s'écarter de sa voie.»  C'est aussi simple que ça! Simple?  Pas exactement; les choses vont même se compliquer très vite pour le jeune Serge et son copain Momon. Ils entrent dans le banditisme après avoir pris 6 mois de prison pour un vol de cerises. Ce passage par l'école du crime sera déterminent pour les deux amis. Ils vont gravir les échelons jusqu'à travailler à la solde du SAC, orchestrant des braquos pour financer les barbouzes de De Gaulle  et leur organisation anticommuniste! Le voilà le sujet du film, mais malheureusement Olivier Marchal passe a côté et se contente de refermer cette parenthèse a peine ouverte! Au lieu de réaliser un film intéressant avec un éclairage sur cette organisation secrète, Marchal déroule son biopic à la gomme sur ces lyonnais et leurs problèmes existentiels dont on a que faire. On sort effectivement du film dès le début alors que l’on constate que le scénario s’articule sur une incohérence inadmissible. Serge, le complice de Momon en cavale depuis 13 ans, se fait arrêter. Bien sur que son ami Momon s’arrange pour le faire évader. Le subterfuge est diabolique. On lui livre dans sa cellule une lame de rasoir pour qu’il feinte un suicide. Lors de son transfert à l’hôpital, 6 pauvres gendarmes accompagnent ce bandit de grand chemin, autant dire que les complices de cette évasion ne vont pas rencontrer une grande résistance pour réussir leur coup. Mais le pire est à venir. Au même moment, les rusés policiers se doutent que Momon va forcément agir pour aider son ami. On le file tout au long de la journée avec un dispositif plutôt corsé. C’est ainsi qu’il mène en bateau une armée de policiers en civil. A la fin de la journée, lorsque la nouvelle de l’évasion tombe, le dispositif de surveillance disparaît et notre caïd peut tranquillement se rancarder à la planque de son ami  l’évadé, sans qu’aucun policier ne le surveille. On a abandonné l’idée qu’il aurait pu commandité l’évasion de Serge! De deux choses l’une : soit les flics de Lyon sont complètement crétins, soit Olivier Marchal est un très mauvais scénariste! Je vous laisse juge.

 

 

Maladroit et pas crédible, ce long métrage est d'une lourdeur indescriptible a l'image de sa morale: qui vole une cerise vole le SAC! A moins que ce ne soit une fable sur la méfiance que l’on devrait ressentir à l’égard de ses amis d'enfance, des traîtres en puissance! Rien n'est a sauver dans LES LYONNAIS, même  pas le générique de fin ou on ose remercier la déchèterie de Daigneux alors que les bobines du film n'ont même pas fini dans leurs bennes! C'était pourtant leur place!

 

 

 

 

 

 

 

KINGS OF DEVIL ISLAND

Un Alcatraz junior

au pays des rennes

 

 

Kongen Av Bastoy, ou si vous préférez KINGS OF DEVIL ISLAND de Marius Holst est inspiré d’une histoire vraie, celle d’une institution créée pour venir en aide aux enfants négligés par leurs parents en 1896. Bastoy était considérée comme un exemple à suivre en matière de réinsertion sociale. L’établissement ferma ses portes en 1970 suite à bien des débordements inacceptables. Le film commence sur un rafiot. Deux jeunes garçons, Erling et Olav, observent au loin une baleine couverte des cicatrices d’un violent combat. La voix off précise que l’animal a été harponné 3 fois au cours de cette partie de chasse. Des images de de symbole de majesté, mais aussi de puissance et de résistance reviendront à intervalle régulier dans cette histoire. La métaphore de cette baleine luttant pour ne pas sombrer au fond des mers deviendra évidence dès lors que Erling et Olav auront posé un pied à terre. Imaginez que l’on est en 1915 dans l’enceinte d’un centre pour mineurs délinquants sur une île, un rocher posé au milieu de la mer. Ce n'est pas le rocher de Monaco mais celui de Bastoy en Norvège autrement moins glamour et plus austère. Dans cet endroit humide, balayé par des vents glaciaux, deux nouveaux, C5 et C19, sont accueillis par le directeur, son assistant et les autres enfants incarcérés.

 

 

On ne sait pas, et on ne saura jamais, ce que C5 et C19 ont fait pour se retrouver ici. Sur l’île de Bastoy, passé et avenir n 'existent pas! Seul le présent compte, la discipline et les châtiments corporels pour les fortes têtes. Le directeur du centre et son équipe entendent bien se faire respecter et ne tolèrent aucun écart. Ils sont là pour enseigner les rudiments de la vie en société dans le respect de Dieu et des règles. A la moindre bêtise, au premier signe de rébellion, la sanction est immédiate: on dort debout sur une chaise la nuit entière, dans le meilleur des cas. Dans le pire, on est bon pour une corvée de bûcheronnage en forêt sous la neige avec une demi ration de nourriture quotidienne. Dans ces conditions, bien sur que les enfants se tiennent à carreau. La promesse d’une sortie possible après quelques années sans histoire les motive d’autant plus à rester tranquille. 

 

 

Mais ce calme apparent va être remis en question avec l’arrivée de C19, bien décidé à s’échapper de cet Alcatraz norvégien d’ou personne n’a encore jamais réussi à s’évader. Il n’en peut plus de cet endroit ou parfois le soir, dans la chambre commune, résonnent quelques pleurs en sourdines, ceux d’un enfant violé par le maton en chef. La révolte gronde au sein des gamins, une révolte qui va aller crescendo. Il faut dire que le directeur protège son bras droit. Même si il ne cautionne pas, il tait ces agissements répréhensibles. C’est qu’il tient a garder sa place, si confortable. Pas question pour lui de raconter au comité directeur de l’institution venu visiter les enfants, ce qui se trame dans son établissement. Ce directeur autoritaire possède également une batterie d’arguments convainquant pour obliger les gamins à rester muet face aux autorité. Finir en cage, le visage tuméfié après un passage à tabac dans les règles de l’art empêche certes les langues de se délier, mais la méthode a un revers. Elle alimente la haine et les envies de vengeances de ces enfants qui n’ont finalement plus rien à perdre. 

 

 

KINGS OF DEVIL ISLAND, un film émouvant qui se déroule sur un rythme contemplatif, celui imposé par la lente vie qui s’écoule sur cette île du diable. Marius Holst ménage son suspens. Jouant sur la répétition des moments de vie entre enfants dans le bâtiment, des scènes de labeur en forêt, d’autre de réprimande ou d’humiliation, il prend le temps de mettre son spectateur en condition pour le moment ou la révolte éclatera enfin. Car il ne peut en être autrement. Sa mise en scène sobre, froide, rigoureuse, faite essentiellement de plans fixes au début se dérègle subrepticement au fil du temps, plus le directeur et son équipe perdent le contrôle de ce lieu, plus l’autorité de C19 grandit aux yeux des autres prisonniers. Il économise les mouvements de caméra pour livrer une histoire brute, histoire portée par des comédiens amateurs, à l’exception du directeur et de son bras droit. En effet, le casting repose essentiellement sur des enfants dont c’est la première participation à un film. Ils sont exceptionnel de justesse. 

 

 

De son coté, l’expérimenté Stellan Skarsgard compose un parfait directeur, formidable de cynisme et de raideur. Pas étonnant de retrouver ce  comédien suédois dans ce film, un acteur aux choix éclectiques qui alterne film bourrin, blockbuster ou films d’auteur puisqu’on la vu entre autre dans Ronin, Dancer in The Dark, Beowulf, Les Fantômes de Goya, Pirates des Caraïbes, Thor ou Melancholia. 

 

 

Son bras armé, Kristoffer Joner n’est pas mal non plus dans la défroque de cet enfoiré de pédophile. KING’S OF DEVIL ISLAND, un film glaçant, à découvrir d’urgence au cinéma.  

 

 

 

 

 

IN TIME

Si vous avez du temps

à perdre! 

 

 

Peut-être que le nom de Andrew Niccol ne vous dit pas grand chose. Pourtant, il fait parti de ces scénaristes réalisateurs hollywoodiens avec lesquels il faut compter. Sans Andrew Niccol, Jim Carrey n’aurait jamais été la victime d’une vaste manipulation dans le Truman Show réalisé par Peter Weir! Sans Andrew Niccol, Nicolas Cage n’aurait jamais été un sublime Lord Of War. Sans Andrew Niccol, on n’aurait jamais pénétré dans l’enceinte de Gattaca avec Uma Thurman, Jude Law et Ethan Hawke. Du coup, à l’annonce de la sortie du nouveau film de Andrew  Niccol, dire qu’on guette l’objet fébrilement, qu’on l’attend avec impatience semble bien superfétatoire. Que nous réserve donc son nouveau bébé, ce TIME OUT traduit en français par IN TIME ? (Allez comprendre la subtilité de la traduction…). 

 

 

Pour tout dire et en une phrase, IN TIME est une excellente idée de film de science fiction gâchée, sacrifiée sur l’autel de la romance nunuche, du thriller mou et de l’action à tout prix! C’est comme si Robin des Bois et le Petit Chaperon Rouge se prenaient subitement pour Bonnie And Clyde ! Avouez que ça a de quoi désarçonner! Dans IN TIME, il est question d’un sujet à la mode: la jeunesse éternelle. Depuis que les scientifiques ont trouvé un moyen pour que l’homme ne meurt plus, le pouvoir économique et politique s’en est emparé. Ce monde futuriste ressemble à s’y méprendre au nôtre, à la seule différence que les voitures sont électriques. Ici, on vend encore des Citroën DS de grand papa! Ceci dit, le temps est devenu la nouvelle monnaie pour toutes les transactions. Oubliés la crise de l’Euro ou le surendettement de l’Afrique! Envolées les dettes grecques ou américaines! Désormais tout s’achète, tout se vend en minutes, en heures, en jours, en siècles de vie! L’expression: « le temps c’est de l’argent » est à prendre au sens propre. Le  fameux : « t’as pas une minute s’il te plait ? », prend tout son sens dans ce monde là, un monde ou la vie commence à son 25ème anniversaire. En effet, ce jour là, le vieillissement physique s’arrête. Il devient quasiment impossible de différencier une mère de 50 ans de sa fille de 28, d’une grand-mère de 115 puisqu’elles ont toutes l’apparence de femme de 25 ans! Idem pour les hommes! Chaque humain n’a donc plus qu’une idée fixe en tête, rester en vie le plus longtemps possible. C’est pour cela que tout le monde a l’œil rivé sur l’avant bras, celui ou le compteur de vie défile à rebours. En guise de cadeau pour votre 25ème anniversaire, la vie vous offre 1 an gratis, une année à utiliser à bon escient, une année que l’on peut faire fructifier ou au contraire perdre en quelques secondes. Malheur à celui dont le compteur atteint 0 car le cœur s’arrête enfin de battre. C’est la mort assurée. En général, seuls les plus pauvres du ghetto s’angoissent. Ils passent leur vie à courir après le temps ou leur temps à courir après la vie. Les plus riches, eux, possèdent la vie éternelle. Ils prennent leur temps. C’est à cela que l’on différencie les nantis des fauchés! 

 

 

Au début du film, dans le ghetto, un pauvre aide un riche (Amanda Seyfried) a échapper au vol de sa montre de vie dans un bar. Le lendemain matin, il lui cède tout son crédit et décide de se suicider parce que finalement, la vie éternelle, il n’y a rien de plus chiant! On veut mourir. On doit mourir. C'est dans l'ordre des choses. Peu de temps après, la mère de Justin Timberlake meurt dans ses bras. Elle a épuisé tout son crédit et il n'a pas eu le temps de recharger son compteur. La scène pathétique permet de remarquer à quel point Timberlake est un super mauvais acteur. D'un seul coup, le ton change et le film vire à la bête histoire de vengeance. Dans cette farce, le jeune homme se met en tête de dérober tout le capital temps des riches car sa mère est morte a cause de ce système injuste. Il se rend dans la zone 12,  celle qui est méga protégée, celle qui abrite les riches. Très vite, on le remarque car il n'a pas l'habitude de prendre son temps. Une jeune fille de milliardaire s’intéresse à lui. Elle est attirée par ce jeune homme étrange. Elle sent qu’avec lui, elle pourrait enfin connaître le grand frisson! Une chose est sure, elle ne va pas être déçue!

 

 

IN TIME tourne finalement à la love story entre un bon gars intègre et une gentille petite fille riche qui découvre que son milliardaire de père est un enfoiré de première, un bon divertissement à 40 millions d'années ou plutôt à 40 millions de dollars, où le temps passe très vite! 40 millions, ce n’est tout de même pas donné pour un film où le scénario est d’une prévisibilité absolue! On se demande d’ailleurs où est passé l’argent ? Ca sent le braquage, le hold-up! Sans doute que ce bandit de Timberlake s’est bien rincé au passage, car pour le reste du casting, on ne peut pas franchement dire qu’il s’appuie sur un parterre de stars. Et puis, ce ne sont pas les décors ou les effets spéciaux qui ont ruiné la production! Peut-être que le département Design des voitures a aussi fait main basse sur l’argent!  N’empêche que le film est truffé de bonnes idées avec ces gens dont on dit qu’ils expirent au lieu de mourir lorsqu’ils dépassent la date de validité de leur corps! Les minutes men, voleurs de temps font quelques parties de cache-cache avec les flics, appelés désormais les gardiens du temps, des gardiens qui protègent les plus riches et sûrement pas les plus pauvres qui eux défilent au don du temps !  IN TIME, un film uniquement pour celles et ceux qui ont du temps à perdre !

 

 

 

 

MICHAEL

L'horreur derrière

la normalité

 

 

Markus Schleinzer vient de commettre son premier long métrage. Parenthèse: il a été directeur de casting de ses compatriotes Ulrich Siedl et Michael Haneke et a notamment choisi les enfants du Ruban Blanc, une précision qui prend tout son sens dès qu’on lit le pitch de son film:  « MICHAEL décrit les 5 derniers mois de la vie commune forcée entre Wolfgang 11 ans et Michael 35 ans…. »  Autant vous prévenir d’emblée qu’avec Micheal, il n’y a pas de demi mesure: soit on rejette totalement, soit on adhère complètement au point de vue du cinéaste. En fait, il met tout en œuvre pour montrer que derrière la simplicité, la normalité apparente, peut se cacher le pire des monstres. Un homme comme les autres, ni beau, ni laid, juste banal, bon collègue de travail, bon voisin, peut très bien être le pire des criminels. Un  pédophile, selon Markus Schleinzer, n’a pas forcément l’allure d’une bête curieuse. Ce qui en révulsera plus d’un, c’est que le cinéaste  s’ingénie à montrer qu’un pédophile kidnappeur d'enfant peut très bien faire preuve d'attention pour sa victime. N'y voyez pas de sentiment bienveillant de la part de Markus Schleinzer a l'égard d'un tel démon! Non, là n’est pas son but. Quand on voit ce déviant faire preuve d'attention pour cet enfant qu’il détient prisonnier, il ne faut jamais perdre de vue que cette bienveillance de façade n'embrasse qu'un objectif:  préserver ce gamin le plus longtemps possible, comme il veillerait a conserver en excellent état son jouet favori. Le jour ou celui-ci donnera des signes de fatigue, il suffira de creuser un trou dans la foret pour s'en débarrasser et d'aller faire son marcher à la piste de karting du coin pour attirer tout en douceur une prochaine victime. La douceur, la prévenance, les moments de partage ou tout du moins ce que lui pense être des moments de partage, les petites attentions sont les mamelles du pédophiles. Voilà d’où proviennent l’effroi et le trouble à la vue de ce film.

 

 

 

Le plus choquant, c’est qu’il ne faut pas vous attendre à des images explicites.  Assez paradoxalement, on aimerait pourtant se rassurer en se raccrochant à des scènes qui piquent les yeux pour détester définitivement cet homme. Rien. Il n’y a rien. Ce n'est pas le propos de Markus Schleinzer. Attention il ne cherche pas non plus à rendre ce criminel sympathique, ce qui deviendrait abject, indéfendable.  Non, il se contente de suivre son obsession: montrer qu’il faut se méfier de la normalité. Elle peut parfois être louche. Un type en apparence normal, qui retient prisonnier un gamin dans sa cave aménagée en studio meublé sans fenêtre ne se débusque pas aussi facilement que ça. Pourquoi croyez-vous que le bourreau de Natacha Kampush a pu sévir pendant 3096 jours avant que l’on découvre l’horreur de la situation vécue par sa victime? Parce que le pédophile semblait tout à fait normal. Dans Michael, Markus Schleinzer s’attache donc à filmer le quotidien normal d’un horrible, d’un ignoble personnage, un gars capable de partir au ski avec des amis en laissant derrière lui son jouet humain pendant plusieurs jours. Et Markus Schleinzer d’enfoncer encore un peu plus le clou quand à cette notion de normalité puisque cette expédition à la montagne avec 2 amis sera pour le criminel l’occasion de baiser dans un consentement mutuel la serveuse d'un bar, au grand désarrois de ses copains! Ce type joue tellement normalement la comédie que sa sœur, sa mère, son entourage ne peuvent pas se douter de qui il est réellement. Voilà bien  le genre de gars à qui vous pourriez rendre n'importe quel service mais attention à ne jamais pénétrer dans son antre sous peine de le voir enfin péter les plombs.  

 

 

Si sur le fond, le film choque, sur la forme, il est de facture tout à fait classique. MICHAEL débute tout en plan fixe. C’est l’idéal pour planter le caractère parfaitement rigide et droit de cet animal. Il faut attendre quelques dérèglement dans son quotidien pour que la camera bouge et le suive enfin. La lenteur oblige le spectateur a adopter son rythme. Elle donne toute la latitude pour se questionner sur cet homme. Là aussi, il y a de quoi être dérangé, bousculé parce qu’on ne devrait pas avoir à se poser de questions. On devrait juger ce mec et le condamner définitivement, mais à aucun moment, les dispositifs filmiques et narratifs ne le permettent. C’est de là que MICHEAL tire sa véritable force. Le récit est traité uniquement du point de vu du salopard, ce qui ne laisse aucune place au sentimentalisme, à l’apitoiement sur ce pauvre enfant. Il règne ainsi une véritable froideur. Les sentiments exprimés par Michael n’en sont évidemment jamais. Quant à Wolfgang, il devient un être complètement déshumanisé, un objet incapable de se révolter, parfaitement conscient de la situation qu’il vit et qui attend son heure, celle ou il pourra peut-être s’échapper. Michael, un long métrage qui aura bien de la peine à rencontrer son public. Dommage, car avec un tel film, le monde pourrait enfin ouvrir les yeux sur l’habileté des pédophiles à se fondre dans la masse, d’ou la complexité de les attraper. A souligner la performance exceptionnel de Markus Fuith, un acteur remarquable qui incarne au mieux Michael.

 

 

 

 

 

L'ORDRE ET LA MORALE

Si la vérité blesse,

le mensonge tue.

 

 

Cela fait une bonne dizaine d’années que Mathieu Kassovitz voulait faire ce film, L’ORDRE ET LA MORALE, 10 ans de lutte, non pas contre des financiers, mais contre des mentalités. Pas facile en effet de convaincre le peuple kanak de tourner un long métrage relatant l’épisode sanglant qui secoua l’île d’Ouvéa en ce mois de mai 1988. Il faut dire que les kanaks, après ce qui est arrivé, ont toutes les raisons de se méfier du regard posé par un français de métropole sur ces évènements. D’aucuns se sont même demandés à quoi bon remuer cette vieille histoire ? Simplement pour ne pas oublier que la France est toujours un pays colonisateur au 21ème siècle, que la France ne lâchera pas l’affaire tant que cette île et son sous sol sera riche en nickel, et ce malgré le référendum prévu en 2014 sur la question de l’indépendance des kanaks. En France aussi, on a moyennement apprécié qu’un réalisateur vienne remuer un passé peu prestigieux pour la République. Le sujet est aujourd’hui encore brulant. Pour preuve, un début de polémique entoure l’Ordre et la Morale, Bernard Pons, ministre des Dom Tom de l’époque ainsi que le Général Vidal étant monté au créneaux. Ils n’ont pas apprécié la lecture de cette épisode par Kassovitz qui les présente comme des marionnettes au service de l’Etat, seuls responsables de la tournure sanglante des évènements .

 

 

Cela faut rappeler qu’au moment des faits, la campagne présidentielle bat son plein. Dans l’entre deux tours, pendant que Mitterrand et Chirac s’écharpent sur les chaînes de télévisions, à 25000 km de la métropole, sur ce lopin de terre colonisé par la France depuis près de 150 ans, les insulaires se révoltent. Bernard Pons a mis le feu aux poudres en faisant voter une loi qui interdit aux kanaks la pratique de leurs rites, une loi qui met à mal leurs coutumes et remet en cause le pouvoir des chefs de clans. C’en est trop pour cette population exploitée et humiliée qui se révolte. Sous l’impulsion du FLNKS, deux prises d’otages ont lieu dans les gendarmeries au nord et au sud de l’île. 

 

 

Un groupe du GIGN, spécialiste de ce genre d’affaire est envoyé sur place. Mais lorsque le lieutenant Philippe Legorjus, interprété par Mathieu Kassovitz, pose un pied à terre, il sait que la partie ne sera pas gagnée. En effet, pendant leur vol, l’ordre de mission a changé. L’armée, et non la gendarmerie, conduira les opérations. Comme chacun le sait, les généraux ne sont pas les rois de la négociation. Legorjus retrouve tant bien que mal les otages, entre en contact avec les kanaks auteurs de ce rapt et se rend compte que ce ne sont pas des terroristes comme on les présente à la télévision. Ce sont des pères, des frères, des fils, des hommes qui n’en peuvent plus de vivre sous l’autorité françaises. Dépassé par le petit manège des politiques, trimballé entre les ordres et les contres ordres, bousculé par Bernard Pons envoyé sur place par Chirac pour mettre la pression, Legorjus sent que le pire va arriver. Même si il est convaincu qu’une solution pacifique peut être trouvé, on ne l’écoute pas. Pourtant, avec les kanaks, il suffit de se parler face à face en toute franchise pour régler un conflit. C’est leur culture qui veut ça. Il y a encore un espoir, mais subitement, à Paris, le vent tourne. Dans l’entre deux tours de la présidentielle, les sondages indiquent que le Front Nationale pourrait bien jouer les arbitres. Comment dès lors séduire ces électeurs et récupérer leurs voix et s’assurer la présidence de la république? Certainement pas en ordonnant l’indépendance du peuple kanak et encore moins en agissant de manière pacifique ...

 

 

L’ORDRE ET LA MORALE, une vraie réussite. Pourtant, ce n’était pas facile de raconter en 2h, 10 jours d’âpres négociation. Il fallait aller à l’essentiel sans trahir une fois de plus les kanaks. Sur la forme, le film est truffé de trouvailles. Dès le début, alors que l’image est flou, un scène défile à l’envers. On distingue vaguement des militaires et des civils dans la jungle, quelques cadavres jonchent le sol pendant qu’une voix off se questionne et se demande comment tout cela a commencé,. C’est la voix de Legorjus. La scène s’interrompt par un téléphone qui sonne. Legorjus est dans son lit. Le compte à rebours débute. Kassovitz invente le flashback interactif! On est sur les lieux du forfait. Un témoin raconte à Legorjus l’arrivée de 3 hommes à priori inoffensifs. C’est alors que la caméra tourne à 180 degrés, quitte Degorjus et son témoins, qui deviennent spectateurs de la scène qui se déroule sous leurs yeux. Toujours plus fort, lorsque Legorjus et ses hommes débusquent dans la jungle les preneurs d’otages, la mise en scène rappelle celle de Jhonny Mad dog, un film produit par Kassovitz. Jean Stéphane Sauvère, le réalisateur de ce film choc sur des enfants soldat violeurs et pilleurs, jouait avec une caméra épaule sans cesse en mouvement et une bande son assourdissante, dérangeante provoquant le trouble. Lors de la prise d’assaut finale, le plan séquence vous donnera vraiment l’impression de faire parti de l’équipe de Legorjus, d’être pris entre le feu des militaire et celui des kanaks. La scène est là encore tournée avec un réalisme bluffant.

 

 

Blufant, c’est sans doute le terme qui convient le mieux pour qualifier L’ORDRE ET LA MORALE, le nouveau long métrage de Mathieu Kassovitz, qui retrouve du peps, un film superbe pour dire en substance aux spectateurs que si la vérité blesse, le mensonge tue!

 

 

 

 

THE GUARD

Du frère Coen irlandais! 

 

 

THE GUARD de John Mickeal Mcdonnagh avec Brendan Gleeson le Fol œil de Harry Potter, vu aussi dans AI – le village – bons baisés de bruges - et Don Cheadle  (traffic – ocean 11 12 13 – op espadon – iron man2) est un western policier comique irlandais qui lorgne sur les frères Coen….  Ce n’est par NO FARGO FOR OLD MEN IN TRUE GRIT, mais pas loin. Le film est bavard, truffé de dialogues abscons et se déroule sur un faux rythme permanent. Il n’y a pas  de rebondissements spectaculaires mais l’intrigue avance tout de même, à pas de loup, mais elle avance. Dans THE GUARD, on prend le temps de vivre. On prend le temps de se mettre la main dans le slip et de se gratter les burnes si il le faut… On prend surtout le temps d’être raciste. Il faut bien imaginer qu’à Galaway, un bled perdu irlandais, on n’aime déjà pas les habitant de Dublin, on détestes cordialement les anglais, alors, les américains on n’en parle même pas, qui plus est les américains noirs comme l’agent du FBI venu arrêter des trafiquants de drogue ! On les accueille mollement. D’ailleurs, pour le mettre au diapason, on lui demande comment se fait-il que ce soit lui qui mène l’enquête. Les noirs ce sont des dealers généralement. Plus tard, on lui dit que c’est surprenant un noir qui conduit une voiture… un noir c’est plutôt fait pour nager, quand on les jette du bateau...

 

 

The guard, un vrai western mexicain irlandais avec Calexico sur la bande son et le duel final ou ça défouraille à tout va… Avant ce duel, on a de cesse de se questionner sur THE GUARD. Cet homme, célibataire, bedonnant, alcoolique, bougon  qui aime se déguiser en chef mafieux lorsqu’il se réfugie dans les bras de 2 prostitués déguisées en flic, cet homme qui est sur le point de perdre sa maman est-il un crétin ou un géni ? Belle question qui vous taraudera tout au long des 1h30 de bobine. Dès le début, on sent le loup arriver. Sur une route déserte, une voiture de police est embusquée dans un fossé. A l’intérieur, The Guard attend. Il attend le passage d’un chauffard éventuel. Et ça ne tarde pas. Alors que la bande son aux relents de métal rap assourdissant résonne, des gamins picolent au volent. La  voiture zigzague  et c’est pile quand ces jeunes dégingandés passent devant THE GUARD, qu’ils se mettent dans le décors. Avec un flegme sans égale, the guard quitte son poste, se rend sur le lieu de l’accident. Les jeunes sont tous morts. La voiture est explosée. Il fait les poches de l’un d’entre eux, en retire un petit buvard et tout en disant : Ta mère ne va pas aimer ça, il le suce et se met à délirer…. Le lendemain matin, the guard est tiré du lit. Avec son nouvel adjoint qui vient de dublin, ils se rendent tous les deux sur une scène de crime. Un type est mort assassinée. Une inscription en lettre de sang figure au-dessus du macchabée. Sur le mur est inscrit, 5 ½.  Que signifie ce 5 ½, un hommage au 8 ½ de Félini ou alors une indication pour dire que c’est la 5ème victime et demi…  Le mystère reste entier et ce n’est pas le coup de fil anonyme de bozo le clown qui les aidera à y voir plus clair. C’est à ce moment précis que l’agent noir du FBI arrive en renfort…pour une autre affaire, de livraison de cokaïne sur la côte irlandaise, une affaire qui pourrait peut-être avoir un lien avec la scène de crime...

 

 

Drôle,dopé à un humour noir à toute épreuve,  assez malin au niveau du scénario, The Guard repose sur des acteurs formidables. Bonheur garanti dans ce long métrage ou en plus tous les codes du polar, du western sont détournés au profit d’une comédie franchement rigolote...

 

 

 

 

LA SOURCE DES FEMMES

Girl Power

chez les barbus! 

 

 

LA SOURCE DES FEMMES de Radu Mihailéanu avec Léila Bakhti, Hafsia Herzi, Biyouna, Hiam Abbas, avec aussi Zinedine Soualem coupé au montage ! C’est toujours frustrant pour un acteur d’avoir un jour un coup de fil du metteur en scène et de s’entendre dire : « Ecoutes, après la présentation au festival de Cannes, on m’a reproché que le film était beaucoup trop long, et le seul moyen de le raccourcir était de supprimer ton personnage et de couper toutes tes scènes ». Résultat LA SOURCE DES FEMMES est certes plus court, mais aussi plus lourd, plus indigeste. Parce que Zindedine Soualem amenait de l’humour. En gros, il revenait de Paris dans un village pour arroser les femmes de cadeau. C’était le seule moment drôle du film. L’humour permettait une respiration salvatrice. En disparaissant, seul le cœur a été conservé, à savoir l’aspect féministe et anti fondamentalisme.

 

 

LA SOURCE DES FEMMES commence sur un plan superbe, une vue plongeante sur un village niché à fleur de colline dans un décors aride somptueux. On découvre alors des femmes qui marchent sur un chemin caillouteux extrêmement dangereux. Elles portent des sceaux d'eau.  En parallèle, au village un accouchement se prépare. C’est la fête. Malheureusement, elle sera ternie, car au même moment, sur le chemin aride, une femme enceinte porteuse d’eau chute lourdement et fait une fausse couche. C’est la drame de trop pour ces femmes qui vont alors passer à l’offensive. Elles se révoltent contre leurs hommes. Elles ne devraient pas se farcir cette corvée, pensent-elles. Alors, elles entament la grève du sexe pour obtenir de leurs hommes qu'ils aillent chercher l'eau. C'est le seul pouvoir qu'elles ont sur les hommes. Un bras de fer est donc lancé, l’occasion pour le cinéaste de décrire la condition de la  femme dans ce pays. Elles prennent un risque énorme en défiant si frontalement leurs maris. Elles risquent d’être répudiées et donc, de perdre le peu qu’elles possèdent. Une femme répudiée, exclue, n’aura d’autre issue que de se retrouver mariée ensuite à un vieux ou un infirme. C’est ce que la belle mère de Leïla tente de faire comprendre à se belle fille. Mais c’est sans compter sur le soutien indéfectible de Vieux Fusil, la doyenne qui prend fait et cause pour la lutte des femmes du village. Bientôt, la nouvelle de cette grève du sexe se répand à travers toute la région et les hommes, pour éviter de devenir la risée du pays, vont prendre les choses en main pour ramener ces brebis galeuses dans le droit chemin, quitte à se fourvoyer avec les intégristes, toujours en embuscade, prêt à tout pour prendre le contrôle du village.

 

 

LA SOURCE DES FEMMES, un film qui parle donc d’émancipation. Elles ne veulent pas seulement améliorer leur quotidien en disposant de l’eau courante et de l’électricité. Elles veulent aussi apprendre à lire et à écrire, un droit qu’on ne leur accorde pas ! Le film évoque aussi le port du voile, les mariages forcés et l’interprétation qu’on peut avoir du Coran. L’une des femmes dira à juste titre que le Coran n’est pas fait pour être interprété. Et tant pis si l’imam du village n’est pas d’accord et déclare que l’homme a le droit de tabasser sa femme, pour vu que ce soit fait affectueusement, avec amour, comme le dit le Coran !  Loin de la facture très classique de son précédent film LE CONCERT, La source des Femmes a été tourné en steadycam, donc une caméra légère. Pas de Traveling, pas de technique démesurée dans ce coin aux portes du désert. Cette brutalité dans la mise en scène est en adéquation avec la brutalité de la situation vécue par ses femmes. Et puis, il y a aussi cette lumière, à la limite de la sur exposition qui traduit la sécheresse et la chaleur du pays. L’ocre de la terre contraste avec les visages cuivrés des personnages, des femmes très peu maquillée pour apporter un coté hyper naturel. A ce propos, on retrouve au générique Hiam Abbas qui excelle en belle mère qui déteste sa belle fille Leila Bekhti qui a besoin de s’émanciper. Sa belle sœur Hafsia Herzi est également juste en jeune fille naïve qui rêve du grand amour et qui va se faire berner. C’est aussi un vrai plaisir de revoir Biyouna dans un rôle d'envergure, celui de la sage, de la vieille qu’on écoute et qui soutien la révolution et répudie son fils intégriste. LA SOURCE DES FEMMES, le girl power dans toute sa splendeur quelque part entre le Moyen Orient et l’Afrique du Nord, un film politique évidemment avec une portée universelle, un film né d’un fait divers qui reprend exactement ce qui est décrit ici. On lui reprochera essentiellement son manque d'humour. Avec un tel sujet, il y avait moyen de faire passer le même message avec d'avantage de force en n’y allant moins frontalement. Le film dure encore 2h. c’est long. Il est rythmé par de nombreux chants traditionnels, un peu gonflant à la longue, mais c’est aussi le rare moyen que ces femmes disposent pour s’exprimer. Reste à savoir si LA SOURCE DES FEMMES trouvera écho dans tous les pays ou les femmes sont opprimées.

 

 

 

 

KHODORKOVSKY:

L'intelligent résoud

les problèmes,

le sage les évite!

 

 

C’est le catch line sur l’affiche : comment l’homme le plus riche de Russie est devenu en 2003, le plus célèbre prisonnier du pays ? C’est pour répondre à cette que Cyril Tuschi s’est lancé dans cette enquête autour de Khodorkovsky. Répondre sous-entend répondre à une foule d’autres questions. Comment par exemple, cet exemplaire membre des jeunesses communistes est-il devenu le plus grand capitaliste de la russe post-soviétique? Envisageait-il de se présenter à l’élection présidentielle contre Poutine? Est-il un prisonnier politique ou un fraudeur du fisc russe? Est-il la victime de l’antisémitisme latent de la société russe? Quand on y regarde de plus près, cette affaire Khodorkovsky est un nid de mystères et Cyril Tuschi, pour lever une partie du voile voyage pendant 111 minutes entre la Sibérie, Moscou, New York, Londres, Berlin. il cherche des réponses auprès de la famille de l’oligarque, de journalistes, d’anciens camarades de jeunesse, d’anciens associés, d’anciens ministres, d’0anciens généraux du KGB. Il parvint même a rencontré le fameux Khodorkovsky lors de son second procès. Oui, parce qu’il faut savoir que début 2003, alors qu’il est à la tête d’une fortune estimée à 18 milliards de dollars, qu’il est l’homme de moins de 40 ans le plus riche du monde, il soutient officiellement Boris Nemtsov, l’opposant Russe à Poutine et Poutine dans une réaction épidermique, lui demande alors si il est en règle avec le Fisc. Fin 2003, il est arrêté et incarcéré. Mai 2005, on le condamne à 9 ans de camp au nord en Sibérie pour escroquerie. Fin 2010, il a droit à un second procès ou on le condamne cette fois à 6 ans de plus pour avoir détourné 400 millions de tonnes de pétrole dont on a jamais retrouvé la moindre trace et blanchiment de 23 milliards de dollars… là ça devient évident que Poutine voulait sa peaux et s’est acharné. Il a suivi ce bon vieil adage édicté par staline : Si l’ennemi n’abandonne pas, tues-le! Et même du coté du président Bush, on souffle de le savoir en prison ce Khodorkovsky!

 

 

Le doc reprend des images d’archives, beaucoup de témoignages. On alterne avec de très beaux plans en Sibérie. Rien que le début sur un champ de pétrole est juste magnifique et pour tout ce qui concerne les scènes de reconstitution, par exemple son arrestation dans un avion, on fait appel à l’animation, la même technique employé dans un film remarquable qui s’appelle Renaissance de Christian Volckman en noir blanc magnifique boulot.

 

 

 

 

TOUTES NOS ENVIES:

ou le cancer

du sur-endettement...

 

 

Si vous avez suivi l’actualité littéraire de ces dernières semaines, vous avez évidemment été attentif à la remise des prix majeurs de la rentrée, C’est à Emmanuel Carrère que le jury a attribué le Renaudot pour Limonov, le portrait d’une figure emblématique de la culture underground d’URSS, puis de New York et enfin de Paris. Déjà auteur de plusieurs romans, récits ou essais, Emmanuel Carrère n’est pas un débutant, loin de là, puisqu’il a beaucoup œuvré pour la télévision et le cinéma, signant essentiellement des adaptations de textes d’autres auteurs pour le petit écran et portant les siens sur le grand. La Classe de Neige de Claude Miller, L’Adversaire de Nicole Garcia ont été écrit par Emmanuel Carrère. Il a même réalisé La Moustache avec Emmanuelle Devos et Vincent Lindon. Vincent Lindon, on le retrouve justement cette semaine dans un film de Philippe Lioret intitulé Toutes Nos Envies, librement inspiré de D’Autres Vies que la Mienne, un roman de Emmanuel Carrère. Librement inspiré signifie juste qu’après la lecture de ce récit et discussion avec l’auteur, Philippe Lioret, le réalisateur de Welcome est arrivé à une conclusion évidente : ce livre est inadaptable en l’état. L’histoire reprend en effet des personnages qui ont existé et qui n’auraient pas forcément envie de voir leur vie portée au cinéma. Le texte est également complexe, touffu, trop pour le 7ème art. Alors Philippe Lioret a laissé tombé cette idée d’adaptation, préférant isoler les éléments importants du roman pour ré-écrire une autre histoire, une rencontre d’amour amitié troublante sur fond de misère sociale et de maladie incurable. Au cœur de Toutes Nos Envie, on retrouve le fléau du sur-endettement, ce mal sans remède comparable à un cancer avec son cortège de métastases comme la société de consommation qui pousse l’humain à dépenser sans compter, la toute puissance et la mesquinerie des organismes de crédit face à la crédulité de leurs clients et qui comptent la dessus pour s’enrichir, le cynisme des avocats de ces mêmes instituts bien décidés à récupérer l’argent prêté à des débiteurs qui n’en ont pas, la difficulté qu’ont les juges à défendre les petites gens face au système banquier. Le crabe, le vrai, celui qui ne vous laisse aucune chance, surtout quand il est diagnostiqué trop tard est également l’autre porte d’entrée de Touts Nos Envie.

 

 

En fait, le film débute dans le couloir d’une école primaire. Une mère de famille en alpague une autre. Elle lui rend les quelques euros que sa fille a prêté à la sienne pour une sortie de classe. « je ne fais pas l’aumône madame », lui dit-elle. L’autre, surprise, réplique juste qu’il n’y avait aucune arrière pensée dans son geste et que si elle a payé la participation des deux  filles, c’était simplement pour que les deux petites copines inséparables soient ensemble le jour de la sortie de classe. L’histoire en reste là mais reprend le lendemain au tribunal. Les deux femmes se retrouvent face à face. L’une doit juger l’autre dans une affaire de sur-endettement. Bien sur que la neutralité de la juge, qui connaît l’accusée, est ébranlée. La défense le remarque et la juge se fait sermonner par le procureur. 

 

 

N’empêche qu’à compter de cet instant, une relation d’amitié naît entre les deux femmes. La juge, dégoûtée devant la toute puissance des organismes de crédit, décide alors de porter le fer, de débusquer la faille pour faire changer le système. Aidé par un chevalier blanc plus expérimenté, ils ne lâcheront pas l’affaire tant que les organismes de crédits ne seront pas à leur tour sur le banc des accusés. Seulement, le crédit, c’est la consommation. La consommation est la base du système, et le système, on n’y touche pas! Parole de juge. On n’y touche pas, mais on peut quand même effleurer l’espoir de le modifier un peu, de le rendre un peu plus juste vis à vis des  consommateurs. La juge opiniâtre se jette alors avec abnégation dans la bataille, un combat qu’elle compte bien remporter. Il est vital pour cette jeune femme, mariée et mère de 2 enfants en bas age, de ne pas flancher, d’aller jusqu’au bout, vital car elle sait qu’elle a dores et déjà perdu son autre combat, celui contre un glioblastome. Le docteur est formel. Elle ne résistera pas à une tumeur cérébral. Il lui reste donc tout au plus 3 mois pour régler toutes ses affaires.

 

 

Toutes Nos Envies, un film humaniste. A quoi s’attendre d’autre de la part de Philippe Lioret, lui qui ne jure que par des histoires qui interrogent le sens de la vie. Souvenez-vous de Welcome, sur l’immigration clandestine ou comment un homme qui à priori n’avait rien à fiche de la situation des sans papiers allait risquer la prison pour aider un jeune étranger en situation irrégulière à passer la frontière. Le film était tellement juste dans ce qu’il racontait et dans sa mise en scène  qu’il avait ému une bonne partie de la France, à l’exception de Sarkozy et de son équipe de ministres, dépassant du coup le simple cadre du cinéma et s’invitant dans les pages société des journaux. Ceci dit, même si c’est tout le mal qu’on lui souhaite, il n’est pas certain que Toutes Nos envies suive le même parcours, et pour cause, la thématique sociale est éclipsée par la maladie incurable et le questionnement qui va autour : se traiter ou ne pas se traiter, dire ou ne pas dire, telles sont les questions que posent Philippe Lioret dans son film. Marie Gillain campe cette trentenaire malade avec talent et sincérité. Il se pourrait bien d’ailleurs qu’il y ait pour elle un avant et un après Toutes Nos Envies. En effet, trop souvent cantonnée à des personnages de jeune adulte inconséquente, pour la première fois, un cinéaste lui a confié un vrai rôle de femme, fragile mais forte, délicate, entêtée, opiniâtre, prévenante avec ses enfants mais mystérieuse pour son mari. Elle peut enfin explorer tout un panel d’émotions.

 

 

L’autre juge Vincent Lindon n’est plus maître nageur, mais entraîneur de rugby le week-end. Ce sport n’a évidemment pas été retenu au hasard. Il véhicule des valeurs de courage, de solidarité,  qualités que le juge possède. Ceci dit, il se jette tout de même à l’eau dans ce film au sens propre comme au figuré. Il est celui qui accompagne Marie Gillain dans son double combat et veille sur elle, comme un ami, un amant ou un père. Peu importe la complexité de cette relation. Il est là pour l’aider à traverser la dernière étape de sa vie. Si vous aimez les films plus émouvant que militant, alors ne vous privez surtout pas de l’envie d’aller le voir en salle Toutes Nos envies.

 

 

 

 

 

 

 

MON PIRE CAUCHEMAR

Un film de rêve 

 

 

« Faut pas se torcher le cul avant de chier ! » Que voilà une formidable pensée, profonde, sincère, pleine de clairvoyance, une parole presque divine en tout cas livrée par Benoît Poelvoorde, le St patron des alcooliques! Peut-être l’avez-vous vu bourré sur le plateau du Grand Journal de Canal+ alors qu’il était invité à promouvoir, en compagnie d’une Isabelle Huppert extrêmement gênée mais toujours digne, le nouveau film de Anne Fontaine, Mon Pire Cauchemar. Oui, le belge était beurré comme un slip de vieille ce soir là sur un plateau de télévision française. Oui, il était pathétique. Oui, il faisait peine à voir! Mais oui, il était au diapason, en parfaite adéquation avec le film qu’il était venu défendre, et surtout, avec le rôle qu’il incarne dans ce film là, celui d’un à priori pathétique queutard alcoolique grossier personnage. Cet écart dans Le Grand Journal était-il une erreur de communication ou au contraire, un coup de génie de la part de Poelvoorde? Personnellement, j’opterais volontiers pour la troisième hypothèse : le manque de confiance en lui. Et oui, St Benoît Poelvoorde n’a pas su s’écouter et appliquer sa maxime. Pauvre de lui qui s’est donc torché la gueule avant d’aller chier de la phrase toute faite sur un plateau télé! Voilà ce qu’il en coûte ! Résultat un gâchis désastreux car l’acteur est absolument génial dans Mon Pire Cauchemar.

 

 

Mon Pire cauchema, le nouveau film de Anne Fontaine met également en scène et c’est une surprise, Isabelle Huppert. Enfin, quand on dit une surprise, ce n’est pas tant que l’actrice ne s’affiche jamais dans une comédie! Certes, elle est plus habituée au cinéma d’auteur, mais Isabelle Huppert sait parfois choisir des films ou la comédie domine. Se souvenir de son rôle de Viviane dans La Femme de Mon Pote de Bertrand Blier, comédie dramatique à 3, mais comédie tout de même. Plus récemment, elle vendait des appartements à Ostende dans la comédie sociale de Marc Fitousi, Copacabana. Donc, voir Isabelle Huppert dans Mon Pire Cauchemar en train de faire la brouette dans une chambre avec Poelvoorde n’a finalement rien de surprenant. Si elle était en face de vous, elle vous le dirait : « faut pas croire, j’ai de l’humour ! Je suis une rigolote », malgré qu’elle ai joué dans une majorité de film pas toujours rigolo ! C’est vrai. Elle est marante dans Mon Pire cauchemar. Enfin c’est surtout la rencontre improbable entre deux monde qui débouche sur une comédie marante. L’idée revient à Anne Fontaine, une envie qui lui trottait dans la cervelle depuis longtemps. Elle et Isabelle Huppert se connaissent très bien, mais jamais l’occasion ne s’était présenter de se réunir autour d’un projet. Anne Fontaine a finalement penser à une confrontation entre l’actrice et Benoît Poelvoorde qu’elle connaît par contre très bien. Faut-il rappeler que le belge s’est déjà illustré à 2 reprises chez Anne Fontaine. S’il a été récemment un Balsan remarquable dans Coco Avant Chanel, Benoît a surtout été un terrible vétérinaire psychopathe tueur de femme amoureux de sa future victime Isabelle Carré dans  Entre Ses Mains. C’est ce qui est intéressant avec Anne Fontaine. Du sang anglo-saxon doit certainement couler dans ses veines. Contrairement à la plupart de ses collègues français, elles ne se cantonne pas à un seul registre. Anne Fontaine papillonne d’un genre à l’autre. Film en costume, drame noir ou comédie lumineuse, Anne Fontaine se plait à vagabonder d’un style à l’autre sans jamais oublier de toujours ramener sur le tapis un thème qui lui tient à cœur, la lutte, ou parfois seulement, le choc des classes. Oui, en étudiant de plus près sa filmographie bigarrée, la rencontre entre des classes sociales différentes revient toujours : une provinciale qui sort de son beuglant pour embrasser une carrière de couturière créatrice pour la bourgeoisie parisienne dans Coco, un modeste garde du corps et un avocat plein aux as dans La Fille de Monaco, un gardien de piscine et des actrices sur le déclin dans Nouvelle Chance, une entraîneuse et une bourgeoise dans le troublant et chaud Nathalie. La France d’en haut et celle d’en bas se rejoignent donc une fois de plus dans Mon Pire Cauchemar.

 

 

Pour tout dire, Agathe une femme à poigne, autoritaire, aussi rigide que dirigiste, aussi froide que frigide, aussi snobinarde que désagréable, responsable d’une galerie d’art contemporain, va devoir supporter son parfait contraire Patrick, un odieux macho qui ne pense qu’à fourrer du boudin. Ce qui compte, c’est la quantité, pas la qualité. Forcément, quand cet énergumène mal élevé, sans gêne, sans fric et franc du collier déboulera dans la vie de la coincée qui ne supporte pas l’à peu prêt, et tapera même l’incruste, les choses vont tourner au cauchemar, et pas seulement pour elle. Pour lui aussi.  Certes, si Mon Pire Cauchemar est un festival ou les répliques fusent et les situations cocasses et incongrues se succèdent, Anne Fontaine a l’intelligence d’aller plus loin, de dépasser le simple film de gaudriole. C’est ce qui est intéressant avec un auteur comme elle. La cinéaste montre donc avec intelligence et plus de subtilité qu’il n’y paraît comment deux êtres fragiles masquent leurs failles sous un carapace pas si indestructible que cela. Les enveloppes ne demandent qu’à se déchirer pour laisser apparaître les vraies personnalités. Agathe n’est pas seulement une bretonne avec du granit à l’intérieur. Patrick n’a pas qu’une bite à la place du cœur! Ces deux être terriblement seuls vont se rapprocher parce que c’est bien connu, les contraires s’attirent. Il suffira de faire tomber la barrière qui les sépare pour favoriser ce rapprochement. Cette barrière est le troisième personnage principal du film : l’art contemporain. Il est vrai qu’il tient une place prépondérante dans cette comédie sociale. Il est le symbole de la frontière qui sépare les nantis des petites gens. Ce n’est pas cliché que de dire ça. La compréhension de l’art demande de la culture et la culture a un prix. Du coté de Patrick, quand on dort dans une camionnette avec son fils, on pense plus à se remplir l’estomac qu’à courir les musées pour nourrir son intellect. Mais quand l’occasion lui est donné de saisir des clés de compréhensions, il ne se gêne pas pour s’emparer du trousseau tout entier. Cette ouverture d’esprit lui permettra de se frayer un chemin jusqu’au plumard d’Agathe. Elle-aussi, dès lors s’intéressera aux rêves plus terre à terre de Patrick. Il veut tenir un bar avec des aquarium à femme à l’intérieur, idée qui peut sembler machiste mais qui, quand Patrick en parle, est peut-être plus poétique qu’elle n’y paraît. Bon d’accord, en attendant, il gère avec son beau frère un car wash ou des femmes de petite vertu nettoient des voitures avec leurs seins et leurs miches! De quoi peut-être épingler la représentation de la femme dans ce film. Elle est assez gratinée. Entre la frigide, la grosse prise en levrette qui adore ça, les putes du car wash, on ne peut pas franchement dire que le portrait de la femme dans Mon Pire Cauchemar soit reluisant.

 

 

Et la dingo new age Julie ne vient pas rehausser le niveau. Virginie Efira incarne cet arbre qui cache la forêt. Cette jeunette d’une pure beauté, attirante, sexy est en fait une véritable allumée. Malheur à celui, qui ouvrira ses chakra à cette folle molle, pas hystérique, juste molle mais folle. André Dussolier, le mari d’Agathe dans le film, atteint du démon de midi, en fera les frais. Pauvre homme qui aura bon quitté sa frigide, ce n’est pas pour autant qu’il renaîtra dans les bras de l’allumée. Notez au passage que les hommes en prennent pleins leur grade aussi. Seuls les enfants s’en tirent bien Mon Pire Cauchemar, une comédie ou l’on rit, ou l’on s’instruit aussi, un film en couleur ou le noir et blanc domine, la faute  aux clichés de l’artiste japonais Sugimoto, un type pétri de talent et surtout bourré d’autodérision au point qu’il a saccagé une de ces œuvres uniquement pour le bien du film. A noter qu’il fait une apparition remarquable ou il explique au cours d’un dîner très prout prout ma chère que la couleur rouge n’existe pas.

 

 

 

 

 

CONTAGION

La fièvre de Soderbergh ! 

 

 

Un jour viendra ou l’on ne pourra plus se parler sans porter un masque sur la bouche. Un jour viendra ou l’on ne pourra plus se serrer la main ou s’embrasser pour se saluer. Un jour viendra ou l’on crèvera presque tous en quelques jours à cause d’un virus mortel inconnu qu’on n’aura pas vu venir. Un jour est venu ou Steven Soderbergh en a fait un film : Contagion, en réalité un thriller paranoïaque basé sur la peur de la maladie. La peur, la pétoche, le gros flip, que voilà une ficèle sur laquelle nombre de cinéastes ont tiré bien avant lui. Sauf que cette fois, aucun monstre en caoutchouc ou en image de synthèse ne viendra vous glacer les sangs. Rien de mieux, en effet, pour se faire une vraie frayeur qu’un bon film de zombie sans zombie, qu’un bon film d’horreur sans horreur, qu’un bon film d’épouvante avec un épouvantable virus invisible. Ah !!!! les films de bestioles microscopiques, c’est bon ça pour se taper une vraie crise d’angoisse! Souvenez-vous de la Nuit des Fous Vivants de Roméro, de 28 jours plus tard et de sa suite de Dany Boyle… Sauf que je l’ai dit, dans Contagion, il n’y a pas de zombie, simplement une épidémie, un peu comme celle du choléra, qui frappe Venise dans le film de Visconti Mort à Venise, ou comme la peste noire qui est de retours à Paris dans le film de Régis Wargnier, Pars Vite et Reviens Tard. En fait, Contagion pourrait être un film pré-Armée des 12 Singes cher à Terry Gilliam. Dans le  monde de Bruce Willis, on vit sous terre après qu’un virus ait contaminé la surface du globe. Et bien Contagion, c’est comme si Bruce débarquait de son futur. Il ne se passerait encore rien, alors pour s’occuper, il irait voir par hasard au cinéma Contagion et découvrirait avec stupeur que ces salopards de chinois sont à l’origine  de la contamination du monde par ce virus inconnu. Que voulez-vous, Contagion est un film américain! En Amérique, on a la métaphore lourde. La chine avec son économie toute puissante nous envahi depuis quelques décennies et cette invasion pourrait conduire à notre perte, à moins que l’Oncle Sam n’agisse et vite ! C’est le message caché derrière Contagion.

 

 

Contagion, un film bien innocent, trop sans doute pour être honnête, un film ou seul le début vaut la peine. Steven Soderbergh montre sans prendre de gans, avec un réalisme terrifiant, comment un virus se propage à travers le monde. Par une successions de plans emballés dans un montage serré, un postillon parti de Macao, atterrit à Chicago en faisant un crochet par Tokyo, Atlanta, Sans Francisco, Paris, Londres et Genève. Une quidam malade tousse dans sa main, mange des cacahuète dans un casino. Un homme pioche dans le même bol et c’est parti. Il serre une main, main qui s’accroche à une barre métallique autobus, barre touchée ensuite par un autre qui va serrer la main plus tard d’un autre tiers qui lui se rendra à l’aéroport ou il contaminera l’hotesse d’accueille à cause de son passeport qu’elle compulsera, Par inadvertance et parce qu’on le fait entre 3 et 5000 fois par jour, elle se touchera le visage, embrassera quelqu’un qui deviendra à son tour porteur du postillon mortel… .et ainsi de suite… Contagion, votre film de peur commence comme ça, de manière brute. La suite, ressemble plus à l’Ile Des Mort étendu au globe. L’Ile des Morts de Mark Ronson réalisé en 1945, mettait en scène des malades retenus prisonniers sur un lopin de terre au milieu de la mer pour ne pas contaminer le reste du monde. Aujourd’hui, c’est bien la planète entière qui est devenu une île des morts et pour cause, en 70 ans, le chiffre de la population mondiale a pris l’ascenseur et les moyens de transports ont évolué. Il suffit de très peu de temps pour qu’une pandémie se déclare et que la race humaine s’éteigne. On l’avait oublié depuis l’épidémie de grippe espagnole. On en a repris conscience récemment avec la fausse alerte du H1N1. C’était en 2009. 2 ans plus tard, il était normal que le cinéma hollywoodien s’empare du phénomène.

 

 

Et qui de mieux placé que Steven Soderberg  pour réaliser un film clinique, froid et glaçant montrant avec un réalisme criant ce qu’est une pandémie! Mise à part lui, pas grand monde! Mais si Soderbergh est toujours à ne rien faire comme les autres, toujours à tenter de se démarquer, toujours à vouloir surprendre, il est aussi un auteur commercial, une position délicate à tenir, presque schizophrénique tant la combinaison des deux est loin d’être facile. Comment garder la main sur un point de vue d’auteur tout en essayant de séduire le plus grand nombre? L’équation insoluble ne trouvera pas sa résolution ici. Au contraire, Contagion, pourrait bien refiler la fièvre à plus d’un spectateur qui ressortiront ronchon de son thriller paranoïaque. Ils auront l’impression que le cinéaste tourne en rond et surtout à vide. En rond d’abord car sur la forme, le film reprend celle de Traffic avec beaucoup moins de force. On suit en effet des histoires intimements liées mais qui se déroulent à différents points de la planète. Erin Brokovitch celle qui était seule contre tous pour lutter contre l’industrie s’est fait pousser une paire de couille et s’appelle désormais Alan, ou jude Law si vous préférez. Cet activiste, parfois ridicule avec son sac plastic sur la tête, blogue pour prévenir le monde que l’industrie pharmaceutique vous ment, vous manipule dans le but de faire du fric sur votre dos. Un blog : des graffitis avec de la ponctuation autour dira un scientifique! Malheureusement, ce personnage est noyé dans la masse, comme si le propos de Soderbergh n’était pas de dénoncer l’industrie pharmaceutique, ce puissant lobby, comme si il ne fallait pas sortir des clous, rester sagement sur la ligne droite, celle qui donne à voire comment on réagit dès que l’on est convaincu qu’une pandémie menace le monde et la vie sur terre. Les différentes étapes qui nous attendent avant la découverte d’un potentiel remède sont donc développées en même temps que le compteur tourne. Le film commence à Jour 2, pour aller à Jour 135 : La contamination, la prise de conscience par l’OMS, la suspicion d'une attaque terroriste, la recherche vaine d’un vaccin, la possibilité que l’homéopathie puisse suffire à guérir, la pression de l’industrie pharmaceutique, les émeutes dans des villes en quarantaine, la gestion de cette crise, l’identification de l'origine de la contamination avec les risques économiques que ça implique pour le pays concerné. Mais à force de suivre cette logique, la construction devient artificielle et le film superficiel.

 

 

Comme l’auteur commercial Soderbergh évite de s’attaquer au cœur du problème pour ne pas fâcher qui que ce soit et dénoncer quoique ce soit, Contagion reste en surface. Ce qui aurait pu être un très bon film politique ne reste finalement qu’un objet de divertissement dans lequel s’amoncellent des scène insipides ou l’héroïsme triomphant bat le fer avec l’instinct de survie. Le scénario, dicté par la maladie qui s’étend à travers le monde, privilégie dont les actes des personnages tous régis par le désir de rester en vie. Le pire, c’est qu’aucune émotion ne traverse ce film. On mieux, on pouffe de rire devant le pseudo héroïsme de pacotille de Marion Cotillard ou de Laurence Fishburne, tous deux rattachés à l’OMS. Le film qui se veut réaliste vire au grand n’importe quoi avec leur sens du sacrifice et leur crise d’humanisme pas crédible

 

 

Du coté de Matt Damon, ce n’est pas mieux. Il campe un père veuf éploré qui se débat pour que sa fille ado, le dernier être qui lui reste, attende calfeutré à la maison qu’un vaccin soit trouvé, sa femme Gwyneth Paltrow et son fils n’ayant pas résisté. Et que penser de la chercheuse, celle qui s’inocule son vaccin parce qu’elle en a marre de voire ses singes de laboratoire crever les uns après les autres. Aucun chercheur ne prendrait un tel risque, à moins d’être complètement désespéré, ce qui n’est pas son cas. Finalement, Cliff Martinez est le seul a tirer son épingle du jeu. Déjà auteur de l’excellente BO de Drive, il poursuit ici sur la même route et parvient à donner un peu de jus à ce film avec des partitions un brin électro très bien senties.

 

 

 

 

 

INTOUCHABLES

Pas de bras,

pas de chocolat 

 

 

Qui a vu Le Scaphandre et le Papillon n’a pas oublié la performance d’acteur incroyable de Mathieu Amalrich dans ce film de Julian Schnabel ou il incarnait ce type immobilisé dans son lit, incapable de bouger et de communiquer si ce n’est en clignant les paupières. Et bien disons pour faire très court que Intouchables est Le Scaphandre et le Papillon de François Cluzet. Ici, l’acteur incarne Philippe, un riche aristocrate cloué dans son fauteuil électrique. Si il possède encore la parole, il a par contre perdu l’usage de ses jambes, de ses bras et de ses mains. C’est avec sa bouche qu’il actionne une manette pour lui permettre de déplacer son fauteuil roulant. En fait, il n’a plus que la tête en état de marche! Tout ça à cause d’un stupide accident de parapente. Un jour, alors qu’il recrute un ‘n’ième aide à domicile, Driss, chômeur fraichement sorti de prison, vivant dans une cité, se pointe dans la riche demeure. Driss fait tache dans ce décorum somptueux. Persuadé qu’il n’obtiendra pas le poste, il fait le forcing avec désinvolture pour obtenir une signature sur un bout de papier qui pourra prouver à l’administration qu’il a bien fait le déplacement pour tenter de décrocher ce travail. Il en a besoin pour continuer à percevoir ses indemnités. Pas d’erreur, Driss est la personne la moins qualifié pour le job. C’est sans doute par gout de la provocation, et parce qu’il a une énorme envie de rompre sa monotonie que Philippe lui propose néanmoins de le prendre à l’essai. Ça signifie que Driss va devoir s’installer chez Philippe et être disponible 24h sur 24 pour s’occuper de lui. Il devra le coucher, le laver, le faire manger, le sortir, lui tenir compagnie. Deux univers vont ainsi entrer en collision, au grand désarrois du personnel déjà au service de Philippe, ainsi que de son entourage proche. Et voilà comment Vivaldi va côtoyer Earth Wind And Fire, le verbe batailler avec la vanne, les costumes élégants se mélanger aux pantalon de survêtements! Contre toute attente, de cette rencontre naitra une amitié aussi dingue que sincère, une relation unique et sans faille.

 

 

Bien sur, vous vous dites peut-être qu’un film avec le handicap pour moteur sera forcément ennuyeux, voir larmoyant. Figurez-vous que c’est tout le contraire. Intouchables est effectivement une comédie efficace, rondement menée. Extrêmement bien dialoguée, les répliques sont servies par un duo qui fait des étincelles. Quand Philippe remballe au premier rdv Driss et lui dit : « je vous raccompagne pas ». le banlieusard répond du tac au tac : « ça va aller, ne vous levez pas ! ». Plus tard quand l’aristo demande à son nouvel aide si il connaît Berlioz, l’autre, sûr de lui, répond oui ! Et vous aussi vous connaissez Berlioz ? Ah ben ça alors, et quel bâtiment ?... Encore plus loin, forcément que la question du sexe va tarabuster Driss. Il se demande si Philippe peut encore avoir des érections. La réponse est négative mais Philippe de lui faire comprendre qu’il existe d’autres zones érogènes comme le lobe des oreilles. « Ah ouais », renchérit Driss, « Alors comme ça le matin, vous avez les oreilles toutes dures au lieu du kiki ! » Bref, ça ne s’arrête que rarement.

 

 

François Cluzet et Omar Sy sont effectivement au diapason tout au long de ce film qui oppose en réalité un handicapé physique à un handicapé social. C’est l’autre aspect de Intouchable, et pas des moindre, la misère sociale. Driss vient de la banlieue et là encore, il n’était pas question pour les cinéastes de sombrer dans le cliché, de recyclé les images des JT pour dépeindre l’environnement de Driss. En racontant l’histoire de son point de vu, ils ont réussi à dresser le portrait d’un jeune qui va sortir de son bloc, ouvrir les yeux et tenter de faire de son mieux pour apporter son soutien à l’aristo. Omar Sy, même si ce n’est pas sa première expérience de cinéma (il a déjà tourner notamment à plusieurs reprise pour le duo Eric Toledano Olivier Nakache dont c’est d’ailleurs le 3ème long métrage), tient ici enfin un rôle principal. Jouant d’égal à égal avec l’expérimenté François Cluzet, il parvient sans peine à donner corps et vie à ce Driss, tant et si bien qu’après la projection, on ne peut que penser que ce rôle était fait pour lui et personne d’autre. Pas si éloigné parfois des personnages qu’il campe dans le SAV, il sait aussi amener de l’émotion quand il le faut. Et le film de tellement bien fonctionner que les frères Weinstein ont racheté les droits pour en faire un remake américain. Il faut dire que le scripte repose sur un classique buddy movie, un duo de mecs que tout oppose et qui deviendront  inséparables et complices à la fin du métrage. Si le principe édicté par le maître du genre Francis Véber semble éculé, les deux réalisateurs apportent toutefois un regard différent dans cette relation puisque la complicité est pratiquement d’emblée de mise. Pas d’erreur, après avoir vu Intouchable, on se sent bien. Tiens ben une autre raison de courir voir cette brillante comédie au cinéma, la présence de Nina Simone, I’m feeling good sur la bande son. Rien que ça signifie déjà que Intouchable est un excellent long métrage, l’adaptation de l’histoire vraie vécue par Philippe Pozzo di Borgo. Lui qui ne voulait pas que son histoire personnelle fasse l'objet d'un film axé sur la pitié et la compassion a été magistralement servi.

 

 

 

 

FORCES SPECIALES 

Les benets en berret

 

 

Mais que voilà un bien joli film de propagande tout à la gloire de l’armée française! Pas d’erreur, le chef des armée Sarko va adorer ce Forces  Spéciales…. A moins que ce ne soit lui le pilote de ce projet qui vise à montrer des beaux hélicoptères kaki en vol stationnaire ou en manoeuvret, montrer aussi le courage de ces hommes surentraînés. Rien que l’entame du film laisse perplexe! Sans aucun dialogue, des militaires survolent une zone de bord de mer à bord de 5 hélico. Par chance, on nous évite la chevauchée des Walkyrie cher à Coppola. Ici, ce serait plutôt la chevauchée des Vaches qui rient ! Des hommes de l’armée françaises sont en mission au Kossovo. Objectif : capturer un gradé kossovar réfugié avec sa garde rapprochée dans une fermette isolée au milieu de la campagne. Mission accompli en moins de 3 minutes! Sauf que dans cette séquence d’ouverture, un détail et pas des moindres titille d’emblée. Comment se fait-il que les ennemis n’aient pas entendu l’approche des hélicoptères? Quand un seul de ces engins reste en vol stationnaire, ça fait un ramdam du tonnerre, alors 5 appareils en même temps, je vous laisse imaginer le barouf ! A priori, au Kossobvo, on est sourd et en plus aveugl. Non seulement on n’entend rien arriver mais en plus on se méfie pas quand 5 hélicoptères restent en vol stationnaire à une dizaine de mètre de votre champ de vision ! Faut-il y voir un message subliminal peut-être ? En fait, les kossovar ne seraient ni aveugles, ni sourds, juste cons !

 

 

Le ton approximatif et grossier de ce film est donc donné avant même le générique d’ouverture. Notez que juste après, ce n’est pas mieux. Emballé dans une esthétique et une réalisation de mauvaise série Tv avec caméra tournoyante autour de personnages fixes en grande conversation, changement de plan toutes les 1 secondes et demi pour masquer des dialogues insipides, on fait connaissance avec ces hommes des forces spéciales alors que l’on arrose l’anniversaire de l’un d’eux. En parallèle, une journaliste de terrain, antimilitariste. luttant pour la cause des femmes est postée en Afghanistan. Incarnée par une Diane Kruger aussi crédible que Mimi Mathy en capitaine d’escadron des forces spéciales, elle se fait enlever par Zaïef et sa bande de barbus pas commodes. Ni une, ni d’eux, nos amis des forces spéciales interrompent leur petite sauterie et sont expédiés sur place pour libérer la donzelle de ces horribles et sanguinaires talibans. Bien sur, Stéphane Rybojad le réalisateur opte alors pour une caméra épaule le temps de la prise d’otage histoire d’amener du mouvement et de communiquer le stress du personnage au spectateur. Tout ce qu’il parvient à faire passer, c’est une belle nausée et cette façon de zoomer à la vitesse de l’éclair n’arrange rien. Pour parer à toute envie de gerber, et éviter à son spectateur pas prévenant qui ne s’est pas équiper d’un sac à vomi avant la séance, Stéphane Rybojad alterne donc ses plans hystériques laids avec des vues aériennes sublimes. Posées, sur des hélicoptère de l’armée française volant au dessus des cimes de l’Afghanistan. A bord des engins, il dégaine une série de gros plan en rafales sur ces héros dégoulinants de sueur avant leur saut en parachute en milieu hostile. Il n’oublie pas non plus, juste avant le décollage de jouer la carte de l’humour à même pas 2 balles. Que voulez-vous, le budget de l’armée n’est plus aussi extensible qu’il n’y paraît. La crise est passée par là aussi. Voilà comment, alors que le commandant dit  de sa voix grave et appliquée: « On a 1 h pour rejoindre la position »,  l’engagé comique réplique : « En clair, on aura pas le temps pour du shopping ! » Et ce n’est pas la pire des sorties. Dans un grand moment d’émotion, alors que nos hommes et leur blondasse sont au plus mal, cernés de toute part par Zaïef le très méchant sans cœur, acculés qu’ils sont dans un petit village, sans doute à deux doigts de la mort, le même chef d’équipe balance à l’otage libérée :  « Vous avez des enfants? », « Non », répond-elle. « Alors Vous allez rentrer chez vous et en faire plein ! ». C’est alors que Benoît Magimel renchérit, pour donner du courage à ses camarades et déclare solennellement : « 1h de gloire bien remplie vaut largement une éternité anonyme ». Ben pour le coup, l’anonymat serait préférable  Epinglé une telle daube sur son CV, ce n’est pas très glorieux 

 

 

Forces Spéciales, un film qui aligne donc tous les clichés les plus horribles qui soient. Au début, ils sont 6 Rambo français qui tirent dans le tas. Ces soldats de ball-trap vont donc tout faire pour échapper à leurs poursuivants, y compris franchir avec une petite couverture sur le paletot, un col à 5000 mètres d’altitude sans jamais ressentir de peine pour respirer! Je ne vous parle pas non plus des engelures aux pieds de Diane Kruger qui vont miraculeusement disparaître quand on sera redescendu vers 2000 mètres, là ou, après un déluge de balles, elle et les rescapés devront encore éviter une avalanche de cailloux! C’est celle de trop. Et pourtant, on pensait avoir déjà atteint le sommet du ridicule bien avant, lorsque dans un ultime sursaut de courage et de fierté, l’un de ces soldats avec à ses trousses une trentaine de Taliban avait fini par être touché mortellement. Il s’était écroulé au ralenti, une chute accompagnée de violons formidables et de bruitages d’impactes de balles accentués! L’impacte réel sur le spectateur faisait plutôt chplofff que Wahouuuu…  C’est aussi le verdict après 2h de projection : chploff buerk barrrggghhh. Forces Spéciales, des films comme ça, ça devrait être interdit !

 

 

 

 

 

L'EXERCICE DE L'ETAT

exercice réussi: 10 sur 10!

 

 

 

Il y a eut La Conquête pour amuser la galerie et il y a aujourd’hui L'exercice de L’Etat pour réellement décrypter les rouages de la fonction ministérielle. Ici, pas question de parodier l’ascension de Sarkozy jusqu’à son investiture à la tête du château. Non, oubliez Podalydès et concentrez-vous sur Gourmet, Olivier Gourmet. Il  incarne dans L'exercice de L’Etat, le nouveau film de Pierre Schoeller, un ministre des transports malade en hélicoptère ou nauséeux en voiture et qui comble du comble, aura droit a une sortie de route meurtrière. Cet homme de terrain, fougueux est épaulé par Michel Blanc, son ami et éminence grise, le directeur de cabinet, celui qui le guide dans ses prises de position. Dans son entourage, parmi les conseillers, Zabou Breitman est chargée de sa communication. Ensemble, ils composent une équipe. Ensemble, ils vont nous montrer ce que signifie réellement l’exercice du pouvoir.

 

 

L'exercice de L’Etat débute sur un rêve hallucinant ou des apparitions fantomatiques mettent en place le bureau d’un ministre. Un crocodile observe ce mystérieux balais, figé dans un coin de la pièce. Soudain, une femme nue pénètre par la grande porte et s'assoit face au reptile. Elle écarte les jambes avant de s'enfiler dans la gueule impressionnante de l'animal. 

 

 

C’est alors que la scène s'interrompt brusquement et l'on découvre Olivier Gourmet en sueur, dans son lit avec une trique d'enfer! Et oui, c'est très bandant de se retrouver au plus haut niveau de l'état. Excitant certes mais parfois émouvant. Son téléphone sonne. Depuis quelques minutes, son cabinet ministériel est en ébullition. Un autocar s'est mis dans un fossé sur une route des Ardennes. Des enfants sont morts. Le ministre doit se rendre sur place pour se montrer devant des cameras. C'est bon pour son image. Mais le choc est tellement violent que sa déclaration a l'égard des victimes et de leurs proches semblera sincère, semblera seulement! Toute cette ouverture se fait dans un vacarme assourdissant, ahurissant avec des bruitages routiers. Très vite il faut remonter a Paris, passer à autre chose, un sujet brûlant. Il faut clamer sur une radio nationale que le gouvernement ne privatisera pas la SNCF.

 

 

Il faut calmer les syndicats, étouffer dans l’œuf le début de révolte. Il faut remettre en place le ministre du budget qui vient d’annoncer le contraire sur une radio concurrente. Le téléphone chauffe entre les deux ministères. Coups bas, lutte de pouvoir et d'influence battent leur plein entre les énarques et ce ministre qui ne sort pas du sérail. Et le film de montrer a quel point il faut faire des compromis, se fourvoyer, avaler des couleuvres pour conserver son poste. Fierté et exercice du pouvoir ne font pas bon ménage. D'autant que le premier ministre lui intime l'ordre de conduire cette réforme de privatisation. Tiraillé entre sa conviction que c'est une connerie et l'obligation d'exécuter sans rien dire, il faut trouver le moyen de ne pas passer pour un hypocrite aux yeux du public. Ce sont toutes ces contradiction cette dichotomie entre vouloir et pouvoir qui passe ainsi à la loupe.

 

 

L’Exercice de l’Etat montre également très bien le manège des remaniements ministériel. Pour Pierre Schoeller, il n’y a pas d’ambiguïté. Le président décide, le premier ministre informe et les ministres exécutent. Ils sont des hommes de paille. Ils doivent suivrent la feuille de route, celle imposée par la président, et puis c’est tout. Les ministres sont des pions. Ils servent à occuper le terrain médiatique. Ils ne doivent jamais rien promettre mais seulement désamorcer des conflits pour regagner des points d'opinion favorable qui partiraient en fumée à cause du passage en force d'une reforme impopulaire. C'est ça L’Exercice de l’Etat, un calcul permanent pour conserver le pouvoir le plus longtemps possible. Et ce qui est vrai pour le président l’est également pour le ministre. En cas de dérapage, le ministre doit préparer sa sortie du château: les municipales. Il doit assurer son élection et écarter en amont tous les concurrents potentiellement dangereux susceptible de lui barrer la route. Quand on est ministre, il est aisé d’user de son influence pour par exemple faire nommer à la cours des comptes un gêneur. C’est le genre de poste qui ne se refuse pas et interdit tout cumule de mandat. C’est dégueulas? Non, c’est humain ! L’'humain est d’ailleurs au centre de ce film. Ce ministre des transport que l’on suit pendant une heure et demi n’est pas un enfoiré. Il a juste pris goût aux privilèges qui accompagnent sa fonction et ne veut pas que cela s’arrête. C’est humain. Humain, il l’est quand Il tend  la main à un chômeur en fin de droit et lui offre un stage de formation de 4 semaines en remplacement de son chauffeur à qui il a donné un congé paternité d'un mois. Humain, il est un peu moins avec sa famille. Quand on est ministre, elle passe au second plan. Il oublie par exemple que sa fille s'est tiré au Caire. Il est déconnecté à ce niveau. Si vous vous demandez à quoi ressemble le quotidien d’un ministre, filez donc voir L’Exercice de l’Etat au cinéma et vous saisirez mieux qui sont les gens pour qui vous votez, et surtout pourquoi tous ces politiques se battent pour atteindre le sommet de l’Etat.

 

 

 

 

TINTIN

Moins décevant que prévu

 

 

Depuis plusieurs années, Tintin n'était plus vraiment à la fête chez les libraires. Quant à la société Moulinsart SA, exploitant les produits dérivés, elle perdait de l’argent. Steven Spielberg comme bon nombre de cinéastes, fan du héros intrépide à la houppette rebelle a donc volé au secours d'une industrie en perdition. Dans les années 80, il découvre la créature de Hergé, en tombe amoureux et rachète les droits cinéma. 6 tentatives avortées de scénarios plus tard, voilà que le créateur de E.T. a finalement annoncé la mise en chantier de Son Tintin en 2008, de quoi ravir les héritiers d’Hergé, l’entreprise lancé en 1929 ayant effectivement besoin d'un sérieux coup de pouce pour relancer son business. Le problème, c'est qu'en confiant les reines de cette nouvelle aventure cinématographique à Steven Spielberg, la famille Hergé a oublié un élément de taille: la nationalité du cinéaste. Comment voulez-vous qu'un américain, papa de Indiana Jones qui plus est, s'accapare une œuvre européenne aussi subtil sans la travestir? Le pari était donc perdu d'avance, tout du moins à ce niveau là !

 

 

Des choses lui ont effectivement échappé notamment dans la caractérisation des personnages. Si Tintin reste  fidèle au héros de papier, un reporter opiniâtre, malin, rusé, entêté et doué, le capitaine Haddock apparaît quant a lui comme un gentil alcoolique. Non d’un moule à gaufre, il est aussi lisse et fade qu'un mauvais whisky qui n'a jamais vu la couleur des high land, un impure malt! La face sombre du personnage et son coté acariâtre sont complètement occultée. Du coup, les Dupont, censés contre balancer la noirceur d'Haddock et amener de l'humour dans la Bd ne sont ici pas drôles. Tonnerre de Brest, même Milou n'est pas assez facétieux ! Reste la Castafiore qui elle répond aux attente avec sa voix si perçante qu'aucun verre ne peut résister aux infrasons qui sortent de sa gorge. Vous me direz: et Tournesol dans tout ça? Et bien, le professeur sourd dingue a été mobbé dès l’écriture ! Exit donc Tournesol et son sous marin en forme de Requin. Mais Steven Spielberg a déjà promis qu’en cas de succès du Secret de la Licorne, une suite réalisée par Peter Jackson (actuellement producteur et responsable des FX)  serait mise en chantier et Le Professeur Tournesol ferait alors parti du Temple Du Soleil, une nouvelle et belle aventure. Aventure, un mot qui prend tout son sens dans LE SECRET DE LA LICORNE, car l’action ne s'arrête jamais. Ici, on ne laisse aucun répit, ou si peu, au spectateur.

 

 

Tout commence par une agréable journée, alors que le reporter en quête de scoop achète sur un marché aux puces une maquette de bateau somptueuse, La Licorne. Première divergence avec la BD, Tintin ne connaît pas Haddock. Il ne peut donc pas lui offrir cette maquette! Qu’à ce là ne tienne, les scénariste Joe Cornish (réalisateur de l’excellent Attack The Bloc) et Edgar Wright (réalisateur scénariste du tout aussi excellent Shaun Of The Dead) sont retombés sur leurs pates en imaginant une rencontre fortuite sur un rafiot un peu plus tard. En fait, dès le début du film, Tintin se fait dérober cette maquette chez lui, juste après avoir découvert qu’elle renfermait un message crypté pouvant le conduire à un trésor enfouis au milieu de la mer des Caraïbes.  Ni une, ni deux, n’écoutant que son courage, voilà qu’il se met en quête de retrouver son bateau miniature, ainsi que ceux qui ont saccagé son appartement. Chemin faisant, Tintin croise Haddock, retenu prisonnier sur un vieux rafiot et le libère. Ensemble, ils traversent le désert du Crabe aux Pinces d’Or avant de visualiser en rêve la terrible bataille opposant l’ancêtre de Haddock et le terrible pirate du Trésor de Rackham Le Rouge! Trois bandes dessinées ont ainsi servi de base pour construire la trame de ce scénario, une histoire qui n’est pas la qualité première du film tant elle demeure prévisible.

 

 

L'indéniable atout réside en fait dans la technique d'animation, la fameuse Performance Capture, impressionnante. Et c'est parce qu'elle permet toutes les extravagances possibles que Steven spielberg et Peter Jackson se sont laissés emporter, oubliant qu'un film ne peut se limiter à un seul exploit technique. Il manque un élément majeur: l'émotion. Ceci dit, seule la Performance Capture pouvait convenir pour matérialiser ce Secret de la Licorne au cinéma. Les transitions entre les scènes sont magiques. Un reflet dans une goute d'eau permet de passer à la scène suivante. Une main, ou plus exactement un poignet peut devenir une dune de sable, dune qui à son tour se métamorphose en une vague gigantesque ou vogue la licorne en pleine tempête. Les batailles en bateaux ou en grue de docker sont également à couper le souffle. D'autres scènes, notamment de poursuite au Maroc, tout en plan séquence, n'auraient pas été possibles autrement. Pas une coupe sur une séquence de près de 10 minutes bluffante au cours de laquelle Tintin et Haddock poursuivent en side-car le méchant Sakarhin. On détruit un barrage;  on roule à fond les ballons sur une corniche; on virevolte et on vole en tyrolienne; on rattrape un faucon pour finir au fond de l'eau. Le spectacle proposé est impressionnant de virtuosité.

 

 

Bien sur, tout a été tourné dans un studio recouvert de moquette verte, sans décors avec des comédiens habillés de combinaisons spéciales bourrées de capteurs. Leurs moindres faits et gestes ont été enregistrés puis modélisés en image de synthèse. Ensuite les artistes sont entrés en piste pour matérialiser les décors et les objets dont on croirait qu’ils sont tous en plastic ! C’est dingue ! Même la qualité de l’éclairage ne suffit à gommer cette sensation de suivre une aventure des Playmobil sous empeht! Une chance, c’est que la Performance Capture permet de modifier les traits des personnages. Il n’y a effectivement rien de moins expressif qu’un comédien jouant faux dans un studio vide face à des décors imaginaires! Les artistes informaticiens ont donc pu s’éclater avec leur souris et faire en sorte que les personnages vivent un semblant d’émotion. Au passage, notez que Haddock est incarné par un habitué du genre, le Gollum du Seigneur des Anneaux ou le César de La Planète des singes : Les Origines, à savoir Andy Serkis. L’acteur au visage inconnu est devenu assez paradoxalement le plus célèbre de la planète cinéma! A ses cotés, on retrouve Jamie Belle en Tintin, Daniel Craig en Sakharine, Nick Frost et Simon Pegg en Dupont et Dupond, Gad Elmaleh en Ben Salaad (il fait 2 apparitions sur la fin).

 

 

En tout cas, même si il est moins décevant que prévu, le spectacle le plus attendu de cette année 2011 vaut tout de même le déplacement. Ne vous privez pas de filer voir en salle Le Secret de la Licorne. En plus, il sort 2 mois avant les américains ! Et oui, au pays de l’Oncle Sam, non seulement on ne connait pas Tintin, mais en plus, on n’en à rien à cirer! Et pour les amateurs de Performance Capture qui veulent réellement prendre leur pied, je vous conseille de voir aussi  PRODIGEES de Antoine Charreyron, nettement plus réussi encore car l'univers sombre de New York et l'histoire sont réellement en adéquation avec cette manière nouvelle de faire du Cinéma.

 

 

 

 

 

 

 POULET AUX PRUNES

Une succulente recette 

 

 

Après Persépolis, à quelle sauce Marjane Satrapi allait bien pouvoir nous dévorer ? Voilà la question qui se posait depuis le succès de cet animé adapté de sa bande dessinée. La réponse déboule ces jours-ci au cinéma : Marjane Satrapi a opté pour une nouvelle recette du succès, celle de Poulet aux Prunes. Mais attention, Poulet aux Prune n’est pas un dessin animé, et pour cause, Marjane Satrapi insiste : « je ne suis pas animatrice. Je suis dessinatrice. J’aime varier les plaisirs. Après le carton de Persépolis, on attendait de moi une suite, mais il en était hors de question. Il n’y aura pas de Persépolis 2, pas de Persépolis 3, pas de Persépolis 4. il n’y aura plus de Persépolis ! ». Il est vrai que tout ce qui reste de Persépolis, dans Poulet Aux Prunes, c’est une image, une devanture de cinéma, Le Persépolis où l’on projette La Fille Du Fleuve. C’est tout. Pour Marjane Satrapi et son complice Vincent Paronnaud, les choses ont donc toujours été très claires. Afin d’éviter de tourner en rond, et parce qu’ils avaient envie de légèreté, les auteurs de Poulet Aux Prunes se sont donc tourné vers cette BD récompensée au Festival d’Angoulême en 2005. Et toujours dans l’optique de varier les plaisirs, ils ont décidé, ce qui n’a pas été si simple, d’imposer à leurs producteurs, pour leur deuxième long métrage, un film en prise de vue réel. Exit l’animation mais pas la fantaisie. En effet, si Poulet aux Prune s’appuie sur de véritables acteurs, le film oscille entre comédie burlesque et mélodrame pure, entre légèreté et gravité, humour et tristesse. En plus, tout au long du métrage, Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud pratiquent avec délice le mélange des genres. Ils marient des modes de narration différents, des esthétiques différentes, s’autorisent à parodier une sitcom, osent une incursion dans le mélo italien, lorgnent sur le film fantastique, y vont de leur clin au cinéma muet, jouent la carte du pantomime, mais n’oublient jamais de revenir à l’essence même de ce qu’est Poulet Aux Prunes: un comte persan. Et quand bien même il s’agit d’un film en prise de vue réelle, l’animation n’est pas totalement absente. Il est vrai que les acteurs évoluent parfois dans des décors peints. Quelques séquences animées s’intercalent parfois sans prévenir mais toujours avec justesse comme celle ou l’on découvre l’histoire d’Azrael, l’ange de la mort. Et puis, l’ouverture même du film est un générique animé en Noir gris blanc. Un train voyage au milieu des nuages éclairés par la lune. Très vite, l’animation disparaît et la voix d’Edouard Baer, le narrateur, résonne. Il nous raconte alors une histoire d’amour brisée à Téhéran en 1958

 

 

Depuis que sa femme a cassé son violon tant aimé, Nasser Ali Khan, un des plus célèbres musiciens de son époque, a perdu le goût de vivre. Emporté par une profonde mélancolie, ne trouvant aucun instrument digne de remplacer son violon, Nasser se met au lit et décide de ne plus s’alimenter et d'attendre la mort. Dès lors plongé dans moult rêveries, Nasser revoit sa jeunesse et est amené à converser avec Azraël, l'ange de la mort. Flash back et flash foward se côtoient allègrement. Il est par exemple cette scène exquise ou Nasser entrevoit ce que sera la vie de son fils. Il sera père de 3 enfants et même d’un petit fils, Jimmy Nasser. On nage en pleine parodie de la famille américaine type dans une sitcom lamentable. L’une des filles de Jimmy semble aussi bête qu’obèse. Ce double quintal est enceinte mais personne ne l’a remarqué, et pour cause : vous avez déjà essayé de détecter un bébé de 4kg dans 200kg de viande, de demander Nasser ? Cette parenthèse refermée, Nasser Ali Khan peut continuer à revivre son passer. Les cours de musiques avec son mentor, la rencontre d’une jeune femme dans une horlogerie, son mariage. Bref, au fur et à mesure que s'assemblent les pièces de ce puzzle, apparaît alors le secret bouleversant de sa vie: une magnifique histoire d'amour contrariée qui n’a eut de cesse de nourrir son génie et sa musique...

 

 

La musique est en fait au cœur de ce Poulet Aux Prunes. Le violon tient il est vrai, le rôle principal de l’histoire. C’est une différence de Tar, pardon, de taille, avec la BD originale. En effet, dans le livre, le tar était la star, mais cet instrument à la forme particulière possède un son tellement singulier, trop pour que le spectateur puisse supporter ses sonorités pendant 1h1/2. alors Marjane Satrapi a troqué son tar pour un violon, cet instrument étant très présent dans la culture iranienne. Poulet aux Prune dresse en tout cas le portrait d’un artiste égocentrique et narcissique.

 

 

 Oui, c’est ça, Poulet Aux Prunes, est plus qu’un banal mélo. C’est une réflexion sur la condition de l’artiste, ces êtres généralement centrés sur leur petite personne. Nasser n’échappe pas à cette règle. Il n’y a que sa musique qui compte, sa musique et son violon, symbole certes d’un amour disparu. Pour devenir un grand musicien, il faut souffrir et s’emparer du soupir. La technique peut être excellente mais la musique à chier! C’est ce que son mentor lui enseignera. La vie elle, lui enseignera la souffrance!

 

 

D’un mot enfin sur le casting de ce Poulet Aux Prunes. Nasser est incarné avec maestria par Mathieu Amalrich, acteur incroyable, le meilleur de sa génération. Capable de passer de Michou d’Aubert à James Bond ou des frères Larrieu à Luc Besson, Mathieu Amalrich campe ici cet artiste torturé depuis toujours, hanté par Edouard Baer, l’ange de la mort. Là encore, il n’y avait personne d’autre pour donner voix à ce compte et vie à ce personnage énigmatique venu s’emparer de l’âme de l’artiste. Enfin Jamel incarne merveilleusement une sorte de génie, une des figures incontournable du comte persan, un personnage énigmatique qui peut revenir sous  différentes apparences. Poulet Aux Prune, un film émouvant et drôle à la fois, inventif et créatif, un vrai comte à savourer avec gourmandise au cinéma.

 

 

 

 

JHONNY ENGLISH

Un James Bond

de pacotille 

 

 

C’est les vacances et vous ne savez plus comment occuper vos chérubins ? Et bien remerciez donc Johnny English d’avoir programmé son grand retour au cinéma ce mercredi !L’agent secret le plus idiot et malhabile au service de sa majesté is back dans une nouvelle aventure ou il va pouvoir empêcher un assassinat et en même temps laver son honneur… Et oui, English a été mis au banc des espions. Il s’est fait virer comme un malpropre alors pour retrouver un brin de confiance en lui, il est parti en Asie en stage commando auprès de moine shaolin pour apprendre la maîtrise de soi, et la pratique des arts martiaux, apprendre aussi l’art de tirer un gros cailloux avec ses burnes ! Et oui, English est en passe de devenir un vrai couillu ! Et ça tombe bien car c’est pile au moment ou son maître lui apprend qu’il n’est pas près à rejoindre le MI7 que l’agence de service de renseignement anglaise lui demande de rappliquer illico à Londres. C’est que dans le monde des espions, quelqu’un le réclame. Quelqu’un de la terrible agence Vortex a des renseignements à fournir sur un complot qui se trame, une tentative d’assassinat d’un haut dignitaire chinois et ce quelqu’un ne veut parler qu’à une personne : Johnny English. Et voilà comment l’apprenti Bond en moins libidineux, plus proche de Peter Sellers que de Roger Moore reprend du service au grand désarrois de sa hiérarchie, au grand contentement de son nouvel équipier le jeune Tucker.

 

Johnny English, une déconnade à prendre effectivement comme une parodie bondesque de plus avec des clins d’œils musicaux, une partie tournée en Suisse… On sait tout l’amour de Bond pour notre beau pays, pour les moto neiges aussi! Les 2 agents secrets ont en commun les gadgets mais pas la bagnole… Ben non, english roule en Rolls à commande vocale… excusez du peu. Pour le sexapeal, c’est pas tout à fait ça non plus, même si certaines femmes ne sont pas complètement insensible à son charisme.  

 

Ceci dit, si vous avez plus de 10 ans, vous pouvez passer tout droit. D’ailleurs, pour l’avoir vu en salle incognito, je crois que j’étais le seul adulte à me marrer devant les facéties de Rowan Atkinson. Le voir défoncer à coup de plateau à gâteau la tête d’une grand mère ou de la Reine d’Angleterre, ça me fait rire autant que les mômes ! Mais ce qui éclate vraiment les 10 ans et moins, c’est quand Johnny English explose les roubignolles de son ennemi à grand coup de kick… Je l’ai entendu de la bouche même d’un enfant, entendu aussi dire que si la première partie est vraiment bien, la suite est un peu gniangniante. Je confirme tout à fait cette impression. Mister Bean n’est jamais aussi bon que quand il fait le zouave, qu’il est dans son rôle de pantin roi du burlesque… Or, ce n’est ici que trop rarement le cas. La force comique de ce type réside dans son corps et dans l’utilisation qu’il en fait, dans ses mimiques et les conneries qu’il peut commettre par maladresse et il n’en fait pas tant que ça. Bien sur, il y a bien quelques trouvailles, comme cette course poursuite en fauteuil roulant, cette tueuse asiatique octogénaire femme de ménage équipé d’un aspirateur 22 long rifle ou d’un sac de canne de golf mitrailleuse à canons multiples et qui veut la mort de English. Mais bon, c’est un peu maigrichon

 

 

 

 

POLISSE 

la vie, c'est pô lisse!

 

 

Maïwen confirme tout le bien que l’on peut  penser de cette femme. LE BAL DES ACTRICES était déjà un excellent long métrage. Avec POLISSE, elle monte d’un cran et s’engouffre dans le sillage d’un Xavier Beauvois et d’un Laurent Cantet… POLISSE est la rencontre parfaite entre LE PETIT LIEUTNANT et  ENTRE LES MURS, la sensibilité de Maïwen faisant la différence. POLISSE avec deux "s" et un "e",  un titre à prendre comme une expression à la Titeuf comme pour signifier que la vie, c’est pô lisse, c’est en dent de scie avec des hauts, avec des bas surtout quand on travaille à la brigade de protection des mineurs, la BPM de Paris. D’emblée, Maïwen vous prend par le colbach et sur un rythme hystérique enchaîne caméra à l’épaule les séquences d’interrogatoires, de cantine ou de terrain. Son cinéma vérité fait tout de suite mouche car les acteurs ne jouent pas.  Comment s’y est-elle prise exactement pour obtenir autant de justesse de la part des Joey starr, Karine Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle ? Impossible à savoir. En tout cas, tous sont excellents. La caméra épaule n’explique pas tout. On ne voit plus les acteurs mais les flics de la BPM, des humains avant toute chose, mais des humains tellement blindés à force de recueillir, d’entendre, d’écouter des horreurs. Qu’il s’agissent des propos de victimes de viols, de pédophiles qui minimisent leurs actes, de mères qui découvrent que leur mari abuse de leur fille, de gens friqués arrogants protégés donc au-dessus des lois et pouvant violer leurs enfants en toute impunité. Il ait des scènes déchirantes, émouvantes qui vous arracheront une larme comme celle du gamin que sa mère veut abandonner car elle n'a nul part où aller. Elle aimerait tant que son fils soit placé dans un foyer, qu’il dorme au chaud. La séparation se passe évidemment dans la douleur. Comment rester impassible  encore devant le cas de cette jeune fille qu’on vient voir à l’hôpital, qui accouche d'un bébé mort né, le fruit d'un viol à qui elle doit malgré tout donner en prénom.

 

 

Evidemment qu’à la longue ces humains blindés craquent. Ils ont pour la plupart des problèmes conjugaux car ils doivent tout garder pour eux. Il leur est effectivement impossible de partager le soir venu avec femme  et enfant une journée de travail. La conversation serait sur-réaliste, du type : « Écoute chéri c'était super aujourd'hui une mère m'a décrit avec précision que la chatte de sa fille était explosée a cause de son mari qui la violait a répétition. Ensuite une gamine m’a expliqué qu'elle avait subi un viol collectif dans un parking et puis une petite fille de 5 ans m'a fait comprendre que son papa lui grattait les fesses mais y avait rien de grave ! » Vous le comprenez, ces sur hommes, ces sur femmes, ces éponges de la société doivent tout garder pour eux. Forcément, ça créé des internes, des tensions familiales surtout, et même au sein de l’équipe, ça éclate parfois violemment. Ceci ditm, tous se serrent les coudes. Il existe une réelle complicité. Un esprit de famille règne au sein de la brigade, , d’ailleurs le chef est appelé Papa. Papa doit parfois intervenir pour ramener à la raison ses enfants. Mais le plus choquant en regardant ce film, ce qui sans doute est retranscrit et transmis au spectateur avec le plus de justesse possible et de vérité, c‘est que ces flics côtoient tellement d’horreur qu’ils ne se rendent plus compte de la difficulté qu’une victime peut avoir à exprimer ce qu’elle à enduré… Ces êtres sont d’une froideur parfois inhumaine. Mais on pardonne. Ils sont obligé de se blinder pour ne pas craquer. On comprend parfaitement lorsque dans une conversation un de ces brigadier lance à une femme cette phrase : «  on n’est pas là pour juger madame, si votre mari vous prenait par devant ou par derrière, on s’en fout, on doit juste le savoir pour constituer son profil et ainsi apporter des éléments au juge qui le mettra en prison… alors madame, il vous sodomisait votre mari ? Oui,… tous les soirs… oui… de force… oui… merci madame… »

 

 

On voit encore dans ce film les interactions entre ces flics, leurs histoire d’amour, parce qu’il y en a, leurs discussions à la cantine sur Sarkozy, la dégradation de l'image des flics et du respect disparu. Ils parlent aussi de cul, de bite de manière crue. Ils sont cash, mais pas plus que des adolescentes qui leur apprennent avec stupeur « qu’on est plus au temps de Louis 14… les jeunes, ça baise, ça suce dès 14 ans. Faut vous réveiller » C’est vrai que des fois des jeunes filles, pour récupérer un portable sont prêtes à sucer 3 mecs. Et Joey Starr de se fouttre de la gueule de la demoiselle, de souligner qu’il devait être beau son téléphone… oui très beau.. .Et pour un ordinateur, tu fais quoi ? de lui demander Joey. La scène est dérangeante parce que si le dialogue est drôle, si les flics ne peuvent s’empêcher de rire, le spectateur lui est mal à l’aise un peu comme cette ado naïve. Cette scène est hallucinante comme tellement d’autres dans ce film POLISSE, le nouveau long métrage de Maïwen, un regard bourré d’humanité sur l’inhumanité qui nous entoure.

 

 

Ceci dit, pour tempérer l’enthousiasme, le film possède un petit défaut. En effet, Maïwen, qui s’est offert une plongée au sein de cette brigade avant d’écrire son film, joue justement le rôle de la reparter d’image en immersion dans cette brigade, un personnage superflu, qui n’apporte rien si ce n’est un soupçon de romance entre elle et le personnage campé par le flic Joey Starr. Même si elle permet une pique contre les photographes qui ne savent chopper que le misérabilisme et pas le reste, même si elle  apporte des respirations pour sortir un peu du sordide et aider le spectateur à souffler un peu, cette parenthèse rallonge la sauce. Un peu plus de radicalité à ce niveau aurait évité une scène qui sonne très faux, celle  qui fout presque tout en l’air, celle où l’on voit que l’on fait du cinéma ! Tout au long du métrage, on oublie complètement le dispositif et d’un seul coup, il vous saute à la gueule lorsque les policiers fêtent un événement heureux en boite de nuit. Ça pue la fiesta de cinéma qui sonne faux, avec un Joey qui fait semblant de se la pèter sur la piste de danse. Si seulement ce passage, longuet en plus, était resté en rade sur le banc de montage, on aurait pu crier au chef d’œuvre d’autant que les acteurs sont également tous parfaits. De Karine VIARD à Marine FOIS en passant par Nicholas Duvauchel, ils sont exceptionnels. Joey STARR est quant à lui terrible surtout quand il prend ses colères, notamment dans la scène d’ouverture, un personnage entier et sincère, à l’image de ce film entier et sincère également.

 

 

 

DE BON MATIN

Bonjour la crise!

 

 

Faut-il tout donner à son travail? N’est-ce pas un peu risquer de s’y consacrer entièrement, de mettre toute son intelligence, tout son temps au service de son entreprise? A en croire Paul, le héros malheureux du nouveau film de Jean Marc Moutou, ce serait une erreur, une grossière erreur. Paul travail dans la banque. Tout au long de sa carrière, il a gravi les échelons et est devenu un cadre modèle. Tout allait bien pour Paul. Une chouette baraque avec du terrain,  un beau bateau pour voguer sur le lac d’Annecy, une belle femme qui lui a donné un beau fils, Paul avait tout pour être heureux jusqu’à ce que la crise passe par là. Elle a bon dos la crise ! A cause d’elle, sa banque a perdu 2 milliards. Il faut renflouer les caisses, mentir aux clients pour éviter leur désertion. Un nouveau directeur débarque dans sa succursale. C’est sa mission. Obtenir des résultats coûte que coûte. A coup de pression sur son personnel, ce balayeur est bien décidé à faire le ménage en virant les hypothétiques tires au flan et surtout les gros salaires, donc les anciens. Paul est bien évidemment dans le collimateur de ce jeune loup qui ne jure que par le résultat. Commence alors pour Paul une longue descente en enfer. Mobé, écarté, rétrogradé, tous les coups sont permis pour pousser Paul vers la porte de sortie. Mais attention, pas question de le laisser trouver du boulot ailleurs. Non, l’humiliation va très loin. Agissant par pure mesquinerie, son nouveau supérieur, sans s’en rendre compte, fait  germer en Paul une envie de meurtre tellement puissante qu’un beau matin, il va passer à l’acte et commettre le pire en tuant froidement son patron et son adjoint, ses 2 tortionnaires.

 

 

DE BON MATIN, un film froid, glacial inspiré d’un fait divers. A grands renforts de va et viens entre présent et passé, de flasback pas forcément orchestrés avec logique, Jean Marc Moutou laisse à vopir au spectateur la vie de Paul et décrit un homme blessé, un type performant mais à qui l’on fait croire qu’il est un nul, un mec intègre qui ne comprend ni ne tolère le manque de justice, les méthodes crapuleuse  de sa nouvelle hiérarchie. Ce solitaire sent bien qu’il déraille. Seul à contester cette nouvelle autorité, ne sachant comment en parler à sa femme, Paul se recroqueville et se referme comme une huître. Personne ne voit venir la tragédie pourtant prévisible, surtout pas ses collègues qui à leur tour l’ignore. Sa femme est également aveugle, mais pire que tout, le psychiatre de la médecine du travail n’est pas fichu d’anticiper le geste de Paul et encore moins de soulager sa souffrance. Il est pourtant au premières loges. Il sait bien que l’on ne peut pas compartimenter la vie, séparer travail et famille. Il sait bien que les 2 sphères sont dans le monde d’aujourd’hui intimement liées. Il sent bien que Paul tente tant bien que mal de dissimuler son mal être. Mais non, il ne tire aucune sonnette d’alarme! Ceci dit, Paul parvient tout de même très bien à faire semblant auprès de ses proches, mais quand la pression deviendra trop forte, que le sentiment d’impuissance sera si grand, qu’il comprendra que même s’il trouvait un moyen de quitter l’entreprise son nouveau patron l’en empêcherait simplement pour le plaisir de l’écraser, Paul n’aura d’autre choix que de lui régler son compte. 

 

 

Emballée dans une mise en scène des plus sobres, DE BON MATIN est un film qui pousse à la réflexion. Il est porté par 2 acteurs au talent immense. Certes, Jean Pierre Darroussin compose une victime incroyable de justesse, mais sa performance est presque éclipsée par celle de l’acteur réalisateur Xavier Beauvois. Il n’y avait pas meilleur candidat pour endossé la défroque du manipulateur mesquin sans foi ni loi. Il est extraordinaire dans le rôle du nettoyeur. En tout cas, après son piètre LA FABRIQUE DES SENTIMENTS sur la solitude sentimental dans le monde d’aujourd’hui et le besoin d’amour, Jean Marc Moutou renoue avec la réussite. Il empoigne avec force et talent ce sujet comme il l’a fait avec son premier long métrage VIOLENCE DES ECHANGES EN MILIEU TEMPERE. Ce film traitait déjà du chômage sauf que là, le nettoyeur éprouvait quelques états d’âmes à virer 80 personnes et notamment son père

 

 

 

 

LE SKYLAB

Une comédie sans chichi

 

 

La sodomie, c'est le meilleur moyen de contraception pour éviter les bébés. Voila! Voila ce qu'on retient de Skylab le 5eme long métrage de Julie DELPY, ce dialogue plus toute une série d'autres perles d'écriture ou saynètes comme quand Valerie Bonneton balance au beau milieu d'une conversation banale entre femmes qu'elle n'en peut plus des assauts répétés de son mari. 20 fois par nuit! Ils font l'amour 20 fois par nuit alors forcement ça donne soif et le jour venu, on a la chatte qui brule! Je vous rassure, Skylab n'est pas un film qui tourne uniquement autour du sexe. Ce n'est pas le Q de Laurent Bouhnik, sorti en France dans une vingtaine de salle avec la mention CENSURÉ parce qu'on y parle de cul et qu'on le pratique librement sans simulation devant la camera! Non, les 2 films n'ont absolument rien a voire a part cette liberté de ton.

 

 

Il faut dire que Le Skylab se situe dans une époque ou le politiquement correct n'était pas de mise,  dans la France réactionnaire de Giscard, a l'aube de la prise de pouvoir par la gauche en 1979. A ce moment la, les familles étaient bien souvent partagées entre gauchistes révolutionnaires cultivés et reac flippés racistes, anti gay, anti coco et nostalgique du glorieux passé colonial de la France. Tous les sujets en vogue en 79 sont débattus dans Le Skylab: l'or des juifs retenu en Suisse, la peine de mort, les traces de la guerre d'Algérie, l'OAS, la place ridicule laissée à la culture dans l'éducation nationale, les féministes et ses fichues lesbiennes en salopette sans parler de cette menace qui planait sur la Bretagne. Tout le monde l'a oublié mais en été 79, il y avait une très forte   probabilité que le Skylab, ou tout du moins des débris de la première station spatiale envoyée dans l'espace par les américain ne s'écrase sur les bretons et donc sur la tête de Albertine.

 

 

L'histoire est racontée de son point de vu, celui d'une gamine de 10 ans sur le point de connaître son premier coup de foudre et de devenir une femme. C'est un cataclysme qu'elle s'apprête a vivre ce week-end ou l'on fête en famille l'anniversaire de sa grand mère. Entre 2 plâtrées de couscous a l'agneau  copieusement arrosées, on parle politique malgré les mises en garde de l'aïeul. On évite le sujet qui fâche mais on ne peut s'empêcher de l'évoquer en fin de journée. Mais cette famille bretonne n'est pas au bord de la crise de nerf. Ne vous attendez pas a être retourné comme une crêpe  car ce n'est  pas le but de Julie Delpy. Avec ce film elle voulait juste vous inviter a un repas de famille,  de sa famille tel qu'elle les vivait quand elle avait 10 ans et qu'elle rêvait d'embrasser Yan Solo alors qu’un de ses cousins rêvait lui d'avoir les mêmes gros seins que tâta Monique! 

 

 

Tout en lorgnant sans l’aire d’y toucher sur les comédies a l'italienne des années 70 ou sur Jean Renoir façon Les Règles du Jeu, Julie Delpy signe une chronique familiale réussie, qui s’appuie uniquement sur les personnages. Ici, ne vous attendez pas à un enjeu dramatique fort ! Il n’y a pas de dramaturgie, pas de rebondissement, juste une invitation à s’assoir à la table de la Famille Delpy et à se délecter avec des dialogues percutants restituées par des acteur d’une rare justesse. Une réelle sincérité, une vérité aussi émanent de cen long métrage simple et léger comme le refrain de Bambino cher a Dalida et revisité par Naomie Lovsky, un film avec aussi Bernadette Lafont,  Emmanuelle Riva, Valerie Bonneton, Aure  Atika, Sophie Quinton, Eric Elmosnino, Vincent Lacoste et Julie Delpy, sans compter la participation de Karine VIARD et celle d'un aspirateur pouf du futur absolument prodigieux.

 

 

 

 

 

BIENVENUE A BORD

Le naufrage de l'année!

 

 

Dans le colimateur cette semaine, BIENVENU A BORD d’Eric Lavaine. Autant dire que si vous embarquez pour cette croisière s’emmerde, de la vaine, vous n’en aurez pas spécialement et du plaisir encore moins à condition d’aimer s’ennuyer au cinéma devant une comédie standard sans une once d’originalité. Franck Dubosc, le bobet de service mais qui ne le fait pas exprès est embauché comme animateur de divertissement sur un paquebot par Valérie Lemercier, la maîtresse bafouée, humiliée, larguée par le Pdg de la compagnie, Monsieur Astier Père. C’est sa petite vengeance personnelle. Elle veut pourrir la vie de son patron via cet animateur, un patron qui a embarqué avec sa femme sur le bateau. Vous ajoutez à cette équipe un Gérard Darmon en vieux beau qui cherche à séduire la commandante du rafiot, et voilà, c’est complet. Quoique, pas tout à fait, il reste une place à fond de câle pour Enrico Macias déguisé en légume pour les biens d’un spectacle sur le boat… Il paraît que Titanic a beaucoup inspiré Eric Lavaine. Je confirme que vous allez couler à pique devant ce déballage de gags et de saynètes qui tombent à l’eau ! 

 

 

 

 

 

 

 

DES HOMMES LIBRES

L'Armée des Ombres "musulmanes"

 

 

LES HOMMES LIBRES de Ismael Ferroukhi est donc sorti en salle ce mercredi et autant le dire d’emblée, il fait parti de ces films qui méritent largement votre attention, et ce pour plusieurs raisons, la première étant le sujet même. Tout se passe ici dans la France occupée, à Paris, un peu avant la rafle du Vel D’Hiv. Le fondateur de la Mosquée de Paris, campée par Mikeal Lonsdale décide, avec l’aide de l’Imam et de l’ensemble de la communauté musulmane, d’aider des juifs et des résistants communistes à échapper aux griffes de la gestapo et des camps de concentration .Cet épisode de la seconde guerre mondiale a longtemps été ignoré en France. Il aura fallu que Ismael Ferroukhi lise un entrefilet dans la presse pour entreprendre des recherches, se renseigner auprès d’historiens et se mettre à imaginer un scénario qui tienne la route, scénario ou Tahar Rahim, ex prophète incarne un jeune algérien, arrivé en France dans le seul but de faire du fric grâce au marcher noir. Pas question pour lui de prendre part à la guerre, une guerre qui n’est pas la sienne dit-il. A la suite d’un contrôle d’identité, il est arrêté par la police de Vichy et on lui demande de jouer les taupes à l’intérieur de la mosquée si il veut continuer son lucratif petit commerce. En acceptant, il ne sait pas encore qu’il va accepter aussi d’ouvrir les yeux et le jeune homme d’évoluer au point d’embrasse la cause des indépendantistes algériens, ceux là même qui ont aidé la France à chasser l’occupant allemand, en espérant que le moment venus, cette même France serait redevable et accorderait l’indépendance à la colonie algérienne. La suite n’est pas dans ce film, mais peut-être qu’un jour, Ismael ferroukhi s’y attellera et montrera comment ces algériens se sont fait empapaouter par la France.

 

 

DES HOMMES LIBRES, un film prenant traiter, emballer dans une mise en scène extrêmes sobre, sans fanfreluches. A y regarder de plus près, il y aurait presque, dans cette manière de faire, un soupçon de Melville. Alors attention, DES HOMMES LIBRES, C’est pas l’Armée des Ombres non plus, mais on lorgne de ce coté là avec ces hommes qui ont une manière de se fondre dans la foule parisienne. L’ambiance est la même. Les décors, les extérieurs qui sont choisi pour ce film en dehors de la mosquée de Paris… ne sont pas anodins. Et la musique  soutenue par la trompette de Ibrahim Maalouf, juste sublime, d’apporter encore un supplément d’âme à ce film d’Ismael Ferroukhi, un long métrage qui aurait peu être parfait. On peut lui reprocher en effet quelques sorties de routes, sans doute la faute au point de vue. En effet, l’histoire est racontée depuis le regard du personnage campé par Tahar Rahim. Comme il est étranger à cette guerre, qu’il s’en fiche… il ne comprend pas tout. Mais pour que le spectateur puisse lui, comprendre les tenants et les aboutissants, au niveau du scénario, on doit sortir de son point de vue, abandonner le temps de quelques parenthèses ce personnage pour que des clés nous soit fourni… d’ou des scènes qui peuvent paraître anecdotiques, qui ralentisse un film déjà pas spécialement rapides.

 

 

En misant sur Mikeal Lonsdale qui incarne le fondateur de la Mosquée de Paris, parfaitement au courant de tout ce qui se trame puisqu’il en est le principal instigateur, le film aurait gagné en rythme. Toujours est-il que DES HOMMES LIBRES reste sur le haut du panier parmi les sorties de cette semaine au cinéma.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

WE NEED TO TALK

ABOUT KEVIN

Attention chef d'oeuvre... 

 

 

Bien sur, vous avez déjà vu de nombreux films mettant en scènes de dangereux psychopathes adolescent. Sans tomber dans l’inventaire à la Prévert, quand on associe machine à tuer implacable et innocence de l’enfance, on pense inévitablement au documentaire bowling For Colombine de Mickeal Moore. Qui dit Colombine dit Gus Van Sant et son Elephant palmé à Cannes en 2003, ELEPHANT, un jour comme les autres ou presque dans un lycée américain alors que 2 paumés préparent une fusillade sanglante dans leur établissement. Basé entre autre sur ce fait divers survenu le 20 avril 1999 à Colombine, il faut savoir que les américains n’ont pas le monopoles des ados psychopathe ! AH ben non, les montréalais ont été précurseur dans le domaine de la tuerie. Le 6 décembre 1989, un  drame survient dans l’Ecole Supérieur Polytechnique de Montréal. 20 ans plus tard, Denis Villeneuve en a fait un film POLYTECHNIQUE sublime, en noir blanc, sujet à polémique car le trauma n’a jamais quitté la cervelle et le cœur des québécois. Difficile pour eux de se confronter, y compris au cinéma, à ce gamin abattant froidement et méthodiquement ses camarades de classe. Et dire qu’il voulait exprimer ainsi sa haine des féministes. De manière plus anecdotique, Esther récemment avait de quoi vous refiler la chaire de poule sauf que là, le réalisateur Jaume Collet Serra et son scénariste David Leslie Johnson avaient mis en place un stratagème foireux pour duper le spectateur. Derrière la carapace de l’enfant Esther se cachait autre chose…  Non… Non… Esther n’était pas possédée. C’était beaucoup plus mesquin, subtil que L’Exorciste mais là on s’égard. On s’égare donc on se recentre sur les enfants tueurs, sur KEVIN qui est la vedette de cette semaine, 

 

 

Imaginez un film qui débute ainsi, sur un plan dans une chambre avec un rideau secoué par une brise légère. Fondu au blanc. On est dans le rouge d’une fête de la tomate et on ne sait plus si ce bain ne serait pas un bain sang troublant et annonciateur d'un carnage. On le devine, on l’imagine d’autant que la même femme de cette fête de la tomate arrive quelques années plus tard devant un collège. Une foule paniquée pleure, des femmes crient, des gyrophares éclairent cette scène et l'on revient dans le passer. Et ainsi de suite, pour tenter de décrypter une relation haineuse entre un fils et sa mère. Qu'a-t-elle fait pour qu'il la déteste à ce point ou que n’a-t-elle pas fait?  On ne le saura jamais. Tout juste devinera-t-on qu’il ne faut pas faire l'amour et tomber enceinte le soir de la fête de la tomate. Demandez donc à Eva, l’héroïne de WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN ce qu’elle en pense… Et pourtant, on connaît cette fiesta espagnole joyeuse ou les gens se roulent gaillardement dans un bain de jus de tomate à travers les rues de la ville. On les envie à les voir se vautrer dans les pépins, dans le liquide rouge, rouge, rouge…. un rouge qui vous poursuit tout au long de votre vie. Il est là le danger, le rouge ! C’est ce que Eva va expérimenter. Le soir de la fête de la tomate, figurez-vous qu’elle tombe enceinte. 9 mois plus tard, avant d'accoucher, on sent que cette mère ne désire pas ce bébé. Elle tire la tronche contrairement aux autres futures maman, radieuses. A la naissance du rejeton, dès les premiers mois de sa vie, ce bébé ressent le manque de désir et d’amour de sa mère. Un bébé, ça pleure et comme elle ne supporte plus ses cris, elle va jusqu’à le promener dans des zones de travaux en ville, préférant la mélodie du marteau piqueur aux cris de son fils. Plus tard alors que Kevin est en âge de parler, il s’enferme dans un mutisme pour enquiquiner sa mère.

 

 

Délicieux, adorable avec papa, il est infâme avec maman. Quand il se met enfin à parler, c’est pour lui balancer d’horrible saloperie du style : « Tu ne m'aimes pas : tu t'es juste habitué à moi et on peut très bien s'habituer à ce qu'on n’aime pas. » Une phrase qui fait froid dans le dos et , l'arrivée d'une petite sœur va décupler la haine masquée mais bien réel du môme . Une fois le pire arrivé, c’est cette mère désespérée, désemparée que l’on jugera coupable. De toute façon, dans la société d’aujourd’hui, c’est toujours comme ça, qu’on le  veuille ou non, la mère est la coupable des conneries de ses enfants selon Lynne Ramsay la cinéaste.

 

 

C’est là le cœur du film,  la culpabilité, la responsabilité et le rapport mère fils ou quand une maman essaye de comprendre pourquoi elle a enfanté un monstre. Est-ce sa faute, celle de son mari qui ne voit rien et surtout pas que ce fils se prédestine à devenir un solitaire haineux, un tueur exceptionnel, doué de cruauté, aussi intelligent qu’habile et diabolique manipulateur ? La monstruosité serait-elle inscrite dans les gènes tout simplement ? A ces questions, vous n’aurez pas de réponses, de quoi hérisser les cartésiens qui aiment avoir des réponses à tout prix. Et si pour une fois, il fallait se contenter de simples pistes de réflexion.  Il est vrai que si le cinéma explore souvent le parcours des psychopathe, s'attachant essentiellement à montrer leurs actes de barbarie, il ne s’attarde que trop rarement sur les raisons qui conduisent un homme sur la voix du crime. Et bien voilà que la britannique Lynne Ramsay s'est emparée du sujet et la traitée avec un réelle maestria.

 

 

Toute la réussite de son entreprise tient en 3 choses. L’esthétique très belle, parfois énervante avec des gros plans, une image bien léchée, bien éclairée, des ralentis bien sentis… Le montage est également l’une des forces du ce film. En explosant les différentes temporalités, Lynn Ramsay orchestre un film semblable à une symphonie sur la mémoire, avec ces blancs et ses trous noirs incompréhensibles. Des bribes d’images, des scènes désordonnées reviennent à la surface. On les dates parfois difficilement. On voit donc dans ce film une femme brisée qui repense à quelques épisode clés de sa vie, épisodes heureux ou malheureux comme une fête de la tomate, un accouchement dont elle ne se réjouit pas, un enfant de 6 ans qui refuse de parler et qui souille sa couche culotte à peine changer car il en porte encore, un bras qu’on casse, une petite fille que l’on veut protéger… Ces tranches de vie, parfois fugaces, parfois plus longues, ponctuent le récit éclairent ainsi le spectateur sur le passé de cette femme, alors que dans son quotidien, on s’aperçoit qu’on ne lui fait aucun cadeau. Elle ne peut même plus aller faire ses courses à la supérette du coin sans risquer de se prendre un bourre pif en pleine rue, coup de poing rageur décoché par une inconnue. Et plus le récit avance, plus on comprend quel tragédie l’a frappée, elle et sa famille.  Enfin, il faut souligner le choix et la direction d'acteurs, loin d’être  étranger à la réussite de WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN. Tilda Swinton incarne à merveille cette mère désemparée qui n’a jamais eut le contrôle sur son enfant, cette femme que tout le monde évite ou qu’on voudrait voir morte. Le gamin dictateur, Ezra Miller véritable tête à claque provoque des réactions épidermiques à chacune de ses apparitions. Il est épatant lui-aussi.

 

 

 

 

 

 

 

LA PLANQUE,

IDENTITE SECRETE

UN HEUREUX EVENEMENT

le tiercé de nullos

de la semaine! 

 

 

Bande son impeccable signée Alakis Connexxion pour un long métrage ou 4 pieds nicklés looser réussissent un casse fabuleux mais foirent leur fuite. Ils se réfugient dans un commissariat, la meilleure planque possible selon eux. Dans ce huis clos improbable, des flics qui se cokent, fument, tabassent leurs clients avec des annuaires… des scènes qui n’existent que dans le cerveau de Luc Besson, scénariste producteur de LA PLANQUE… Des annuaires, en 2011, franchement… il y a longtemps qu’en France, on est passé au Minitel !!!! Enfin bref, comme tout est dit en 40 minutes, il faut sortir de là les malfrats qui sont vraiment dans la merde au sens propre comme au figuré, les sortir de là pour qu’ils vivent d’autres mésaventure encore moins trépidantes et tout aussi téléphonées. Avec son coté Taxi en Fiat Panda, Jackie Brown à Orly et Délivrance à Clichy avec un cochon qui fait même pas gruick, LA PLANQUE de Akim Isker est Le film à ne pas voire cette semaine en salle, sauf si vous détestez le cinéma !

 

Même punition pour IDENTITE SECRETE, un film ou sa cavale, ça dévale, ça mandale pas mal aussi! IDENTITE SECRETE de John Singletton, un produit calibré pour donner du frisson aux ados bouffeurs de pop, avec un rescapé de leur série favorite Twilight. IDENTITE SECRETE, film sans mordant, avec Taylor Lautner qui a bien des soucis avec ses serbes et ses agents de la CIA qui lui courent après. Mais pourquoi ça ? Parce qu’il est le fils caché de Jason Bourne! Identité Secrète que les pédo psychiatres rebaptiseront certainement Roman Famillial, une formule chère à ce bon Sigmund Freud ou quand un enfant commence à s’imaginer qu’il n’est pas le fils de ses parents… Une chance pour lui, la chasseuse d’Alien Sigourney Weaver reconverti en psy va l’aider à se tirer de ce mauvais pas..

 

 

Enfin, ne croyez pas Remy Besançon quand il vous annonce un heureux événement! Et non…. Le papa de Ma Vie en l’Air ou Le Premier Jour du Reste de Ma vie vient d’accouché d’un malheureux film pour le cinéma. HEUREUX EVENEMENT, ou plutôt le journal de Bridget Jones Bourgoin en cloque ! Dans cette comédie pourtant bien écrite, bien dialoguée mais portée par des acteurs piètres, Remy Besançon s’attache à prouver qu’Il ne faut pas faire un enfant sur un coup de tête y compris a Louise Bourgoin, femme délicieusement belle, charmante mais définitivement pas une actrice! Une prothèse de femme enceinte, ça ne suffit pas pour incarner un personnage ! Elle passe définitivement à cote, aligne ses répliques sans y croire. Quand elle pleure, on rit et quand elle rit, on ne pleure même pas parce qu’on s’en fout ! Sur le fond, le film est aussi détestable. L’arrivée d’un bébé, c’es la mort de l’amour, la fin du couple, le début de la solitude. Un bébé, c’est le piège à bonheur, alors pour le retrouver ce bonheur, il faut retomber enceinte. Non mais franchement !Un HEUREUX EVENEMENT, plutôt que de vous fader ce film rater, lisez plutôt le livre dont il est inspiré, signé Eliette Abecassis et paru chez Albin Michel.

 

 

 

 

 

 

LA FEE

T'en voeux?

 

 

Imaginez un instant que vous êtes là, peinard, dans l’arrière chambre d’une réception d’un hotel un peu pouilleux au Havre. Oui, je vous le concède Le Havre, c’est pas très glamour. Mais faites un effort… ce sera payant ! Imaginez donc que vous essayer de bouffer un sandwich au ketchup en regardant un programme enregistré sur votre magnétoscope. Oui, je sais, le dvd et le blu ray ont supplanté depuis belle lurette le lecteur enregistreur à bande magnétique… Mais bon, dans cet effort d’imagination, les Dvd Blu-Ray sont réservés aux insupportables Geek ! Donc vous êtes là devant un téléviseur écran pas plat et coin pas carré, équipé d’un magnétoscope avec télécommande. Et c’est pile au moment ou vous enclencher la lecture de la k7 vidéo qu’un importun, un anglais avec un chien, sonne à la porte de l’hôtel. Le réceptionniste que vous êtes fait comprendre au visiteur que ici, on n’accepte pas les chiens. Alors l’importun s’en retourne. Satisfait d’avoir régler cette situation embarrassante, vous vous réinstallé prêt à regarder votre programme et à mordre dans le sandwich quand l’étranger revient. Il a trouvé un stratagème pour quand même, avec son chien, passé la nuit ici. Vous lui louez une chambre. Vous retournez dans l’arrière boutique impatient de goûter avec délice à votre programme et votre sandwich au ketchup quand :dring dring, ça sonne de nouveau à la réception. Excédez, vous sortez de votre cagibi et là vous découvrez une formidable fée frappadingue…. Elle veut une chambre et se dit prête à exaucer 3 vœux que le réceptionniste aura prononcer.

 

 

Ouvrez les yeux. Le rêve est terminé, vous venez de visualiser sans le savoir le début du film LA FEE, de Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy, des clown, héritier de Tati, Chaplin et Méliès à la fois. Ces 3 là jouent la carte du burlesque, du pantomime, et plutôt que de faire appel aux nouvelles technologies les plus avancée, préfèrent miser sur des effets spéciaux fait de bric et de broc, de plastic et de toc, de ficèles et de carton. LA FEE, du cinéma à l’ancienne, et ce n’est pas péjoratif que de le présenter comme ça. Bien au contraire. Non si on devait être un peu taquin, c’est sur le thème même du film que l’on taperait, toujours le même. C’est vrai que depuis Iceberg et Rumba, le trio invite son spectateur au même voyage, un comte fantastique au pays de l’amour, du coup de foudre et la passion. C’est effectivement là que le bas blesse. Qui a vu leurs précédentes réalisation s’ennuiera forcément un peu devant LA FEE et pour cause, Dom, Fiona et Bruno ne cherchent surtout pas à se renouveler. Ils continuent de creuser le même sillon, développent un film fait de saynètes certes rigolotes, mais plus forcément surprenantes. Ceci dit, on va peut-être pas non plus bouder le plaisir pour le plaisir de le bouder. LA FEE reste un film à part, une œuvre tellement détonnante en comparaison du reste de la production que l’on vous conseillera malgré tout de le découvrir en salle. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 VOL SPECIAL

Le lindberg de 

Robert Charlebois

en nettement moins glam! 

 

 

Vol Spécial, c'est un peu LA FORTERESSE 2, LE RETOUR. Mais avant toute chose, laissez-moi vous dire que ce nouveau film de Fernand Malgar sur les conditions réservées aux étrangers en situations irréguluières en Suisse a été entaché d’une polémique lancée par Paolo Branco cet été. Le célèbre producteur portugais, accessoirement président du jury du festival de Locarno a accusé Fernand Melgar réalisateur de Vol spécial de fasciste et les spectateurs compatissants de son film de complices ! Pas mal pour un mec qui a fuit une dictature en son temps ?  Paulo Branco qui ne connaît rien à la suisse et encore moins l’humaniste Melgar est passé à coté de ce film ou Fernand parvient, en posant sa caméra pendant 9 mois à Frambois, à montrer la réalité d’une situation, complexe à la fois pour les sans papiers sous le coup d’une expulsion inévitable, à la fois pour ceux qui sont chargés de les surveiller avant l’embarquement pour ce que l’on appelle un VOL SPECIAL! 

 

 

Et dire que le seul crime de ces étrangers a été de se pointer en Suisse sans y être invité. Certains ont trouvé du travail, ont cotisé à l’assurance vieillesse ou chômage, ont pris une assurance maladie. Ils ont fait comme tout le monde, bouffée de la fondue moitié-moitié et de la tarte au pruneau le jour du jeune fédéral pendant 20 ans! Rien à foutre. Si t’as pas de papier, c’est le billet assuré pour un vol spécial, le genre qu’aucune caméra ne peut filmer, en tout cas pas celle de Fernand Melgar. Et de toute façon, ce n’est pas la marque de fabrique du cinéaste, faire dans le sensationnel, dans l’image choc. Non, c’est pas son truc! Fernand Melgar préfère ouvrir les conscience, amener à la réflexion en mettant le spectateur dans des conditions idéales pour qu’il se retrouve en parfaite empathie avec ces pauvres bougres, citoyens de la Terre qui n’aspirent qu’à une chose, vivre en paix dans un pays libre.

 

 

Pour remuer les esprits, il faut montrer une réalité, ou tout du moins la reconstruire dans un film documentaire pour que le public appréhende au mieux les effets nauséabonds de cette loi fédérale sur les mesures de contrainte qui permettent d’incarcérer jusqu’à dix-huit mois toute personne dès l’âge de 16 ans résidant illégalement sur le territoire suisse. Cette loi a été acceptée en votation populaire en 1994 à une majorité de 72,9% de fasciste… euh, pardon, de  votants ! Reste tout de même une question en suspend : à quoi bon dépenser des sommes astronomiques en s’acharnant à renvoyer des gens dans leur pays d’origine en sachant que 90% des expulsés reviendront un jour en Suisse ? S’ils le peuvent !  Certains comme Geordy que l’on voit dans VOL SPECIAL ne sont effectivement pas près de revenir. Il est depuis 5 mois emprisonné dans son pays d’origine, soumis à la torture pour le seul prétexte qu’il a osé demandé l’asile politique à la Suisse, asile évidemment refusé. Il disait donc vrai quand il déclarait que sa vie était en danger en cas de retour forcé à la case départ. Il est d’ailleurs là le sujet du prochain film de Fernand Melgar : le retour au pays.. Ce film se verra uniquement sur le web à partir de début 2012. En attendant, n’oubliez pas cette semaine de prendre votre billet pour un voyage sans escale à bord de ce Vol Spécial. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'APOLLONIDE

Souvenir d'un film beau 

 

 

Après avoir accompagné en tant que musicien des Françoise Hardy, Elliot Murphy ou Daniel Darc, Bertrand Bonnello est venu au cinéma. Habitué du festival de Cannes ou de celui de Locarno, il en est à son 5ème long métrage. Celui qui en 2001 confiait le rôle d’un Pornographe à Jean Pierre léaud, pornographe qui en avait marre du salace et désirait introduire de l’art dans ces films de boule, a donc renouer avec le monde du sexe. Mais si dans le pornographe, Bertrand Bonnello y allait d’une scène de sexe non simulée, dans L’APOLLONIDE, il se concentre désormais sur les visages plutôt que sur les bas ventres. L’idée lui est apparu il y a 10 ans, alors qu’il voulait faire un film sur la réouverture des maisons closes. Finalement, il laisse ça de coté et revient à l’essence même du sujet, l’enfermement. Dès qu’il y a un espace clos, la fiction devient possible se dit-il. Comme en plus, le collectif l’intéresse, il reprend l’écriture d’un scénario axé sur un groupe de fille, des filles de joies qui officiaient dans des bordels au début du siècle dernier. 

 

 

A cette époque, on assiste au déclin des maisons closes, ces endroits coupés du monde extérieurs ou des messieurs viennent s’encanailler, se rouler dans les bras de ses filles sans pour autant systématiquement consommer. C’est vrai qu’on venait au bordel parfois simplement pour y boire un verre, discuter. C’était un lieu de sociabilité, rien à voir avec les trottoirs et les hôtel de passe sordides d’aujourd’hui. De là à penser que L’APOLLONIDE se veut nostalgique d’une époque révolue. Non, malgré un plan de fin déroutant, son film n’est pas conçu sur le mode du C’était mieux avant, y compris pour les prostituées ! Il dit juste que quand on est devenu pute, on le reste tout au long de sa vie, on ne peut plus en sortir, on est prisonnière de ce monde là et peu importe l’époque dans laquelle on vit. 

 

 

On peut aussi voir dans L’APOLLONIDE, un films féministe. En effet, même si ces femmes sont esclaves de leur conditions, ce sont tout de même elles qui dirigent l’action. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Bertrand Bonnello raconte cette histoire en adoptant le point de vue des femmes, et pas celui des hommes. En fait, contrairement à ce que l’on peut croire elles sont les véritables maîtres du jeu, et leurs clients, des marionnettes qu’elles manipulent à leur guise. Encore faut-il pour en prendre conscience oser pousser la porte de ce lieu de débauche. Une fois à l’intérieur, vous constaterez que Bertrand Bonnello a su raconter ce lieu, raconter ces femmes, leur rivalités, leurs amitiés, leur joie, leur peine, leur peur de la syphilis, leurs doutes, leurs rêves, raconter surtout le déclin de ce monde feutré. En se documentant solidement sur les bordels, en insérant un soupçon de romanesque, Bertrand Bonnello a conçu un long métrage chaste ou l’on filme avant tout le désir sans succomber à la tentation de montrer l’acte sexuel. Il suffit pour cela de capter un échange de regard et l’expression du désir devient bien plus explicite qu’une scène ou des corps s’entremêlent. 

 

 

Sous couvert d’un film en costume, fussent-les costumes léger ou au contraires chargés de breloques de corsets et de jupons, Bonnello tel un Cronenberg tente de montrer comment le rapport au corps peut affecter l’esprit, jusqu’à la folie. C’est pour cela qu’il insère dans son film parmi les prostituées ce personnage de la femme qui rit, en réalité le pendant féminin de l’homme qui rit cher à Victor Hugo, une femme défigurée par un client dérangé qui la transforme en Joker. Si Batman ne fait pas parti des clients, Xavier Beauvois, lui, comme bon nombre d’autres cinéastes est là ! Faut-il dès lors voir en ce film une mise en abyme du cinéma ? C’est probable. La matrone jouée impeccablement par Noémie Lovski assure la mise en scène dans ce beau bordel. Elle dirige ses actrices, règle la circulation entre les filles, des filles en proie à certaines douleurs, craintes ou joies. La matrone s’occupe aussi des décors et quémande de l’argent. Bref Noémie Lovski, c’est un peu Bertrand Bonnello finalement. De là à dire que les vrais clients de L’APOLLONIDE sont en fait les spectateurs du film, il n’y a qu’un pas à franchir, une porte à ouvrir pour découvrir L’APOLLONIDE de Bertrand Bonnello au cinéma avec Noémie Lovsaki, mais aussi Hasia Herzi, Céline Salette, Jasmine, Xavier Beauvois, Jacques Nolot ou encore Laurent Lacotte.

 

 

 

 

THE DEBT:

Elle se paye cash! 

 

 

THE DEBT,  relate l’histoire de 3 agent du Mossad, les services secrets israéliens, 3 agents chargés de kidnapper le boucher de Birkenau à Berlin Est, et de le rapatrier à Tel Aviv afin qu’il soit  jugé pour les crimes qu’il a commis pendant la guerre. Il pratiquait des expériences sur des juifs et en a tué quelques milliers. Malheureusement pour le commando, l’expédition vire au fiasco lorsque le chirurgien boucher du 3ème Reich parvient à s’échapper. Pour les agents secrets, il n’est pas question de dire la vérité sous peine qu’Israël perde la face sur la scène internationale. Alors les 3 agents passent un pacte et font croire qu’ils ont tué leur prisonnier. Personne ne doit savoir que le Boucher s’est échappé. 30 ans plus tard, les 3 agents sont toujours des gloires nationales mais le passé les rattrape. Un vieille homme sénile interné dans un EMS ukrainien prétend dans un article de presse qu’il est le boucher de Burkenau,

 

 

THE DEBT, un film de Jhon Madden, celui qui réalisa en des temps plus anciens SHAKESPEAR IN LOVE ou encore CAPTAINE CORELLI avec Pénélopé Cruz, le même John Madden qui s’est fait un peu discret depuis 10 ans, ces films sortant directement dans le circuit DVD comme Kilshot par exemple. Bref, là, un producteur est tombé sur un petit film israélien qui n’a jamais été projeté ailleurs qu’en Israël et s’est dit que John Madden serait le candidat idéal pour le rebooster… Et oui, THE DEBT de Jhon Madden traduit par L’AFFAIRE RACHELLE SINGER est donc un remake de THE DEBT de Assaf Bernstein, traduit lui par LA DETTE.

 

 

 

Un film à tout petit budget. Et laissez moi vous dire que le manque de fric peut parfois avoir du bon. La différence entre les deux films se jouent essentiellement là. Reste à savoir comment John Madden a dépensé l’argent de Miramax. Et bien, plutôt à bon escient en misant sur un casting pas trop trop cher mais efficace avec Hellen Mirren et Jessica Chastain pour jouer Rachel. Du coup, John Madden peut se payer le luxe de reprendre la structure même du film original mais en développant toute la partie qui se déroulent dans le Berlin Est des années 60.

 

 

Avec son pognon, il se paye le luxe de la reconstitution historique franchement très réussie : les voitures, les lieux, une gare CFF entourée de barbelée, des soldats,  des quartiers, un tramway… bref, tout est reconstitué à l’identique. On place même les protagonistes dans un appartement miteux qui fuit de partout. Dans la cuisine, la vaisselle sale s’entasse alors que les cafards se bousculent dans l’évier. Berlin Est dans les année 60 selon John Madden, c’était le moyen âge! Il suffit de mater la clinique de ce bon docteur nazi pour enfoncer le clou. Oui, le message subliminal simpliste est bien présent :  le communisme, c’est la misère. D’ailleurs, entre le Berlin Est de 1960 et l’Ukraine en 1990, on ne voit aucune différence ! enfin bref, John Madden en met plein les mirettes de son spectateur qui ne peut que se laisser aveugler par cet enrobage plutôt classieux. Et parce que dans ces décors, il serait trop bête qu’il ne se passe rien, John Madden imagine quelques scènes d’action pour donner du rythme, du jus. Quelques plans à bord d’une ambulance, une séquence plus longue pour angoisser un peu le temps d’une tentative de franchissement du mur avortée et retour dans l’appartement pour y casser des assiettes et y manger des haricots bouillis. Cette reconstitution du Berlin Est des années 60 occupe toute la première partie et demi du film. Dans la dernière ligne droite, il faut revenir dans les années 90 pour régler le cas de ce vieux qui prétend être le boucher.

 

 

Autre différence notoire, la vérité et le mensonge sont le cœur du film. Soit on supporte de construire sa vie sur un mensonge, soit on se suicide. Pour appuyer le trait, on a collé dans les pattes de Rachel une fille fière de sa mère, qui ne doit jamais apprendre que son héroïne de maman n’est pas ce qu’elle prétend, sous peine de voir sa vie s’écrouler. Ce serait insupportable pour cet enfant qui n’a pas à payer une erreur qu’elle n’a pas commise. La vérité ne doit pas éclater au grand jour, à moins que le poids de ce mensonge ne soit trop dur à supporter ! Voilà le dilemme qui taraude les 3 héros.  

 

 

Par rapport au montage, il est plus efficace dans la version israélienne car on n’est moins tordu. Les fausses pistes, on les oublie. On va droit au but. Le film débute au bout de 7 minutes, pas une de plus ! Alors que Madden le démarre après 1h. Il raconte le passé et c’est seulement à mi chemin que l’on sait pourquoi Rachel se rend en Ukraine. Le montage est plus saucissonné dans la version originale. Le passé revient régulièrement, par petite touche en flash back plus ou moins long au fur et à mesure que Rachel se rapproche du vieux sénile. Par manque de budget, comme on en peut pas s’autoriser cette reconstitution de Berlin Est. Il n’y a donc pas de scènes d’extérieurs. Juste une, quand on piste le chirurgien devant son cabinet L’appartement berlinois est normal, propre.

Finalement la version originale est d’avantage tournée sur l’affrontement psychologique entre le bourreau et les descendants des victimes de l’holocauste.. Il y a moins d’action, plus de tension… Le mensonge,  on s’en fout. On l’a admis et on s’en accommode très bien.  C’est donc plus l’histoire d’une ex agent du Mossad qui reprend secrètement du service pour effacer une bévue commise dans le passé que l’histoire d’une femme qui se demande si elle doit oui ou non laisser la vérité éclater au grand jour qui est racontée. Du coup, si la fin dans la version de Madden est bancale, dans la version israélienne, elle coule de source. 

 

 

 

 

 

PATER

Pas mal du tout!

 

« Bizarre, Pater est l’une des choses les plus bizarres! ». Ce sont les mots que Thierry Frémaux, le délégué général du festival de Cannes avait prononcé pour présenter le dernier opus de Alain Cavalier. Dévoilé en compétition, le film a dû sembler tellement bizarre à De Niro et ses sbires que le jury ne lui a remis aucune récompense! Qu’importe, la plus belle était pour Cavalier de renouer avec la compétition, à moins que la plus belle était de matérialiser, 10 ans après en avoir fait la promesse à son ami Vincent Lindon, l’idée de faire un film ensemble. Et quel film ! un objet tellement bizarre qu’il n’entre dans aucune catégorie. Pater, une curiosité cinématographique ? Certainement. Un plaisir cinéphilique ? Egalement ! Car nul doute qu’en dehors des cinéphiles, pas sur que le spectateur lambda habitué aux produits formatés et prémâchés ne trouve son bonheur devant cet essai étrange, ce film ou rapidement, la frontière entre documentaire et fiction vole en éclat. 

 

 

PATER est un docu fiction qui se défini avant tout par son caractère minimaliste. Ici, un réalisateur et un acteur s’amusent à faire un film. On croirait une plaisanterie de carabin, un gag de cours d’école construit sur le mode du : on dirait que ! On dirait que tu serais acteur et que je serais réalisateur. On dirait que tu serais premier ministre et que je serais président de la république. On dirait qu’on se filmerait dans nos appartements en train de manger et d’envisager le présent et l’avenir de nos concitoyens. On dirait que je te demanderais de cogiter sur une loi nouvelle qui permettrait de limiter les hauts salaire. On dirait que cette loi sociale t’aiderait à augmenter ta cote de popularité. On dirait que tu pourrais aussi proposer des idées nouvelles ! Oh cool, en tant que premier ministre, on dirait que je pourrais faire voter une loi ou on pourrait retirer la légion d’honneur à un citoyen français qui déciderait de s’exiler hors de France. On dirait que je pourrais aussi coller la peine maximale à un élu dès le premier euro détourné, histoire de montrer l’exemple, de réhabilité la fonction politique. Oui, on dirait aussi que finalement, cette loi qui limiterait les hauts salaires enquiquinerait notre relation et qu’à cause d’elle, nous deviendrions ennemis lors de la prochaine présidentielle ! On dirait enfin que je te donnerais une photo pouvant compromettre ton plus redoutable adversaire et que tu déciderais si oui ou non tu l’utiliserais.

 

 

Oui, c’est sur ce mode là que PATER a donc été imaginé. Au terme d’un an de tournage, au coup par coup, Alain Cavalier et Vincent Lindon ont donc joué au président et au premier ministre, et on dirait bien qu’ils ont réussi le pari de signer un film politique, certes, mais aussi et surtout un objet filmique hors norme démystifiant la création cinématographique. Plus que n’importe quel banal making of, PATER laisse à voir des improvisations mais aussi des indications d’un metteur en scène à son acteur, les doutes et les angoisses de ce dernier, les moments de colère aussi. Parfois, dans le reflet d’un miroir, on aperçoit le réalisateur en action. Action! Pardon, ce mot n’a pas le droit d’être cité dans ce texte. Jamais ce terme n’a été prononcé en un an, pas plus que les traditionnel ‘moteurs’ et autre ‘ça tourne’ ! Plus fort encore, la caméra s’est souvent invitée dans le champ, des apparitions évidemment volontaires pour dévoiler le dispositif filmique, un peu de la cuisine du cinéma en quelque sorte. La cuisine, parlons-en ! La bouffe tient un rôle principal dans PATER. Souvent les deux hommes se retrouvent devant des mets exquis. Une bonne bouteille n’est jamais bien loin. Ils mangent, boivent, se délectent tellement en s’amusant à être ce qu’îls ne sont pas qu’ils finissent par se convaincre qu’ils le sont ! 

 

 

PATER, une expérience à la limite de la schizophrénie pour ceux qui y ont participé, un film peu commun pour ceux qui le verront, en tout cas une œuvre personnelle et originale, parfois un peu molle mais jamais creuse sur la création, le pouvoir et la cuisine.

 

 

 

 

 

 

 

THE GUANTANAMO TRAP:

Un doc bouleversant 

 

 

Guantanamo… un nom de triste mémoire, une destination cubaine où il ne fait pas bon atterrir. Guantanamo est la fameuse prison secrète située sur une base navale américaine, un camp où l’oncle Bush a autorisé le recours à la torture pour faire parler des prisonniers arrêtés pour bon nombre de manière arbitraire. Ces hommes, ont tôt fait au lendemain du 11  septembre d’être assimilé à des terroristes au prétexte qu’ils portaient la barbe, avaient des noms à consonance arabe ou des tampons sur leur passeport laissant présager de voyages trop nombreux dans des pays tels que l’Afghanistan ou le Pakistan. Murat Kurnaz en a fait les frais. Ce turc installé en Allemagne, s’est retrouvé à Guantanamo parce qu’il avait voyagé en Afghanistan où il aurait peut-être côtoyé un type dont on supposait en 2001 qu’il avait éventuellement un lien possible avec Al Quaïda et les attentats. 5 ans de tortures plus tard, Murat est sorti de cet enfer, mais dans quel état ?

 

 

Dans GUANTANAMO TRAP, le documentaire de Thomas Selim Wallner, il accepte de témoigner, de raconter ces 5 ans de détentions. Et dire qu’il n’a jamais été inculpé de quoi que ce soit ! Comment se reconstruire après un tel trauma ? Est-ce seulement possible ? Comment justifier 5 années de torture sur un innocent? Il n’y a pas à le faire, selon l’avocate militaire Diane Beaver. Mutée à Guantanamo en 2002, elle rédigea une expertise juridique devenue célèbre sous le titre : « The Torture Mémo ».  Dans ce document qu’elle a signé de sa main, elle préconise le recours à la torture pour obtenir des aveux. Elle a ainsi approuvé légalement des techniques d’interrogatoire telles que l’isolation, la privation sensorielle ou encore la torture par l’eau. Aujourd’hui, elle ne regrette rien. Et si c’était à refaire, elle le referait ! « Il fallait agir », dit-elle, « il fallait débusquer Ben Ladden car la nation était en danger, et pour cela, tous les moyens étaient bons pour obtenir des informations ». 

 

 

En 2006, Matthew Diaz, un conseiller juridique de la Marine, a été condamné lui à six mois de détention pour avoir communiqué, à une organisation de protection des droits de l’homme, les noms de détenus incarcérés à Guantanamo. Diaz faisait parti des bourreaux, mais comme il le dit dans le film : « Comment accepter ces traitements inhumains ? Comment ne pas réagir quand les conventions de Genève ne sont pas respectées, quand un espace échappe à toute jurisprudence internationale et devient le théâtre de tous les dérapages? » Il fallait parler. Il a parlé. Il en a payé, et en paye aujourd’hui encore le prix fort. Radié de la Marine, sans argent, sans emploi, sa fille subvient à ses besoins. Egalement présent dans ce film l’avocat espagnol Gonzalo Boye. En mars 2009, il engage une procédure à l’encontre de six membres de l’ancien gouvernement Bush. L’accusation condamne la dissimulation de la torture dont les détenus ont été les victimes. Bien sur que l’issu d’un éventuel procès n’est pas pour demain. Cela prendra du temps et tous en sont conscient. 

 

 

Basé sur des interviews et du matériel d’archive, le montage de ce documentaire THE GUANTANAMO TRAP est complété par des scènes de vie actuelle des protagonistes, histoire de montrer comment chacun tente de vivre malgré le poids du passé. Car peu importe le camp auquel ils appartenaient, Guantanamo a forcement laissé une trace indélébile sur chacun d’eux. Pas question de porter de jugement trop hâtif devant Diane Beaver. Pas question non plus d’admiration béate devant Murat Kurnaz le survivant! Le réalisateur le dit dans le dossier de presse mais pas forcément dans le film, ce qu’on pourrait lui reprocher. Murat cache quelques zones d’ombres dans son passé. Il ne dit pas tout. Il est un musulman radical qui accuse Christopher Reeves de blasphème et attend des excuses de Superman. Souvenez-vous du super héros qui décide de faire tourner la planète Terre dans le sens contraire des aiguilles d’une montre pour remonter l’échelle du temps et changer le cours de l’histoire. C’est un blasphème et seul Allah est habilité à faire une telle chose selon Murat ! Quand on est athée, il est bien difficile de partager ce genre de point de vue, mais il est difficile aussi de juger ceux et celles qui y adhèrent. La profondeur de la foie d’un homme ne doit en rien permettre de l’assimiler à un dangereux terroriste capable de commettre des actes de violence. Ceci dit, lorsque la sécurité d’un Etat est en jeu, la tentation est grande. Dès lors, la torture peut-elle être justifiée pour autant? Là est la question essentielle, majeure, centrale posée par Thomas Sellim Wallner, le réalisateur de GUANTANAMO TRAP. 

 

 

Ce n’est pas un hasard si il s’est lancé dans ce projet de film. En effet, pour l’anecdote, il faut savoir que cet allemand a vécu 6 ans au Canada. Le jour ou Bush fut réélu, il a dû se rendre aux Etats Unis en avion. Une nouvelle mesure de sécurité venait d’être introduite : tous les non-canadiens désireux d’entrer aux USA devaient se soumettre à un scanner biométrique. Comme il s’y est opposé, on lui a confisqué son passeport, lui promettant de le lui rendre à condition qu’il motive officiellement son refus. Il a argumenté qu’il s’agissait là d’une question de protection de ses données personnelles. Cette réponse fut mal accueillie par la grosse dame chargé de son interrogatoire. Elle lui lança : « Tu es aux Etats Unis et ici, nous te disons ce que tu dois nous dire, ok ! » Il campa sur sa position et la partie de bluff s’arrêta net. Content de lui, il se rendit compte ensuite que son nom appartenait désormais à une liste de terroristes suspects selon le Département de la Sécurité Intérieur des USA. Depuis, il peux se rendre en Amérique sauf que chaque contrôle douanier lui prend 3 à 4 heures de plus que pour un citoyen lambda. On lui a dit que pendant 5 ans son nom figurerait sur une telle liste et qu’il serait ensuite radié. Mensonge ! Plus de 5 années ont passé depuis cet épisode et son nom est aujourd’hui inscrit dans une autre base de donnée alimentée grâce à la première base de donnée! Finalement, Thomas Selim Wallner se retrouve un peu comme le Murat Kurnaz de son film, THE GUANTANAMO TRAP, un excellent documentaire à découvrir dès cette semaine au cinéma. 

 

 

 

 

 

 

 

 

POURQUOI TU PLEURES?

Mort de rire...

 

 

 

Il ne faut pas grand chose pour passer à coté d’un grand film: une bande annonce mal ficelée avec un son tout pourri et une succession de bouts de scènes mal choisies, un pitch tellement bien écrit que vous n’avez même pas envie de finir de lire la deuxième phrase et c’en est fait, vous ne laissez aucune chance à un long métrage qui pourtant à la vision se révèle excellent. L’avenir d’un film, le travail de deux années de toute une équipe peut être ruiné à cause de ce petit quelque chose, pourtant essentiel, l’argument de vente. Il faut dire que POURQUOI TU PLEURES ? n’est pas facile à vendre auprès du public. Et pour cause, le film traite du mariage, plus exactement du doute qui s’empare d’un futur jeune marié 4 jours avant de dire oui à sa promise. Rien d’original dans le choix du sujet. On a déjà vu tellement de mauvais films sur cette question qu’il n’y a donc pas de raison de s’en farcir un de plus. Sauf que là, il s’agit d’une première œuvre ! Raison de plus me direz-vous ! On connaît les défauts des premiers films. Ils en sont truffés! Avec leur  problème de rythme débridé ou de point de vue mal choisi ou de structure bancale ou de dialogues nuls ou de mise en scène inexistante ou de scénario trop touffu ou tout ça à la fois, les premiers films sont souvent bien décevant ! Et bien figurez-vous qu’il arrive que certains premiers films, non seulement évite tous ces écueils mais qu’en plus, il y ait même une valeur ajouté extrêmement rare en ce moment dans le cinéma français : le ton, jubilatoire! 

 

 

Que vous sachiez donc que POURQUOI TU PLEURES ? est un bijoux de premier film. Il s’appuie sur des dialogues délicieux et des situations excellentes et cocasses. Ça fuse de partout. On n’a pas le temps de s’ennuyer. Au contraire, on est mort de rire en suivant un pauvre type se débattre comme il peut avec la préparation de son mariage qui le dépasse. Complémenté largué, sa compagne, la future mariée, est aux abonnés absents. Elle a totalement disparu, ne répond même plus à son téléphone portable. Personne ne sait où elle se trouve, pas même ses parents. Pendant ce temps, lui doit prendre des décisions cruciales comme choisir les fleurs, se décider entres les pétales ou les ballons, définir le plan de table, accueillir à l’aéroport des invités de sa future belle famille qu’il ne connaît pas. Au passage, il s’agit d’un mariage mixte et il ne comprend pas un traître mot de la langue que baragouinent ces gens. Ils semblent sympathiques, amicaux mais si ça se trouve, ils se foutent ouvertement de sa gueule. Il n’en sait rien. Il sait juste qu’ils ont des coutumes un peu bizarre. Il sait aussi qu’il a de plus en plus de peine à gérer la situation alors il laisse sa sœur prendre le relais. Pour elle, son frère a mit les pieds dans une famille de dingos avec des traditions de malades. Ces gens sont fous, et sa futures femme, une belle salope, toujours absente quand on a besoin d’elle. Et le futur marié de s’enfoncer de plus en plus dans le doute, surtout que lors de la soirée d’enterrement de vie de garçon, il va rencontrer LA fille, celle qui semble être son âme sœur, une nana un peu fofolle mais avec qui il se sent tellement bien… 

 

 

Avec POURQUOI TU PLEURE ?, une cinéaste est née. Katia Lewkowicz. Le jeune femme ne s’attendait s’en doute pas à se lancer dans la réalisation d’un long métrage lorsqu’elle répondit à un concours initié par Canal+, un appel d’offre pour des courts métrages sur le thème « Ecrire pour un chanteur ». Fan de Benjamin Biolay, elle a donc noirci quelques pages qui ont tapé dans l’œil d’un décideur, à tel point qu’on lui a demandé d’oublier la version courte de son histoire et de directement développer un long dans la même esprit. Et voilà comment Katia Lewkowicz s’est retrouvée à la tête de cette entreprise. Réalisatrice hors norme, elle a d’emblée su imposer ses idées. Tout d’abord, en terme de casting. Il faut savoir que si le film était écrit pour Benjamin Biolay, elle avait aussi l’idée de Valérie Donzelli, réalisatrice actrice de LA REINE DES POMMES, et LA GUERRE EST DECLAREE qui sortira prochainement. Valérie Donzelli joue la future mariée. Absente du film sur toute la première partie, elle est excellente dans le rôle de celle qui avait besoin de s’éclipser pour réfléchir avant de se lancer. Qu’a-t-elle fait ? Où est-elle allé ? On n’en saura jamais rien. C’est au spectateur de se faire son idée. Et dire qu’elle a failli jouer le grain de sable. C’est finalement la Comtesse d’Artois dans MARIE ANTOINETTE de Sofia Coppola, alias Sarah Adler qui a été retenu pour incarner celle qui fait tourner la tête du futur marié. Et cette distribution des rôles, à la réflexion, fonctionne très bien. Au passage, en regardant Benjamin Biolay évoluer avec une telle justesse, on se dit qu’il n’y avait personne d’autres pour tenir ce rôle

 

 

Il est franchement bon, même si on aurait une furieuse envie de lui couper le bonnet à poil, histoire qu’il arrête de se passer la main dans les cheveux, un tic un peu toc mais qui finalement sied bien à ce personnage perdu, désabusé, qui susurre plus qu’il ne parle. Ce type qui patauge, au sens propre comme au figuré, est incapable de se mettre en colère. En proie à une certaine mélancolie, atteint par la mort de son père, très proche de sa sœur et de sa mère surtout, il est entouré d’une bande de potes qui l’épaulent mais qu’il pourrait très bien envoyer bouler sur un coup de tête. Il est secondé par une Emmanuelle Devos sublime. Elle incarne sa sœur, un femme au bord de la crise de nerfs. On la sent beaucoup plus investi dans la préparation de l’événement que son propre frère. On se dit surtout que c’est peut-être le seul personnage un peu lucide dans cette histoire d’amour qui finira peut-être mal, ou pas. Elle voit bien que son frère commet peut-être une connerie. Elle le dit, mais il n’entend rien. Il reste prisonnier de sa lâcheté et s’entête à refuser l’évidence : sa future femme n’est pas celle dont il a besoin. Emmanuelle Devos est mariée à Eric Lartigau, et avec Benjamin Biolay, ils ont pour mère Nicole Garcia. Oui, des réalisateurs acteurs sont présents dans ce film et ils sont eux aussi d’une justesse absolue. Nicole Garcia aime son fils, pas trop sa fille et elle le revendique dans tous ses actes. Elle est d’une cruauté absolue avec Emmanuelle Devos, d’une ingratitude déconcertante aussi que ça en devient jouissif de la voir débarquer dans une scène. 

 

 

Eric Lartigau, qui joue le mari d’Emmanuel Devos est également surprenant. Ce couple représente la famille recomposée type. Ils ont eut chacun un enfant d’une précédente union et tentent de reconstruire quelque chose. Pas facile pour lui quand on est père d’une pute comme il dit. La scène, comme tant d’autres, est hilarante quand il voit sa gamine ado se pointer face à lui le nombril à l’air, maquillée à outrance, alors qu’elle vient lui taper de l’argent de poche, il l’envoie promener: « Pas question que je te files un seule Euro pour que tu ailles te faire galocher dans cette tenue. J’y crois pas ! Je suis père d’une pute ! Allez files te changer… Barres toi, non de dieu !Files dans ta piaule et reviens me voir quand tu te seras habillé normalement ». Voilà qui résume la tonalité d’un film réjouissant à plus d’un titre, tourné principalement caméra à l’épaule en suivant un seul point de vu, celui du futur marié. Katia Lewkowicz explique qu’elle voulait que le spectateur voit la même chose que le personnage, qu’il est l’impression que tout est en mouvement autour de lui ! Et ça marche très bien. Si vous voulez vous payer une bonne tranche de rire, filez de ce pas voir POURQUOI TU PLEURES ?, un premier film très prometteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

LIMITLESS:

Sans limites! 

 

 

La drogue, ça rend con, mou. débile et dépendant. Bref, la drogue, c’est de la merde, y compris la NZT-48. Avec celle-ci, il faut faire encore plus gaffe qu’avec les autres et pour cause, la NZT 48 vous permet d’avoir accès à la totalité de votre cerveau. Il faut savoir qu’on utilise une infime partie des possibilité de notre cervelle mais avec la NZT 48, tout change. On peut apprendre l’italien en 10 minutes, le piano en 15, tout comprendre de la bourse et devenir riche en une nuit. Elle est cool la NZT 48 ! Elle fait de vous une personne intelligente, cultivée, apprécié, enviée. Bien sur, si la NZT 48 a beaucoup d’avantages, forcément qu’elle possède aussi des inconvénients. Mélangée à de l’alcool, les effets peuvent s’avérés désastreux. Et puis surtout, quand on est sous l’effet de ces petites pilules transparentes, on a besoin d’action. Il faut que ça bouge. Ce trop plein de lucidité, d’intelligence vous donne une envie de croquer la vie à pleines dents… Gaffe toutefois de ne pas éveiller les soupçons, de ne pas suscité la curiosité et la jalousie de nouveaux ennemis, gaffe surtout, de ne pas commettre d’actes répréhensibles par la loi. Gaffe enfin à surveiller la consommation et faire en sorte que le stock de pilule soit approvisionné en permanence car après avoir goûté une seule fois à la NZT48, on est accroc tout de suite ! Et ça, Bradley Cooper va vite le comprendre dans ce thriller de Neil Burger.  

 

Oui, c’est bien Bradley Cooper qui se prend ici un Very Bad Trip. Dans LIMITLESS. Bradley Cooper incarne Eddie un écrivain manqué, dans la dèche, plaqué par sa copine et dont la vie va subitement basculer après que son ex beau frère dealer lui offre la possibilité de goûter à la fameuse drogue Mais après avoir remonter la pente, il devra lutter et se montrer plus intelligent que ses ennemis pour ne pas chuter encore plus vite. 

 

 

LIMITLESS, un film d’action inspiré du roman LE CHAMP DU TENEBRES. La réalisation de ce thriller a été confiée au réalisateur L’ILLUSIONNISTE, Neil Burger ! Très bonne idée tant il a su rendre cette histoire crédible, réel tout en faisant également attention à ce que le spectateur puisse entrer dans la tronche du héros Eddie lorsqu’il est sous l’emprise de la drogue. En fait, il y a dans LIMITLESS, 2 films en un. Et pour cause, avec ou sans drogue, on est différent. Dans un cas, l’univers de Eddie est triste, gris, fade. Dans l’autre, tout s’éclaire, tout se fluidifie. Comme il a le sentiment de tout contrôler, la caméra bouge beaucoup moins et l’image est tellement plus belle, plus douce, les couleurs plus chaudes. L’aspect un peu vidéo clip avec une caméra qui traverse les rues de New York à fond, avec parfois une multiplication de Eddie dans une même scène façon Being John Malkovitch fonctionne bien. LIMITLESS de Neil Burger avec Bradley Cooper et aussi Robert De Niro, un thriller hautement recommandable.

 

 

 

 

 

LOW COST

PNC aux portes... 

 

 

Jusqu’ou seriez-vous prêt à aller si vous vous retrouviez en rade sur le tarmac de l’aéroport de Djerba, coincé dans un avion sans climatisation depuis 8 heure, apprenant que votre voyagiste a fait faillite et qu’il vous ait impossible à priori de rentrer chez vous pour le moment ? Et bien les passagers du vol LOW COST eux, excédés, vont tout de même décoller, laisser leur vie entre les mains d’un pilote à la retraite. Grossière erreur, car après le décollage, pas sur qu’ils se posent sans encombre à Beauvais comme c’était prévu dans le plan de vol !

 

 

Et de 3. C’est en effet le 3ème long métrage de Maurice Barthélémy. Après un focumentaire délirant sur le plus mauvais boxeur de tous les temps Casablanca Driver, l’ex Robin des Bois avait signé un film attachant et émouvant, Papa avec Alain Chabat, un huis clos qui se déroulait essentiellement dans l’habitacle d’une voiture. Notez que Low Cost est aussi un huis clos puisque tout le film se passe à l’intérieur d’un avion. Peut-être que le prochain aura pour décor un bus, un camion ou un train ? Maurice Barthélémy a encore du choix. N’empêche que pour Low Cost, afin de nourrir le script, Maurice Barthélémy s’est amusé à prendre souvent l’avion. Et à force, il a pu constater à quel point tout était possible, du pilote qui se trompent de cap ou d’aéroport au passager qui se baladent avec un boa. On voit de tout dans les avions, donc il n’y avait pas de raison que l’on ne croise pas un passager névrosé interprété par Jean Paul Rouve, un adepte de la théorie du complot joué par Etienne Chicot, un vieux beau charmeur et gentleman pilote à la retraite campé par Gérard Darmon ou encore une hôtesse de l’air blasée bien décidée à plaquer son boulot, une femme sexy façon Judith Godrèche.  

 

 

Pour l’anecdote, il faut savoir que Low Cost a été tourné dans la véritable carlingue d’un Boeing 737 abandonné dans un hangar du Bourget : le décor idéal avec ses 120 places. Et comme le tournage a eut lieu en juillet, la production a pu faire des économies sur le maquillage! Il était inutile en effet de maquiller les acteurs pour qu’ils aient le visage creusé par la chaleur et la fatigue, car 110 personnes enfermées dans un espace si confiné, ça chauffe très vite. Sans compter qu’il fallait aussi des projecteurs pour éclairer correctement les comédiens ! Résultat, il paraît que le caoutchouc d’un hublot a fondu tellement il faisait chaud, de quoi amener un surplus de vérité dans cette comédie qui peut rappeler la série des Y a-t-il un Pilote. En fait, non, Low Cost n’a rien à voir car le film de Barthélémy est nettement moins burlesque, d’avantage tourné vers les accrochages entre passagers énervés. Situations cocasses et dialogues abscons sont restées en soute. C’est peut-être un peu le défaut du film : une intrigue low cost dopée ceci dit par l’humour très Robin Des Bois. Par exemple, un passager tellement politiquement correct ne sait pas si prendre avec une personne de petite taille. Ce nain pénible enquiquine tout le monde mais personne n’ose lui dire à quel point il est sans gêne, simplement parce que c’est un nain et que ça doit être déjà assez rude comme ça à supporter. Le névrosé pourtant excédé et qui ne tolère plus les écarts du nain fait alors tout pour l’éviter mais dans un avion, ce n’est pas facile de ne pas se croiser ! 

 

 

Low Cost , une comédie finalement très agréable. Si vous avez aimé RESTONS GROUPE de Jean Paul Salomé avec ces touristes en rade, abandonnés par leur voyagiste en faillite et obligés de se débrouiller seul pour rentrer au bercail, vous devriez passer un bon voyage, sans perturbation majeur à bord de ce Low Cost.

 

 

 

 

DANS LA MAISON DU PERE, IL Y A PLUSIEURS DEMEURES

Un bon dieu de doc!

 

 

Non de dieu, on va mettre un peu de sacré dans cet espace dédié au cinéma. Une fois n’est pas coutume! Permettez que l’on se penche sur un film qui a pour titre une phrase que Jésus aurait prononcé : « Dans la maison du père, il y a plusieurs demeures ». Que je vous prévienne que si ce film n’a rien à voir avec celui de Jean Yann, Tout Le monde Il Est Beau, Tout Le Monde Il Est  Gentil, il n’en demeure pas moins, par certains aspects, extrêmement drôle. 

 

 

On est donc à Jérusalem. Hajo Schomerus, le documentariste suit avec sa caméra un étrange carnaval. Dasn l’enceinte d’une Eglise, celle du St Sépulcre, il suit une caporale. Elle  commente à son armée de jeunes recrues israéliennes la visite de ce lieu sacré. Et la militaire s’extasie immédiatement devant ses troupes, qui n’en ont rien à fiche de son discours. Dans cet Eglise vivent en parfaite harmonies différentes communautés chrétiennes. Ce qui l’épate, c’est de constater qu’il existe plusieurs courants chez les chrétiens, donc différentes liturgies, processions, messe, donc différentes manière de célébrer le même Dieu. 

 

 

 

Des chrétiens grecs orthodoxes, des franciscains catholiques romains, des chrétiens syriens, des chrétiens arméniens, des abyssiniens éthiopiens et encore des coptes égyptiens partagent donc la même église!

 

 

 

Chacune de ses communauté doit trouver sa place dans cet apparent bazar. Alors que les éthiopiens n’ont que quelques tabourets de plastiques dans une mini crypte pour accueillir leurs fidèles, les grecs semblent mieux lotis. Et pendant que les franciscains font résonner leur majestueux orgue dans toute l’église, les coptes, eux, réfugiés juste derrière l’imposant instrument, sous une chapelle misérable, ne s’entendent plus prier.

 

 

Et le réalisateur de montrer cet endroit désert la nuit mais qui fourmille le jour. Le contraste  est saisissant. Dès les 4h du matin, on se croirait à Palexpo, dans le forum des Halle au Salon du Culte! Pour sur, ce gigantesque bazar, extrêmement bruyant ressemble à une foire étrange ou les messes se chevauchent pendant que les pèlerins, les curieux, les touristes mitraillent, avec leur appareils photos, ces hommes d’églises qui cohabitent ici tant bien que mal. Pour sur que ces vieilles pierre chargées d’histoire en ont vu défiler des badauds et des croyants. Elles en ont vu des processions et des bastons ! Car oui, ces hommes de foie sont avant tout des hommes, faillibles. Il arrive que des tensions éclatent. Une hiérarchie s’est d’ailleurs établie au fil des siècles, visiblement en fonction de la richesse. Belle mentalité ! C’est ainsi que les nantis grecs viennent souvent enquiquiner les pauvres coptes, mais jamais ils n’embêtent les franciscains. Non. Il y a des règles, vous dis-je! Tout est consigné dans un document et on se doit de respecté ce qui est écrit dans ce petit carnet. Bien sur, comme tout écrit qui se respect, il y a là matière à interprétation et donc source de tension inévitable!

Les jours de grande affluences, comme lors de la messe des rameaux, c’est le bordel total à St Sépulcre. Dans une anarchie à peine croyable, chacune des confessions chrétiennes se presse pour s’approcher du sanctuaire de Jésus afin d’y faire sa messe. Bien sur que les éthiopiens, dépités, ancien propriétaire des lieux, éjectés au 17ème siècle parce qu’ils n’avaient plus les moyens de payer leur loyer, observent ce spectacle avec effarement, se disant que la vie sur Terre est un Enfer. Ils espèrent la délivrance, se languissent du jour ou le Seigneur reviendra sur Terre pour les délivrer. En attendant, comme les autres, ils se contentent de vivre là, dans cette maison du Père qui possède plusieurs demeures, une maison et c’est là encore un paradoxe, dont les clés appartiennent à deux familles musulmanes! Oui, les musulmans  ouvrent et ferment les portes de cette église chrétienne. Accessoirement, étant donné leur neutralité, ils servaient autrefois à arbitrer les conflits entre chrétiens. Aujourd’hui, ils s’en fichent un peu et sont justes bon à se faire prendre en photo avec le pape lorsque l’un d’eux se décide à passer dans le coin. Les gardiens des clés sont là pour le folklore.

 

 

Dans la maison du père, il y a plusieurs demeures, un documentaire aussi passionnant qu’amusant, sans voix off, avec des scènes de vie au sein de cette église et quelques témoignages dans des cellules ou des appartements plus luxueux, un film qui montre que finalement, la tolérance entre religions n’est pas pour demain. Comment voulez-vous que cela arrive, alors qu’au sein d’une même confession, il y a déjà tant de divergences et d’incompréhensions !

 

 

 

 

 

 

MONSIEUR PAPA

Du cinéma de papy!

 

 

C’est une première pour Kad Mérad. L’acteur pas spécialement le plus bancable français est passé à la réalisation. Oui, il faut savoir que pour un euro investi sur la tête de Kad, il ne rapporte plus que 6 euros. En clair le ch’ti du sud n’est plus aussi rentable que cela. A l’opposé, Gilles Lelouche va rapporter 38 euros pour un euro investi… Il est pas cher, il tourne peu et dans des films à petit budgets qui rapportent beaucoup. Enfin bref, tout ça pour répondre à une question, une seule : pourquoi Kad Mérad a-t-il choisi le chemin de la réalisation? Certainement que ça le titillait, mais certainement aussi qu’il est intelligent et qu’il sait qu’une carrière d’acteur vedette peut s’interrompre aussi vite qu’elle a décollé. Et voilà donc comment, et surtout pourquoi, il a songé qu’il était temps pour lui d’essayer cette nouvelle casquette. Lui manquait plus qu’à trouver un sujet. Il n’a pas eut à aller bien loin pour le trouver, dans la chambre à coucher, la salle de bain ou la cuisine de son appartement… je ne sais pas, peu importe dans quelle pièce puisque c’est sa femme qui lui a soumis un scénario qu’elle a également dialoguée. Evidemment qu’il a suivi l’évolution de ce script du début à la fin, qu’il a pu apporter sa touche personnelle pour amener de ci, de là, quelques bons mots et situations cocasses, ainsi que son amour du rugby. Il faut savoir que Kad a été rugbyman. On l’appelait la botte impériale. On retrouve donc de ça dans le scénario de MONSIEUR PAPA. Reste que si l’ensemble est d’honnête facture pour un premier essai, il n’en demeure pas moins que ce MONSIEUR PAPA est plus proche du téléfilm divertissant à l’intrigue hyper balisée que du film d’auteur torturé…

 

 

Que je vous dise que Monsieur Papa rappelle d’une certaine manière, PRETE MOI TA MAIN de Eric Lartigau. Vous vous souvenez certainement de Alain Chabat, le seul mec dans une famille de femme, obligé de louer les services de Charlotte Gainsbourg pour que sa mère et ses sœurs lui fichent la paix. Et bien reprenez ce concept et adaptez-le à un gamin qui n’a jamais connu son père. Sa mère, dépitée devant l’insistance de son rejeton à vouloir rencontrer un jour son papa, ne trouve rien de mieux que de louer les services d’un chômeur sympa pour jouer ce rôle. Mais elle lui demande de se faire détester de son môme pour qu’il n’ai plus jamais envie de revoir son géniteur. Vous vous en doutez, ce plan foireux va foirer. Et Michèle Laroque qui joue cette mère aura toutes les peines du mondes avec Kad Mérad qui lui incarne le papa loué à se dépatouiller avec cette situation de plus en plus compliquée.

 

 

MONSIEUR PAPA est un film sur la famille recomposée plus qu’une comédie romantique. On pourrait croire que l’on va s’engouffrer sur cette voie et en fait, pas tout à fait. Rien de complètement détestable ceci dit avec ce téléfilm ou les situations convenues s’empilent. On est sur une autoroute. Le scénario se déroule en ligne droite. Pas de tête à queue, pas de virage en épingle, pas de sortie de route. A la limite, y a bien un petit rond point pour faire un demi tour  mi parcours et revisiter le concept de l’arroseur arrosé, mais rien de plus…MONSIEUR PAPA est effectivement un produit parfaitement calibré pour faire peu d’entrées en salle mais beaucoup de téléspectateurs dans quelques mois sur TF1 ou M6.  

 

 

 

 

 

 

UN BAISER PAPILLON

une pelle dégoulinante

 

 

Un film à ne pas confondre avec LE BAISER PAPILLON, comédie formidable de 1968 avec Peter Sellers en avocat névrosé qui va découvrir le monde merveilleux des hippy avec son cortège de marijuana, de belles filles et d’idées contestataires. Non, c’est dingue comme un article , juste 2 lettres dans un titre peuvent tout changer ! ici, on parle bien de UN BAISER PAPILLON, un film français ou tout commence par une vision carte postale de la capitale. Tous les monuments parisiens sont saisis sous de magnifiques couchés de soleil. On dirait mes films de vacances en mieux car la réalisatrice Karine Silla Pérez , qui possède un bon carnet d’adresse, a aussi la chance de pouvoir se payer les services de Angelo Badalamenti pour lui composer une musique ni mélancolique ni complètement enjouée, une partition qui colle finalement bien aux images. Mais tout de même, cette entame laisse augurer du pire, comme si la cinéaste ne se sentait pas capable d’entrer de plein pieds dans son sujet. D’ailleurs c’est quoi le sujet ? Les rapports maman enfant j’imagine. Et tous les cas de figures sont listés. Il y a celle qui a longtemps caché un secret à ses fils, celle qui rêve de devenir mère mais n’y parvient pas bouffée qu’elle est par le regret d’avoir avorté quand elle avait 20 ans, celle qui a peur de voir mourir son rejeton et angoisse, celle qui est sur le point de laisser ses filles et son mari à cause de la grande faucheuse, celle qui n’est déjà plus là, celle enfin qui a abandonné son enfant par la force des choses mais finira par le retrouver. Et tout ça se passe à Paris. 

 

 

Voilà un film choral qui en rappelle forcément un autre. Et oui, pour le malheur de Karine silla Pérez, Cédric Klapish est passé par là bien avant elle et la comparaison tourne vite en la défaveur de la femme de Vincent Pérez. Il faut dire que Klapisch est sans doute le seul cinéaste qui sache réellement filmer Paris parce qu’il connaît la ville par cœur. Dans PARIS il montrait des hommes, des femmes se croisant, se débattant avec leur sentiments. Des couples se déchiraient alors que d’autres se formaient et un malades tentaient de surmonter sa maladie. Si PARIS souffraient de certaines longueurs, c’est le lot des films ‘choral’, sur celui-ci, on reprochera bien d’autres choses à commencer par une définition des personnages par toujours très claire ! Pour preuve, c’est seulement en lisant le pitch que l’on apprend que Valéria Golino et Elsa Zylberstein sont copines, alors qu’on les imaginent sœurs ou demi sœurs. 

 

 

Il faut souligner aussi cette erreur de casting magistrale concernant la grande fille de Vincent Pérez, que l’on prend volontiers pour la nourrice et pas du tout pour le fruit de l’union de Valéria Golino et Vincent Pérez! Et puis était-il nécessaire d’affubler cette grande duduche dégingandée d’un skateboard pour la ridiculiser au reste? D’accord, elle est censé avoir 17 ans. A 17 ans, le skate c’est cool, mais comme on voit bien qu’elle est plus âgée, cette tentative de rajeunissement par l’accessoire ne marche pas une seconde. Notez que Roxanne Depardieu, c’est son nom, puisqu’elle est la fille de Gérard et de Karine Silla n’a en fait que 19 ans ! Karin Silla qui depuis s’est marié à Vincent Pérez et ont eut une petite fille, Iman, qui joue également dans ce film familial. Fin de la parenthèse.

 

 

Pour en revenir à la faute de casting, vous me direz qu’on est dans le détail. Certes, mais c’est à ce genre de ‘détails’ que l’on démasque un film raté, un film qui n’est autre qu’une tentative malhabile de tire larme, tentative avortée puisque malheureusement jamais l’émotion ne parvient à vous envahir. Voilà qui est regrettable. Sans doute aurait-il été préférable d’oublier le mélo pour écrire et réaliser une comédie acide, grinçante. Karine Silla Pérez en avait les moyens, en musclant les dialogues, en tirant certains personnages vers le bas, en grisant un peu le tableau, en arrêtant de montrer des gens qui s’apitoient sur leur sort, en injectant un peu de cynisme car n’en déplaise à Karine Silla Pérez, la vie n’est pas seulement difficile, elle est aussi cynique. Dommage donc qu’elle n’est pas choisi cette voix. Et pourtant, voir Cécile de France laisser échapper sa haine de Paris, pour elle la provinciale, la voire hurler après qu’un automobiliste ait manqué de la renverser sur un passage piéton, est juste hilarant. Et l’on se prend à imaginer que plus de séquences de ce parfum là aurait musclé ce scénario mou comme une patiente après sa séance de chimio, prévisible comme l’issue d’une thérapie sur une cancéreuse.

 

 

Le film s’ouvre par là. Une mère de famille est atteinte d’un cancer irréversible. Elle l’a caché à son mari le plus longtemps possible, mais le mensonge ne peut plus durer. C’est difficile, pour elle, pour lui, pour leurs filles. C’est dur de savoir que l’on va mourir et laisser derrière soit cette famille que l’on aime temps. C’est dure de se faire à l’idée que cette mère, que cette femme que l’on aime si fort va vous quitter. C’est injuste. L’infirmière qui accompagne cette patiente est elle-aussi obnubilé par la mort. Elle craint de perdre son fils de 5 ans. Son angoisse détint sur son enfant qui a peur du noir et est insomniaque, de quoi perturber cette femme, son mari, leur vie de couple. Elle est une bonne infirmière mais une mauvaise mère pense-t-elle. Peut-être s’est-elle tout simplement trompée de vie. Idem pour l’ami de la cancéreuse, une actrice vedette, qui vit en couple avec un chef d’orchestre qui ne pense qu’à Vivaldi alors qu’elle, elle n’en peut plus de Vivaldi. Elle veut devenir maman et ça urge car l’horloge biologique galope à grande vitesse. Mais lui, est-il seulement prêt à devenir papa ? Et puis il y a le beau frère de la malade, un solitaire qui connaît un secret de famille, un type qui va tout faire pour aider la prostituée dont il est follement amoureux à retrouver une vie normale. Et puis il y a le patron du bar de Pigalle qui élève seul ses 3 fils, 3 jeunes en rebellions qui brûlent des voitures dans leur cité. Et puis, il y a Cat Power qui vient ponctuer une scène triste. Et puis il y a la reprise d’une scène de danse de pulp fiction à voir au second degré ! Mais quand on doit se la fader 2 fois à 1h d’intervalle, on se dit que le monteur aurait pu en laisser une des deux dans le chutier. Et puis, lorsqu’arrive le générique de fin de ce BAISER PAPILLON, il y a l’impression d’avoir vu un film sans originalité, sans saveur particulière, le genre qui ne laisse aucun goût, même pas amer, le genre que l’on oublie à peine sorti de la salle de cinéma.

 

 

THE EAGLE

Ca ne vole pas haut! 

 

 

Un film d’homme plane au-dessus des cinémas depuis mercredi, THE EAGLE. Attention, il ne s’agit pas d’un biopic sur le groupe mythique qui squattait l’hotel California dans les années 70. Un film d’aventure sur la 9ème légion à ne pas confondre avec la 7ème compagnie, autant dire que sur l’échelle du rire, on est aux extrêmes, et sur celle du temps, on se situe 140 ans à peu près avant JC.

 

 

César qui a soif de conquête butte sur des résistants la haut, tout la haut la haut en Bretagne. Et oui, The Eagle c’est donc ça, une version musclée, barbare sans humour, ou alors involontaire, de Astérix et Obélix ou plutôt Astérix et Obélus puisque l’histoire qui nous ait raconté l’est depuis le point de vu d’un romain et de son esclave breton. Attention, ici Panoramix et sa potion magix sont absent, tout comme idéfix, quoi que, Obélus que nous appellerons Marcus dans un soucis de clarté a une idée fixe, un truc qui ne le quitte pas. Il veut retrouver l’honneur perdue de sa famille. Il faut dire que son abruti de papa est la risée de Rome. Et oui, ce guerrier s’est fait faucher l’aigle d’or, en quelque sorte une bannière de métal perchée au sommet d’un bout de bois, l’emblème de la 9ème légion symbole de la puissance romaine lors des combats, un bâton porté par le chef, papa Marcus. Mais en 160 avant JC, l’emblème a disparu dans les terres du Nord et les 5000 hommes de la légion avec. Plus une trace. Ils se sont pris une taulée royale ! Du coup, le fils de Marcus, qui vénérait son père, s’est engagé dans l’armée. Il a passé son diplôme de centurion avec succès et a gravi les échelon jusqu’à devenir chef de légion à son tour. Ni une ni deux, il a demandé son affectation dans le Nord de la Bretagne histoire de redorer le blason de sa famille .

 

 

Le film débute donc dans la brume, sur une barque se déplaçant lentement dans une jungle peu accueillante. Des centurions restent sur leur garde. Cette entrée en matière très bonne, laisse augurer d’un film ou la tension sera palpable. Marcus était donc sur cette embarcation. Et l’on assiste à sa prise de commandement dans un fort du Nord. La situation est délicate pour ce nouveau venu. Sa réputation le précède. Il a à cœur de montrer qu’il n’à rien à voir avec son père et il le prouvera très vite lors d’une attaque du fort que seul lui a vu venir. Quelques décapitations plus tard au cour d’une scène de bataille tournée caméra épaule, scène de guerre sous forme de leçon de tactique militaire romaine comme bretonne, Marcus peut être fier d’avoir montrer à ces fichus Bretons qui il était. Mais au cours d’un acte héroïque, Marcus se blesse et est éjecté de l’armée. En convalescence chez son oncle, Marcus va entendre dire que l’aigle perdu par son père serait la possession d’une tribu du Nord. Marcus va alors embarquer son esclave Esca au delà de la grande muraille qui sépare la Bretagne en 2, une muraille au delà de laquelle il ne vaut mieux pas se risquer si on veut rester en vie. Mais Marcus, le courageux d’ignorer cette consigne et de s’enfoncer dans une jongle avec son homme de main.

 

 

The Eagle, c'est Apocalypse Now sans le colonel Kurtz et au temps des romains. Ici, on avance dans la folie. Je vous rassure, l’effet Coppola ne dure pas très longtemps, 10 secondes tout au plus, le temps d’y penser, dès qu’apparaît un des survivants des 5000 hommes disparus. THE EAGLE, un film qui ne vaut pas grand chose, la faute à une obsession du scénariste qui a force de nous rabattre les oreilles avec son sens de l’honneur fini par nous détourner de ce film. Il n’y a que ça qui compte, retrouver l’honneur, la fierté, redorer son blason et celui de sa famille. Autre thème principal développé, l’amitié infaillible entre deux frères ennemis, un romain et un breton. Marcus va d’ailleurs abolir l’esclavage bien longtemps avant tout le monde. comment croire une seule seconde qu’un type qui a vu sa famille se faire massacrer par des légionnaires romain puisse à ce point aider Marcus, le soutenir ? Bourré de fautes de goût, s’appuyant sur une réalisation et une mise en scène classique, après 30 premières minutes pleines de promesses, l’espoir s’envole et THE EAGLE de devenir un long métrage standard à l’intrigue ultra prévisible. Le réalisateur du DERNIER ROI D’ECOSSE qui avait frappé fort en 2006 et offert à Forest Whitaker un oscar pour son interprétation d’Amin Dada, n’a donc pas réussi son coup, avec cette nouvelle réalisation qui met en scène Channing Tatum vu dans GI JOE.

 

 

 

 

 

 

WATER FOR ELEPHANT

C'est du lourd! 

 

 

 Ici, tout commence par une scène pluvieuse. Un veiux monsieur, peut-être frappé d’Alzheimer reste immobile devant l’entrée d’un cirque. Des hommes viennent à sa rencontre. Mais non, je ne suis pas un vieux fou leur dit-il. Si vous saviez, j’en sais plus sur le cirque que n’importe qui et voilà que Francis Lawrence nous impose un long flash back. On se retrouve en 1931. Evidemment, qu’à la fin du film, on reviendra au temps présent, une manière malhabille de rallonger la sauce

 

 

Donc, en 1931, le vieux monsieur qui raconte est un jeune homme élève dans une école de vétérinaire. Tout va bien pour lui jusqu’au jour ou ses parents meurent dans un accident de la route. L’héritage est compromis. En effet, il apprend avec stupeur que son père était sur-endetté et que touts ses biens ont été saisis par la banque. Et voilà comment notre ami se retrouve à la rue, bien décidé à partir pour la ville trouver du travail. Chemin faisant, il monte clandestinement a bord d'un train en marche en pleine nuit. Il se trouve que ce convois transporte un énorme barnum, celui d’un cirque gigantesque avec trapézistes, des clowns, des jongleurs, des lions, des tigres, des hyènes, des streep-teaseuse et une dompteuse de chevaux. Le montage et la mise en scène sont tellement habille, la musique tellement faites à base de nappes romantiques infâme que l’on devine sans peine qu’au premier échange de regard entre le jeune vétérinaire et la belle dompteuse, le courrant va passer. Le problème, c’est qu’elle mariée au patron du cirque, un type jaloux, un violent aussi colérique que cruel, en tout cas un type craint par l’ensemble de ses employés. Qu’importe les risques encourus, l’amour sera plus fort que tout. Reste à savoir comment les jeunes tourtereaux pourront échapper à la vengeance du cocu. D’autant que cet homme, également chef d’entreprise est sous pression. L’Amérique, comme son cirque est en crise et ce n’est visiblement pas son nouvel investissement dans un éléphant d’inde nommé Rosie, qui va le sortir de la mouise

 

 

WATER FOR ELEPHANT, une romance basée sur un classique triangle amoureux. En dehors de ce scénario un peu lourd, sans doute écrit pas le pachyderme héros du film, Rosie, WATER FOR ELEPHANT a au moins le mérite de décrire l’univers des cirques dans les années 30 aux Etats Unis en pleine prohibition. La reconstitution est impeccable. On y apprend ainsi que pour diminuer les charges et éviter de payer certains salaires, des hommes étaient jetés du train en marche certaines nuits. L’autre atout du film est sans conteste Christophe Waltz, le mêchant de Inglorious Bastard qui noue ici encore le méchant de l’histoire, le mari bafoué. L’acteur est impressionnant une fois de plus, dans son rôle, mais ça ne suffit toutefois pas à classer ce WATER FOR ELEPHANT au rayon des films largement dispensables

 

 

 

 

 

 

 

LA SOLITUDE

DES NOMBRES PREMIERS

Dommage pour la fin... 

 

 

A la base, il y a un livre, La Solitude des nombres premiers, le premier roman du jeune écrivain italien Paolo Giordano qui a reçu pour le prestigieux Prix Strega (sorte de Prix Goncourt italien) en 2008, devenant ainsi à 26 ans le plus jeune lauréat de la récompense. C’est Saverio Costenzo qui s’est atelé à l’adaptation de ce roman. Sui vous avez fréquenté le festival de Locarno en 2004, alors vous avez peut-être vu PRIVATE son premier film qui obtin le Léopard d’Or cette année là. En 2011, Saverio Costenzo signe donc un film d’horreur centré sur les sentiments, la famille et sur l’émancipation impossible du couple. C’est en ces termes que le cinéaste défini LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIER, une fiction qui a la particularité de lorgner sur le documentaire, dans l’enrobage, j’entends, avec cette caméra à l’épaule, ces gros plans sur des visages au plus près des émotions.

 

 

Rien que l’entame du film est troublante. On croit assister à un documentaire qui capterait une représentation théâtrale. Sur la scène, des enfants jouent et d’un coup, une petite fille hurle. Plus tard, on retrouve ces mêmes en classe, et de nouveau, la petite fille hurle sans raison. Elle est autiste. On est visiblement dans les années 80. mais l’échelle du temps s’emballe d’un coup. Direction l’année 1991. un garçon sur la réserve et une fille qui boîte se croisent dans le couloir d’un collège. A peine le temps de comprendre le pourquoi de cette scène que l’on est en 2001. un garçon doué mais pas très bavard, tente de faire comprendre à ses parents qu’il doit partir en Allemagne poursuivre ses études. Sans prévenir, on est d¨ès lors en 2004, Alice la boiteuse de 91 et Mattia le sur doué se parlent. Enfin, elle parle, car lui est toujours aussi avare de mots.En fait, elle lui apprend qu’elle doit photographier le mariage de Viola, une jeune fille qui l'avait humilier a l'école dans un vestiaire en 1991. Retour donc dans le vestiaire d’un collège pour expliquer au spectateur quel type de relation Viola entretenait avec ses copines de classes, des copines qui n’en était pas évidemment. Et le film de proposer un va et vient permanent entre passé et présent, le tout souvent ponctué d’une musique particulièrement angoissante. 3 périodes clés de la vie de 3 personnages sont ainsi dévoilées au spectateur : l'enfance l'adolescence et l'âge adulte. Et le film de fonctionner comme la mémoire. La mémoire, c’est troublant parce que désordonné. Des bribes de souvenirs heureux ou malheureux reviennent subitement au hasard. On en comprend pas toujours pourquoi ces images remontent à la surface, mais au bout du compte, en reconstituant cette mosaïque, le puzzle se complète et le drame qui a frappé ces personnages s’éclaire enfin.

 

 

LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIERS, un film malheureusement un peu gâché par une fin de trop. Lorsque l’on a compris les liens entre les personnages, et surtout quel drame a bien pu leur pourrir la vie, les 20 dernières minutes, dès qu’apparaît la mention 2007 sur l’écran deviennent superflues. Pire encore, toute l’entreprise du cinéaste est ruinée par cette fin qui s’étire en longueur. Malgré cela, LA SOLITUDE DES NOMBRES PREMIER est un film hautement recommandable sorti cette semaine au cinéma.

 

 

 

AU REVOIR TAIPEI

Bonjour le film! 

 

 

La bonne surprise d’avant Cannes. C’est une période généralement ou on nous refourgue tous les fonds de catalogue et là, sans crié gare… hop, un petit bijoux d’un tout jeune cinéaste américain d’origine chinoise, Arvin Chen longtemps exilé chez tonton Sam. Lorsqu’il est revenu vivre sur la terre de ses ancêtres, il est tombé amoureux de Taïpeï, la capitale taiwanaise. Il signe un premier court métrage récompensé en 2006 d’un prix du jury au festival de berlin. Il rencontre Wim Wenders qui décide alors de produire son premier long métrage : AU REVOIR TAIPEI. Et on sent la griffe Wendersienne. Si vous vous souvenez un peu de Paris Texas et de ses plans de ville la nuit éclairée au néon, et bien on retrouve cette atmosphère dans ce film. On peut aussi, tant qu’on cause d’esthétique, affirmer que Arvin Chen se situe dans la lignée d’un Wong Kar Way, rien que ça! Franchement, ce jeune mec est pétri de talent et quitte à donner encore des références, on peut encore citer Sofia Coppola pour la thématique de la solitude dans une mégalopole  asiatique, thème traitée dans LOST IN TRANSLATION comme dans ce AU REVOIR TAIPEI.

 

 

Mais venons au fait. De quoi parle ce film à priori sublime ? Pour tout dire, il s’agit d’une comédie romantique, mais la romance est dissimulée dans un long métrage truffé de trouvailles ou un jeune type  aura affaire à des apprentis Yakuza de pacotille qui pourraient très bien sortir d’une comédie de Kitano. Ce film est aussi une déclaration d'amour à Taipei, ville extrêmement colorée, joyeuse et qui vit la nuit. Iic, on ne dort jamais D'ailleurs le film se déroule uniquement la nuit. Il s'ouvre sur une succession de plans fixes pour présenter la ville de nuit bercée par une musique jazzy très agréable. Un couple se sépare dans la rue. Ils se sourient alors que le Taxi s'éloigne et l'aventure commence pour Kai dont on apprendra plus tard que sa copine s'est en fait envolée pour la France. Kai est amoureux de sa fiancée, il est amoureux aussi de la France et de Paris. En voix off il explique dans un français pas trop mauvais, qu’il apprend en autodidacte, à quel point sa copine lui manque. Tous les soirs, il se rend dans une librairie, lit une méthode pour parler français, sans jamais l’acheter. C’est d’ailleurs parce qu’il vient ici quotidiennement qu’un contact se créer entre lui et la vendeuse Suzie de la librairie qui a remarqué son petit manège. Elle est intriguée, attirée aussi par ce garçon alors elle discute avec lui et on sent bien que progressivement quelque chose pourrait se passer entre eux, mais Kai est un quelqu’un de bien, fidèle et amoureux de sa copine ; donc, pour le moment, pas question d’entretenir l’illusion dans le cœur de la vendeuse. Tout ce qui compte pour Kai, c’est de trouver du pognon pour se payer un billet d’avion et décoller pour Paris rejoindre sa douce.

 

 

Kai est serveur dans le petit resto de ses parents et parmi les clients fidèle, il y a Oncle Bao. Ce tonton Bao veut prendre sa retraite et laisser son affaire d'immobilier fleurissante à son neveu, un garçon un peu simplet qui lui a besoin d'action. Ce neveu est un mauvais type, hypocrite avec son oncle. Il projette d’ailleurs de lui dérober son argent et de faire porter le chapeau à Kai, avec l’aide de 3 de ses amis complices encore plus bobet que lui. Toujours est-il que Kai demande de l’aide à Oncle Bao pour payer son voyage a Paris et le vieux tonton, encore très fleur bleu accepte de lui prêter cet argent et l'on devine sans mal que Kai s’est fourré sans le savoir dans la panade car cet oncle n'est pas si honnête que ça… 

 

 

AU REVOIR TAPEI, est une réelle bouffée d'oxygène avec une intrigue qui se met en place tranquillement mais sûrement, un film avec toujours ce jazz à la Stéphane Grappelli qui revient en boucle et rythme l’ensemble. Il confère une ambiance agréable ou on se laisse aller à découvrir des quartiers bondés où les gens mangent, prennent des cours de danses en pleine rue la nuit. C’est pas le guide du routard à Taipei, c’est même pas le Michelin même si la bouffe est très présente. On a les papilles qui salivent devant les défilés de ravioli et de viande grillé, de crevettes, de mizo etc… Mais le plus surprenant, c’est que le schéma de la comédie romantique est complètement brisé. On met un moment avant de comprendre qu’il s’agit d’une comédie romantique… Il y a un bon dosage entre romance et comédie avec des scènes très drôles comme cette course poursuite à pied dans métro. Il faut savoir qu’on ne courre pas dans le métro de Taipei, donc la course poursuite se fait en marchant un peu vite !  AU REVOIR TAIPEI de Arvin Chen, un film beau, fluide, une réussite totale récompensée d’un prix du jury au festival Deauville Asia avec en prime une actrice ravissante, élégante, charmante, celle qui joue la libraire Suzie et qui est réellement craquante, elle s’appelle Amber Kuo

 

 

 

 

 

 

 

 

THOR

Un Marvel Marteau 

 

 

Dieu du tonnerre dans la mythologie nordique, Thor est devenu en 1962 l’un des célèbres super héros de l’écurie Marvel grâce aux coups de crayon de Stan Lee et Jack kirby Jusqu’à présent, Thor ne s’était illustré que dans des dessins animés ou des jeux vidéo. Il devenait donc urgent qu’il prenne vie au cinéma. Assez curieusement, on a fait appelle à Kenneth Branagh pour passer du 9ème au 7ème art. Curieux? Pas tant que ça puisque l’acteur réalisateur irlandais était un féru des aventures de Thor étant gamin. Il était sans doute aussi l’homme de la situation pour amener de la tragédie shakespearienne dans le récit. C’est vrai qu’il y a un peu de ça dans ce premier volet de ce qui s’annonce une nouvelle franchise juteuse Marvel. Deux frères pour un trône et un père roi qui cache un secret et renie l’un de ses fils. C’est même Shakespeare au Far West ! L’affrontement final entre Thor et le Destructeur, ce monstre d’acier qui pète le feu est une copie conforme d’un classique duel de western. Sans doute cette scène est un résidu d’une des premières versions du scénario, celle ou les auteurs de XMEN qui ont  bûché sur THOR songeait à catapulter le fils d’Odin en pleine conquête de l’Ouest !  

 

 

 

Pour tout dire, après une scène d’exposition sur Terre ou Natalie Portman et deux de ses acolytes chassent une tornade, on se retrouve catapulté dans les airs, carrément au Royaume d’Asgard, celui des Dieux. Là, Thor est en passe d’être couronné Roi à la place de son père Odin. Mais Thor est un jeune guerrier aussi puissant qu’arrogant, impétueux, fougueux et indigne de reprendre le trône selon Odin. Alors qu’une trahison a bien failli coûter la vie à tous les Dieux du Royaume d’Asgard, Thor et ses amis, à l’insu de Odin, se mettent en route pour le désert de Glace Jotuheim. C’est sûr, ces voyous de glace sont derrière ce terrible complot. Mais de retour de cette expédition punitive, Thor après avoir déclenché une guerre ancestrale, est banni par Odin et envoyé sur Terre. Il le condamne à vivre parmi les humains. Thor mis hors jeu, les forces du mal du royaume des glaces vont bientôt pouvoir se déchaîner et prendre possession du Royaume de Asgard, à moins que depuis la Terre, Thor apprenne à se comporter en véritable héros et revienne dans la partie grâce à Natalie Portman, pauvre mortelle qui croit en lui. 

 

 

 

Avec son scénario écrit au marteau, THOR fait office de gros et lourdingue blockbuster. Si l’histoire, cousue de fil blanc vous laissera de marbre, vous pourrez toutefois vous rabattre sur les effets spéciaux, les décors et les batailles grandioses pour éviter de trouver le temps trop long. Trop long à l’image de la première partie, celle ou Odin, alias Antony Hopkins expose les enjeux. On s’éternise de manière malhabile puisque l’on débusque en effet tout de suite le traître de l’histoire, le méchant, la faute à un flash-back criminel qui expose une dualité entre deux personnages principaux. Quoique le vrai héros du film, le véritable personnage central n’est peut-être pas un dieu ou un humain, mais cet incroyable marteau boomerang, un marteaux planté dans le désert du Nouveau Mexique tel une épée d’Excalibur. On se demande d’ailleurs si Arthur ne va pas débarquer pour tenter d’arracher l’outil de Thor à son rocher. En guise de cela, Stan Lee lui vole la vedette en 4x4 le temps d’un caméo, comme à son habitude. Notez qu’à partir du moment ou Thor, sans ses pouvoirs, se retrouve au milieu des humains, le décalage devient drôle. Non d’un jacquouille ! Non d’une fripouille ! On se croirait pour le coup dans les Visiteurs ! Okay !!!!  Rassurez-vous, Natalie Portman possède tout de même plus de charme que Valérie Lemercier et Chris Hemsworth alias Thor plus de charisme et de muscles que Jean Réno. THOR, un agréable divertissement, sans plus, à ne pas voir en 3D, inutile, comme toujours !

 

 

 

 

 

 

SOURCE CODE:

Excellent 2ème film

de Duncan Jones 

 

 

Pour tout dire sans trop en dire, parce que le moins on en dit sur un film comme celui-ci, le mieux c’est, SOURCE CODE débute alors qu’un type, Colter, voyage à bord d’un train. Il se réveille en sursaut. Amnésique, il ne se souvient pas être monté à bord. Il ne comprend pas surtout, pourquoi, les passagers sont si familiers avec lui alors qu’il ne les a jamais vu. Soudain, le train part en fumée. Une bombe vient d’exploser et Colter de se retrouver allongé dans un caisson métallique. Ce qu’il découvre mais qu’il ne savait pas, c’est qu’il participe à une expérience permettant de revivre, mais pas à l’infini, les 8 dernières minutes d'une vie. Et voilà comment il découvre qu’on lui a refiler une mission : démasquer le poseur de bombe, désamorcer l’engin, tenter d’éviter un autre attentat suceptible de dévaster Chicago et pourquoi pas, séduire la belle brunette qui voyage avec lui. 

 

 

SOURCE CODE, un film basé sur le principe de répétition. une même scène se répète, et se répète et encore et encore et encore. La  séquence en question a dû être tournée de plusieurs façons différentes et en apportant à chaque fois un nouvel élément scénaristique pour que l’historie avance. Toutes les scènes du film se devaient donc de coller de façon parfaite à la toute première, sans pour autant la reproduire à l'identique. On appelle ça une prouesse. Et Jake Gyllenhaal n’est pas étrangé à la réussite de l’ensemble. L’acteur parfait a permis à Michele Monaghan de se hisser à sa hauteur en misant sur l’improvisation. Elle devait donc se caler sur lui, improviser aussi ce qui entraînait un effet papillon et une scène faite de surprise pour tout le monde, tout en respectant le scénario. Le train qui a aussi un rôle majeur dans le film joue également très bien. C’est un faux train, fabriqué de toute pièce et qui se présente comme un Légo géant ce qui permet de filmer dans ce waggon sous tous les axes possibles, un truc de fou. SOURCE CODE, le deuxième film de Duncan Jones un jeune cinéaste vraiment sur de bons rails.

 

 

 

 

 

 

 

 

ET SOUDAIN TOUT LE MONDE ME MANQUE:

A ne pas rater! 

 

 

 

 

 

 

ET SOUDAIN TOUT LE MONDE ME MANQUE, un film de Jenifer Devoldere, 2ème long métrage, commence très bien, au Starbuck café. 

 

Dans cette scène, proche du sketch hyper rigolo, Mélanie Laurent refuse de donner son prénom au serveur à la caisse. Il faut donner son prénom pour qu’il le note sur le gobelet et apporte ensuite le café à la cliente en salle… Et comme la pièce est vide, elle trouve ça stupide… Mais lui, il insiste. C’est l’employé du moi. Il lui dit : Pas de nom pas de boisson .  

 

Juste derrière cette excellente entrée en matière, prend place un générique en carte postales. Il aura son importance dans la suite du récit. C'est presque un peu scolaire. Idem dans la caractérisation des personnages. Un père de famille, la soixantaine a deux filles une blonde inconstante pas fixée un peu fofolle et une brune mariée installée sans enfants. Son mari est 2 de tension un peu lunaire décalé, très drôle, contrairement aux femmes… les femmes, c’est pas drôle, sauf si elles sont grosses. les grosses ça fait rire. C’est une des répliques lancée par Michel Blanc épatant dans ce film. Il est un futur papa à 60 ans. Marié à une femme de 20 ans plus jeune que lui, ce type est un éternel ado dans sa tête. D’ailleurs, il propose à l’une de ses filles qui n’arrive pas a avoir de bébé de lui offrir le sien. Evidememnt, ce genre d’humour n’est pas du goût de tout le monde. Ca créer même un froid au sein de la famille. Ce type est tellement barge qu’il est capable d’offrir son bébé à sa fille. Avec lui, on ne se méfie jamais assez… Et la nuit venue, la fille se réveille en sursaut parce qu’elle a rêvée que son père a mis en vente le bébé sur eBay (et pas Ebaybay) mais y avait plus d’argent sur son compte paypal pour le racheter.  Quel cauchemar, quelle panique… 

 

 

ET SOUDAIN TOUT LE MONDE ME MANQUE est centré sur Michel Blanc et Mélanie Laurent. On y parle essentiellement de communication difficile, voire impossible entre un père et sa fille. Ces 2 handicapés des sentiments sont incapables de se dire à quel point ils s’aiment. En fait, ils ont tous deux une maladie de cœur. Lui a besoin d'une greffe de cœur de porc kasher si possible, et elle, elle est incapable de si fixer avec un mec pour de bon. Au delà de cet aspect un peu mélo, le film est rythmé par des dialogues qui fusent dans tous els sens. Ils sont excellents. Exemple : le père et la mère parlent au lit. Il insiste et lui demande :mais si je meurs promets moi que tu referas ta vie avec un autre homme. Sa femme répond Non… il insiste. Elle répond toujours non, il insiste encore et pour se débarrasser, elle fini par dire oui et la réplique est immédiate : ah ben bravo, comme ça je serais mort, enterré et cocu ! 

 

 

ET SOUDAIN TOUT LE MONDE ME MANQUE, un film drôle pour rappeler toutefois un truc pas drôle : la vie n'est pas éternelle. Alors il est important de dialoguer avec son papa et de lui pardonner ses maladresses. Le dosage entre comédie jubilatoire, romance classique et drame qui surgit à l’improviste est fin. La direction d'acteur, est à l’image de la mise en scène, plutôt pas mal, mais le film vaut surtout pour la prestation de Michel Blanc et une Mélanie Laurent. 

 

 

 

 

LE CHAPERON ROUGE:

Un étron marron 

 

 

Ce n’est pas la première adaptation du compte de Perrault. Il y en a eut d’autres avant et il y en aura malheureusement encore après. Mais pourquoi diable sortir un machin pareil aujourd’hui? Sans doute parce que le filon Twilight est passé par là! Vampire, loup garou, même combat…  En plus, on retrouve des histoires de fesses aussi nunuches les unes que les autres dans les 2 films. Ceci dit, on sent tout de même que la demaoiselle à cape rouge n’a pas résolu son complexe d’œdipe avec son papa. Le plus rigolo, en citant Twilight et en faisant des recherches pour nourrir cette chronique, c’est qu’on s’aperçoit que la réalisatrice de ce CHAPERON ROUGE est une certain Catherine Hardwick, surtout connue pour avoir réalisé le 1er épisode de la saga Twilight.  Et voilà pourquoi ce sentiment étrange en regardant ce chaperon Rouge dont au passage, on pourrait craindre une suite… la porte est ouverte. Parce que le loup garou, on n’arrive pas à le tuer ! Non, je ne vous ai pas ruiner le film… pas du tout…  Ne croyez pas ça, je n’ai pas dit qui était le loup garou! J’ai juste dit qu’il ne mourrait pas à la fin, c’est tout. Parce que tout l’enjeu du film, ce n’est pas de savoir si on arrive ou pas à buter la bête. Non, le véritable enjeu est de démasquer l’humain qui se cache derrière le loup garou ! Et vous vous en doutez, ce n’est pas celui que la scénariste voudrait vous fait croire que c’est. Eliminez immédiatement les 3 fausses pistes du film, et cherchez plutôt du coté de la  4ème ! Généralement le personnage secondaire, celui qui est là sans être là, qui a 2 dialogues, 3 scènes et encore, qui reste au second plan sort du bois au momment ou on s’y attend le plus ! et ça ne loupe pas ici ! 

 

 

Enfin bref, pour tout dire, ce long métrage débute par un plan aérien sur la nature. On survole la montagne qui est belle, avec une forêt recouverte de neige. On est en altitude, puis la caméra pique du nez, un peu avant le spectateur. On se pose dans un village boueux peuplé de culs terreux moyenâgeux. C’est la pleine lune. Ce soir on se barricade. Très rapidement, on se rend compte qu’un mariage est en train de s’arranger contre la volonté du chaperon rouge qui a un amour d'enfance pour qui son cœur bat. Mais bon, sa mère s’en fout… Elle pense au fric que ce mariage va rapporter. On n’a pas idée de se marier à un bûcheron fauché. Pour ne pas blesser maman, le chaperon rouge accepte le deal alors que le bucheron accepte de s’éclipser. Tout le monde est content sauf le loup qui a tué la sœur du chaperon rouge. Pas le temps de pleurer au dessus de la dépouille que la mère déballe à son autre fille encore en vie un secret de famille. Cette mère du Chaperon rouge est une femme de bien petite vertu, une marie couche toi là, qui a cocufier son homme, et qui est tombée enceinte, la gourde! Donc la morte était la demi sœur du chaperon rouge, et cette morte qui en pensait pour le promis au Chaperon ne pouvait pas donc pas se marrier avec lui car c’est son frère, vu que la mère à coucher avec le futur beau père de sa fille. Tout ça est  faussement compliqué mais réellement crétin. Au même moment qu’elle énonce ce secret, dans la taverne, l’alcool coule à flot et les villageois organisent la traque au loup. Ils le tuent mais il ne tuent pas le bon. Ils ne tuent pas le loup garou et le père Soloman qui débarque au village aura toutes les peines du monde à leur faire entendre raison à ces abrutis de péquenot !

 

 

 

 

 

TOMBOY,

Un garçon manqué

dans un film réussi 

 

 

 

Pour ce 2nd long métrage, Céline Sciamma s'est penché avec finesse et sensibilité sur la sexualité d'une pré adolescente. Il est difficile de parfois se situer quand on a 10 ans. On peut être une petite fille et se sentir plus a l'aise dans la peau d'un garçon. D'ailleurs, ça signifie quoi au juste, être une fille? Comment vit-on sa croissance? Comment se sent-on intérieurement face à l'évolution de son corps? C'est de ça dont parle TOMBOY, des prémices de la puberté, un sujet rarement abordé de manière aussi frontale et sincère au cinéma. 

 

 

 

On est ICI au sein d'une famille heureuse. Papa travaille. Maman est à quelques jours de l'accouchement. Laure une petite fille de 10 ans s'entend à merveille avec sa soeur pleine de vie âgée elle de 5 ans et demi. Ils viennent d’emménager dans un nouvel appartement plutôt sympa. Le quartier semble calme et bien fréquenté. Entre deux moment de chahut avec sa soeur, Laure s'interrompt pour observer depuis le balcon, des garçons qui jouent en bas de son immeuble. Laure décide d'aller à leur rencontre. Sur son chemin, une fille de son âge, Lisa, l'alpague et lui lance un innocent: «T'es nouveau, comment tu t'appelle?» Michael, répond la gamine. Michael et non pas Laure…Ce petit mensonge, à priori anodin va s’avérer dévastateur. En effet, avec cette réponse, Laure met le doigt sans s’en rendre compte dans un engrenage infernal. C’est qu’elle va devoir se faire passer pour un garçon pendant les vacances d'été. Mais ce qui pouvait sembler être un jeu amusant va bientôt virer au cauchemar humiliant. Certes, la métamorphose de Laure se fait en douceur mais tout de même. 

 

 

Malgré son androgynie, elle doit  apprendre à se comporter comme un petit mec pour rester crédible. Il faut jouer au foot torse nu, cracher comme un homme, adopter une démarche de petit caïd ! Là ou ça se complique, c'est quand la petite troupe va se baigner à l'étang du coin! Sans pâte à modeler, difficile pour Laure de continuer à faire illusion ! Et puis vient forcément le moment du premier baisé. Que se passe-t-il dans la tête de Laure lorsqu'elle doit poser ses lèvres sur celles de sa copine Lisa, Lisa qui croit qu'elle a affaire à Michael, même si on sent Lisa un peu chafouine. Elle le dit d'ailleurs à Michael alors qu’il se laisse maquiller sans broncher: « tu n'es pas un garçon comme les autres », c'est sans doute pour cela qu'elle est attiré par ce Michael qui sans pudeur, exprime sa part de féminité. 

 

 

TOMBOY, un film subtil, pas une chronique mielleuse, malhabile ou grossière. Pas du tout. Il y a du Maurice Pialat chez cette Céline Sciamma, une vérité, une sincérité qui émane de ce cinéma dit réaliste. Entièrement basé sur de l'improvisation avec les mômes, même si céline Sciamma les a tout de même dirigée, le film est au porte du documentaire tant le naturel de ses jeunes comédiens amateurs est bleuffant. Céline Sciamma se contentait de donner des pistes, des indications du type: allez-y, jouez comme vous en avez l'habitude à Action/Vérité ou autre, on verra bien ce que ça donne. Et les gamins d’oublier la caméra car Céline Sciamma a su leur faire oublier le dispositif filmique. DIRE encore et même insister sur le fait que toute cette justesse dans l’interprétation n’est pas au service d'un film lesbien ! Le réduire à cela serait passer complètement à coté du vrai sujet. TOMBOY a plus à voire avec le sentiment amoureux, le besoin de se sentir aimer et d'aimer en retour, aimer une copine, un copain, une mère aussi dont on peut avoir l’impression qu’elle vous délaisse parce qu’elle est enceinte.

 

 

TOMBOY pose encore une question essentielle quant à la responsabilité des parents. Finalement, mine de rien, ils peuvent très bien encourager le trouble de leur petite fille malgré eux. Un père qui laisse sa gamine conduire la voiture familiale comme un vrai petit garçon, ce n'est pas innocent. Lui faire goûter sa première gorgée de bière, jouer aux 7 familles en lui faisant remarquer qu'il attend impatiemment qu'elle sache jouer au poker, tout ça peut provoquer un certain chamboulement dans la tête d’une petite fille. On sent bien que ce père, même si il aime sa fille, aurait préféré avoir un petit garçon.

 

 

Laure n'a en plus aucune poupée dans sa chambre, une chambre aux murs peints en bleu. Ce sont peut être des clichés mais il faut croire que l'enfant et sa sexualité se construisent sur ces clichés. C'est ce que semble dire Céline Sciamma. En tout cas, TOMBOY parle d'éducation et dit à quel point ce n’est pas facile de jouer son rôle de parent. On croit parfois être à l'écoute de ses enfants, et finalement, on ne l'est pas tant que ça. On croit les connaître et là encore, on ne sait pas tout d’eux.TOMBOY un film remarquable avec Mathieu Demy dans le rôle du papa, excellent papa et Sophie Catani la mère enceinte

 

 

 

 

 

 

 

 

LA PROIE:

C'est vous! 

 

 

Pauvre Albert Dupontel! Bernie s'est laissé berner, aveugler, embobiner par un scénario qui certes pouvait sembler prometteur, mais qui au final, a donné naissance à un film raté, un de plus. Non qu'Eric Valette, le cinéaste réalisateur de LA PROIE soit coutumier du fait. Quoique. Il s'est fait remarqué en 2003 en remportant le Prix du jury du festival de Gérardmer en France voisine. MALEFIQUE, qui a fait un énorme carton au box office suisse avec 1000 entrées, reste un film intéressant, mauvais mais intéressant, qui amenait du surnaturel et de l'ésotérisme en prison. Cet étrange objet lui a servi de carte de visite pour entamer une brillante carrière américaine ou il a réalisé 2 longs métrages qui n'ont jamais traversé l'atlantique, c'est dire s'ils doivent être eux-aussi formidables. De retours en France, Eric Vallette a sorti en 2009 UNE AFFAIRE D'ETAT avec André Dussolier.... Peut-être vous souvenez-vous de ce film inédit en Suisse et sorti directement en Dvd! 

 

 

 

Toujours est-il que LA PROIE, son nouveau long arrive enfin en salle, et c'est dommage! Celui-ci aussi aurait mieux fait de rester dans un placard! Truffé de clichés, multipliant les invraisemblances, souffrant du complexe Duracell rapport au héros qui ne s'arrête jamais, LA PROIE n'est autre qu'un film ou Albert Dupontel, un Yamakasi de province, un toréador de la route, passe son temps à galoper comme une gazelle! A ses trousses, Alice Taglioni, qui pourrait faire une excellente flic dans la série RIS, n'est pas plus crédible que lui,. Même Zinedine Soualem le chef de la police convaincu de la culpabilité de Dupontel est mauvais. Pauvre Zinedine qui aurait du écouter Alice. Dans un éclair de lucidité, la policière doute et se dit que Albert n'est pas le coupable que tout le monde recherche. C'est peut-être Stéphane Debac qu'il faut traquer! 

 

 

Stéphane Debac: la seule satisfaction de LA PROIE. Le comédien incarne un psychopathe violeur d'enfants sosie involontaire de Jean Luc Delarue. Il sauve le film du naufrage total en composant un personnage à priori inoffensif, un être que l'on croit fragile, innocent, et qui s'avère en fait un redoutable et effrayant chasseur. Et pendant que Stéphane Debac tire son épingle du jeu, Albert Dupontel continue de cavaler, avec ou sans balle dans le bide. Il court, il court le furet. Il est passé par ici, il repassera pas par là car il doit semer gendarmes et militaires. L'acteur, qui d'habitude renifle les bons films, témoins les CONVOYEURS ou IRREVERSIBLES pour ne citer que les plus musclés, s'est ici vautré. Le plus drôle c'est de lire cette déclaration après avoir vu LA PROIE. Je le cite: "Dans ce genre de film, il ne faut pas de demi-mesure. On doit le faire à fond ou ne pas le faire". Et pour le coup, c'est vrai que les scénaristes ont eut la main lourde. 

 

 

Tout d'abord, LA PROIE débute dans une prison 5 étoiles visiblement épargnée par les problèmes de surpopulation. Ici, 20 taulards tout au plus, sont en camp de vacances! Ils sont deux par chambre, je dis bien chambre, car on croirait un Formule1! Un hôtel nickel avec évidemment un maton enfoiré de première qui mène la danse. S'il a besoin de dérouiller un prisonnier, pas de problème, il fait éteindre les caméras de surveillance. Et c'est parti pour 2 scènes de baston, plutôt pas mal chorégraphiées, soyons franc. Dupontel en plan serré donne autant qu'il prend. Dans cet espace restreint, la caméra ne virevolte pas trop. Ceci dit, dans l'une des scènes, l'expédition punitive tourne mal mais ce n'est pas grave! De toute façon, il n'y a pas de directeurs dans cette prison! Le pas très malin maton méchant n'a pas de compte à rendre. Pas de hiérarchie et seulement 2 portes électriques à franchir et 2 gardes à assommer pour se faire la belle! A ce stade du film, on commence à suspecter qu'il y aura des failles dans le scénarios et qu'il faudra avaler de grosses couleuvres pour apprécier le divertissement, comme celle ou Dupontel se jette dans le vide depuis le 3ème étage d'un immeuble. Il retombe sur le toit d'une camionnette avec pour matelas le corps d'un flic pris en otage. Le policier meurt, pas Dupontel qui boitille à peine! « L'important, c'est pas la chute, c'est l'atterrissage », disait autrefois celui qui avait la haine, Kassovitz! Ben c'est vrai, ici, après cet atterrissage en douleur, plus qu'en douceur, Dupontel se lance illico dans un marathon insensé! 

 

 

Plus loin dans l'intrigue, il a besoin de surveiller le vilain du film. Il sait qu'il se rend régulièrement dans une pharmacie. Il se rend dans le village ou l'homme habite et là, il lève les yeux au ciel et oh miracle: juste en face de la pharmacie, un appartement est à louer. Il est vide, donc idéal pour une planque! Coté cliché, on est servi avec Sergi Lopez le vieux gendarme exclu et qui est le seul a aider l'homme en cavale parce qu'il a bonne raison pour ça, une vieille affaire à conclure....

 

 

On peut citer encore la policière Alice au pays des emmerde qui traque Dupontel et commence a douter pile au moment ou on lui intime l'ordre de le descendre, si elle l'a en ligne de mire! Evidemment, elle écoutera son 6ème sens le moment venu.

 

 

Le plus énervant est peut-être la Suisse, citée dans ce film comme coffre fort idéal utilisé par les criminels en tout genre! Certes, ce n'est pas faux, mais il y a aussi Monaco. C'est même plus près que la Suisse par rapport au lieu de l'action! Donc pourquoi aller planquer son magot en Helvétie quand on peut le dissimulé à Monté Carlo? Enfin, il ne faut pas passer la fin sous silence. Elle est tellement irrésistible avec un arbre magique poussé à la perpendiculaire d'une falaise! C'est du Tex Avery! Un personnage se fait tirer dessus, il prend 2 balles dans le cornet, tombe dans le vide, se raccroche à cet arbre d'une seule main, prend une 3ème balle après avoir taillé le bout de gras, le temps que les flics arrivent au bon moment, rechute et ne meurt pas grâce à la rivière située 20 mètres plus bas. Il dérive jusqu'au Maroc et 3 mois après il peut donner de ses nouvelles! Dupontel avait raison quand il parlait de LA PROIE: « Dans ce genre de film, il ne faut pas de demi-mesure ».ratatatatam ratatatatam... ah oui, la musique est aussi là pour vous rappeler que vous regardez un film à chier, éclairé comme Les films de vacances de votre père à la mer! Super lumière, bien chaude, en parfait décalage avec la noirceur et la froideur de la situation, une situation ou finalement, on fini par s'en beurrer les noisettes de cette course infernale improbable. En donnant plus d'importance au tueur en série, LA PROIE aurait pu être un très bon film, portrait d'un dangereux malade, qui plus est accompagnée d'une femme aussi dingue que lui, car prompte à supporter les vices de ce compagnon à condition qu'il lui kidnappe une enfant à élever, pas à tuer.... En guise de cela, LA PROIE n'est qu'une horrible et insupportable course d'obstacle.

 

 

 

 

 

 

RIO 3D:

Tout dans la tête

Rien dans les ailes! 

 

 

Comment initier le jeune public aux plaisirs de la comédie romantique? Simplement en proposant un animé basé sur une histoire de volatiles à belles plumes et qui reprend exactement les codes du genre. En plus, en injectant une bonne dose d'humour, les parents qui accompagneront leur chérubins lors d'une séance de ce RIO 3D resteront éveillés. Le film possède en plus un petit coté 'girl power' qui ravira les plus féministes des mamans. En effet, le sexe fort a du plomb dans l'aile dans ce film. Qu'il s'agisse de Bleu, le héros perroquet ou du Dr Tulio, on ne peut pas franchement dire qu'ils soient des modèles de virilité. Ici, les femelles prennent l'initiative pendant que les mâles se contentent de suivre mollement, faisant parfois preuve d'un soupçon de lâcheté et de frilosité face à l'adversité.

 

 

Pour tout dire, RIO 3D s'ouvre en pleine jungle, sur une chorégraphie ou tout ce que compte cette forêt d'êtres volants s'agite au rythme de la samba. Dans ce décorum colorée, un bébé oiseau bleu tombe du nid. Immédiatement capturé par des braconniers, il se réveille dans le grand nord, là où il neige sans discontinuer et où les moineaux se réchauffent sur les feux rouges de signalisation. Assez rapidement, en quelques plans, le bébé bleu grandit. Il est devenu le compagnon inséparable de Linda, une libraire célibataire. Bleu se plait bien avec Linda. Il lui sert d'alarme le matin. Il aime à engloutir son petit déjeuner, prend son pied en se lavant le bec. 

 

 

Assez bien élevé, il lui arrive toutefois de roter. Pas d'erreur, Bleu est le plus heureux des perroquets domestiques, et tant pis si les oiseaux migrateurs qui se les gèlent dehors se foutent de sa gueule parce qu'il est incapable de voler. Toutefois, la vie tranquille de Bleu dans ce cocon douillet va bientôt virer au chaos. Un jour, le gentil Dr Tulio débarque à l'improviste et convainc Linda que son perroquet doit s'envoler pour le Brésil immédiatement. Il doit impérativement se reproduire avec une femelle car ils sont les deux derniers de leur race. 

 

 

Bleu semble ravi, mais la rencontre avec sa future partenaire Jewel se passe moyennement bien. Enfermée dans une volière, elle ne pense qu'à s'enfuir, pour retrouver la liberté et le plaisir de voler. Bleu n'arrive à rien avec Jewel. Même les slows à gamelle de Lionel Richie n'y changent pas grand chose. Pour couronner le tout, alors que Linda et le Dr Tulio sont partis manger, les deux oiseaux se font enlever. L'aventure commence enfin pour Bleu. Bien sur qu'il va perdre quelques plumes pour échapper aux vilains braconniers, aux méchants cacatoès et aux singes pas si malin. Au bout du compte, Bleu parviendra enfin à prendre son envol grâce à Jewel et ses nouveaux amis.

 

 

Pour son 6ème long métrage d'animation, les Studios Blue Sky ont fait appel au vétéran maison, Carlos Saldanha, qui a signé déjà 2 opus de l'Age de Glace et à bossé sur Horton l'Eléphant.. Ici, il a trouvé une belle occasion de finaliser un projet qui lui tenait réellement à cœur. Brésilien d'origine, RIO a été le moyen pour lui de croquer le Brésil d'aujourd'hui. L'intrigue traverse des lieux réels, tels que le mont du pain de sucre, le sambadrome et même les Favelas. Ceci dit, le film n'épargne aucun cliché. Quand Bleu arrive à Rio, on est en plein carnaval, forcément! Les gens regardent du foot à la télé et le méchant de l'histoire est un rasta! Coté musique, c'est le boulevard des tubes brésiliens avec le Girl From Ipanéma de série, mais pas seulement. Au coeur de l'histoire, Pédro, le nouvel ami de Bleu, visiblement un toucan, père de famille débordé est surtout un gros fan de hip hop, normal quand on a la voix de Will I Am en VO! Tout est prévu pour qu'après la vision du film, les enfants insistent pour acheter une bo aux accents bien modernes. 

 

 

Ceci dit, l'humour qui traverse le film, le rythme excellent, les dessins très colorées rattrapent une histoire un peu baveuse, à l'image du bouledogue du film, celui qui a représenté le plus gros challenge: animer de la bave en 3D, ce n'est pas tâche facile. Au passage la 3D est absolument inutile mais souligner que le 3D ne sert à rien deviendrait presque un euphémisme! 

 

 

 

 

SCREAM IV

Mort de rire! 

 

 

Il ne faut pas confondre SCREAM IV avec Scary Movie la série parodique même si pour le coup, on se bidonne plus devant SCREAM IV qui ne fait aujourd’hui plus peur à personne. La faute à un scénario usé d’ailleurs même pas complètement terminé alors que le tournage avait déjà commencé, de quoi angoisser Wes Craven ! Et oui, y avait pas de fin satisfaisante. On en a trouvé une vite fait entre deux prises et voilà, Et voilà surtout que ce SCREAM IV annoncé dès 2000 est sorti en salle  15 ans après le premier. On y retrouve Wes Craven à la réalisation mais aussi les vedettes originales, Neve Campbell, Courteney Cox et David Arquette. Ils ont pris quelques ride ou un peu de bide mais sont toujours aussi imprégnés de leur personnages. Ils doivent faire face à une meute de stars de séries télé comme la Cher Leader de Heroes ou une des secrétaires de Mad Men, des nouvelles et nouveaux venus qui serviront de victimes, comme si Wes Craven voulait tuer les stars du petit écran.

 

 

SCREAM 4 commence très fort avec le téléphone qui sonne et le désormais classique : ALLO… Et il faut arrêter de raconter ce début hilarant pour ne pas vous gâcher une belle surprise et un éclat de rire garanti. La seule chose à dire, c’est que 10 ans se sont écoulés depuis les terribles meurtres commis par Ghostface. Sidney Prescott est parvenue à tourner la page mais c’est tout de même avec appréhension qu’elle retourne à Woodsboro pour le lancement de son premier roman. Elle y retrouve  sa cousine Jill ainsi que Dewey et Gale. Mais gaffe, Ghostface est également de retour. 

 

 

Voici un pitch qui lorgne franchement sur celui de MEURTRE A LA ST VALENTIN avec le mineur qui revient hanter une ville le jour de la commémoration des massacres. Mais attention, ce n’est pas un remake. Parenthèse à propos des remake, Wes Craven le fait dire à l’un des personnages de SCREAM 4, La règle numéro 1 des remake : Ne trahi pas l'original. Et quand on sait qu’il a produit des remake de ses propres films comme par exemple, LA COLINE A DES YEUX, et qui étaient catastrophiques, on sent la petite claque adressé à Hollywood ! Et le personnage de poursuivre :  « les remake, c’est nul. Aujourd’hui, on s’inspire d’un film et on recopie les crimes pour de vrai… C’est ça le cinéma ! » Encore une petite baffe au passage à ceux qui s’imaginent que les films violents engendrent forcément des comportement violents. A part régler ses comptes, Wes Craven insiste sur le monde d’aujourd’hui, moribond ou on n’a plus besoin d'amis mais de fans. Voilà ce que réclame la jeunesse, la gloire facile et les fans qui vont avec! C’est la règle de vie number one dans ce teenage movie entre thriller et la comédie, et qui rend hommage à une foule de films.

 

 

 

SCREAM 4 est en effet truffé de références . On pense en premier lieu à Hitchcock et son Fenêtre sur Cours avec des filles qui assistent en regardant par la fenêtre, à un meurtre dans la maison d'en face. Le compositeur attitré de Scream, Marco Beltrami se fait plaisir en pompant plus ou moins les partitions de Psychose à la fin. Les plus cinéphiles vous diront qu’il y a du Micheal Powell, grand pote de Hitchcock et qui réalisa entre autre en 1960 le premier Snuff movie de l’historie du 7ème art, LE VOYEUR, un film sur un opérateur qui filmait ses crimes. Il y a de ça dans SCREAM IV avec un des ados du ciné-club du coin qui filme sa vie et la balance en direct sur le web. Equipé d’un casque avec une caméra, il rappelle Victoria Abril dans KIKA de Almodovar ! Evidemment que les clins d’œils aux films de genre ne manquent pas. Ils sont tous cités en une scène alors que la voix mystère demande au téléphone à une future victime : quel est ton film d'horreur préféré. Bambi répond-elle ! c’est drôle, mais c’est vrai que c’est flippant pour une enfant BAMBI…  Bref, pas réellement de quoi se faire peur, Pas d’originalité, pas de problème pour débusquer le tueur en Niquab dirait l’extrémiste Guéant… pas d’erreur, SCREAM 4, pour se marrer et seulement ça, c’est pas si mal. 

 

 

 

 

 

 

 

 

OCTUBRE

au cinéma en avril! 

 

 

Octubre, un film péruvien qui ne m'a pas complètement convaincu, la faute sans doute à un rythme tout en lenteur, un manque d'enjeu et aussi des personnages pas clairement définis, en tout cas, dont on a de la peine à comprendre comment se fait-ils qu'ils se connaissent, se côtoient et finissent par vivre sous le même toit? Si on ne lit pas le pitch, c'est incompréhensible. Il est impossible de deviner que Clémenté le préteur sur gage et que Sofia, la dévote qui participe à une procession en l'honneur du Seigneur des Miracles sont voisins... pas vu ça dans le film... Pis alors, cette procession qui dure tout le mois d'octobre revient régulièrement tant et si bien qu'on se demande ce qu'elle vient fiche là, sans doute une manière un peu grossière pour signaler au spectateur qu'on change de chapitre, je ne sais pas....

 

 

Toujours est-il que l'entame radicale, sans dialogue sur plusieurs minutes intrigue et dans le bon sens du terme. On se dit: houlalala... ça va être du bon film d'auteur, du lourd avec plan fixes bien cadrés, image léchée, dialogues minimaliste, photographie somptueuse et mise en places des objets dans ce cadres qui racontent une histoire..... Une chaise n'est pas posée n'importe comment derrière une table... non... tout est calculé au millimètre près et c'est pas une connerie. Y a de la rigueur dans la mise en scène avec un travail sur la symétrie. Normal puisqu'il y a deux histoire symétriques qui sont racontés dans le film, celle d'un vieil homme fauché qui par amour est près à tout dépenser le peu d'argent qu'il possède et celle d'un homme qui vie bien et n'est pas près à sacrifier son bas de laine pour vivre une histoire d'amour. 

 

 

Donc au tout début, un type, assis devant la table de sa cuisine accueille des gens qui viennent lui demander du fric. Clémenté, c'est son prénom est un préteur sur gage, un célibataire qui aime à rendre visite à une prostituée. Après tout, c'est humain. Faut bien se soulager. Mais un soir, alors qu'il rentre chez lui après avoir commis sa petite affaire, il découvre dans son appartement un couffin avec un bébé. Damned... il ne sait pas quoi faire de cet encombrant objet qui pleure... Et pourquoi ce bébé est ici? Et pourquoi Clémenté clame-t-il à tout le monde que ce bébé, il l'a trouvé devant chez lui, sur le trottoir et qu'il lui a sauvé la vie... Pourquoi ce mensonge? Tout le monde sait dans le quartier que Clémenté va aux putes et que ce bébé est peut-être le sien, un fils de...Au même moment, une femme, sofia, parle à un vieil homme dans la rue et lui demande de terminer sa grille de mots croisés avant de rentrer chez elle, et de commencer à se masturber, petit plaisir interrompu par la gêne. On sent qu'elle culpabilise un peu. On sent surtout qu'elle à de la peine à vivre sa solitude. Cette femme participe à une procession en l'honneur du Seigneur des Miracles, procession qui se déroule tout le mois d'octobre à Lima, d'ou le titre du film OCTUBRE. En fait, elle songe rencontrer un homme et fonder une famille. Le miracle se produira-t-il lorsque Clémenté embauchera Sofia comme nourrice pour garder le bébé devenu encombrant? C'est la le seul enjeu de ce film, donc je ne répondrais pas.

 

 

OCTUBRE l'œuvre de deux frangins, les Dardennes péruviens plus que les Coen, les frères Daniel et Diego Véga.. il signe là un premier long métrage d'ailleurs honoré au festival de Cannes l'an dernier par un prix du jury UN CERTAIN REGARD... UN CERTAIN REGARD récompense les meilleurs films d'auteur. OCTUBRE, c'est donc ça, un film de festival comme on dit, entendez par là, un film réussi mais loin des standard du meanstream, un film d'auteur que finalement le grand public n'ira pas voir au cinéma. 

 

 

 

 

 

 

TITEUF LE FILM:

De la mégaballe

hyper atomique!

 

 

Mais ils vont lui lâcher le slip, non d'une crotte de Mugule masqué! Titeuf, le préféré des 5-10 ans est donc interdit à la vision en Suisse aux enfants de moins de 7 ans et seulement conseillé à partir de 10! En France, ce sont les moins de 6 ans qui seront privés de Titeuf! Les commissions des âges ont tranché, justifiant cette décision de par le caractère vulgaire de certains dialogues et l'approche beaucoup trop réaliste d'une problématique pourtant bien d'actualité: la séparation des parents! TITEUF LE FILM ferait peur aux moins de 6 - 7 ans. On croit rêver! Et l'on imagine volontiers le commentaire de l'intéressé, Titeuf: «Les membres de ces commissions ont du se percer un bouton et y avait leur cerveau dedans!» Difficile en effet de ne pas abonder dans le sens du héros à la mèche rebelle! 

 

 

 

Une telle décision signifie mine de rien que les censeurs ont placé TITEUF LE FILM sur le même niveau qu'une CORALINE. En suisse, cet animé autrement plus anxiogène avec une maison dissimulant un monde parallèle ou une femme séquestre une enfant et cherche à lui percer les yeux pour les remplacer par des boutons a subi le même sort que Titeuf, une interdiction pour les moins de 7 ans, cette fois bien légitime! Par contre, l'autre vilain kidnappeur d'enfant le Grand Mêchant Gru de MOI MOCHE ET MECHANT a été jugé plus inoffensif que Titeuf, Gru n'ayant subi aucune restriction malgré qu'il conduit comme un chauffard, et essaye de tuer des gens! Les dragons de HOW TO TRAIN YOUR DRAGON, ont également échappé à une quelconque interdiction or le caractère effrayant de certaines bestioles et la violence des attaques est franchement plus terrifiante qu'un renvoi de Vomito! Même PONYO, avec ses thématiques modernes comme la pollution et l'imminence d'un tsunami, évènement éminemment anxiogène, n'a pas eut droit à une telle sanction. Car on peut, on doit parler de sanction. 

 

 

TITEUF LE FILM est un projet pharaonique qui a nécessité un lourd, très lourd investissement. Pas moins de 18 studios d'animation répartis à travers le monde ont travaillé sur ce film. 700 animateurs se sont éreintés à animer Titeuf. On vous épargnera le nombre de coups de crayons nécessaires pour aboutir. Pour juste vous faire une idée, sachez que pour 1 seconde de film, il faut 24 dessins, donc pour 87 minutes, ça représente: 313 200 dessins! Forcément, ça coûte de l'argent tout ça, aux environs de 15 millions d'Euros! D'autant qu'il a fallu parfois refaire des dessins exécutés à l'autre bout de la planète et qui ne convenaient pas à Zep! Imaginez qu'aux Philippines, une poubelle ne se dessine pas comme à Lausanne! En Espagne, quand un personnage crie dans un téléphone, il éloigne LE combiné à 30 centimètres de sa bouche pour hurler. Alors qu’en France, on se contente de le garder coller à l'oreille. Ces différences culturelles, Zep a du les gommer et forcément, les délais ont explosés, le budget aussi, un peu... En Suisse, il faudra donc attirer au moins 100 000 spectateurs pour rentabiliser l'affaire, 200 000 serait le chiffre idéal. En France, on vise la barre du million et demi pour éviter la faillite. Et l'on devine se profiler à l'horizon le syndrome Max And Co, autre animé suisse hyper ambitieux qui ne rencontra pas son public. Pauvre Titeuf, privé de son cœur de cible ! Comment ne pas craindre qu'il subisse le même sort. 

 

 

En toute honnêteté, au delà de 10 ans, pas sûr qu'on apprécie l'humour pipi caca du héros. On est peut-être un peu trop grand! Et avec un peu de malchance, on a déjà vécu la séparation de ses parents, une situation que l'on n'a pas franchement envie de revivre. Quoi que, ce peut-être une excellente thérapie par le rire. Et oui, il y a des choses extrêmement drôles dans TITEUF LE FILM. Déjà la définition d'un fille. Les filles, ça sert à quoi puisque ça fait pas de bruit avec son derrière! Les filles, ça sert peut-être à rien du point de vu de Titeuf, mais quand même, quand Nadia, LA fille n'invite pas Titeuf à sa sur-boom, c'est l'incompréhension, la désolation. Pourquoi ce snobisme? Ou trouver une réponse? Dans un magasine féminin pour adulte? Peut-être. 

 

 

Le mieux est encore de faire semblant de ne pas être touché, de continuer à vivre normalement et s'amuser à des concours de rots dans la cours de récrée. Toutefois, la vie de Titeuf va se compliquer lorsque sa mère quittera le domicile conjugal. Pourquoi est-elle parti? Peut-être à cause de cette lettre d'amour que Titeuf a écrite pour Nadia et qu'il a donné à sa maman par inadvertance, l'échangeant involontairement contre une liste de course? Ce doit être ça. Titeuf culpabilise. Il doit retrouver cette lettre et faire revenir sa maman. Et ce n'est pas parce que son papa lui explique qu'ils ont besoin de prendre du recul, que lui Titeuf ne doit pas aller de l'avant! D'ailleurs, prendre du recul, ça ne veut rien dire... Décidément, ce n'est pas facile de décrypter le monde des grands. On a l'imagination qui s'emballe, on échafaude des théories bancales. On rêve, on cauchemarde et on agit forcément de travers, suffisamment pour finir chez le psy Michael Lonsdale! Mais la séparation peut avoir du bon. Ça peut émouvoir Nadia. Ça peut conduire à être invité à son anniversaire... .quoi que!

 

 

TITEUF LE FILM, à ne pas voir en 3D car elle est superflue, reste néanmoins du travail d'artiste, un animé dessiné à la main loin des créations impersonnelles fabriquées à la chaîne en Asie pour le compte de France 3. Le film est d'une beauté sans égale. Philippe Chapuis, alias Zep, peut-être fier. En bon homme orchestre qu'il est, il a écrit le scénario, pondu le story board, supervisé les 1063 plans d'animation en réalisant les dessins préparatoires, rédigé les dialogues, dirigé les comédiens, avec l'aide de Zabou Breitman. Elle joue la maman de Titeuf, alors que son papa est interprété par Sam Karman. Zep s'est fait plaisir en confiant le rôle des grands parents à Jean Rochefort et Maria Pacôme. Quant à Michael Lonsdale, il y va d'une apparition en jouant le psy de Titeuf. Zep a aussi signé la musique, en tout cas quelques partitions, en confiant d'autres à Jean Jacques Goldman, chanteur pour qui il avait dessiné une pochette d'album il y a quelques années. Goldman, celui qui marchait seul avant, a accepter de marcher main dans la main avec Zep. 

 

Grâce à lui, Johnny Hallyday a suivi et a joué le jeu d'interpréter son propre personnage dans le film, un Johnny sorte d'apparition fantomatique. 

L'homme du train dirait Patrice Leconte, s'installe dans un compartiment au moment ou Titeuf a le plus besoin d'un guide. Et voilà que l'idole des plus très jeunes lui montre la voix en chanson évidemment. Ce moment d'une poésie sans pareil, onirique est particulièrement bien amené. 

 

 

Et quitte à évoquer la bande son du film, on signalera que Souchon, pourtant un homme délicat avec la gente féminine s'amuse ici à écorner sa réputation en chantant avec Bénabar et Cabrel, « Ca sert à quoi les filles? » Et bien on lui répondra que ça sert à faire parler les garçons, à les faire tourner en bourrique, ça sert a concevoir une aventure de Titeuf en version longue, aussi intelligente que divertissante, un film que les moins de 7 ans ne pourront pas voir au cinéma. Pas grave, d'ici quelques mois, ils se rattraperont avec la sortie du Dvd! Et cette fois, les commissions des âges n'y pourront rien!

 

 

 

 

 

 

 

SILENT SOULS:

un film pour briser

le silence...

 

 

Sombre fumisterie parfaitement assumée en tant que telle ou œuvre majeure très bien documentée rendant hommage à une peuplade oubliée, on n'en sait rien et on ne le saura vraisemblablement jamais. Et pour cause, faut-il rappeler que le réalisateur, un certain Aleksei Fedorchenko nous a gratifié en 2005 d'un sublime fauxcumentaire, entendez par là, un faux documentaire intitulé First on the moon. Ce film tentait de prouver que les Russes avaient poser le pied sur la lune dès 1930. Il avait alors reçu à la Mostra de Venise le Prix du Documentaire. First on the moon était selon les dires de son réalisateur, était une fiction maquillée en documentaire, mais SILENT SOULS est une fiction pure. Il y a donc de la place pour le fantasme. Alors ou s'arrête la réalité dans ce film que le cinéaste considère comme un compte de fée? Impossible à savoir. Et le doute de continuer à planer car Aleksei Fedorchenko reste formel :«Vous ne trouverez aucunes information concernant le peuple Merien dont il est question dans mon film» dit-il. Disparu il y a quelques centaines d'années, assimilés par les russes, cette tribu finno-hongroise continuerait, selon lui, à vivre aujourd'hui, mais dans le plus grand secret. Cette ethnie, avec ses règles, ses coutumes, ses rites existerait bel et bien mais nul part, nous ne pourrions trouver de traces d'elle. C'est pour celà que Aleksei Fedorchenko a émis l'envie de leur rendre hommage, via SILENT SOULS traduit en français par LE DERNIER VOYAGE DE TANYA. 

 

 

Voilà qui donne le ton. Il s'agit effectivement d'un road trip à travers l'Ouest de la Russie Centrale d'aujourd'hui, un road movie surtout à travers des traditions ancestrales qui concernent cette communauté. En fait, Tanya est morte et il faut inhumer son corps. Miro, son mari demande à Aïst de l'aider dans cette tâche. C'est que Miro souhaite procéder selon la tradition millénaire des Mériens: en brûlant le corps dans un lieu sacré, sur la rive de la grande rivière.

 

 

C'est ici que doivent être ensuite dispersées les cendres de la défunte, bouclant ainsi le cycle de la vie. Et voilà comment les deux hommes sillonnent la route avec le cadavre de cette Tanya dans le coffre de leur 4x4. Chemin faisant, à coup de flash back on apprend que Aïst a eut une aventure avec Tanya. Miro le savait mais ne lui en veut pas. On apprend aussi les coutumes de cette peuplade ou parfois on aime à se vider une bouteille de vodka sur le corps pour mieux se lécher avant de baiser !

  

 

SILENT SOULS aurait pu être un film de kaurismaki. C'est vrai qu'il y a parfois un coté burlesque pas déplaisant du tout et qui rappelle les manières de faire du cinéaste finlandais, témoin cette scène surprenante ou des femmes accrochent des scoubidous aux poils pubiens d'une jeune mariée. C'est la tradition qui veut ça. Et le soir de la nuit de noce, le marié de déflorer la jeune femme. C'est poétique, et le plus joli, c'est que ces scoubidous de laine sont conservés tout au long de la vie de la mariée. A sa mort, le mari les dépose délicatement sur le ventre de sa femme, avant d'enrouler le corps de celle-ci dans une couverture et de l'emmener à la rivière pour l'incinérer. Étrange coutume que celle-ci, dévoilée dans ce film ou l'ombre de Tarkovski est omniprésente. Evidemment, dès qu'il s'agit d'évoquer les tourments de l'âme russe, on ne peut que citer ce modèle du cinéma d'auteur russe. En digne héritier, Aleksei Fedorchenko respecte le maître. Aleksei Fedorchenko est un redoutable compositeur d’image. Avec son sens aigu du cadre, alternant plans fixes et plans séquences d'une rare lenteur, il compose un film à la photographie somptueuse, jouant avec maestria parfois du clair obscur comme lors de la scène de la toilette funéraire. Ceci dit, si visuellement SILENT SOULS est remarquable, on ne peut pas en dire autant sur du déroulement du scénario, prévisible et gangréné par la mélancolie. 

 

 

 

 

 

TOUS LE SOLEILS

un film coloré 

 

 

TOUS LES SOEILS est le second film de Philippe Claudel après IL Y A LONTEMPS QUE JE T'AIME. Fort d’un succès critique mais surtout public puisqu’il avait attiré 1 millions de spectateurs, Philippe Claudel a pu faire ce qu'il voulait et notamment un film qui tienne sur les épaules d'un acteur italien inconnu sous nos latitudes mais qui devrait faire parler de lui prochainement. Il s’appelle Stéfano Accorsi.

 

 

Il joue Alessandro, un veuf qui élève seul sa fille de 15 ans. On sent qu'il n'a pas envie de refaire sa vie car comment remplacer une âme soeur? C'est impossible. Dire aussi que chez lui squatte son frère, un anarchiste qui a demandé l'asile politique à la France. Mais pour un italien, ce n'est pas très sérieux. Et pourtant ce farouche anti-Berlusconi a décidé de mener sa lutte contre El cavalière en refusant de sortir de cet appartement tant que Berlusconi sera au pouvoir. Éternel glandeur qui passe sa vie en peignoir, dont on suspect qu’il est peu brouillé avec la salle de bain, c'est par lui qu'arrive le rire dans ce film, un long métrage qui aurait pu être une comédie déjanté hilarante si ce personnage avait été le vrai héros. D’ailleurs, c’est aussi lui qui usurpe l’identité de son frère pour l’obliger à rencontrer une femme sur le net. Il se trouve que c’est la directrice de l’école ou officie Alessandro qui va mordre à l’hameçon, de quoi provoquer un quiproquo assez délicieux.

 

 

En guise de cela, on doit juste regarder une chronique familiale sur les difficulté de communication entre un père et sa fille, le tout saupoudré d’un soupçon de romance. Crise amoureuse, crise d'adolescence et espoir de changement avec l'apparition de Clotilde Courreau dans le scénario sont donc au menu de ce film, bercé par la tarentelle. Non que l'action se déroule en Italie mais parce que  Alessandro est prof de musique à Strasbourg et il est porté sur la tarentelle. 

 

 


TOUS LES SOLEILS de Philippe Claudel, un brillant hommage au cinéma italien des années 60-70 même si le français ne fait que s’inscrire dans la veine des Dino risi et consort sans jamais leur arriver à la cheville.

 

 

 

 

 

 

 

 

JE N'AI RIEN OUBLIE:

Chiche de faire

du Chabrol? 

 

 

JE N'AI RIEN OUBLIE est le 3ème film de Bruno Chiche en qualité de réalisateur. Peut-être n'avez-vous pas oublié que le précédent, HELL est inédit en Suisse malgré un duo Sarah Forestier – Nicolas Duvauchelle étincelant dans cette love story à haut risque sur fond de descente en enfer. Vous n'avez pas oublié non plus le premier long métrage de Bruno Chiche BARNIE ET SES PETITES CONTRARITETES avec un Fabrice Luchini parfaitement névrosé dans cette comédie savoureuse où il jouait cet homme amoureux de sa femme, amoureux de sa maitresse et amoureux de son amant. Par contre si vous avez oublié que Bruno Chiche jouait l'acteur de temps à autres, personne ne vous en voudra tant il est transparent sur un écran. Bruno Chiche, un touche à tout, également producteur qui a accompagné dernièrement UNE PURE AFFAIRE avec François Damiens en père de famille dealer. Bruno Chiche ne devait pas réaliser JE N'AI RIEN OUBLIE, et puis à force d'y penser, à force d'annoter les pages du roman de Martin Suter, il a écrit sa propre adaptation. Car oui, ce film est inspiré de SMALL WORLD écrit par Martin Suter, C'est étrange car en voyant ce qu'en a fait Bruno Chiche, on se dit que Claude Chabrol aurait pu être le réalisateur idéal pour s'attaquer à ce projet. Attention, Bruno Chiche s'en tire toutefois très bien. Il sait parfaitement poser une atmosphère hitchcockienne, avancer à pas feutrer dans une intrigue ou on sent le poids du secret, ou l'on devine que les rapports courtois entre chacun des protagonistes ne sont que façade. 

 

 

On est en effet ici dans un milieu qu'affectionnait Chabrol, la bourgeoisie française avec ses odieux travers et ses secrets inavouables. Dans une bâtisse luxueuse, des gens huppés se préparent à accueillir la jeune Simone. Fraichement mariée à l'héritier Senn, Simone prend ses quartiers dans cette famille ou cynisme et sarcasmes pleuvent au quotidien. En bonne épouse, elle sourit gentiment à sa belle-mère et son beau frère. En bonne épouse, elle ne veut pas faire de vagues. Elle est pareille à une brebis égarée au cœur d'une meute de loup. Assez naturellement, la gentille Simone se rapproche de celui que tout le monde rejette, celui que l'on tolère dans cette maison même si on rêverait de le voire déguerpir. Il est vrai que Conrad est un peu bizarre. Cet homme vit aux crochets de la riche famille Senn. D’abord camarade d’enfance de Thomas, puis gardien de leur maison de vacances à Biarritz, les Senn l’utilisent comme bon leur semble et lui s’en satisfait. Mais qui est-il réellement? Que sait-il qu'il pourrait apprendre à Simone pour lui permettre de percer le mystère de sa nouvelle famille? Peut-il seulement parler? Et si oui, faut-il accorder du crédit à un type qui déraille? Parce que Conrad déraille! C'est vrai que ce grand bobet, mélomane, qui ne sait pas compter, qui oublie ses sacs à commission à la caisse des supérettes, est un peu curieux. Ces absences répétées sont énigmatiques. A croire qu'Alzheimer a frappé à sa porte. C'est clair, cet homme a une mémoire de poisson rouge. Toutes les 2 minutes, il semble redécouvrir le monde. Pourtant, et c'est la curiosité d'une telle maladie, son disque dur n'est pas complètement effacé. Il existe encore quelques fichiers bien cachés, des bribes d'informations comme ces pigeons sur cette place à Venise, des volatiles que tout le monde a oublié au sein de la famille Senn. Pourtant, il en est convaincu, ces pigeons ont existé. Que voilà un souvenirs à priori anodin remonté à la surface et qu'Elvira, la matriarche, aurait bien aimé voire resté enfouie dans la cervelle de Conrad.

 

 

JE N'AI RIEN OUBLIE, un film qui s'appuie sur un scénario bien ficelé. Dans cette famille ou seuls les non-dits ont droit de citer, Simone va faire office de catalyseur pour qu'éclate enfin une vérité cachée depuis toujours, vérité qui permettra de soigner peut-être un malaise profond, de guérir une blessure qui au cours des années n'a jamais cessé de s'infecter, ou au contraire qui conduira à l'implosion de cette famille. Dans ce jeu de dupe, Niels Arestrup est épatant. Alcoolique, cynique aux répliques cinglantes, il est surtout bouffé par la jalousie. Il ne comprends pas pourquoi sa mère porte autant d'attention à Conrad, son ami d'enfance, l'ami de la famille. Niels Arestrup capable de douceur comme de violence se sent mal. Alors, il se protège en picolant. il cherche à éjecter par tous les moyens, Conrad devenu un poids encombrant. Niels Arestrup est formidable dans ce thriller familial.

 

 

Idem pour Gérard Depardieu qui n'a jamais été aussi grandiose que quand il est au service d'une histoire comme celle-ci, d'un metteur en scène comme Bruno Chiche qui parvient à le diriger avec autant de finesse. Derrière cette carapace imposante se cache un personnage au cœur fragile, Conrad, un homme tendre qui depuis toujours souffre et qui, la maladie aidant, en oublie son mal être. Depardieu donne corps à un lunaire réaliste. C'est paradoxal mais c'est ça Alzheimer, une maladie curieuse, étrange, énigmatique, surprenante, imprévisible et il fallait un acteur capable d'être tout ça à la fois, avec en plus, une pointe de naïveté dans le regard, pour que le spectateur, comme le jeune mariée, succombe au charme de Conrad. 

 

 

Dire aussi que Alexandra Maria Lara était l'actrice idéale pour camper l'étrangère dans cette famille, avec son petit accent charmant, une femme trompée qui va vite comprendre qu'elle n'aurait sans doute jamais dû se marier avec l'héritier Senn. Enfin, il faut souligner l'apparition éclaire de Nathalie Baye, dont c'est la deuxième participation à un film de Bruno Chiche. Malgré son passage fugace au début du film, on sent qu'elle a été proche de Conrad, mais jusqu'à quelle point? Pourquoi s'est-elle exilée loin de cette maison? Pourquoi rappeler à la jeune mariée qu'elle doit se méfier de la matriarche interprétée par Françoise Fabian, excellente comédienne qui joue une main de fer dans un gant de crin car le velours, ce n'est pas son truc. Cette femme est prête à tout pour préserver le secret. Direction d'acteur, mise en scène, scénario, JE N'AI RIEN OPUBLIER, possède tellement d'atout qu'il serait dommage d'oublier d'aller voir au cinéma!

 

 

 

 

 

LOS COLORES

DE LA MONTANA:

Pourtant...

Que la montagne est belle!

 

 

La Pradera; un village dans la cordillère des Andes en Colombie… Dans ce décorum d’une verdure sans pareil, aux montagnes imposantes, loin des images de cartes postales, des paysans tentent de survivre tant bien que mal. Manuel et ses parents n’échappent pas à la règle. Malgré la présence de paramilitaires pourchassant les guérilleros, Manuel joue chaque jour avec les garçons de son âge sur le petit terrain de foot qu’ils se sont aménagés au milieu d’autres prés. Pour ses 9 ans, Ernesto, son père, lui offre un nouveau ballon ainsi qu’une paire de gants de gardien de but. Ni une ni deux, Manuel, après l’école, avec son meilleur copain Julian et ses autres amis, filent essayer ce nouveau ballon. A peine leur partie entamée que les gamins expédient le cuir en plein milieu d’un champ de mines. Un conflit armé dont ils n’ont que faire, opposant guérilla et paramilitaires gangrènent la vie quotidienne des paysans. La plupart des habitants sont poussés à l’exode. Il faut dire qu’ils ont le choix entre la fuite ou la mort. Bientôt Ernesto devra prendre une décision, la bonne, si lui et sa famille veulent rester en vie.

 

 

LOS COLORES DE LA MONTANA est le premier long métrage de fiction de Carlo César Arbélaez. Ce cinéaste a conservé quelques réflexes du documentariste. Avec une mise en scène sobre, efficace, il réalise une fiction la plus proche possible du réel. Il ne s’embarrasse pas de fioritures, de mouvements de caméra inutiles. Attention, il n’étire pas non plus ses plans fixes à l’infini, un des travers du cinéma d’auteur fauché tiers-mondiste. Non, le dosage caméra épaule, plan fixe bien cadré est parfaitement équilibré. Pour ajouter une part de réalité, il a également la bonne idée de faire jouer uniquement des acteurs non professionnels. Manuel a par exemple été recruté au terme d’un casting hallucinant digne de X Factor. 2500 gamins ont été auditionnés jusqu’à ce qu’il trouve le bon, celui qui avec sa bouille, sa candeur, son naturel et son intrépidité saura convaincre le public. Et ça marche. Les adultes n’ont également rien à voir avec le cinéma. Carlo César Arbélaez a tourné son film avec les gens de la région ou il a posé ses caméras, un endroit à l’abris du conflit qui secoue la Colombie depuis 40 ans. Ce pays est la proie d’une guerre, qui aujourd’hui n’est pas terminée, opposant la gauche et la droite, deux visions de la société radicalement opposées mais qui chacune ont recours à la violence pour faire triompher leurs idées. Il faut le savoir, des tournages de film sont souvent interrompu. Ces hommes, peu importe leur camp, veulent lire le scénario. Gare à celui qui voudrait dénoncer les agissements de ces messieurs dans un film! Mieux vaut, comme Carlo César Arbélaez, trouver un endroit isolé, préservé, loin de cette guerre qui ne dit pas son nom pour montrer que les paysans sont coincés, comme pris en otage entre des guérilleros des FARC et des paramilitaires sanguinaires aux ordres des politiques. Le moindre soupçon d’appartenance à l’un des deux camps et c’est la décapitation, le démembrement assuré, la fosse commune. Plutôt que de montrer cette violence brute, Carlo César Arbélaez choisi de la suggérer. Certes, on voit dans le film des paramilitaires, mais ils ne sont pas en action. Ils traquent simplement leurs proies. On entend également des bruitages d’hélicoptères sans jamais les voire. Laisser la violence hors champ est un procéder tellement plus efficace pour accentuer la tension, la peur. 

 

 

Et puis, l’autre idée de ce film est d’avoir raconté cette histoire du point de vue des enfants. Cela amène un supplément d’âme, de poésie, de candeur, de naïveté qui tranche avec la réalité. Eux, ils ne comprennent pas ce qui se passe. Ils veulent juste aller à l’école et jouer au foot. Ils n’ont pas conscience du danger, de la menace qui rôde tout autour d’eux. Ils sont prêt à tout pour récupérer ce fichu ballon et continuer à jouer comme n’importe quels autres enfants de n’importe quel coin du globe. Et l’histoire de leur ballon de fonctionner comme une métaphore de ce que vivent les colombiens au quotidien. Ils sont coincés dans ce champ de mine, empêchés de bouger car cerner, pris entre 2 feux. Certains caressent l’espoir d’une vive paisible. Témoin, la nouvelle maîtresse de l’école. L’école, un endroit central dans ces régions ou les maisons sont disséminés dans le décors, éloignées parfois de plusieurs kilomètres. L’école, le premier lieu  que les paramilitaires ou les guérilleros prennent d’assaut. Ici, une jeune femme entend bien éduquer les enfants. Cette maîtresse incarne l’espoir d’une vie normale. Elle oublie ce conflit, fait  comme si cela n’existait pas. Elle est semblable au père de Manuel. Il s’accroche lui aussi à cet espoir de vivre en paix. Cette guerre ne le concerne pas. Seule la mère de Manuel semble lucide quant à la dangerosité de la  situation. On appelle ça l’instinct maternel, l’instinct de survie. Elle veut partir, mais Ernesto s’entête et refuse. Mais bientôt, l’école sera presque déserte et la maîtresse, comme Ernesto, rattrapés par la réalité. LOS COLORES DE LA MONTANA, un film psychologique qui montre parfaitement les conséquences désastreuses d’un conflit sur un peuple qui ne veut pas y prendre part. Un premier film sublime et prometteur de la part de ce jeune réalisateur.

 

 

 

 

UNE PURE AFFAIRE:

C'est de la bonne! 

 

 

La routine, l’usure, le quotidien, il n’y a rien de pire pour avoir raison d’une vie de famille. David Pélame en sait quelque chose. Cet avocat insignifiant trimballe son spleen et son ennui tant bien que mal. Marié à une femme depuis assez longtemps pour avoir oublié qu’il l’aimait, David Pélame supporte également difficilement son adolescente de fille et son pré-adolescent de garçon. Pour ce papa, dans cette famille, la communication n’est pas au top. Bref, la vie de David Pélame ne fait rêver personne et surtout pas lui. Un soir de Noël parmi tant d’autre ou il s’embrouille avec sa femme pour une ballote histoire de cadeau, David Pélame déserte l’assemblée et s’en va promener son chien. La rue est calme, quoique, pas tout à fait. David Pélame est soudainement renversé par un fuyard qui abandonne à deux pas de lui un sac de cuir. A ses trousses, des policiers. Par curiosité, il ouvre le sac et découvre avec effroi un gros bloc de cocaïne. D’abord décidé à ne surtout pas embarquer le sac, il le dépose sur le capot d’une voiture. Pour son malheur, une patrouille de police remarque son manège au loin. La voiture de flic s’immobilise à sa hauteur. Alors qu’il fait mine de promener son toutou, l’un des policiers fait remarquer à cet étourdi qu’il a oublier son sac sur le capot de la voiture.

 

 

Alors David Pélame n’a pas le choix. Il le reprend en saluant et remerciant les policiers. De retours chez lui, il se demander ce qu’il va faire de cet encombrant objet. La réponse est toute trouvée lorsqu’un natel sonne. Il répond. A l’autre bout de la ligne, un bobo s’impatiente. Il attend sa dose. David Pélame lui propose de le livrer à domicile. L’affaire est tellement juteuse et à priori sans risque, vu le niveau social de la clientèle, que notre honnête père de famille va mettre le doigt dans un engrenage infernal sans éprouver le moindre regret. Au contraire, avec son complément de revenu, il peut enfin couvrir sa femme et ses enfants de cadeaux. Il prend même une certaine assurance. Et voilà comment tout en continuant à jouer les grattes papiers le jour dans son cabinet d’avocat, il reprend un business fort lucratif. Evidemment, ce que David Pélame ignore, c’est que sa femme, mais aussi ses enfants, sans compté le propriétaire de la cocaïne vont bientôt découvrir son petit manège…

 

 

Malgré la présence du successeur de Poelvoorde au générique, le comique belge roi de la caméra caché François Damiens, UNE PURE AFFAIRE n’est pas une franche comédie. Inspiré de la nouvelle intiutlée "Poudre" et écrite par Matthew Kneale, on sent le cynisme et l’humour jaune typiquement british. Certes, des situations cocasses et de bons dialogues jalonnent le film, mais UNE PURE AFFAIRE demeure avant tout une histoire de famille. Pour son premier film en tant que réalisateur, le fils de pub Alexandre Coffre qui jusque là n’a officier que dans la réalisation de clips publicitaires, n’a jamais perdu de vue l’envie de traiter des rapports houleux au sein d’une famille banale. Les fêlures de ces gens, leurs mœurs aussi sont ainsi étudié au microscope. La drogue, jamais présentée de façon festive ou incitative, n’est ici qu’un catalyseur, un moteur susceptible de rebooster une famille embourbée dans une vie pâlichonne. En fait, ce couple deale sans réellement se rendre compte de ce qu’il fabrique, des conséquences que ce genre d’acte peut avoir. Ils ne sont pas conscient du danger qu’ils encourent. C’est un peu comme s’ils se prenaient pour deux épiciers qui doivent déstocker au plus vite leur marchandise. Il y a du WEED, la série télé dans l’air. 

 

 

Ne vous attendez donc pas un film à sketch ou à gag pour le gag. Alexandre Coffre est beaucoup plus fin que cela. Il évite d’ailleurs de tomber dans la caricature et cela se remarque, pas seulement au niveau du ton ou des dialogues, mais aussi en terme de mise en scène. Le réalisateur a opté pour un style réaliste tout en restant esthétique. La seule chose que l’on pourrait lui reprocher, c’est de rester sur son personnage principal, David Palme. François Damiens n’est peut-être pas encore assez mur pour porter un film sur ces seules épaules, même s’il s’en sort plutôt pas mal. Mention spéciale par contre à celle qui joue sa compagne, Pascale Arbillot aperçu furtivement dans LES PETITS MOUCHOIRS. Cette actrice a un sacré potentiel. elle fait réellement peur dans une scène de pétage de plomb ou elle envoie balader un routier! Pas d’erreur, avec ce premier film, UNE PURE AFFAIRE, Alexandre Coffre est sur de bons rails !

 

 

 

 

 

 

CARLOS

qu'est-ce tu fiches doudoudidon?

 

 

Décidément, la frontière entre télé et cinéma n’existe plus. En tout cas Olivier Assayas vient de franchir une limite de plus avec son CARLOS. Tourné en scope, utilisant la grammaire du cinéma plutôt que celle des clips, cette série haut de gamme est de meilleure facture que bien des films conçus pour la grande toile! Il était donc logique qu’une version courte soit proposée au cinéma, et qu’importe si l’intégrale est disponible depuis belle lurette en Dvd. CARLOS doit se voire sur la grande toile plutôt que sur un plasma ! Et pour cause, CARLOS est un putain de film, réussi de bout en bout, haletant, une vraie leçon de géopolitique racontée du point de vue d’un mercenaire. Il faut savoir que le terroriste, du fond de sa cellule s’est opposé au film. L’image véhiculée dans le long métrage ne correspondrait pas à la sienne, à la réalité. C’est vrai que Carlos n’a jamais été un queutard. Il n’a jamais fait péter de bombes, il n’a jamais embrassé la lutte armée… etc… On peut ceci dit comprendre les réticences du bonhomme puisque il n’a pas touché un centime ! Ben non, il ne s’agit que d’une adaptation de ses mémoires, tout juste d’une histoire librement inspirée de cette période de sa vie entre 1973 et 1994.  En fait, son personnage ne devient finalement qu’un prétexte pour raconter l’après crise du pétrole, la montée des extrémismes de gauche qui n’hésitent pas à organiser la lutte armée, notamment en Allemagne. C’est vrai qu’au début des années septante certains pays comme la Libye, la Syrie, l’Irak, l’Iran, le Liban… en ont un peu plein le dos des occidentaux qui leur dictent leur conduite. Du coup ils aimeraient bien déplacer les conflits qui les frappent en Europe. Les extrémistes de gauches sont donc des alliés tout trouvés! 

 

Carlos, au départ, rêve de gloire. Même s’il a envie d’une société plus juste, il ne faut pas exagérer! L’appât du gain, l’adrénaline que peut procurer l’action, le besoin de pouvoir, l’arrogance et l’envie de notoriété le conduisent à se lancer dans la lutte armée et à rejoindre le Front de Libération de la Palestine. Il fait ses preuves avant de monter en grade. Une fois arrivé plus ou moins au sommet, on lui demande de mettre en place un réseau actif dans toute l’Europe, ce qu’il va faire avec l’aide de l’ETA et de la RAF, la fraction armée rouge en Allemagne. Il va même s’acoquiner avec des gauchistes japonais à un moment donné. Il est soutenu par la Libye qui lui refile un passeport diplomatique, toujours pratique pour se garantir une immunité, utiliser la valise diplomatique pour acheminer des armes achetées en Syrie jusqu’en Hongrie, en passant par Moscou et Berlin Est… Evidemment, le KGB et la Stasi ont out intérêt à faciliter les activités de Carlos. On est en pleine guerre froide et le premier révolutionnaire venu qui prétend vouloir renverser le capitalisme est un ami. 

 

 

Dans un premier temps, on découvre un Carlos influencé par le Ché, au niveau du look. Même béret, cigare cubain en bouche, il s’agite, prend des initiatives, fait péter des bombes, élabore des plans gonflés qui foirent plus ou moins... Ce n’est pas grave, il apprend son métier de terroriste. Son heure de gloire viendra avec cette prise d’otage de ministres de l’Opep lors du sommet de Vienne. On lui demande de tuer le ministre du pétrole saoudien. Ça permettrait à l’or noir de grimper de 30% , de quoi porter un coup fatal aux ricains et aux européens. Finalement, cette action se terminera sur le tarmac de l’aéroport d’Alger. Au terme d’une rude négociation avec les algériens, il libèrera ses otages contre 20 millions de dollars. C’est à partir de cet instant que Carlos vrille et devient un vrp en terrorisme, un mercenaire travaillant pour le plus offrant! Kadafi ou Sadam Hussein commencent à sérieusement apprécier cet homme. On a un président égyptien à dessouder, on fait appel à lui. Tchaoutcheskou n’en peut plus de la radio de son pays, un coup de fil à Carlos et ça devrait s’arranger. Donc, on aime sa fougue, on loue son sens de l’initiative et de l’organisation. Ceci dit, bientôt le monde va changer, le mur de Berlin tomber, la guerre froide s’arrêter, la Syrie se rapprocher des USA et Carlos de commencer à devenir indésirable, surtout dans les pays arabes. Lâché par tout le monde, c’est comme ça que la France le récupérera et l’emprisonnera.

 

 

Carlos c'est la fiction la plus cinématographique de Canal + avec pas mal d’images d’archives provenant de la télé française, un rythme très soutenu au début et qui progressivement, se ralenti en même temps que Carlos prend du bide. Ceci dit, dans la version courte, on a justement chercher à corriger ce rythme qui s’essouffle.  Cette saga CARLOS rappelle un film allemand de Uli Eidel LA BANDE A BAADER où l’on y voyait clairement comment la RAF, fraction armée rouge qui a répandu la terreur en Allemagne depuis 68 jusqu’à l’Automne allemand en 78 comme on l’a appelé. On y découvrait au second plan une certaine Magdalena Kopp, sorte d’éminence grise de la RAF qui allait prendre la tangente après avoir rencontré Carlos. Et ben dans Carlos, on voit toute la relation entre ces 2 là. C’est intéressant. En tout cas, le travail de recherche, de documentation qui a été fait est exceptionnel. Et  Olivier Assayas de dire que ils ont toujours veillé, et c’est important dans une fiction qui s’inspire du réel, à ne pas se laisser emporter par le romanesque. Il faut doser, il faut être vigilant, ne pas déformer la vérité, ou plutôt ce que l’on pense être la vérité. En tout cas, pour ceux qui ont loupé l’intégrale sur Canal+ ou en Dvd, ne ratez pas CARLOS en version courte.

 

 

 

 

 

L'AGENCE :

Les men in grey!

 

 

Plaisant, divertissant, par instant captivant, intriguant mais finalement un peu décevant L’AGENCE se présente tout d'abord comme un film politique. On s'imagine un bio-pic de plus sur un jeune loup de la politique. En passe d'être élu sénateur, il chute à cause d'une image de trop parue dans le journal. Et oui, pour aller loin aux Etats Unis en politique, il ne faut jamais avoir baissé son froc devant l'objectif d'un appareil photo, fusse même alors que vous étiez un étudiant un peu fêtard. Il ne faut pas non plus jouer des poings et se murger dans des bars! Matt Damon l'apprend à ses dépends. Alors qu'il essuie un revers lors d'une élection, il succombe au charme d'une femme croisée par hasard dans les toilettes pour homme de son QG de campagne, dans un hôtel de luxe. L'histoire en reste là. N'empêche qu'elle lui inspire un discours de défaite percutant. Devant une assemblée conquise, plutôt que de vanter les mérites d'un homme capable de se relever après la défaite, au grand damne de ses conseiller, il humanise son propos, parle de lui, de sa cravate, de la couleur de ce bout de tissu qu'il n'a même pas le droit de choisir. Il n'aime pas cette couleur, mais elle est susceptible de lui rapporter des voix, alors il la porte, tout comme cette paire de chaussure.... 

 

 

Et c'est là qu'entre en piste quatre bien curieux types. A ce stade, impossible de savoir qui sont ces mecs trop bien sapés pour être honnêtes, sans doute des éminences grises, des hommes de l'ombres, le genre qui appartiennent à des services secrets. Ils semblent ne pas avoir apprécier le discours. Il parlent d'agir dès le lendemain. L'un d'eux a pour mission d'empêcher Matt Damon de revoir la jeune femme car elle a une mauvaise influence sur lui. Chaque jour, il emprunte le même trajet à pieds, un gobelet de café à la main. Une bousculade anodine l'obligera a rebrousser chemin. Il perdra du temps. La rencontre ne se fera pas et tout rentrera dans l'ordre. Voilà qui est opaque, et le mystère ne va pas s'éclaircir d'avantage car le lendemain, celui des 4 hommes chargé d'empêcher la rencontre failli a sa mission. Résultat, Matt Damon revoit la jeune femme, mais surtout, arrive comme convenu à son bureau et observe ce qu'il n'aurait jamais du observer. Panique en haut lieu, très haut lieu, il faut rattraper la boulette sans quoi le plan prévu pour Matt Damon ne se réalisera pas, pire encore, d'autres plans s'en trouveront considérablement modifiés. 

 

 

L’AGENCE est un film sur la destinée. Tout serait écrit quelque part. Un homme, une femme, un courant d'air, un autobus, un arbre, un nuage, on ne sait pas réellement, puisque personne ne l'a jamais vu, un Dieu donc, que l'on appelle assez bizarrement Le Président, tirerait les ficèles de l'humanité et serait capable d'inscrire dans de jolis livrets la route que chaque humain doit suivre pour garantir l'équilibre de la planète. Les types en gris ne seraient que des hommes de mains, des anges bien fringués devant veiller à ce que chacun de nous ne s'écartent pas trop de son chemin. En cas contraire, ils interviendraient pour opérer de petits ajustements grâce à leurs pouvoirs sur-naturels. Leur très beaux chapeaux leur permettraient de passer d'un lieu à un autre simplement en poussant la bonne porte. En ouvrant celle des chiottes de l'appartement, on se retrouve à fouler la terre battue de Roland Garros, par exemple. Voilà qui rappelle LE MAGNIFIQUE, avec Belmondo qui pouvait quitter son bureau et se rendre directement sur une plage de sable blanc en passant par une porte de son salon. Merci Philippe DeBroca pour cette fantastique idée remise au gout du jour. Georges Nolfi, le réalisateur, use et abuse de ce procéder dans L’AGENCE.

 

 

Ce film parle aussi du libre arbitre. Chacun doit faire des choix en permanence. Il ne faut pas se gourer. Certains sont plus délicats que d'autres. Pas facile de choisir  entre carrière et amour, de décider de sacrifier le destin de sa compagne au profit du sien, ou le contraire. Il est dit dans le film que la vie sur Terre est devenu merdique, mais elle pourrait être bien pire si Dieu n'avait pas repris les choses en mains. Il a, à de multiples occasions, laissé les hommes seuls face à leur libre arbitre. Au début du siècle dernier, par exemple; ces abrutis n'ont rien trouver de mieux en même pas 50 ans que d'inventer le fascisme, de faire 2 guerres mondiales et de mettre en péril l'équilibre écologique de la Terre. Il était donc temps que Le Président reprenne la main, comme si l'être humain était incapable de s’autogérer. Ceci dit, Dieu ne peut pas être partout. Le hasard existe donc encore un peu. Certaines choses lui échappe. C'est le cas pour Matt Damon et Emily Blunt. Ils se sont rencontrés par hasard et sont tombés follement amoureux. Mais comme la rumeur prétend depuis des lustres que Dieu est amour, peut-être se laissera-t-il attendrir au point de modifier les plans de ces 2 deux là ? Autre leçon du film, Dieu est une mauviette fleur bleue !

 

 

L’AGENCE est une premier film pas honteux du tout de la part de Georges Nolfi. Ce scénariste de LA MEMOIRE DANS LA PEAUX ou de THE SENTINEL, un film de complot avec Micheal Douglas, a été a bonne école. Il applique ce que les Paul Greengrass et autre Steven Soderberg lui ont appris. Oui, il a aussi signé le script de OCEAN 12. En s’attaquant à une nouvelle de Philipp K Dick, il savait qu’il pourrait trouver là un terrain de jeu propice à réaliser un premier film prenant. En effet, L'AGENCE est adapté de la nouvelle Adjustment Team. Pour mémoire, l'écrivain américain s'est spécialisé dans la science-fiction et a écrit nombre de roman ayant pour nœud des complots et autres manipulations. BLADE RUNNER, TOTAL RECALL, MONIROTY REPORT ou encore PAYCHECK sont des films adaptés de l’œuvre de K Dick. Il semblait donc tout naturel que L’AGENCE le devienne aussi. Mêlant à la fois action, romance, SF et bondieuserie, L’AGENCE s'appuie sur une idée plutôt originale. Même les plus athées d'entre vous se laisseront peut-être séduire par ce film à la réalisation efficace. Le montage est bien rythmé, les effets spéciaux parfaits, les acteurs bien dirigés, qu'il s'agisse du marathonien Matt Damon, de la belle diablotine habillée en Prada Emily Blunt ou du Mad Men Roger Sterling Jr, alias John Slattery. Ceci dit, à partir du moment ou le voile est levé sur ces hommes en gris, L’AGENCE perd tout son intérêt et vire à une course poursuite efféminée entre un homme qui veut échapper à son destin et d'autres qui font tout pour l'en empêcher. 

 

 

 

 

 

LA LIGNE DROITE:

un film en zig zag 

 

 

On peut s’appeler Régis Warnier, avoir été couronné aux Oscars en 1993 avec le prix du meilleur film étranger pour INDOCHINE, avoir été à la tête d’entreprises telles que EST OUEST, PART VITE ET REVIENS TARD, bénéficier d’une certaine reconnaissance, être talentueux en plus, et rencontrer des problèmes pour financer un film. Régie Wargnier en a fait l’amère expérience. Alors qu’il s’apprêtait à entrer en tournage, 2 semaines avant de débuter, certains financiers se sont retirés de son projet de comédie sur l’immigration. Apparemment, on en rigole pas en France avec un tel sujet. Dépité, Régis Wargnier a du débaucher des gens qu’il avait pourtant choisi d’employer. Situation on ne peut plus inconfortable. Et puis surtout, il lui a fallu rebondir et vite, pour éviter une dépression. 

 

 

Obligé de négocier un virage à 180 degrés, il écrit LA LIGNE DROITE. Pour cela, il s’est souvenu qu’il avait deux passions dans la vie, le cinéma et l’athlétisme. Il a d’ailleurs réalisé deux documentaires sur des champions français ou du monde. En faisant travailler sa mémoire, Régie Wargnier s’est rappelé d’une scène qui l’avait titillé, un entraînement dans le silence. Sur la piste, un non voyant et son guide reliés à une corde, en train de courir un 400 mètres. L’idée forte de LA LIGNE DROITE était donc toute trouvée : raconter la rencontre de deux destins, deux humains unit par  une corde imaginaire et une autre bien réelle. Cet homme et cette  femme, un aveugle et une voyante seraient aussi unis dans la douleur. C’est donc autour de cette première idée que Régis Wargnier a imaginé  son scénario.

 

 

Pour tout dire, chacun des deux personnages doivent remonter la pente après que la vie leur ait joué un vilain tour. Et c’est au prix de nombreux efforts que ces deux là vont tenter de résoudre leurs problèmes. Pour elle, ce sera réussir sa réinsertion après sa sortie de prison. Cette ancienne athlète y a passé 6 longues années. Elle ne songe désormais qu’à une chose, revoir et surtout récupérer son fils, un fils qui ne connaît pas l’existence de cette maman. Pour lui, atteint de cécité après un accident de voiture, ce sera de retrouver les sensations d’athlète de haut niveau. Ancien champion, il doit apprendre à canaliser sa haine, transformer le sentiment d’injustice qui le submerge, et modeler cette énergie qui est en lui, la mettre à profit et reprendre une vie normale entre guillemets.

 

 

LA LIGNE DROITE un film un peu tordu, la faute à un scénario écrit vite, trop vite. Il y a quelques zones d’ombres, et autres raccourcis faciles. N’empêche que le film, tourné dans la chronologie de l’histoire, a valu à Régis Wargnier et à sa productrice, son pesant d’adrénaline. Il le dit : ‘j’ai retrouvé la liberté, l’énergie d’un premier film’, non pas qu’il se plaigne des conditions luxueuses dont il peut bénéficier en général, mais simplement parce que le film s’est fait dans l’urgence avec interdiction de se planter. 

 

Témoin, la scène finale tournée au stade de France, un 400 mètre. Mais pour filmer la course, elle a du être inscrite au programme d’une manifestation officielle, ce qui sous entend que Régis Wargnier n’avait droit qu’à une seule prise. Imaginez le risque. Avec 3 faux départs de suite, la course aurait été annulée. Le film n’aurait pas eut de fin. Il aurait fallu ruser avec des effets spéciaux coûteux et il n’avait pas le budget pour ça. En plus, la course s’est déroulée telle qu’elle était écrite sur le papier, sans aucune anicroche. Bref, les dieux du stade et du cinéma étaient avec Régis Wargnier ce jour là. 

 

 

D’un mot encore sur les comédiens principaux, Rachida Brakhni, ex athlète devenue actrice. On l’a vu dans L’OUTREMANGEUR pour ne citer que celui-ci ou elle jouait l’accompagnatrice de Cantona. Elle est aujourd’hui sa femme. Elle est ici parfaite en guide, en entraîneur, en femme prête à lutter pour retrouver le goût de la vie. On ne peut pas en penser autant de Cyril Descourt. Il faut dire qu’il n’avait pas un rôle facile à défendre. Passer tout un tournage avec des lunettes noires sur le visage, ce n’est pas facile pour transmettre certaines émotions. On le sent peut-être un peu trop fébrile, pas assez sûr de lui, de ce qu’il est en train de faire. Enfin Clémentine Célarier qui joue sa mère tient un rôle à contre emploi, une femme forte qui ne se soucie pas trop de son image, une mère qui ne rêve que d’une chose, retrouver son fils, un fils éteint depuis qu’il a perdu la vue. LA LIGNE DROITE, un film bourré d’humanité, parfois malhabile mais tout de même recommandable. 

 

 

 

 

 

WE WANT SEX:

Un film féminin,

pas féministe

 

Le réalisateur de CALENDAR GIRLS s’attaque cette fois à la lutte des couturières des usines Ford en Angleterre, à Dagenham dans la banlieue Est de Londres. En 1968, elles vont à elles seules, pas plus de 187 ouvrières, ce qui n’est rien en comparaison des dizaines de milliers d’hommes qui travaillent pour Ford à travers le monde, déclencher un mouvement et  paralyser le constructeur automobile pendant plusieurs semaines pour obtenir une égalité de traitement, donc une égalité de salaire avec les hommes. 

 

 

Evidemment, qu’au début, on les prend un peu de haut. On leur fait comprendre, même su sein de leur syndicat, que leur rôle dans les négociations avec le patronat doit se limiter à hocher la tête. Ce sont les hommes qui mènent la danse. Mais au cours d’un premier entretien, Rita ne l’entend pas de cet oreille et prend la parole. Elle annonce que si leur situation n’est pas ré-évaluée, la grève sera inévitable. Branle-bas de combat chez Ford en Angleterre, mais surtout aux States, à la maison mère ou l’on n’entend pas céder sur ce point. Très vite, devant la ténacité de ces dames, l’affaire devient nationale. Barbara Castle, alors secrétaire à l'emploi et à la productivité, la première femme politique à exercer un poste de premier plan, écoute leurs revendications et prend le risque de soutenir ces ouvrières. Cela débouchera sur la création d'un projet de loi en 1969 pour l'égalité salariale. 

 

WE WANT SEX, est un film choral, une fiction pas un documentaire, ce qui sous-entend que la production a pris des libertés avec la véritable histoire en créant par exemple des personnages comme celui de Rita. On a aussi injecter un peu de romanesque, peut-être parfois inutile… Ca rallonge un peu la sauce. Mais l’essentiel du propos n’a pas été modifié. Il s’agissait de montrer comment des femmes apolitiques voulaient simplement être traitées d’égale à égale avec les hommes. Pour elles, c’était juste une affaire de bon sens. Ce n’est donc pas un film féministe, mais juste sur des femmes en lutte, un film ou l’on épingle au passage certains syndicalistes, qui bénéficient de petits privilèges et ne sont donc pas prêt à les renier, d’ou le sens du compromis avec le patronat. 

 

Sally Hawkins interprète Rita. Cette actrice formidable, habituée à des rôles de fofolles comme dans BE HAPPY de Mike Leigh, est ici plus dans le retenue. Elle possède une réelle candeur. Sally Hawkins s’est affichée récemment dans AN EDUCATION, autre film qui se déroulait dans les années 60. il y avait également Rosamund Pike qui joue dans WE WANT SEX celle qui va devoir négocier avec Rita. Pour l’anecdote, le titre du film WE WANT SEXE fait référence à une des banderoles utilisées par les manifestantes lors de leur sit-in devant le ministère de l’emploi à londres. En fait, il était écrit : WE WANT SEX EQUALITY, mais comme elle n’était pas dépliée entièrement, les passants lisaient juste WE WANT SEX. Je vous laisse imaginer le concert de klaxon des voitures qui passaient devant elles, les remarquent lancées par les hommes…WE WANT SEX, un film tout à fait recommandable sorti mercredi au cinéma.

 

 

 

 

PAUL:

Rencontre du 3ème E.T

 

 

Simon Pegg, Nick Frost sont peut-être des noms qui vous disent quelque chose. Ces deux là sont connus pour avoir bossé ensemble entre autre sur SHAWN OF THE DEAD ou HOT FUZZ, deux films hommages, aux zombies pour le premier et aux comédies policières d’aventure des années 70 pour le second, avec la british touch à chaque fois pour garantir un minimum d’humour salvateur. Simon Pegg et Nick Frost se sont donc retrouvés sur PAUL, une comédie de Science Fiction réalisée par Greg Motola à qui l’on doit la  comédie bien potache, SUPER GRAVE. Voilà qui vous en dit plus sur l’atmosphère, l’ambiance de ce film PAUL. On est effectivement dans une tentative de comédie, une tentative loupée car malgré une bonne idée, la mayonnaise ne prend jamais. On aimerait pourtant se marrer, rire aux éclats mais on ne lâche jamais plus qu’un timide sourire devant les péripéties de ces 2 geeks.

 

 

Oui, 2 geeks anglais sont partis en pèlerinage aux States. Ils se rendent à une convention ou tous les visiteurs sont déguisés. Ils arborent les costumes de leur héros de science fiction préférés. Eux, ils viennent ici rencontrer un auteur à succès qu’ils vénèrent et qui s’avère être un gros naze imbu de sa personne. Après avoir pris une photo et s’être fait dédicacer un bouquin, voilà que les 2 amis taillent la route au volant de leur camping car. Ils ont décidé de concrétiser leur rêve en visitant tous les sites du désert du Névada ayant un lien avec les aliens, comme par exemple la zone 51. Et c’est justement lorsqu’ils pénètrent dans cette zone 51 que Paul s’incruste dans leur camping car. Paul est le portrait craché de Rosewell, un alien cool qui clope et s’énerve assez vite. Et voilà que les 3 personnages s’engouffrent sur la route 375, mythique ligne droite interminable. A leur trousses, 3 Men in Black du FBI bien décidés à capturer Paul. Il s’est échappé pour éviter une mort certaine. Ayant atterrit dans le Névada il y a 60 ans à la suite d’une panne de soucoupe, il n’est plus jamais reparti. Seulement, maintenant que l’on a percé tous ses secrets, le FBI désire étudier son cerveau. Pour éviter une trépanation, Paul a donc pris la fuite et projette de rentrer chez lui.

 

 

PAUL, un road movie, une course poursuite infernale avec en prime, une grenouille de bénitier qui ne veut pas entendre parler de la théorie de l’évolution et qui va voir ses certitudes et ses croyances s’effondrer au contact de l’alien. Le film n’est malheureusement pas spécialement drôle. On empile les situations et les dialogues convenues dans un  Buddy movie qui ressemble à une compilation de références: ET par ci, Rencontre du 3ème type par là, le gendarme et les extra terrestres, retours vers le futur, total recall et sa fameuse femme à 3 seins, star trek, star wars et j’en passe. Dommage, avec un tel potentiel, PAUL aurait du être un superbe OFNI. Il n’est malheureusement ni plus ni moins qu’un film à peine divertissant. La seule réussite concerne les effets spéciaux employés pour matérialiser cette bébette à grosse tête de l’espace.

 

 

 

 

LE RITE:

Sa mère ne taille pas

des pipes en enfer

 

 

Que voici une sinistre supercherie, une ânerie sans nom avec, et on est désolé pour lui, avec  le mythique Antony Hopkins. En toute franchise, seule l’affiche du film LE RITE mérite le détours. Dans une croix, on y découvre le regard bleu azur glaçant et le visage grisâtre de l’acteur, de quoi vous glacer les sangs. Dites vous bien que l’affiche n’est là que pour appâter le gogo. Avec le nom et le visage d’Hannibal Lecteur sur une affiche, la production a vu juste. Nul doute que bon nombre se laisseront tenter par cette resucée lamentable de L’EXORCISTE. Seulement, le réalisateur du déjà bien minable CHAMBRE 1408, le suédois Mikeal Hafstrom n’est pas William Friedkin! Non, LE RITE ne détrônera certainement pas L’EXORCISTE, classé depuis des lustres à la 3ème place des meilleurs thriller de tous les temps derrière PSYCHOSE et LES DENTS DE LA MER. Il faut dire qu’en 1974, on savait y faire pour flanquer une grosse pétoche aux spectateurs malgré des effets spéciaux bas de gamme. Tout résidait dans l’atmosphère, dans l’approche, dans la mise en scène, dans la suggestion. 

 

 

A sa décharge, on peut souligner l’effort en ce domaine de Mikeal Hafstrom qui d’emblée a choisi l’option de ne surtout pas jouer la sur enchère d’effets spéciaux superflus. En comptant sur Antony Hopkins, et accessoirement sur l’histoire, les personnages et les lieux de l’action, il a cherché à évoquer sous un angle nouveau, un angle malheureusement plat, cette pratique peu connue du grand public. Il paraît qu’en terme d’exorcisme, la réalité serait bien plus fascinante que tout ce que l’on pourrait imaginer, d’ou la tentation d’ancrer le récit dans le réel et l’aborder le plus sérieusement possible.. Et le scénariste d’enfoncer le clou en précisant que l’histoire repose sur une base solide, des faits avérés, dévoilés dans un livre  écrit par je journaliste Matt Baglio. Véridique ou pas, en regardant LE RITE, on est surtout posséder par un mortel ennui effectivement bien réel.

 

 

Pour tout dire, un jeune séminariste américain Michael Kovak se rend au Vatican pour étudier les rites de l’exorcisme. Féru de psychologie, il nourrit de sérieux doutes à l’égard de ces pratiques anciennes, et juge que la «possession» relève de la psychiatrie plutôt que de la démonologie. Pour le convaincre, et parce que ces doutes commencent à agacer, on lui recommande de rencontrer le Père Lucas, un ecclésiastique légendaire qui a pratiqué avec succès des centaines d’exorcismes. Au contact de cet énigmatique mentor travaillant sur un cas bien réel, le sceptique devant la terrifiante violence de la possédée, va bientôt remettre en question ses croyances.

 

 

Bon Dieu de film, LE RITE de Mikeal Hafstrom vous apprendra au détour d’une des nombreuses scènes bavardes que pour croire au diable, il faut croire en dieu. Presque 2 heures pour accoucher d’une telle nunucherie, voilà de quoi achever définitivement les plus courageux qui oseront affronter LE RITE au cinéma.

 

 

 

 

 

LUMIERE:

Un doc sombre 

 

 

Depuis mercredi, un documentaire qui a fait polémique en France est désormais visible en Suisse. Il s’agit de LUMIERE de l’autrichien Arthur Straubinger. Dans ce film, le documentariste pose une question, une seule : est-il possible de vivre uniquement en se nourrissant de lumière. On appelle ça le respirianisme, un mouvement jugé sectaire par les autorités françaises, une dangereuse mode en quelque sorte qui aurait pour conséquence d’encourager l’anorexie. Dans LUMIERE, des adeptes prennent la parole pour faire part au monde entier de leur expérience. Le plus connu d’entre eux est Prahlad Jani, un octogénaire indien qui prétend ne pas avoir mangé ni bu depuis plus de 70 ans.

Comment croire une chose pareil ?  En France, le président de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes, Georges Fenech, a mis en garde dans une interview accordé au Figaro en décembre dernier que: "Dans ce documentaire les scientifiques ne condamnent pas explicitement la méthode du respiranisme", Il faut savoir que des sympathisants du respirianisme meurent et que leur santé est en danger pour Georges Fenech, qui va même jusqu’à évoquer une pratique "charlatanesque".

 

 

De son coté, Arthur Straubinger a répliqué simplement qu’il a voulu aller au-delà des acquis scientifiques. Tout est parti d’une histoire qui date d’il y a dix ans. A l’époque, il rencontre un professeur de méditation qui prétend ne pas avoir mangé ni bu pendant près d’un an. Sceptique, il entame des recherches qui le mènent en Chine, en Inde, en France, aux Etats-Unis. Il rencontre des personnes qui jeûnent de cette manière. Il mène son enquête et suit même une expérience au cours de laquelle un homme cesse de s’alimenter pendant 10 jours sous le contrôle de scientifiques. Le candidat est enfermé dans une chambre surveillée 24h sur 24 par des caméra. Se nourrissant de lumière, jamais il ne file au toilettes, pas même pour pisser des UV ! Les faits sont là et les scientifiques bien empruntés devant ces études. Un autre, un quidam tente l’expérience et se rend vite compte, que si il continue à ne plus s’alimenter ni boire, il va trépasser. Enregistrant ses confidences sur un camescope, il stoppe l’expérince au bout du troisième jour. 

 

 

Quand on regarde LUMIERE, on a qu’une envie : crier à l’escroquerie, En effet, si l’homme pouvait se passer de manger, s’il était capable comme le prétend le film de se contenter de soleil en guise de repas, la faim dans le monde ne serait plus un problème. N’empêche que adepte ou pas, sceptique ou convaincu, pour vous faire votre propre idée, LUMIERE de Arthur Straubinger est disponible à la vision depuis mercredi au cinéma. 

 

 

 

 

Le Marquis:

C'est Sad! 

 

 

Dominique Farrugia le réalisateur a-t-il adopté la stratégie de l'échec, référence au titre d'un de ses précédents films? On peut se le demander! Dans La Stratégie de l'Echec, il s'agissait de catapulter deux bons à rien dans le monde de l'entreprise et d'expliquer au spectateur, au travers de vidéos éducatives, comment se planter lamentablement en toutes circonstances. Il est vrai que le scénario de ce film ressemble à s'y méprendre à celui développé par Farrugia réalisateur, j'insiste car le Farrugia producteur a autrement plus de talent. Monsieur Batignole, Meilleur Espoir Féminin sont des films réussis qui n'auraient jamais vu le jour sans lui! N'empêche que lorsqu'il coiffe la casquette de réalisateur, il se vautre, exception faite de Delphine 1 – Yvan 0 et de Traffic D'influence, ses deux premiers films. Dois-je vous rappeler que récemment, il nous infligeait la piètre comédie romantique L'amour c'est Mieux à Deux? On aurait pu croire qu'il se reprendrait après un long métrage aussi insipide qu'inutile. Et bien macache: voici qu'il signe Le Marquis, un film de braquage, une soit disant comédie ou Richard Berry et Franck Dubosc vont tenter de rouler dans la farine Jean Hugues Anglade. 

 

 

Pour tout dire, avec Le Marquis, on croirait voir un mauvais film de Francis Véber. Sans doute est-ce effectivement un hommage à peine masqué au roi du buddy movie, ces films conçus systématiquement sur le même principe: 2 inconnus que tout oppose se rencontrent et sont obligés de faire équipe s'ils veulent se dépêtrer d'une situation à priori inextricable. Devant l'adversité et après avoir franchi moult épreuves, ils deviennent les meilleurs amis du monde à la fin. Figurez-vous que Le Marquis répond exactement à ce principe édicté par Francis Véber. Le truc, c'est que le buddy movie made in Farrugia n'est qu'une pâlichonne sous copie sans intérêt en comparaison à ceux du maître du genre. C'est dire le niveau de l'ensemble! Autre référence qui peut venir à l'esprit quand on regarde Le Marquis: Yves Robert et son grand blond de Pierre Richard. Là encore, souvenez du principe. Un quidam se retrouve à jouer le rôle de celui qu'il n'est pas, en l'occurrence un violoniste maladroit endosse la panoplie de l'agent secret nettoyeur. Certes, dans Le Marquis, on est plutôt du coté des voyous que des agents spéciaux, mais ce postulat est le socle du scénario. 

 

 

Pour tout dire, Franck Dubosc, un vendeur de systèmes d'alarme est incarcéré après avoir commis un cambriolage loupé chez un de ses clients. A sa décharge, il venait de se faire virer au moment des faits et n'avait d'autre choix, pour ramener un peu de liquide à sa femme et sa fille, que de s'improviser cambrioleur. Résultat, c'est la prison qui lui a ouvert ses portes! Six mois plus tard, alors que ce taulard comme les autres est sur le point de sortir, voilà qu'il se retrouve au cœur d'un quiproquo, rattrapé par son gros mensonge. En fait, pour couler des jours pas trop pénibles à l'ombre, il a pris l'identité du très respecté et redouté Marquis, le roi de l'explosif, un type dont personne n'a jamais vu le visage. Mais cette couverture bien pratique va tomber alors que Richard Berry, un malfrat dans la panade, le fait évader. C'est qu'on a besoin des services du Marquis aux Philippines pour commettre un coup de légende. Et voilà comment, s'il veut rester en vie, le VRP en systèmes d'alarmes va devoir jouer une partition dont il ignore toutes les notes, celle du redoutable Marquis. Mais très vite, Richard Berry découvre le poteau rose. C'est sur, si Jean Hugues Anglade apprend la nouvelle, l'appentis Marquis et celui qui l'a recommandé finiront découpés en rondelle. Pour rester en vie, il ne leur reste plus qu'à jouer les fugitifs en faisant faux bond à leur commanditaire, à moins que ce dernier n'ait recours à un moyen de pression suffisamment efficace pour qu'ils commettent malgré tout le casse initialement prévu.

 

 

LE MARQUIS, repose sur un scénario sans aucune surprise et sur des vannes qui tombent à plat. Si visuellement, on lorgne du coté de RTT film que l'ex-nul a produit ou dans la direction d'Ocean Eleven sur une scène d'explication de casse avec split screen de série, musicalement parlant, c'est du coté de Cash qu'il faut orienter vos tympans. Marco Prince a visiblement beaucoup apprécier les compositions de ce film d'arnaque à la française au point de presque les copier coller parfois! La seule satisfaction demeure dans la direction d'acteur. Si l'on excepte Richard Berry très mal à l'aise dans la comédie, il faut souligner que Dubosc ne fait pas du Frank! Le disco beaufio du camping pourrait même remonter dans votre estime tant il défend son personnage avec sincérité. Quant à Jean Hugues Anglade, acteur beaucoup trop rare au cinéma, il compose un très brillant parrain cruel de pacotille, un type en couple avec une potiche à gros seins et petit cerveau. Ah ça, la représentation de la femme dans ce film va faire bondir plus d'une chienne de garde! LE MARQUIS, le dernier film de Dominique Farrugia, du moins, on l'espère!

 
 
 
 

 

 

 

 

Critiques publiées

sur cette page

 

RANGO:

Le caméléon rigolo 

 

 

Quand le réalisateur de Ring, ce Pirate des Caraïbes de Gore Verbinski se lance dans un film d'animation, cela donne un petit bijoux comme RANGO. Destiné à un public adulte, les enfants risques en effet de passer à coté des nombreuses références qui jalonnent le métrage. Ceci dit, nul doute qu'ils se poileront devant les facéties de ce caméléon domestique obligé de puiser dans ses ressources pour éviter une mort certaine. 

 

 

Pour tout dire, à longueur de journée, Rango se prend pour un acteur. Avec le torse d'une poupée et un poisson en plastic, il joue et rejoue des scènes de comédie romantique au bord de sa piscine dans sa cage de verre. Mais d'un seul coup, Rango est interrompu. Sans comprendre ce qui se passe réellement, le voilà qui fait un vol plané avant de s'éclaffer sur la chaussée. En fait, Rango était dans une voiture et à la suite d'un accident de la route, sa cage a été éjectée du véhicule et s'est brisée en miette sur le bitume. Malheureusement pour lui, ses maîtres n'ont rien remarqué et s'en sont allés. Rango se retrouve ainsi au milieu du désert et va devoir jouer le rôle de sa vie s'il veut la conserver, sa vie! 

 

 

Très vite, le danger plane au dessus de lui. Un faucon affamé aimerait bien se taper pour le dîner ce caméléon. Rango apprend à courir vite, à faire preuve de malice pour déjouer les plans du volatile. A force de détaller, il fini par semer l'animal et rencontre une jolie lézard, un peu bizarre. Elle se rend à la ville la plus proche pour y récupérer sa dose d'eau hebdomadaire. Et le film de prendre un virage à 180 degré, devenant désormais un véritable western animalier, avec ville de bois balayée par un vent soulevant la poussière, cow-boy bourré au saloon du coin, duel en pleine rue, cavalcade infernale à dos de poulet déplumé... Toutes les bestioles qui peuplent les déserts sont représentées à l'écran: scorpions, iguanes bagarreurs, rats, corbeaux, cafards des sables, taupes, chauves souris, tortue centenaire et autre redouté serpent crotale. Il y a même un quatuor de  mariachi mexicain, en réalité des chouettes mélomanes qui rythment l'histoire, commentent les faits et gestes de Rango et tentent d'anticiper ce qu'il va faire. 

 

 

Dans ce Far West miniature, des bons, des brutes, des truands  vivent à peu prêt en harmonie. Bientôt Rango, après avoir fait croire qu'il avait tuer les 7 mercenaires avec une seule balle, devient une légende vivante. La tortue maire de la ville fait de lui le shérif, et lui confie une mission, redonner de l'espoir à la population. Il y a du boulot, car depuis quelques temps, l'eau fait défaut. Le grand robinet magique ne crache plus rien. Sans eaux, c'est la mort assurée pour la communauté. Rango doit protéger les maigres réserves enfermée dans le coffre de la banque tout en prenant la tête d'un commando pour trouver la racine du problème et le régler.

 

 

RANGO est un film d'animation animalier humaniste. Mine de rien, Gore Verbinski épingle l'avancée de la civilisation. Les humains sont coupables de tuer la phone du coin. Ils usent l'eau pour arroser leurs terrains de golf, ne se souciant pas de leur petits voisins qui crèvent la soif et sont menacés d'extinction. Le film parle aussi de la corruption des politiques, qui détournent les ressources de la communauté à leur profit, qui par appât du gain sont prêt à se fourvoyer avec de mauvaises fréquentations pour conserver leurs petits privilèges. En face de ces crapules lâches et veules s'opposent des valeurs de courage, d'honnêteté, de don de soi. Le film ne manque pas également de soulever des questions existentielles. Rango est amené à faire son introspection. Qui est-il réellement? 

 

 

RANGO, un animée rigolo plutôt réservé aux adultes, même si les enfants ne manqueront pas de se poiler devant les facéties de ce caméléon. Certes, ils passeront à coté des nombreuses références cinématographiques. Ils ne remarqueront pas cette scène tirée de Las Vegas Parano de Terry Gilliam avec les 2 mecs défoncés en bagnole qui traversent le désert. Ils sont dans Rango et manquent de l’écraser. Il y a du film de zombi avec non pas l’armée des mort, mais plutôt l’armée des taupes qui sortent de terre et menacent Rango et ses amis. Clin d’œil appuyé également à Apocalypse Now avec la musique des Valkyrie, au banjo, qui accompagne un raid aérien mené par des chauves souris. RANGO, un savoureux film d'animation à voir en Vo, ne serait-ce que pour la voix et le jeu de Johnny Deep.

 

 

 

 

 

 

 

LES FEMMES

DU 6EME ETAGE:

y a du beau monde

au balcon! 

 

 

Fabrice Luchini qui enchaîne les films en costume et tient ici un rôle semblable a celui du bourgeois de Potiche de François Ozon, à la différence qu'il n'est pas réactionnaire mais progressiste, voir humaniste cette fois.

 

 

On est en 62. La France connaît une vague d'immigration. Les femmes espagnoles fuient le franquisme et ses conséquences. Elles sont employées comme boniches. Réputées efficaces, propres, travailleuses, bonnes cuisinières, pas chères, les petits bourgeois se les arrachent. Sandrine Kiberlain et Fabrice Luchini ne font pas exception. Après avoir viré la vieille femme de ménage française un peu usée, qui était a leur service depuis toujours, ils emploient Maria (Natalia Verbeke), une jeune femme fraîchement arrivée dans la capitale. Au début un peu méfiants, ils sont très vite comblés par cette nouvelle femme de ménage espagnole, si jeune, si belle, si douée lorsqu’il s’agit de réaliser les œufs coq de monsieur. Ils sont parfait ces oeufs coqs. Il n'en avait plus dégusté des pareil depuis sa tendre enfance. Maria est donc adopté sans bronché, malgré son caractère bien trempée. 

 

 

Mais sans crié gare, insidieusement, au fil des jours, Fabrice Luchini tombe sous le charme de la jeune femme. Il faut dire aussi qu'il n'éprouve à priori plus grand chose pour la sienne, comme si la flamme s’était éteinte. En s'intéressant de plus en plus à sa femme de ménage, il va également porter son regard sur les collègues de celle-ci, des femmes qui vivent dans son immeuble, chez lui, au 6ème étage, au dessus de sa tête. Un jour, alors qu'il décide de monter au 6ème étage de son immeuble, chose qu'il n'avait jamais faite jusqu'à présent, il se rend compte des conditions d'hébergement déplorables qu'il réserve à ses dames. Gêné, il se met alors en tête d’améliorer leur quotidien. Ça commence par un toilette turc collectif débordant d'étrons et qu'il fait déboucher urgemment et ça se finit autour d’une bonne paella avec toutes ses femmes dans une chambre de bonne luxueuse qu'il a pu obtenir à l'un d'elles en usant de son influence. Bien sur, Ce généreux monsieur devient le préféré de ces espagnoles, leur bienfaiteur. Il les respectent, les aide. En fait, en se des-embourgeoisant, il reprend contact avec la vie. Une preuve que l'argent ne fait pas le bonheur. Il permet d'embellir le quotidien mais c'est tout. Sa femme et ses enfants ne comprennent pas son attitude. Ses employés non plus mais lui s'en fiche car l'amour a des raisons que la raison ignore.

 

 

LES FEMMES DU 6 EME ETAGE est une comédie romanticostume. Un film d’amour en costume avec quelques bons mots, des situations cocasses, de la tendresse, de la romance, de l'incompréhension parfois, de la passion surtout et de la romance. Sandrine Kiberlain compose une bourgeoise tout à fait honorable, une femme qui se rend compte trop tard que son mari lui échappe. Elle vit dans sa bulle et commence a envier ses femmes moins riches mais tellement plus pleine de vie qu'elle et ses copines. Fabrice Luchini est excellent, sur la retenue. Il campe ce personnage sobrement, sans sombrer dans l'excès ou l'exubérance, ce qui est toujours le danger avec un tel acteur. Le casting d'espagnoles est très bon également. On y retrouve la délicieuse Carmen Maura ou aussi une découverte en la personne de Natalia Verbeke. Les personnages sont bien distincts. Il n'y a pas de doublons. On a affaire à catho moche et vierge, une coco battante et rentre dedans, une mère célibataire contrainte d'abandonner son enfant, une autre qui a laissé son fainéant de mari au pays pour qu'il construise la maison familiale et j’en passe….

 

 

les Décors sont aussi impeccables. Notez qu’il y a très peu d'extérieurs pour éviter la reconstitution historique coûteuse. Il suffit de filmer le haut des immeubles parisien, les portes cochères, de planter une belle DS a l'écran dans une cours intérieur pour se tirer a la campagne pour faire croire a l'époque et ça marche bien. Ingénieux Philippe Le Guay qui après nous avoir fait marrer avec des comédies sur l'argent comme LE COUT DE LA VIE ou sur le destin qui change avec DU JUOUR AU LENDEMAIN réussi haut la main cette incursion dans le film d'époque avec LES FEMMES DU 6EME ETAGE 

 

 

 

 

 

 

  

THE HUNTER:

La censure iranienne

a déconné!

 

 

Tout le monde le sait, tourner un film n'est pas chose aisée, mais tourner un film en Iran est encore plus compliqué. Dans ce pays, l'ensemble de la population est sous surveillance permanente. Internet, presse et cinéma sont sévèrement contrôlés. Quand on est cinéaste, il faut donc ruser pour contourner la censure. A ce petit jeu, Rafi Pitts fait office de champion toute catégorie. La preuve avec son 5ème long métrage, THE HUNTER, tourné à Téhéran et dans lequel il critique ouvertement le régime en place. Police corrompue, bavures, exploitations des ex-prisonniers en phase de ré-insertion, rudesse de la vie quotidienne... bref, comment la censure a-t-elle pu approuver un tel film? Simplement parce qu'en faisant durer le plaisir, autrement dit, en temporisant beaucoup trop longtemps avant de délivrer les autorisations de tournage, la censure, comme tout l'Iran d'ailleurs, s'est fait rattraper par les troubles causés à la suite des élections en 2009. Allez savoir pourquoi, THE HUNTER est passé entre les mailles du filet, et pour la première fois, la production d'un film avec une scène impensable ou un homme abat 2 policiers en fonction, a été autorisée! Ce genre d'image est en général jugée intolérable par le gouvernement, donc pas réalisable! En fait, on a juste demandé à Rafi Pitts que le meurtrier apparaisse à l'écran comme étant devenu fou après ce geste. Surpris que la scène passe la rampe, le cinéaste s'est empressé d'accepter, sachant qu'il n'en serait rien! Après tout, un fou peut avoir l'air tout à fait normal! 

 

 

Un matin comme les autres, Ali rentre du travail, mais assez curieusement, sa femme et sa fille ne sont pas là. Ali va se coucher. A son réveil, en fin d'après midi, elles ne sont toujours pas rentrées à la maison. Ali est inquiet. Au passage, Rafi Pitts n'a pas eut trop de peine à jouer l'inquiétude et le trouble puisque continuellement lors du tournage, un ambassadeur du bureau de censure le surveillait, de quoi augmenter le stress et l'angoisse de l'acteur cinéaste. C'est donc dans un état de tension intérieure extrême que Ali, après avoir constater l'absence de sa femme et de sa fille, file au poste de police le plus proche. Après des heures d'attente interminable, un policier lui annonce que sa femme est morte au cours d'émeutes. Les circonstances de ce drame demeurent flous. Le policier reste vague. Sont-ce des balles policières ou des tirs d'opposant qui l'ont tué, mystère! Ali encaisse le choc dignement. Lorsqu'il demande des nouvelles de sa petite fille, le policier surpris lui répond qu'aucune petite fille n'apparaît dans le dossier de cette affaire. Ali s'en retourne. Sur la scène de crime, il remarque que le corps de sa femme et de sa fille ont été dessinés à la craie sur le sol. Ali le sait. La police a tué sa famille. Pour se venger, Ali va dégommer à son tour deux policiers. Et le scénario de vous réserver encore bien des surprises jusqu'au dénouement. 

 

 

Ce fou normal, c'est Rafi Pitts en personne qui l'interprète. A dire vrai, le scénariste réalisateur de THE HUNTER n'a pas vraiment eut le choix. Le premier jour du tournage, l'acteur est arrivé avec 6 heures de retard. Les producteurs ont donc prié Rafi Pitts de trouver un autre comédien. Alors, pour éviter de repasser par l'interminable procédure du bureau de censure et perdre à nouveau un temps précieux, le réalisateur, pour la première fois de sa carrière, s'est résolu à endosser lui-même le rôle de son personnage principal. Il s'appelle Ali. En sortant de prison, il trouve un boulot de veilleur de nuit. Malheureusement, ce travail le coupe de sa femme et de sa fille. Ils ne se voient pour ainsi dire jamais. Ali vit très mal cette situation, mais il s'en accommode. Il n'a pas le choix. Et puis, le week-end, lorsqu'il ne travaille pas, entre deux parties de chasse en solitaire, il a tout le temps qu'il veut pour décompresser avec sa petite famille. 

 

 

THE HUNTER, une curiosité iranienne. Sur fond de musique rock, l'histoire de ce chasseur permet au cinéaste de montrer sa ville, Téhéran, mais aussi ses environs. Le rythme plutôt lent, colle parfaitement à l'état d'esprit du personnage principal. Un chasseur est sans cesse sur ses gardes. Il se déplace lentement. Patient et résistant, il est capable d'attendre des heures s'il le faut, avant de viser une proie. Le chasseur est aussi économe de mot. Ceci dit, la rareté des dialogues entre les personnages est ici compensée par une grande importance accordée aux sons. Comme le souligne Rafi Pitts: « le son est un dialogue universel, il se passe de sous-titres ». Dire encore que pour conserver la spontanéité et l'authenticité du jeu de ses acteurs, tous non professionnels, Rafi Pitss ne leur a pas fait lire le scénario et ne les a pas fait travailler ensemble avant le tournage. Ils ont découvert les scènes et l'histoire au fur et à mesure. C'était sans doute la bonne option car avec la prise de risque de la scène de meurtre des policier, sans doute que la plupart auraient refusé de jouer dans un film critiquant si vertement le pouvoir et la vie difficile en Iran.

 

 

 

 

 

 

 

WINTER'S BONE:

Rosetta chez les Yankees! 

 

 

Adapté du roman éponyme de l'américain Daniel Woodrell, WINTER'S BONE a fait sensation dans divers festivals d'envergures avant de sortir au cinéma. Le film, présenté en compétition au Festival de Sundance en 2010, a remporté le Grand Prix du Jury ainsi que celui du Meilleur Scénario. Il a également reçu deux prix au Festival de Berlin la même année. Dire encore que si WINTER'S BONE est nominé aux Oscars, il n'aura que peu de chances de voler la vedette aux SOCIAL NETWORK, INCEPTION, BLACK SWAN et autre DISCOURS D'UN ROI. Ceci dit, il pourrait cependant créer la surprise. Et pour cause, sans artifice superflus et encore moins débauche d'effets spéciaux, WINTER'S BONE narre l'histoire d'une adolescente obligée de retrouver son père dealer en fuite évaporée dans la nature. 

 

 

Imaginez une forêt du Missouri,. Dans cette région de l’Amérique, les gens ne parlent pas. Ils s’observent du coin de l’œil. Ils se guettent. Ils se regardent en chien de faïence. Dans cet endroit désolé ou seule la misère et les laboratoires clandestins pour y fabriquer des drogues de synthèse poussent comme des champignons, le temps s'est arrêté. Un jour, un flic débarque chez une jeune fille qui élève son petit frère et sa petite sœur parce que la mère a abdiqué et s’est enfermée dans un mutisme profond. Son père, dealer a été libéré sous caution. Mais pour sortir de prison, il a hypothéqué la maison familiale et s'il ne remet pas les pieds chez le juge dans une semaine, alors la petite famille sera mise à la rue, expropriée! Le temps presse pour l'ado qui doit à tout prix retrouver et convaincre ce papa de ne pas faire le zouave. Seulement, personne ne sait où il se trouve. Il a littéralement disparu de la surface du globe. Commence alors pour la gamine une traque dans ce milieu hostile. Du haut de ses 17 ans, elle va devoir entrer en contact avec des familles de trafiquants pas vraiment recommandables. Elle va forcer le destin et tenter de faire se dénouer des langues pas vraiment promptes à s'exprimer. Evidemment, personne ne sera là pour l’aider dans sa quête. Au contraire, la majorité des personnes qu'elle rencontrera la dissuadera de continuer ses recherches.

 

 

WINTER'S BONE, c'est ROSETTA chez les yankees! Dans ce lieu isolé et hautement anxiogène que sont les Ozarks, il y a du DELIVRANCE dans l'air. Ici, les décors avec ces maisons de bois délabrées ou calcinées sont aussi rudes que les autochtones sont vachards. Dans ce film âpre, tout en lenteur, il règne une atmosphère lourde ou à chaque instant la tragédie peut survenir. On frémi en suivant le parcours du combattant entamée par cette jeune fille. Aussi haletant qu'un thriller, WINTER'S BONE n'est pourtant rien d'autre qu'un drame, celui d'une môme qui doit affronter des voisins réduits à traficoter pour survivre, celui d'une gamine devenue adulte trop tôt, métamorphosée en une mère de substitution. Cocaïnomanie, grossesse précoce, manque d’argent et labeur éreintant sont le lot quotidien de ces gens. Au passage, la réalisatrice Debra Granik filme comme personne des visages esquintés par la dureté de la vie. Lorgnant sur un cinéma aux porte du naturalisme, elle s’attarde sur les pratiques courrantes comme la chasse à l'écureuil ou la coupe du bois, sur les difficultés journalières à vivre ici bas et livre une œuvre hybride à mi chemin entre le documentaire et la fiction. 

 

 

WINTER'S BONE est donc un de ces thriller social réaliste qui en prime repose sur une parle rare. En effet, pour son second long métrage, Debra Granik a trouvé en Jennifer Lawrence, élue par le New York Times comme l’une des "50 personnes à suivre" en 2010, une actrice exceptionnelle. Pour l'anecdote, on la découvrira prochainement en mutante nommée Mystique, une des nouvelles recrues de X-MEN FIRST CLASS, dans le cinquième épisode de la saga. 

 

 
 
 
 
 

AVANT L'AUBE

Un film raté

 

 

Avant l'aube, il y a la nuit et la nuit, c'est fait pour dormir. Si vous voulez piquer un bon roupillon, ce film de Raphaèl Jacoulot vous comblera. Dommage parce qu'il avait toutes les cartes en main pour mettre en place un excellent film de manipulation avec fausses pistes, personnages inquiétants et suspens de série. Oui, Raphaèl Jacoulot est passé à coté de son film qui pourtant avait l'avantage de s'appuyer sur une histoire simple mais parfaitement ancrée dans le réel, une intrigue se déroulant dans des décors naturels sublimes tel une région montagneuse enneigée. Rien de tel pour garantir une atmosphère lourde. Le cinéaste avait aussi à disposition un duo d'acteurs formidable, Jean Pierre Bacri en rusé salopard manipulateur et Vincent Rotier en naïve victime manipulée. Malheureusement, Raphaèl Jacoulot a tout gâcher au montage. Etrange que personne ne lui ai fait remarquer que quand on balance l'explication d'une manipulation en début de film, il y a peu de chance que le spectateur se laisse embarquer! C'est comme si on racontait une histoire de Toto en commençant par la chute! Déjà que les histoires de Toto ne sont pas terribles! Vous connaissez celle-ci? C'est Toto qui dit: Et mon cul, c'est du jambon ... Euh non, pardon! En fait c'est la maman de Toto qui donne 10 francs a Toto pour acheter du jambon et à la place, il achète des bonbons. Alors pour éviter de se faire rabrouer en rentrant a la maison, il se coupe un morceau de fesse et quand sa mère lui demande où est le jambon, il lui répond et mon cul c'est du poisson.... Oui, c'est une variante pas drôle parce qu'en livrant la chute au début de l'histoire, vous êtes contraint d'en trouver une autre en court de route, évidemment moins efficace! 

 

 

Enfin bref, tout ça pour vous faire comprendre que AVANT L'AUBE vient grossir la longue liste des films ratés. Et pourtant, il aurait fallu d'un rien pour que ce soit un grand film. En racontant l'histoire du point de vue de la victime, Vincent Rotier et en s'obligeant à ne jamais changé de point de vu, le spectateur aurait pu s'interroger en même temps que ce personnage. Ca aurait cogité pour essayer de comprendre la gentillesse d'un type comme Jean Pierre Bacri à l'égard de ce gamin. Pourquoi cette main tendue par ce nanti propriétaire d'un Hôtel restaurant luxueux à un jeune fraichement sorti de prison et en phase de réinsertion? Pourquoi l'avoir embaucher à des conditions avantageuses comme livreur alors que son stage de réceptionniste n'est même pas terminé? Pourquoi considérer ce gamin comme un membre de la famille, au risque de provoquer la colère et la jalousie de son propre fils? Par pure bonté chrétienne? Sûrement pas! En semant quelques détails de ci de là, images fugaces d'un cauchemar de Jean Pierre Bacri, ou une situation aperçu par Vincent Rotier qu'il n'aurait pas du voir, ou une annonce dans le journal, ou une enquêtrice qui débarque à l'Hôtel pour questionner tout le personnel sans que l'on sache réellement pourquoi, ou un morceau de phare de voiture retrouver sur le parking, on aurait commencer à suspecter quelque chose de pas net... 

 

 

En lisant ce texte, vous êtes peut-être en train de vous demander: mais c'est quoi ce film dont il nous parle? Réponse à la Raphaèl Jacoulot ou on dit tout tout de suite. Le fils d'un notable a un accident de la route un soir et écrase un type. Plutôt que de prévenir la police, son père cache le corps et efface toutes les traces de l'accident. Sans doute est-ce pour prouver à quel point ce père aime son fils, qu'il est prêt à tout pour le protéger. Entre les deux, c'est vrai, il y a de l'incompréhension et de la tension, surtout depuis que le fiston a refusé de prendre la relève de son père. Il préfère mener sa carrière de gendarme alpin plutôt que de se ré-orienter dans l'hôtellerie. Une fois les traces de l'accident effacées, les deux hommes rentrent à l'hôtel, là ou le nouveau stagiaire les surprend. Très vite, le restaurateur se persuade que le jeune garçon sait tout. Alors, il achète son silence en lui ouvrant sa maison, mais il n'hésitera pas à charger ce gamin si la police remonte sa trace.

 

 

C'est alors que Sylvie Testud débarque. Cette inspectrice à priori idiote bordélique mais qui ne lâche jamais l'affaire se prend pour Colombo. Elle est la reine des questions gênantes sans réponse convaincantes. Emmitouflée dans une doudoune plutôt qu'un imperméable, conduisant une Twingo pourrie plutôt qu'une Pigeot de collection, elle traque la vérité dans cette région de montagne ou les routes sont en lacet. De nombreux plans aériens sont là pour souligner le chemin tortueux emprunter par les personnage. Ça pue la métaphore grossière. Ça pue surtout le film ou le spectateur anticipe sans peine tout ce que le scénariste a prévu, comme si finalement, seule la relation père fils avait de l'importance à ses yeux, comme si il ne voulait pas que l'on déteste Jean Pierre Bacri. Certes, il incarne un salop, mais trop gentil. Il éprouve presque des remords a empapaouter Vincent Rotier... Lui, à un moment donné, envoie bouler sa copine et l'on ne comprend pas pourquoi. On sent très bien que des scènes pourtant utiles pour expliquer son désir d'ascension sociale sont restées dans le chutiez, sans doute des scènes de dispute entre lui et sa copine. Voilà une piste pas exploitée: les femmes et leur 6eme sens ! Peut être qu'elle se méfie de ce Jean Pierre Bacri trop prévenant, et c'est pour cela qu'ils se disputent et se séparent mais comme le réalisateur passe son temps a alterner les points de vu pour raconter son histoire, il privilégie des scènes entre Jean Pierre Bacri et son fils qui n'apportent rien à l'intrigue, qui au contraire ralentissent le rythme et dissipe le trouble. Que de regret à cause d'une scène mal placé dans ce film! A moins que ce ne soit le manque d'imagination le vrai coupable de ce raté.

 

 

 

 

127 Heures:

Du beau, du bon, du Boyle! 

 

 

Après SLUMDOG MILLIONNAIRE et les foules de Mumbaï, rien de tel que la solitude d'un désert de l'Utah pour se recentrer, se ressourcer! Le moins que l'on puisse dire, c'est bien que 127 HEURES est aux antipodes de son précédent long métrage. Ce nouveau film mêle thriller, aventure, drame, biopic et comédie! Si vous aimez les voyages cinématographiques, difficile de faire mieux! J'ajouterais presque aussi que 127 HEURE lorgne sur le clip vidéo à la MTV, au moins sur le début avec cette utilisation abusive limite grotesque du split-screen. Si cette entrée en matière laisse présager le pire, vous pouvez vous rassurer, elle n'est en fait qu'un habile stratagème pour dérouter le spectateur, lui transmettre  l'adrénaline et l'excitation du personnage principal.

 

 

Après cette ambiance teenage movie ou quelque chose qui s'en approche, Danny Boyle se prend pour un reporter du National Geographic en filmant de grandes étendues désertiques de toute beauté avant d'entrer dans la peaux d'un caméraman d'Eurosport suivant au plus près un athlète en plein effort, cavalant à pied ou à vélo dans les gorges de l'Utah, un endroit désertique fréquenté uniquement par les corbeaux.

 

 

Aron connaît le coin comme sa poche. Alors quand il croise deux petites nanas perdues, il n'a pas trop de mal à les décider à le suivre. Trop content de jouer les guides, il leur fait découvrir un bassin sous-terrain, une piscine naturelle, endroit idéal pour se rafraichir avant de poursuivre la randonnée, chacun de leur coté. Dopé par cette rencontre, Aron, dans son élan, tombe dans une crevasse. C'est le drame. Son avant-bras est bloqué par un énorme cailloux. Impossible pour lui de se dégager. Aron est prisonnier dans cette grotte ou c'est certain, jamais on ne le retrouvera. 

 

 

En effet, personne dans son entourage ne sait qu'il est allé seul en randonnée aujourd'hui. Personne ne sait ou il se trouve. Si au moins avant de partir, il avait rappelé sa mère qui lui a laissé un message sur son répondeur téléphonique! Mais non! Ça lui apprendra! Une fois qu'il aura épuisé sa maigre nourriture, sa réserve d'eau et de pisse, Aron devra se faire à l'idée de crever ici, à moins qu'il ne parvienne à trouver une solution, même radicale, pour se libérer! C'est que dans son barda, Aron n'a pas oublié son couteau suisse Made in China! Ça, c'est tout Dany Boyle! En plein cœur d'un drame, il glisse de l'humour. Alors que Aron est seul dans sa grotte, au bord du désespoir, il plaisante et se filme à l'aide d'un caméscope. Sur cette vidéo testament, il délire et parodie une émission de télévision.qui veut gagner des millionsn en version indienne! Non, je déconne! Il est l'animateur et l'invité vedette d'un talk show. L'animateur se paye sa tête. Une séquence drôle car c'est bien connu, seul le rire peut vous aider à tenir le coup en pareil cas. Mais bientôt Aron va être pris d'hallucinations. Le manque d'eau et de nourriture sans doute. Aron va devoir lutter contre les éléments, contre lui-même, s'accrocher pour ne pas sombrer. 

 

127 HEURES, c'est un peu plus que Jack Bauer pour s'en sortir! Le film est inspiré d'une histoire vraie; celle de l'accident d'Aron Ralston, un randonneur américain qui, malgré son expérience, s'est retrouvé coincé pendant 127 heures dans un canyon près de Moab dans l'Utah en 2003. En 2006, dès la publication du livre "Plus fort qu’un roc" retraçant son épreuve, Danny Boyle l'a approché pour adapter son histoire sur grand écran. Il a fallu que le cinéaste convainque ensuite ses producteurs qu'il y avait là un potentiel suffisant pour un film de fiction, eux qui désiraient produire un documentaire. 

 

Pas question pour Boyle qui a vu dans cette extraordinaire aventure, l'opportunité de raconter une histoire de survie hors du commun, le genre qui pourrait prendre le public aux tripes. Le cinéaste savait qu'en utilisant une caméra subjective, au plus près du personnage, il gagnerait son pari. Et c'est vrai qu'on ne décroche pas une seconde, à part peut-être sur la fin qui s'éternise et confère au ridicule. Autrement, on est bloqué au fond du gouffre avec Aron. On est tenu en haleine devant ce film d'action immobile! Que voilà un sublime concept, un beau défi relevé haut la main par Dany Boyle qui a pu s'appuyer sur un acteur extraordinaire en la personne de James Franco. Si vous aimez les films palpitants, 127 HEURES est incontestablement fait pour vous.

 

 

 

 

 

 

 

TRUE GRIT

Pour sur, ils en ont! 

 

 

S'il est un genre dans lequel on attendait les frangins, c'est bien celui-ci, le western! Pour sur, les Coen l'ont régulièrement effleuré sans jamais se risquer a réaliser un vrai film de cowboys. Le premier exemple qui vient en tête: NO COUNTRY FOR OLD MEN. Même s'ils s'en défendent, ce film tourné dans les ses grandes étendues désertiques du sud du Texas, avec ces chevaux mécaniques couverts de sang, ce tueur solitaire in-arrêtable incarné par Javier Bardem, ce shérif dépassé par la situation Tommy Lee Jones et ce pauvre bougre Josh Brolin qui a piqué une mallette de fric qu'il n'aurait pas dû, avait toutes les allures du western moderne. Les Coen ont toujours balayé cette théorie, refusant d'admettre l'évidence. Il était donc temps pour eux de enfin s'attaquer frontalement à ce genre là, histoire de faire taire tout le monde.

 

 

Et voilà comment ils ont réalisé TRUE GRIT qui peut se traduire par : avoir du cran. C'est vrai qu'il leur en a fallu du cran, pour réaliser un remake sans le dire de 100 DOLLARS POUR UN SHERIF! Evidemment là encore, les frangins réfutent l'accusation: «Non, nous n'avons pas réalisé un remake! Nous avons réalisé notre propre version de l'histoire écrite par Charles Portis, publiée en 1968 sous forme de roman feuilleton dans le Saturday Evening Post.» Pour tout dire, ce récit, devenu un roman, fut adapté au cinéma en 1969 par Henry Hathaway. John Wayne y incarnait le Marshall alcoolique. Pour l'anecdote, l'acteur remporta le seul Oscar de sa carrière grâce à ce rôle. En tout cas, l'histoire imaginée par Charle Portis a servi de base à 100 DOLLARS POUR UN SHERIF, comme pour TRUE GRIT. A la décharge des Coen, on peut affirmer que Jeff Bridges n'est pas John Wayne! C'est évident. Dans la version sorti en 1969, le personnage de Rooster Cogburn portait un bandeau sur l'œil gauche, tandis que dans la version 2010, le bandeau masque l'œil droit. TRUE GRIT n'est donc pas un remake de 100 DOLLARS POUR UN SHERIF! Et les Coen d'enfoncer le clou en précisant que ce qui les a intéressé avec ce récit, c'est le coté étrange et drôle à la fois. Raconté par une fillette de 14 ans qui veut à tout prix retrouver l'assassin de son père pour le tuer, cette dimension fantastique, ce petit coté Alice aux pays des merveilles les a immédiatement titillé. L'héroïne, parfaitement instruite et bien éduquée, évolue dans un jardin mystérieux peuplé d'une faune exotique. Les Coen ont donc immédiatement décelé la possibilité d'injecter dans ce classique western tout ce qui fait le charme de leur cinéma: le cynisme, le sens de l'absurde, l'humour noir féroce, et pour le coup, on pourrait ajouter, le suspens!

 

 

On est donc en 1870, juste après la guerre de Sécession, sur l'ultime frontière de l'Ouest américain. Mattie Ross, 14 ans, réclame justice pour la mort de son papa, abattu de sang-froid par le lâche Tom Chaney pour deux malheureuses pièces d'or . L'assassin s'est réfugié en territoire indien. Pour le débusquer et le faire pendre, Mattie engage pour 100 dollars Rooster Cogburn, le meilleur U.S. Marshal de la région. Problème, il est alcoolique. Après avoir réussi à le convaincre de se mettre en selle, Cogburn et Mattie vont découvrir que la tête de Chaney vaut beaucoup plus que ça. Au Texas, la mise à prix dépasse les milliers de billets verts. C'est pour ça que le Texas Ranger LaBoeuf piste Chaney lui-aussi et depuis pas mal de temps. Il veut la belle récompense promise! Poursuivant la même cible, Mattie, Cogburn et LaBoeuf vont devoir s'allier et faire preuve de ténacité s'ils veulent attraper le bandit en fuite. Pour le Ranger, il ne sera pas aisé de négocier avec une gamine de 14 ans qui sait ce qu'elle veut et de composer avec un Marshall en permanence bourré mais qui connaît le territoire indien comme sa poche!

 

 

TRUE GRIT, un western étrange qui se déroule à deux à l'heure. Dans cette région sauvage, on prend le temps de faire, de poser les personnages et les situations. Cela passe par des conversations qui s'éternisent, des joutes verbales aux limites du burlesque. Exemple lorsque Mattie débarque en ville. Elle n'a pas de sous et se lance dans une négociation sans fin pour soutirer à un type 325 dollars en lui refourguant des chevaux et un poney qu'il avait vendu à son père et qui ne lui sont aujourd'hui plus d'aucune utilité. Alors qu'elle le menace de lui envoyer ses avocats, le type devra plier pour se débarrasser de cette incroyable gamine, une môme qui reviendra à la charge le lendemain pour racheter son poney pour un prix dérisoire cette fois, en comparaison de la somme qu'elle en a obtenu la veille! Et l'on comprend très vite à quelle genre de bornée l'on aura affaire. Jeff Bridges en fera à son tour les frais. Après la scène de son procès ou l'on se rend compte que ce Marshall est du genre à dégainer son colt avant de poser les questions, alors qu'il cuve son Whisky dans un capharnaüm hallucinant, il accepte par dépit d'aider la fillette parce qu'il n'a pas d'autres moyens pour la faire décamper et finir sa nuit! Et puis, les 100 dollars qu'elle lui promet, dans son cas, c'est toujours bon à prendre! Formidable Jeff Bridges, dit The Dude! L'ex Monsieur Lebowski retrouve les Coen avec qui il avait tant brillé en 1997. il est encore impeccable en Marshall nounou qui prend sous sa coupe la môme Mattie. Très vite, l'argent n'est plus sa motivation. L'envie d'aider cette gamine a venger son père prend le dessus. 

 

 

Véritable découverte du film, Hailee Steinfield crève l'écran dans le rôle de cette jeune fille au caractère bien trempé. Elle sait ce qu'elle veut et met toutes les chances de son coté pour atteindre son but. Obstinée, entêtée et parfois un peu effrontée, Mattie va pouvoir compter sur le Marshall pour pister l'ignoble assassin de son père. La bonne idée de TRUE GRIT est de coller dans les pattes du Marshall, le Texas Rangers LaBoeuf, joué par Matt Damon dont c'est la première expérience avec les frères Coen. Il excelle en traqueur solitaire, austère, rude, droit, un type qui se prend lui aussi d'affection pour Mattie, même si l'envie de lui refiler une belle fessée déculottée le démange parfois. N'empêche que les deux hommes, aux méthodes radicalement opposées, s'embrouillent en permanence. Faut dire que lors de la guerre de Sécession, ils n'appartenaient pas au même camp. Et puis la droiture du Ranger tranche avec la nonchalance du Marshall. Mais en fin de compte, les deux hommes savent que l'un sans l'autre, ils ne pourront pas chopper ce fichu Charney. Josh Brolin, alias le type en cavale avec la mallette de biftons de NO COUNTRY FOR OLD MEN renoue avec l'univers des Coen, puisqu'il campe ici le bandit Charney. 

Avec sa distribution impeccable, son rythme tout en lenteur, ses beaux décors, ses quelques cascades à cheval, ce ton ni dramatique ni comique, juste entre deux, TRUE GRIT apparaît comme un très bon western des frère Coen. D'ailleurs ce n'est pas un hasard si le film a été nominé 10 fois aux Oscars! Si ce western est une très bonne surprise, on peut maintenant se demander ce qu'il leur reste pour étonner encore leur public? La science fiction peut-être, un Fargo dans l'espace ou un No Galaxy For Old Men pourrait s'avérer extrêmement sympathique! 

 

Juste pour info, sachez qu'une bande dessinée intitulée "Une sale affaire", sort en parallèle du film. Cette BD explore le passé du Marshall Rooster Cogburn sur 24 pages. Dessinée par Christian Wildgoose et écrite par Jim Campbell, le récit s'appuie sur le roman et le scénario du film. La bande dessinée est consultable en ligne sur le site officiel du film à l'adresse: truegritmovie.com/intl/fr/novel 

 

 

 

 

 

 

LES PROPHETES

DU TEMPS:

Evelyn Dheliat 

n'a qu'à bien se tenir! 

 

 

Et si le réchauffement climatique, c'était du Flamby! Et si les météorologues les plus chevronnés et les scientifiques nous racontaient des cracks! Et si pour une fois, on prenait le temps de se poser et d'écouter ce que les Wätterschmocker du Muotatal ont à nous dire. Vous n'avez jamais entendu parlé de ces énigmatiques gaillards? Et bien faites leur connaissance à travers le portrait qu'en dresse Thomas Horat dans son documentaire, LES PROPHETES DU TEMPS. Ces hommes sages, en harmonie avec la nature, vivent depuis toujours dans la région d'Innerschwyz, dans ce décorum sublime qu’est la vallée de la Muota située au coeur la Suisse Centrale. Là, perchés dans leur montagne, ils sont les garants d’une tradition ancestrale en passe de tomber aux oubliettes. Méticuleusement, au fil des saison ils observent Dame Nature. Rien n'échappe à leur regard affûté: les insectes, les plantes, les animaux, les vents, les nuages, le brouillard. Chaque jour, ils scrutent tous les éléments et en fonction de leur évolution, sont capables de prédire avec plus ou moins de justesse le temps qu'il fera dans les six prochains mois. A l'heure ou l'homme se contente de faire confiances aux modèles informatiques alimentés par des images prises depuis des satellites, eux clament haut et fort qu'aucune technologie ne pourra jamais se trouver au dessus de la nature. Ils font confiance aux signes ainsi qu’à leur instinct et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils se trompent rarement. Leur savoir sans limite sur la météo est fascinant.

 

 

Bien sur qu'ils s'accordent à dire que l'activité humaine a engendré un accroissement de la pollution, mais de là à avouer que c’est la cause d’une modification des climats, il ne faut pas exagérer. D’ailleurs, ils n'hésitent pas à faire remarquer avec humour que la planète n'a pas attendu l'homme moderne pour n'en faire qu'à sa tête. La météo répond simplement à des cycles chauds ou froids. Bien avant l’emballement de l'activité industrielle, en 1700 la Suisse Centrale a connu 10 hivers de suite en dent de scie, alternant entre épisodes d'une extrême rigueur et douceur tout aussi extrême. En 1911, l'un d'eux se souvient de ce que sa grand mère lui avait affirmé qu'il n'était pas tombé un seul flocon de neige cet hivers là. Parlait-on déjà de réchauffement climatique? Non! Bien sur que non!

 

 

Depuis près de 1000 ans, ces suisses regardent et consignent dans des carnets toutes leurs observations. Température, sens et force des vents, précipitation, ensoleillement, rien ne leur échappe. Simplement en évaluant le poids d'un chamois, ils sont capables de vous dire si l'hiver sera plus ou moins rude en fonction de la masse graisseuse de l'animal. Si une marmotte se laisse prendre dans un piège à l'automne venu, c'est que l'hiver sera rigoureux. Plus la marmotte affolée court et creuse dans tous les sens en automne, plus elle se laissera capturer facilement. En d'autre terme, son manque de méfiance et son stress prouvent que la marmotte ne songe qu'à une chose, se protéger d'un hivers à venir particulièrement froid.

 

 

Et que penser de l'observation de cet autre sur un glacier. Certes, il a reculé. Il a fondu, mais sous l'épais manteau de glace, des traces de végétation pas du tout récentes sont apparues. Cela signifie que le glacier, avait déjà fondu autrefois avant de reprendre du terrain. La végétation avait alors poussée avant de disparaître. En d'autres termes, si végétation il y a eut, c'est que la nature a connu un épisode de réchauffement, puis de refroidissement avant de se réchauffer à nouveau aujourd'hui. Ainsi va la vie au selon ces prophètes tranquilles. En dehors de ces savoureux portraits bercés par la musique folklorique des Hujässler, le film parle de la transmission du savoir tout en laissant à voir des images magnifiques de cette région encore préservée de l'avancement de la civilisation, une nature extraordinaire qu'il convient de respecter.

 

 

 

 

 

 

MEME LA PLUIE

Où est l'anticyclône?

 

 

Avec Même La Pluie, Iciar Bollain signe sans aucun doute le film le plus compliqué qu'il lui a été permis de réaliser à ce jour. Et pour cause, avec ce dispositif narratif à plusieurs niveaux, la cinéaste a mis en scène un film d'époque sur les conquistadors, le tournage de ce film d'époque, le documentaire sur le tournage de ce film d'époque et par extrapolation, le documentaire sur la situation désastreuse que vivent les figurants boliviens du film d'époque que l'on tourne dans Même La Pluie. Ça fait beaucoup! On imagine sans peine la difficulté pour Iciar Bollain de ne pas perdre pied face à cette ambitieuse entreprise. Il lui a fallu gérer une foule de figurants, naviguer de l'époque des conquistadors à aujourd'hui, orchestrer des scènes d'émeute et de guerre civile, passer de la fiction pure au docu-fiction. Bref, Même La Pluie a représenté une vraie gageure pour elle qui était jusqu'alors habituée aux films intimistes. En effet, Iciar Bollain est connue pour avoir affolé le box office européen et surtout espagnol en 2004 avec Ne Dis Rien, un âpre drame sur la violence conjugale, de son aveu: le sport nationale en Espagne. Ne dis Rien lui valu une moisson de Goyas cette année là alors que peu de temps auparavant, elle remportait le Prix de la Critique au Festival de Cannes en 1999 pour Flores De Otro Mundo, autre drame sociale, sur le mariage blanc en Espagne.

 

 

Pour son 5ème film, Iciar Bollain a vu plus grand. Elle s'est associée à Paul Laverty, le scénariste attitré de Ken Loach. Quoi de plus normale pour celle qui a joué dans Land And Freedom en 1995 et a publié, en novembre 1996 Un Observateur Solidaire, un bouquin sur ce cinéaste anglais. L'ombre de Loach plane donc sur Même La Pluie, qui met en scène Gael Garcia Bernal et Luis Tosar, l'ultra violent de Ne Dis Rien. En effet, le film raconte une révolte populaire sur fond de tournage de film en costume, à moins que ce ne soit le contraire. Même la pluie raconte le tournage d'un film sur la découverte du nouveau Monde par Christophe Colomb sur fond de révolte bolvienne contre la privatisation de l'eau. Bien sur, il y a de la mise en abîme évidente!

 

 

Pour tout dire, Même La Pluie débute alors que Sébastian un jeune réalisateur, Costa son producteur et toute leur équipe débarquent à Cochabamba, une des principales villes de l'Altiplano bolivien. Ils projettent de tourner un bio-pic sur Christophe Colomb et surtout sur un homme d'Église qui s'est opposé au Conquistador, reprochant au fasciste Colomb les mauvais traitement réservés à ces Indiens d'Amériques devenus esclaves œuvrant contre leur gré pour la couronne espagnole. A peine arrivé sur place que le jeune cinéaste prend la mesure de ce que signifie un tournage dans cette région du globe. Alors qu'il doit recruter une poignée de figurants, il fait face à une file de candidats s'étirant à l'infinie. Impossible de recevoir tout le monde. Et pourtant, devant l'insistance de l'un d'eux, il plie pour éviter une émeute. Ce meneur bolivien, Daniel, lui tape immédiatement dans l'œil. C'est lui qu'il veut pour son film, lui et sa fille aussi. Ils seront parfaits pour s'opposer à Colomb. Commencent les répétitions avec les acteurs vedettes espagnoles, puis viennent les premières scènes dans la montagne. Le film au budget modeste est bel et bien lancé. Seulement, dans le même temps, à Cochabamba, la révolte gronde car un élu local a décidé de privatiser l'accès à l'eau potable. Autant dire que pour ces malheureux qui n'ont déjà pas de quoi se nourrir, devoir payer des taxes supplémentaires pour avoir de l'eau signifie leur arrêt de mort. L'eau, c'est la vie. Et voilà que Daniel, leader naturel mène le combat pour faire plier les autorités. Une guerre civile éclate mettant en péril le tournage du film. Chacun des membres de l'équipe devra questionner sa conscience pour savoir si oui ou non, il faut aider ou ignorer ces gens, s'il faut continuer ou stopper le tournage, au risque de perdre tout l'argent déjà investi dans ce film.

 

 

Paul Laverty est décidément un bien talentueux scénariste. Alors qu'il planchait sur les premières années de la vie de Colomb et de ses hommes dans le Nouveau Monde, sur ce premier véritable génocide de l'histoire, sur la résistance indienne, Paul Laverty songea que son récit aurait plus de force s'il parvenait à l'encrer dans l'époque actuelle. C'est donc en partant des évènements qui secouèrent Cochabamba en avril 2000, alors qu'éclatait une guerre de l'eau, que Paul Laverty trouva la solution. Il y avait là une parabole évidente entre le sujet du film que ce réalisateur vient tourner sur les conquistadors qui volent l'or des indiens et les réduise à l'état d'esclave, et les indiens d'aujourd'hui dépossédés de tout par une entreprise américaine propriétaire de l'eau, des indiens spoliés par le pouvoir en place, des indiens exploités par la production d'un film étranger. Le fait intéressant est que les les européens sont présentés comme des donneurs de leçon. Au plus fort du conflit, l'espagnol Sébastian prend parti pour les boliviens. Augmenter le prix de l'eau de 300% est inadmissible. C'est normal qu'ils se révoltent soutient-il auprès de l'élu locale, sous tendant que ce maire est un beau dégueulas avec son peuple. Et le politique de lui retourner le compliment en lui demandant combien est-ce qu'il paye chaque figurant par jour de travail! 2 dollars pas plus. Finalement, le plus fumier des deux n'est pas celui que l'on peut imaginer à priori! Et cette pique est bien vu tant il est juste que dans la vraie vie, la pratique est courante dans le 7ème art. Prenez par exemple le tournage de TETRO de Francis Ford Coppola. Croyez-vous que le personnel argentin, technique comme artistique, ait été payé au tarif syndical américain? Bien sur que non!

 

 

Finalement, la situation en 500 ans n'a pas beaucoup évolué pour ces populations démunies et oubliées, victime de la mondialisation. C'est ce que dit le film. Les conquistadors d'aujourd'hui sont les mêmes qu'hier. Autrefois, on s'accaparait leur or, aujourd'hui, on leur subtilise leur vie. Ils n'ont plus rien, mais le peu qu'il leur reste, on le leur vole. Bientôt on les dépossèdera de leur sueur, on taxera aussi l'air qu'ils respirent! Vu les conditions misérables de leur existences, ils sont un personnel docile qui ne coute rien. Ceci dit, arrive un moment ou il faut savoir oublier l'argent, ou l'humain reprend le dessus. Au pire de la crise, le producteur du film oublie son investissement, contrairement au réalisateur qui ne pense qu'à son film. Au péril de sa vie, il tente de sauver la fille de Daniel, avec qui finalement, il deviendra ami. C'est la petite pointe d'espoir glissée par Paul Laverty, un brin optimiste car chacun sait que les happy-end, on n'en voit qu'au cinéma! 

 

 

 

 

 

LARGO WINCH II

Plus, plus, plus,

 toujours plus...

 

 

Plus d'action, plus d'émotion, plus d'humour, plus de romance et moins de charabia financier. C'est en partant de ces principes de base que Jérome Salle et Julien Rappeneau ont trouvé la motivation pour rempiler une seconde fois. Au lendemain de la sortie de la première aventure de Largo Winch, la production ayant reniflé le juteux filon, les deux compères se replongent dans quelques albums. Très vites, ils conviennent que le gros de l'action se déroulera en Birmanie. D'un point de vue géopolitique, la Birmanie offre un terreau formidable pour imaginer l'origine d'un vaste complot visant à ruiner le milliardaire orphelin Largo. En plus, cette option leur a permis d'explorer un élément jamais exploité dans la bande dessinée. Il est écrit que Largo, avant d'être un capitaine d'industrie séducteur et aventurier charismatique, a vécu tel un baroudeur en Asie. Ce postulat a donc ouvert des portes nouvelles pour concevoir un scénario original, récit sur lequel Jean Van Hamme, auteur de la BD, a suivi l'évolution.

 

 

Bien sur, les aficionados de la bande dessinée crieront au scandale, à l'infamie en découvrant le deuxième volet des aventures cinématographiques de leur héros préféré. Déjà après avoir vu le numéro un, nombreux étaient ceux qui pensaient que Tomer Sisley n'était pas à la hauteur de leurs espérances. Il est vrai que le physique de Sisley n'a rien à voir avec le dessin de Philippe Francq. Mais qu'importe! Après tout, cet acteur sorti de nul part s'en tirait plutôt pas mal. Aujourd'hui décomplexé, il s'en donne à cœur joie dans ce second volume qui devrait provoquer là encore l'indignation des ayatollahs Largo Winchien! Et pour cause puisque l'histoire ne reprend pas une des 17 aventures de papier (le 18ème, Colère Rouge est à paraître prochainement). Il s'appuie simplement sur quelques détails piochés de ci de là, essentiellement dans La Forteresse de Makiling et L'Heure du Tigre.

 

 

Cette histoire originale a permis à Jérome Salle de s'éloigner de la BD tout en en respectant les codes. L'avantage de cette formule est que les néophytes, tout de même une majorité de spectateurs potentiels, verront dans ce deuxième opus un film à grand spectacle plutôt réussi avec d'entrée de jeu, une scène à faire pâlir de jalousie James Bond! Au passage, il est évident que la structure même du scénario reprend exactement celle d'un épisode de la saga mettant en scène 007. Une course poursuite infernale en voiture, cascade réglée au millimètre et hautement anxiogène donne le ton. Juste après, une fois les enjeux exposés, le film alterne entre romance en Asie, conversations au calme dans des bureaux feutrés et moments de grosse adrénaline. Témoin la scène de saut en chute libre depuis le cockpit d'un avion de ligne! Elle vaut son pesant de frisson. Pour l'anecdote, Tomer Sisley exécute lui-même toutes les cascades, qu'il s'agisse de se jeter dans le vide depuis un avion ou une falaise, de conduire une berline façon Sébastien Loeb, de se battre à main nu en corps à corps ou de tailler la conversation avec Sharon Stone. C'est aussi une belle leçon de maîtrise. Rester zen alors qu'elle lui rejoue la mythique scène de Basic Instinct est une cascade périlleuse en soit! 

 

 

On peut donc se réjouir, malgré une fin un peu tirée par les cheveux, que le cinéma français renoue avec une tradition qui s'est perdue, celle du film à grand spectacle. C'est vrai qu'il y a bien longtemps que l'industrie cinématographique hexagonale n'avait pas misé sur un projet aussi ambitieux. Au terme d'un tour du monde en 99 jours de tournage, Jérome Salle a donc pu réaliser le Largo Winch qu'il avait en tête. Débarrassé des inconvénients imposer par le premier volet, à savoir, planter un décors pas toujours glamour (la haute finance en terme de glam, on a vu mieux), il a pu s'éloigner un peu des explications pompeuses liées au monde de l'argent et spéculer sur l'essentiel: le divertissement. 

 

 

Ce deuxième volume parfaitement rythmé n'est pas plombé par des scènes obligatoires ou il faut expliquer les enjeux financiers à un spectateur qui n'a pas fait HEC. C'est tout bénéfice pour ce film ou Largo a grandi. Il est devenu un super héros en quelque sorte. L'héritage de cette fortune lui confère un super pouvoir. Reste à savoir comment il va l'utiliser? En faisant le bien ou le mal? Et comme toujours dans ce cas là, l'argent attise les convoitises. En avoir signifie avoir aussi des ennemis. Largo va devoir débusquer qui dans son entourage représente une menace. Trouvera-t-il le moyen de prouver son innocence alors qu'on l'accuse de crime contre l'humanité? La procureur cougar interprétée par Sharon Stone le mettra-t-elle sous les verrous?

 

 

Vous le saurez en allant voir ce film au cinéma, un épisode ou le vrai gagnant, celui qui tire réellement son épingle du jeu, qui se démarque largement est sans contestation possible, Gautier, interprété par Nicolas Vaude. Le valet de Largo, par son coté lunaire, déconnecté, en inadéquation avec l'environnement dans lequel il évolue mène une enquête en Thaïlande. Il apporte la dose d'humour qui manquait, ce petit supplément d'âme qui fait de ce LARGO WINCH II une réussite.

 

 

 

 

 

IVORY TOWER:

Echec et Wouhaooo! 

 

 

Après avoir joué les mains de Serge Gainsbourg dans le film Gainsbourg vie héroïque de Joan sfar, après avoir battu le record du monde du concert de piano le plus long, 27 heures d'affilé à taquiner des touches noires et blanches, Chilly Gonzales a décidé de faire l'acteur dans un film qu'il a lui-même écrit: IVORY TOWER. Bien sur les aficionados du dandy montréalais auront reconnu là le titre d'un album du même Chilly Gonzales. Issue de la scène alternative de Montréal, Chilly s'est expatrié à Berlin, avant de s'installer à Paris il y a quelques années. C'est dans la capitale allemande qu'il a rencontré des compatriotes, chanteuses, Peaches et Feist. Sa destinée croise aussi celle d'un certain Traynor connu pour sa participation active au combo de marionnettes hip-hop, Puppetmastaz. Evidemment que le clipeur des puppet a tout de suite été enchanté à l'idée de mettre en image le projet un brin zinzin du jazzman, à savoir raconter une histoire de rivalité entre deux frères, deux cadors des échecs amoureux de la même femme. 

 

 

L'un, discipliné devenu le champion du Canada, un brin nanti et arrogant s'oppose à l'autre, dans l'instinct, la recherche et le dénuement. Cet autre rêve d'un jeu pour le jeu, sans gagnant ni perdant. Il aime le mouvement. D'ailleurs, c'est comme cela qu'il a inventé le chess jazz. Il rêve de commercialiser ce nouveau jeu, mais les investisseurs n'entrent pas en matière. Ils ont besoin d'une figure, d'un visage célèbre comme celui de son frère pour lancer la production de ce jazz échec. Malheureusement, ce concept échappe complètement au champion en titre. Pour ce winner, les échecs sont une guerre, des blancs contre des noirs avec un vainqueur en fin de parti. Pour le convertir au chess jazz, rien de tel que de venir titiller ce frère sur son terrain et de remporter le championnat à sa barbe. 

 

 

Tourné entre l'Allemagne et le Canada, IVORY TOWER mêle la comédie, la romance, le burlesque et des fois le muet. Que le spectateur se rassure, il ne sera pas du tout mis mat devant cet étrange objet filmique. Bien au contraire, avec son humour pince sans rire, son traitement parfois très clipesque, IVORY TOWER se présente comme un film jazz qui n'en fini plus de swinguer, avec son casting entièrement musical. Sur cet échiquier, tous les potes de Chilly sont là, à commencer par le roi Tiga, une des pointures de l'électro montréalaise qui joue le frère de Gonzales, alors que la reine Peaches incarne la muse convoitée par les deux hommes. A signaler encore des apparitions fugaces du cheval Mocky tout au long des 70 minutes de bobine. Au passage, la Bo est évidemment l'oeuvre du pianiste fou associé pour l'occasion au producteur berlinois Boyz Noise, une bo composée avant le film. Traynor s'en est servi comme base solide pour échafauder des scènes de ce long métrage, aidé par la cinéaste française Céline Sciamma, réalisatrice de la Naissance des Pieuvres. Résultat plus que probant pour cet IVORY TOWER, une production light pour un film pop léger, drôle et savoureux traversé par une certaine mélancolie, un film hybride aussi original que réjouissant.

 

 

 

 

 

Le discours d’un roi

Un didi...un didi...un di...

 

 

Pas facile de prononcer un discours en public quand on est bègue et roi! Voilà résumé le film de Tom Hooper LE DISCOURS D'UN ROI avec cet incroyable duo Colin Firth et Geoffrey Rush. Les deux acteurs sont tellement parfaits qu'ils ont tous deux été nominés aux Golden Globe. Notez que sur 7 nominations, le film n'a remporté qu'un prix, pour Colin Firth, meilleur acteur, un petit scandale! Quand on sait que des soupçons de corruption ont plané sur la cérémonie, on peut relativiser le hold-up de David Fincher avec son SOCIAL NETWORK de qualité moyenne en comparaison à ce DISCOURS D'UN ROI. Il est vrai que ce body movie dramatique en costume vous réservera bien des surprises, et heureuses avec ça! 

 

 

Enfin qu'importe, Colin a obtenu son prix, mérité, justifié. Ce qui l'est moins, c'est l'oublie de Geoffrey Rush tant le comédien est d'une justesse exceptionnelle. Il incarne l'orthophoniste australien du film, le roturier qui remet à sa place Sa Majesté. Il est tellement brillant qu'il en fini presque par éclipser la performance de Colin Firth.  Oui, on peut parler de performance. Colin le bègue n'est jamais dans la parodie. Souvent, pour ne pas dire systématiquement, le bègue du 7ème art est un rigolo bobet dont on se moque gentiment. Or là, quand on voit Colin Firth sur l'écran, on voit un bègue. Impossible de remettre en question son défaut d'élocution. Au contraire, on souffre avec lui. Le bégaiement avec son cortège de colère, d’énervement, d'angoisse, de malaise, de déprime, de gêne… n'a jamais été aussi bien joué au cinéma! Même si Colin Firth a déjà interprété des bègues auparavant, c'est dans ce film là qu'il est le plus crédible. 

 

 

Que je vous dise que le DISCOURS D'UN ROI se déroule dans les années 30 en Angleterre, un peu avant qu'Hitler ne devienne une menace pour le monde. Au passage, la reconstitution historique est là encore épatante. Donc, dans ces années 30, le prince Albert (Colin Firth), deuxième fils du roi George V, vit très mal un grave problème de bégaiement. Or un personnage de son rang doit pouvoir s'exprimer distinctement en public. C'est d'ailleurs son unique fonction. Dépenser l'argent de la couronne et parler. Evidemment que Albert se passerait bien de prononcer des discours. Pour lui, c'est un enfer car aucun son ne sort de sa bouche lorsqu’il se présente par exemple à la tribune d’un stade de foot devant une foule de gens. Imaginez-le, seul devant un angoissant micro, tous ces regards dirigé sur lui, toutes ces oreilles suspendue à sa bouche. On entend les mouches voler mais pas le Prince Albert. Tétanisé, paniqué, incapable de sortir un son, l'humiliation proche de la torture devient insupportable. 

 

 

La chance de ce prince bègue est qu'il peut compter sur sa femme (Héléna Bonham Carter). Elle l'oblige a rencontrer secrètement un certain Lionel Logue (Geoffrey Rush), un orthophoniste australien réputé pour ses méthodes peu orthodoxes. Pour lui, prince Albert ou pas, tous les hommes sont égaux. Pour commencer, il reçoit dans son cabinet et il n'est pas question qu'il en soit autrement. Dans son château, on applique ses règles et le prince va devoir s’y plier s'il veut corriger son défaut d’élocution. Parce que ce ne sont pas les charlatans de la cours qui vont l'aider. En effet, au début du film, on voit le prince dans son salon privé. Un toubib royal lui demande de garder dans la bouche des billes de verres en même temps qu’il doit lire un texte à haute voix. Et le médecin rondouillard, sûr de son coup, d’hurler au prince d'articuler. C'est évidemment impossible. Le prince manque d'ailleurs d'avaler une de ces billes. S'en suit une grosse colère. C'est décidé, il ne veut plus entendre parler de ces fumistes toubibs. Après tout, il bégaye. C'est comme ça et tant pis s'il doit abandonner l'idée un jour de monter sur le trône à la place de papa à cause de ça. Tant pis si son frère, plus attiré par une femme de petite vertu que par la politique hérite du titre de roi. N'empêche que le prince va s'accrocher et comprendre au contact de l'orthophoniste australien que l'origine de son bégaiement ne provient pas seulement d'un problème mécanique! Selon Logue, un profond trauma lié à la petite enfance, une source d'angoisse devenue si forte pourrait expliquer ce défaut de langage. Albert aura de la peine à comprendre ces théories trop nouvelles, trop avant-gardistes pour l'époque, mais en insistant, peut-être qu'il finira par ouvrir les yeux et réussira à prononcer le discours de sa vie en direct à la radio.

 

 

LE DISCOURS D'UN ROI de Tom Hooper est un film plein d'humanité, qui mêle la petite et la grande histoire. Extrêmement bien documenté, le récit s'appuie sur le journal intime que tenait Lionel Logue. On y découvre aussi comment Albert Windsor dit Bertie devient Roi d'Angleterre. Il devra diriger son pays pendant une période cruciale de l'histoire, alors que l'on assiste à la montée du nazisme et que la seconde guerre mondiale semble imminente. Soutenu par Churchill, son premier ministre, il laissera finalement sa fille Elisabeth monter sur le trône en 52. Le film est également parfait pour cela puisqu'il montre à quel point la fonction de Roi modifie l'attitude d'un homme, y compris dans sa vie intime. Du jour au lendemain, il s'interdit par exemple tout câlin avec ses petites filles! Vous me direz que c'est peut-être histoire de caractère, car lorsque son frère accèdera au trône, il continuera à mener une vie dissolue, ce qui le conduira à abdiquer! LE DISCOURS D'UN ROI de Tom hooper, avec Colin Firth, Geoffrey Rush et Héléna Bonham Carter, ce n’est pas un hasard si le film est le favori des Oscars cette année.

 

 

 

 

 

 

 

DEVIL

pas très diabolique... 

 

 

Bien sur, tout le monde connaît la musique d'ascenseur. Et bien, sachez qu'il existe aussi le film d'ascenseur, le film un peu chiassous qui permet de patienter entre le 17ème sous sol et le 258ème étage d'une tour infernale! C'est toujours mieux que de supporter une de ces conversations sur réalistes sur la bible comme dans Barton Fink ou encore les calembours racistes de Hubert Bonisseur de la Bath dans OSS 117! Franchement, diffuser des films dans les ascenseurs, voilà un concept qui mériterait d'être creuser. Imaginer, on pourrait projeter à choix des extraits de ACENSEUR POUR L'ECHAFFAUD ou mieux, de THE LIFT du néerlandais Dick Mass. Sacré Dick qui en 1984 raflât au nez et à la barbe des Verhoeven, Cronenberg et Carpenter, le grand prix du festival du film fantastique d'Avoriaz. Oui, LE QUATRIEME HOMME, DEAD ZONE et CHRISTINE n'avaient pas convaincu le jury de l'époque qui s'était laissé séduire par ce petit film d'horreur au budget dérisoire mais à l'effet anxiogène maximum. Il faut dire qu'avant Dick Maas, personne n'avait réellement songé faire d'un ascenseur, cet inoffensif objet de la vie courante, un dangereux psychopathe. Malgré le caractère désuet des effets spéciaux, THE LIFT n'en demeure pas moins un excellent film de pétoche, bien plus efficace en la matière que le remake de 2001. Dick Maas résista 17 ans avant de reLIFTer son chef d'œuvre avec plus de fric pour le compte de l'usine à cauchemar américaine: L'ASCENSEUR NIVEAU 2, un film franchement pas terrible! 

 

 

Enfin bref, toute cette longue introduction sur les ascenseurs pour en venir à Night Shyamalan! Mais pourquoi lui me direz-vous? Simplement parce que le réalisateur doté d'un 6ème sens a beaucoup aimé ces deux films de Dick Maas. C'est évident. Sinon, il n'aurait jamais supervisé la production de DEVIL! Petit Rappel des faits. Avant le piètre MAITRE DE L'AIR, son dernier film, Night Shyamalam s'est vu reproché à juste titre la mauvaise qualité de ses scénarios. Vexé, il a pris sa plume et s'est lancé dans l'écriture de The Night Chronicle. Objectif avoué: chaque année, durant 3 ans, se concentrer sur l'écriture d'un thriller et en confier la réalisation à d'autres. Premier chantier lancé: THE DEVIL réalisé par le tâcheron John Erick Dowdle, à qui l'on doit EN QUARANTAINE, le remake du chef d'œuvre espagnol REC. Au passage, la version américaine était tellement bien fichu que le film est sorti directement en Dvd! Quel beau début de carrière pour John Erick Dowdle, fournisseur officiel des solderies plutôt que du grand écran! Avec DEVIL, il a pu gouté à la joie d'affoler le box office le temps d'un week-end. En effet, le film a été rentabilisé dès la première semaine d'exploitation en salle aux Etats Unis. Attention, ceci n'est pas un gage de qualité pour autant puisque la courbe des recettes s'est vautrée très rapidement, ce qui sous-tend que le bouche à oreille n'a pas très bien fonctionné. Sans doute la faute à un pitch pas spécialement original. Que je vous résume l'intrigue. 

 

 

Un corps chute d'un gratte-ciel sur le toit d'un camion, camion qui se déplace tout seul à quelques pâtés de maison de là. Un flic perspicace sent tout de suite que le camion ne se trouve pas sur la scène du suicide ou du crime. Non, c'est depuis une tour que le type s'est jeté ou qu'on l'a balancé. Au même moment, dans l'immense bâtiment de verre et de béton en question, 5 individus qui ne se connaissent pas empruntent un ascenseur, qui très vite tombe en rade. Et c'est parti pour 1h20 d'angoisse. L'ascenseur est comme qui dirait possédé. Il y a de L'EXCORCISTE dans l'air! Mais non, sa mère ne taille pas des pipes en enfer! En fait, le diable a lui aussi pris l'ascenseur! Et le voilà qui s'amuse avec ses victimes potentiel. 

 

 

Pendant que les hommes de la sécurité et le flic du début observent impuissant sur leurs écrans de contrôle ce qui se trame dans l'ascenseur, le diable s'amuse à zigouiller les occupants les uns derrières les autres. Mais pourquoi? Dans quel but? Cette violence n'est pas gratuite. Satan les titille parce que ces mécréants l'ont bien mérité. Ceci dit, rassurez-vous, si le diable existe, Dieu aussi.... Nous v'là sauvé!

 

 

Que pensé de ce DEVIL? Bof. Le film n'est pas totalement raté, pas complètement réussi non plus. Il possède un cachet très eightees plutôt réjouissant. C'est vrai qu'on dirait une série B du siècle dernier, d'ou la référence à Dick Mass au début de ce texte. Comme ça se pratiquait à l'époque, la production a écarté toute vedette. Faut dire que pour 10 millions de dollars de budget, on a tout juste les moyens de se payer des acteurs inconnus, Chris Messina, Jenny O'Hara, Bojana Novakovic, Logan Marshall Green, OTIS, KONE, IGV LIFT... Humour.... Notez que dans DEVIL, l'humour involontaire n'est jamais bien loin. On prend les paris que la stupide théorie de la biscotte qui tombe toujours du même coté lorsque le diable est parmi nous en désespèrera sans doute plus d'un! L'utilisation du téléphone portable comme arme fatale pour faire fuir le diable aussi. Vade retro Natélitas!!!! 

 

 

Ceci dit, on peut souligner le bel effort de Night Shyamalan qui a veillé à ce que son poulain n'explose pas le budget ketchup! Même si on se doit de badigeonner les murs de cet ascenseur avec un peu de sauce tomate parce qu'il en faut dans un film horrifique, on ne joue pas forcément la carte du gore, plutôt celle de l'angoisse, du suspens, du frisson, de la peur et du stress. Malheureusement, au fur et à mesure qu'avance le récit, pourtant bien rythmé, la frayeur s'estompe pour carrément disparaître, la faute à l'obsession du scénariste désireux de nous balancer son twist final, un rebondissement qui n'en est pas vraiment un puisque la voix off lâche plus ou moins le morceau au début du film. Finalement, si vous désirez atteindre le nirvana de la pétoche, emprunter l'escalier de secours plutôt que cet ascenseur!

 

 

 

 

 

 

 

BLACK SWAN:

The Wrestler 2

 

 

Imaginez Mickey Rourke engoncé dans un tutu et chaussant des ballerines à sa taille. Imaginez-le, immobile face à au miroir de sa loge, concentré sur les sparadraps collés autour de ses doigts de pieds, se préparant méthodiquement avant de pénétrer sur le ring pour exécuter, sous l'intransigeant regard du chorégraphe Vincent Cassel, le lac des cygnes! Cette transposition peut vous sembler curieuse! Et bien en fait, elle ne l'est pas tant que ça tant il est vrai qu'il existe bien des similitudes entre BLACK SWAN le nouveau chef d'œuvre de Darren Aronofski et THE WRESTLER, son précédent film.

 

 Ces longs métrages ont ceci en commun qu'ils évoquent tout deux la trajectoire de personnages identiques bien que n'évoluant pas dans les mêmes disciplines. Bien sur, Natalie Portman n'a rien d'une catcheuse! Quoique, la donzelle est en lutte permanente dans BLACK SWAN, un peu comme Mickey Rourke dans THE WRESTLER. Les deux mènent un combat âpre et rude contre eux même, pour ne pas sombrer.

 

Dans la vie de ses deux personnages, une seule chose compte, leur passion. Ils en sont prisonniers. Et qu'importe si au bout du chemin torturé qu'ils empruntent pour la vivre pleinement, la mort est la seule délivrance possible. Reste que le milieu de la danse apparaît plus ardu encore, moins amical que celui du catch. En effet, si la complicité lie les catcheur dans le vestiaire, la jalousie, la peur d'être remplacée du jour au lendemain, la peur de la blessure aussi poussent les danseuses, surtout les solistes, à une rivalité sans pitié et sans égal. Ceci dit, il s'agit là de la vision qu'en a Darren Aronofski, une vision comparable à un comte de fée fantastico-horrifique. 

 

 

BLACK SWAN, ce n'est pas le loup garou de Londres mais le cygne noir de New York, l'histoire d'un petit rat inoffensif qui devient démoniaque, le portrait fascinant de Nina. Cette artiste ambitieuse perd la raison sous la pression extrême qu'elle subit. Cette femme est en quête de perfection, mais la perfection ne dure qu'un bref instant. La perfection ne s'installe jamais dans la durée. La perfection est fugace et pour atteindre ce moment d'extase, il faut travailler, et travailler, toujours travailler, encore et encore et encore travailler. Voilà comment Nina entre sans s'en rendre compte dans un cycle obsessionnel et compulsif. Devenir virtuose a un prix et la facture sera salée pour Nina.

 

 

Nina est incarnée par Natalie Portman qui a vu là une belle occasion de renouer avec la danse qu'elle a pratiquée étant plus jeune. Natalie Portman est parfaite dans ce boléro même si on pourra lui reprocher de jouer un peu trop la carte de la danseuse craintive. Les yeux sans cesse exorbités, la mine toujours figée, sans arrêt sur ces gardes, on dirait qu'elle ne connait que ce registre, qu'elle ne possède qu'une seule corde à son arc. Sans doute était-ce une volonté de Darren Aronofski. Dépouiller Natalie Portman le plus possible. Embarquée malgré elle dans une dérive malsaine, cette Nina ne connaît que la peur et rien d'autre. La schizophrénie et son cortège de délires paranoïaques la guettent, alors forcément, elle vit dans l'angoisse permanente. L'angoisse de ne pas atteindre la perfection, l'angoisse de subir le sort de l'ex danseuse vedette vieillissante incarnée par l'actrice vieillissante aussi Winona Ryder, autrefois célèbre et brillante aujourd'hui sur le déclin. Nina angoisse encore de ne pas être à la hauteur des exigences du chorégraphe Vincent Cassel . Ce dernier veut dépoussiérer le lac des cygnes. Pour lui, le blanc et le noir ne doivent faire qu'un. Nina doit alors chercher et trouver la part d'ombre qui sommeille en elle. Elle doit la réveiller, pour l'exprimer sur scène. Mais cette recherche troublante lui ouvre droit les portes de la folie. Nina déraille. Elle hallucine. Et quand le spectateur s'en rend compte, il est trop tard. C'est là la virtuosité de Darren Aronofski. Il prend un malin plaisir à nous jouer des tours dont lui-seul possède le secret. Manipulant la réalité, ce magicien s'amuse avec la perception que peut avoir Nina du monde qui l'entoure, un monde déformé. 

 

 

Et pour parfaire son plan, Darren Aronofski s'appuie sur la symbolique des miroirs. Ils sont les véritables héros de ce film. Il faut dire que dans le monde du ballet, les danseuses passent leur temps à s'observer. La relation qu'elles entretiennent avec leur reflet est donc une part importante de leur identité. Ici, Darren Aronofski montre ce que signifie réellement que de se regarder dans un miroir. On y voit pas toujours ce qu'il faut y voir. En tout cas, dans BLACK SWAN, les miroirs jouent un rôle essentiel dans la compréhension du personnage de Nina, surtout quand on sait à quel point la notion de reflet et de double est importante aux yeux de ce personnage torturé, qui se sent menacée, menacée par Lily, la nouvelle danseuse. 

 

 

Elle est incarnée par Mila Kunis lingus....je dis ça rapport à une scène du film, Mila Kunis. Cette actrice ukrainienne s’est fait connaître grâce au miteux LE LIVRE D'ELI. Elle est d'une sensualité enivrante. Elle possède ce que Natalie Portman n'a pas, dans le film, à savoir la grâce naturelle. Moins perfectionniste mais tellement plus excitante et agréable à contempler, selon le chorégraphe Vincent Cassel! Contemplez, le verbe est bien choisi. Il y a matière à rester contemplatif, baba d'admiration devant BLACK SWAN. Il faut en effet souligner, au delà de l'intrigue même, à quel point la mise ne scène du ballet est somptueuse, de quoi vous réconcilier avec le classique de Tchaïkovski. Certes, le dispositif, caméra épaule, caméra virevoltante, gros plans sur les visages, sur les peaux meurtries, est identique à celui de THE WRESTLER, mais pourquoi changer une mise en scène qui fonctionne. Tourbillonner avec les danseurs, tournoyer tout autour d'eux permet de saisir leur énergie, leur sueur, leur douleur, leur talent. Et du talent, il y en a à chaque instant dans BLACK SWAN, film très attendu depuis sa première mondiale à la Mostra de Venise, film qui vous enchantera de bout en bout. 

 

 

 

 

 

 

 

TRON L'HERITAGE:

pour les geeks uniquement

 

 

Steven Lisberger. Ce nom ne vous dit certainement rien! Jamais entendu parler de ce gaillard et pour cause, l'homme n'a signé que 4 films dans les années 80. Depuis, il a complètement disparu de la circulation jusqu'à qu'il réapparaisse dans TRON L'HERITAGE en tant qu'acteur, producteur et responsable de la fiction. TRON L'HERITAGE est l'un des films de science fiction les plus attendus de 2011. Vous vous demandez toujours pourquoi mettre en avant cet obscur olibrius? Ben parce que TRON,avec ces images de synthèse complètement cheap et sa musique électronique prise de tête, ce film qui fit un flop en 82 malgré des moyens démentiels investi par Disney, c'était son œuvre, celle de Steven Lisberger! 

 

 

Souvenez-vous de Jeff Bridges, pris à son propre jeux, téléporté malgré lui par une intelligence artificielle à l'intérieur d'un programme informatique! Ça vous revient? TRON et son terrifiant MCP, Maître Contrôleur Principal, ces motos en images de synthèse qui laissent des traces bleues ou jaunes sur un écrans de jeux d'arcade, ces androïdes en combinaison argenté avec leur disque dans le dos! Ahhh TRON, toute une époque! Notez que depuis 82, notre Steven Lisberger, à l'instar de Jeff Bridges, s'est visiblement perdu dans la grille. Il faut croire qu'il est parvenu à en sortir, qu'il a vaincu le mal absolu pour aujourd'hui proposer une resucée complètement hallucinée de son TRON original, TRON L'HERITAGE! Et quel héritage! Il faut dire qu'en 30 ans, les technologies ont fait un bon en avant, permettant d'imaginer un film en 3D visuellement sublime. 

 

 

Sur une musique signée Daft Punk, qui apparaissent dans le film casqués et planqués derrière les platines du End Of Line Club tenu par un Ziggy Stardust de ball-trap, apprêtez-vous à suivre un clip en version longue au cours duquel Jeff Bridges se retrouve piégée par sa propre création, dans la grille de son jeux vidéo. Lui qui rêvait d'un monde parfait, pouvant remettre en question la vie actuelle, nos croyances, notre savoir, nos convictions, et même la religion, a appris à ses dépends que la perfection n'a pas que du bon. En effet, arrivé dans son jeu vidéo, Kevin Flynn a mandaté Clu de construire pour lui ce monde parfait. Mais Clu va mettre tellement de cœur à l'ouvrage qu'il va éradiquer tous les programmes imparfaits de la grille, notamment ces êtres naïfs semblables à des créations divines. Bien sur que Clu va chercher à se débarrasser de son créateur Flynn. Il est en passe d'y parvenir puisqu'il a réussi a rallier à sa cause Tron, autre création de Flynn. Mais les plans diaboliques de Clu pourraient bien prendre du plomb dans l'aile avec l'irruption dans ce programme du fils de Flynn venu libérer son père.

 

 

TRON L'HERITAGE s'appuie donc sur ce pitch complètement stupide. La seule bonne idée, qui vient sur la fin, n'est malheureusement pas exploitée. Les personnages du jeux ont la possibilité d'envahir le monde réel. Imaginez le chaos si d'un seul coup débarquait sur terre des personnages conçus à base de lignes de codes et donc forcément invincibles! Au lieu de ça, le scénariste déroule une bête histoire de rapport père-fils, de trahison, d'amour, un sentiment étranger aux personnages de jeux vidéos, une histoire de créateur dépassé par le coté sombre de sa création. Flynn n'est plus le maître du jeu, mais en tant que créateur, seul lui possède une clé d'avance sur ses adversaires Clu et Tron pour sauver le monde réel du chaos, quitte a se sacrifier et exploser son monde virtuel.

 

 

TRON L'HERITAGE, une déception totale, un film réalisé par un nouveau venu, Joseph Kosinski, qui devrait s'atteler ensuite à un autre remake d'un film dans le veine de TRON, également propriété de Disney, LE TROU NOIR sorti en 1979. A signaler toute fois que TRON L'HERITAGE est le premier film de l'histoire dans lequel un acteur, Jeff Bridges donne la réplique à une version rajeunie de lui-même. Et oui, quand je vous disais que les technologies permettaient de matérialiser des fantasmes autrefois infaisable. Clu n'est autre qu'une version de Flynn restée jeune, normal, un programme informatique ça ne prend pas encore de cheveux blancs! 

 

 

 

 

 

 

LES CHEMINS

DE LA LIBERTE

un film d'équipe épique

 

 

Peter Weir, cinéaste rare, aime prendre son temps avant chaque film. Sa dernière réalisation MASTER AND COMMANDER date tout de même de 2003! MASTER AND COMMANDER un film à 150 millions de dollars, investissement à peine rentabilisé. Ce film en costume mettait en scène Russel Crowe en commandant de bord d'une frégate anglaise. La dangereuse obsession du respectable capitaine Jack Aubrey, désireux de couler le frégate française qui a attaqué son bateau et décimé une partie de son équipage n'a pas affolé le box office malgré le spectacle épique proposé. N'empêche que ce bide financier n'explique pas la disparition du poète cinéaste Peter Weir. Il n'a pas tourné en cercle toutes ces années puisqu'il s'est attelé à différents projets qui ont tous été avortés. Une chance, c'est que dans le lot, THE WAY BACK, LES CHEMINS DE LA LIBERTE était le bon, même si il a bien failli passer à la trappe lui-aussi. 

 

 

Disons que le récit est inspiré d'un bouquin sur lequel plane une certaine suspicion. Vendu comme un livre relatant des faits réels, le best-seller «A Marche Forcée» écrit par Slavomir Rawicz a déchainé les historiens. Le livre raconte comment cet ancien soldat polonais et quelques camarades d'infortunes se sont évadés d'un goulag en Sibérie en 1941 et ont ensuite rejoint l'Inde à pied! Un treck de la mort en quelque sorte! Le problème, c'est qu'un document attestant de l'amnistie de Rawicz a été retrouvé! Comment croire dès lors à son évasion? Et puis, le récit est si incroyable qu'il y a de quoi émettre quelques doutes, d'autant que le survivant s'est contenté de narrer son aventure à un journaliste qui a ensuite brodé pour le rendre plus lisible et peut-être aussi plus intense. La traversée du désert de Gobi sans une goutte d'eau, ainsi que la rencontre avec des yétis dans l'Himalaya en ont laissé plus d'un perplexe. Notez que ce voyage n'est ceci dit pas impossible. D'autres l'ont fait comme l'écrivain baroudeur Sylvain Tesson qui a marché sur les traces de ces évadés et a publié ensuite son aventure humaine. Le livre s'appelle «L'Axe du Loup» et est paru chez Phoebus. Après 6000 km à pieds, à cheval et à vélo, Sylvain Tesson accorde carrément le bénéfice du doute à Rawicz. Pour Peter Weir, la question s'est posée différemment. En lisant le livre, des images lui sont immédiatement venues. Il su qu'il devait faire ce film, et qu'importe si l'histoire était vrai ou pas. En évitant de porter cette mention à l'écran, le film ne serait rien d'autre qu'une fiction inspirée de faits réels et dédicacée aux marcheurs, une belle manière d'esquiver une éventuelle polémique.

 

 

Une fois de plus, Peter Weir s'est donc laissé embarquer par l'idée de décrire la nature humaine. Voilà un exercice dont il est coutumier. Souvenez-vous par exemple du TRUMAN SHOW ou le cinéaste racontait la manipulation d'un homme depuis son enfance. Jim Carrey acteur malgré lui d'un programme de télé réalité allait découvrir le poteau rose et par la même la noirceur du monde. Plus avant encore dans sa filmographie, Peter Weir décryptait comme personne une communauté Hamish avec ces lois, ses rites et ses règles d'une rudesse absolue, le tout sous le regard de l'inspecteur John Book alias Harisson Ford dans WITNESS. LES CHEMINS DE LA LIBERTE ne déroge pas à la règle. Dans cette fresque humaine, il dépeint le parcours, tant intérieur que physique, d'un groupe d'évadés sous le régime stalinien.

 

 

On est en 1940 en plein hivers dans un goulag. Ici, vous avez le choix entre la mort et la mort! En fait, la véritable prison n'est pas celle que l'on croit. Les soldats russes, les fusils, les chiens et les barbelés sont nettement plus inoffensifs que l'hostile nature qui encercle le camp. Torride en été, glaciale en hivers, la Sibérie représente en effet le véritable goulag, une prison naturelle. Les conditions climatiques sont tellement âpres que les condamnés n'ont d'autres choix que de se résigner à survivre avec 1200 calories par jour. Vu les efforts qu'ils doivent consentir pour travailler et lutter contre la météo, autant dire que l'espérance de vie ne dépasse pas une année. D'autres part, la mise à prix de leur tête ne leur garantit pas un meilleur sort si jamais ils parviennent à s'échapper. Qu'importe pour un petit groupe d'homme prêt à prendre le risque. Quitte à mourir, autant mourir en homme libre. Et voilà comment cette poignée de courageux emprunte les chemins de la liberté. Ils effectuent un interminable périple de près de 10 000 km, traversent à pied la Sibérie, contournent le lac Baïkal, passent en Mongolie, se perdent dans le désert de Gobi, franchissent la frontière chinoise, font un crochet par le Tibet, sillonnent l'Himalaya pour enfin atteindre l'Inde. 

 

 

Parmi ces hommes, Mister Smith, interprété par Ed Harris qui a déjà tourné sous la direction de Peter Weir dans le TRUMAN SHOW. Il campe ici un américain qui a cru au communisme et a vite déchanté. Fuyant la récession qui frappa les Etats Unis juste après le crack de 29, il s'est expatrié en URSS. Finalement accusé d'espionnage, il purge une peine à vie. Il est donc décidé à s'enfuir. D'autant que dans les nouveaux venus, un certain Jarnusz pourrait lui servir de guide. Jarnusz est interprété par Jim Sturgess. C'est lui le polonais accusé de haute trahison par sa femme. Elle est passé aux aveux sous la torture. Expédié dans ce goulag, il sait qu'il ne tiendra pas longtemps. Il fait confiance à sa connaissance de la nature, à son sens de l'orientation et son envie de retrouver un jour celle qu'il aime. Colin Farrell fait parti du voyage. Il incarne les amis du peuple, des malandrins qui sont enfermés au goulag pour vol. Généralement, ils en ressortent vivant. Ce sont eux qui mènent la danse dans ces prisons. Couvert de dette, il doit sortir du camp sous peine de se faire tuer. Et puis, il y a la femme, en fuite aussi, croisée en cours de route et qui va les accompagner un peu avant de périr de fatigue, de faim et de soif.

 

 

LES CHEMINS DE LA LIBERTE, un film qui n'est pas le guide du treckeur. Bien sur que non. Il y a derrière la beauté des images, un vrai fond, la quête de liberté de ces hommes mais aussi l'envie de pardonner. Sans trop en dévoiler sur l'intrigue, le film aurait pu être qu'une bête histoire de vengeance. Peter Weir, en humaniste convaincu a préféré réaliser une ode au pardon. Il n'oublie pas non plus de tirer à boulet rouge sur le régime stalinien, et sur le communisme en général, rappelant que les polonais n'ont finalement pu rentrer chez eux qu'en 1989. Au passage, la séquence de fin du film ou l'on y voit un homme qui marche sur des images d'archives, images qui retracent 50 ans de communisme à travers l'Europe est très ingénieuse. Ceci dit, avant d'atteindre la fin de ce voyage, il faudra en passer par un film à l'image du trajet qu'effectuent ses hommes, en dent de scie et un peu long. Au début, on passe trop de temps dans le goulag, comme s'il avait fallu rentabiliser l'investissement financier qu'à demandé la construction de ce décors. Certes on y découvre les règles de vie, les clans, l'inhumanité qui pouvait y régner. Certes la reconstitution semble parfaite mais au final le déséquilibre est évident. Peter Weir s'éternise aussi beaucoup trop sur la première partie du voyage. Passé le désert de Gobi, il fille vers l'épilogue à une vitesse effrénée. On traverse le Tibet et l'Himalaya en 15 minutes tout au plus! 

 

 

Ceci n'entache en rien la qualité de ce film, épique, une rareté dans la production actuelle. Comme il le dit lui-même, les studios investissent volontiers dans des films faciles. Ils reproduisent des modèles qui ont déjà fonctionné dans le seul but de faire du fric. La qualité artistique, le discours ne sont plus des éléments pris en compte par les studios. Voilà pourquoi les majors ne misent plus sur des films différents, en l'occurrence ici, un spectacle majestueux avec pour acteur principaux des décors sublimes. Attention toutefois, pour des raisons logistique et politiques, le film a été tourné en Bulgarie, au Maroc et en Inde car poser des caméras en Sibérie en plein hivers, en Chine ou au Tibet était moyennement possible! 

 

 

 

 

 

 

POUPOUPIDOU

Fargo dans le Jura 

 

 

Et si les frère Coen n'étaient pas américains mais jurassiens! A la vue de ce POUPOUPIDOU, on est en mesure de se poser la question. Il est vrai qu'il y a quelque chose des Coen dans ce film français de Gérald Hustache-Mathieu. Il y aurait persqu'aussi une petite touche par instant, François Ozon période Swiming Pool. Que voilà de brillantes mais justifiées références pour celui qui avait déjà fait bonne impression avec AVRIL, son premier long métrage ou il mettait déjà en scène Sophie Quinton dans le rôle d'une jeune fille à deux doigts d'entrer dans les ordres. 

 

 

Cette fois, Sophie Quinton est la Belle du Jura, la morte de POUPOUPIDOU! Dès le début, on la retrouve gisant dans la neige. On est à Mouthe, le village le plus froid de France. David Rousseau, enfant du pays ne revient pas ici de gaité de cœur. Il a rendez-vous chez le notaire pour toucher un héritage. En guise d'une forte somme d'argent, il reçoit un chien empaillé! Plutôt que de repartir pour Paris, il prend une chambre à l'hôtel du coin. Peut-être trouvera-t-il au cours de cette nuit glaciale, l'inspiration. Car cet auteur de roman de gare, de polars à succès est en panne sèche. Toutefois, contre toute attente, il se pourrait bien que l'inspiration revienne. En effet, alors qu'il regarde la télévision, la journaliste parle du corps de la femme sans vie retrouvée dans la journée, dans une zone frontalière entre la Suisse et la France, une zone qui n'appartient à aucun des deux pays, une sorte de no man's land. Bien qu'il s'agisse de la vedette locale, il est impossible pour la police française de mener une enquête puisque officiellement, le corps n'a pas été retrouvé sur le territoire hexagonal. Dossier clos! Pas pour tout le monde. 

 

 

Intrigué, David Rousseau se rend en cachette à la morgue et remarque une trace de seringue sur le corps de la victime. Voilà qui lui semble louche, trop pour garder ce détail pour lui. Ni une, ni deux, il se rend à la gendarmerie du coin. Une enquête doit être ouverte. Mais on lui fait gentiment comprendre que ça ne sert à rien d'insister. On a retrouvé des médicaments autour d'elle, c'est donc un suicide. Et ce n'est pas parce qu'il est un spécialiste du polar, qu'il a le droit de se rendre à la morgue illégalement et de commencer à déterrer une histoire qui ne demande qu'à rester enfouie. Obstiné, il continue ses investigations en se rendant dans l'appartement de la Belle du Jura. Là, il découvre que cette miss météo sur la chaine locale était en passe de devenir une star de cinéma. En se plongeant dans le journal intime de la jeune femme, David Rousseau commence à comprendre pourquoi on l'a tué et surtout pourquoi l'assassin l'a déposé là. Il apprend surtout avec stupéfaction que si ça se trouve, cette morte était la réincarnation de Marylin Monroe.

 

 

POUPOUPIDOU est la bonne surprise de ce début d'année. Ambiance Fargo dans le Jura avec un jeune flic qui rêve d'intégrer la police canadienne et fait tout pour atteindre son but. On navigue en permanence sur le fil du rassoir, ni complètement dans le drame, ni carrément dans le polar. Gérald Hustache-Mathieu a surtout l'excellente idée d'injecter régulièrement des scènes burlesque particulièrement efficaces, comme quand un type, en slip, torse-poil monté sur un arbre crie en pleine nature par -20 degrés: «je veux une femme, je veux une femme, je veux une chatte...». Même les flics ne résistent pas à se fendre la gueule! La scène aussi sur réaliste soit-elle est d'une drôlerie sans égale. Idem, lorsque les pompiers tout nu, toute lance d'incendie à l'air, participent à une séance photo avec la belle du jura. Irrésistible! On avance donc à pas feutré dans la vie de cette héroïne racontée en flashback, sans jamais pouvoir anticiper quelle surprise de mise en scène ou quel rebondissement Gérald Hustache-Mathieu va nous réserver.

 

 

Si une certaine légèreté traverse tout le récit, Gérald Hustache-Mathieu s'est surtout attaché à décrire les travers de la notoriété. Derrière le masque subsistent souvent des blessures qui ne se referment pas. La victime jouait un rôle, celui de sa vie tout en se prenant pour la réincarnation de Marylin Monroe. Obligée de se teindre en blonde pour devenir quelqu'un d'autre, pour exister. En même temps que David Rousseau, le spectateur découvre la fragilité de la demoiselle. Et puis c'est bien connu, dans les villages, il y a toujours des secrets bien gardés qui ne demandent qu'à remonter à la surface. Il suffit d'un intrus pour aider les langues à se délier. Dans POUPOUPIDOU, c'est David Rousseau qui tient ce rôle. Il est interprété par un Jean Paul Rouve qui fait plaisir à voir. Loin des rôles de crétin qu'il incarne si souvent, il campe une sorte de James Elroy trop content de mener sa petite enquête pour nourrir un probable futur roman. Avec les villageois, et notamment le gendarme en chef Olivier Rabourdin, il entretient des rapports mitigés. Disons que le gradé se fout gentiment de sa gueule dès qu'il en a envie. Sophie Quinton, sous ses aires de Marylin, est absolument craquante. Difficile de rester insensible face à sa beauté, à sa candeur dévastatrice. Difficile donc de résister au charme de ce film inattendu, POUPOUPIDOU, à filer d'urgence voir au cinéma.

 

 

 

 

 

 

COMMENT SAVOIR

...que ce film pu le moisi! 

 

 

Je vous donne mon truc. Rien qu'en reluquant l'affiche, un enivrant parfum nauséabond doit vous traverser les narines et vous monter immédiatement à la tête. Si vous ne ressentez rien, achetez votre billet de cinéma et ne lisez plus jamais mes articles! Sérieusement, il ne faut pas sortir d'une haute école de cinéma pour débusquer une supercherie annoncée. Que voit-on sur cette affiche? Quatre portraits, celui des comédiens principaux d'une comédie romantique standard calibrée pour le public américain. En haut à gauche, le regard pointant vers le ciel, Reese Witherspoon réfléchit. Le portrait a été pris devant un mur rouge... Ah! Le rouge! Le rouge, couleur la plus ambiguë qui soit. Le rouge représente le paradoxe, la difficulté à se stabiliser. Nulle doute que son personnage doit être une pile électrique. Courageuse, débordante de sensualité, cette girouette recherche l'amour. Gaffe, la colère pourrait devenir sa pire alliée. Mais qui va-t-elle choisir? C'est là l'enjeu du film.

 

 

Et bien, sur sa gauche, il y a le sourire niais, toute dents dehors d'Owen Wilson pris en photo devant un rideau bleu, la couleur du rêve. Comme l'eau qui désaltère, le bleu a un coté rafraîchissant. Ce sera donc lui, Owen le lunaire, l'atout détente, l'atout rire, l'atout poilade. Mais le bleu représente aussi la mélancolie. Donc Owen va perdre! Celui qui emportera le morceau, ou plutôt qui mettra Reese dans son lit, c'est Paul Rudd. Désolé de ruiner le suspens! Ce n'est pas ma faute mais celle du concepteur de cette affiche qui a posé Paul Rudd devant un fond jaune – marron. Grossière erreur puisque le rouge s'accorde mieux avec la marron qu'avec le bleu! Comme ce n'est pas un marron franc, mais un marron jaune, il y aura quelques obstacles à franchir ou contourner. Le jaune, symbole de joie, de chaleur, de puissance, de connaissance va donc séduire Reese Witherspoon. Mais attention, ce personnage cultivé peut aussi être un traître. Et oui, le jaune, c'est la manipulation et le mensonge. Normal, il en faut dans une comédie romantique. Généralement, à la première rencontre, on dissimule un détail qui fini par devenir gênant et qui pousse les amoureux à se séparer pour mieux se retrouver à la fin. Il faut faire durer le plaisir. 

 

 

Et c'est là que vous me dites : mais y a encore un type sur l'affiche! Oui, mais croyez-vous sincèrement que la belle, la délicieuse, la craquante Reese Witherspoon va opter pour le front dégarni et l'air goguenard de Jack Nicholson! Non, un peu de bon sens! Lui, c'est sûr, ce sera l'arbitre. En plus, le code couleur de cette affiche laide ne laisse aucun doute: rouge, bleu, jaune, 3 couleurs primaires pour 3 personnages primaires aussi, et violet, une couleur secondaire pour un rôle secondaire. De là à dire que Jack Nicholson fera tapisserie, et devra se contenter de jouer les papy bien veillant, peut-être pas. D'ailleurs, c'est même pas ça du tout. A croire que le concepteur de l'affiche n'a pas vu le film! Figurez-vous que le violet symbolise la délicatesse et la paix. tout ce que Jack Nicholson n'est pas dans ce long métrage! C’est un margoulin qui va empapaouter son fils. Franchement le vert, couleur de l'échec et de l'infortune aurait été plus en phase avec ce personnage et son influence sur l'intrigue. Et même à y réfléchir de plus prêt, une affiche toute verte aurait été tellement plus honnête avec le spectateur tant cette tentative de comédie romantique est un échec totale, une niaiserie sans nom, un film plat ou même les âmes fleur bleue trouveront le temps long! COMMENT SAVOIR si c'est un film à chier! Et ben voilà, simplement en décryptant une affiche !  

 

 

 

 

LA PETITE CHAMBRE:

Un grand film

 

 

LA PETITE CHAMBRE, c'est la rencontre de deux cœurs. L'un vieillissant, malade, meurtri, l'autre jeune, cassé, peut-être même irréparable. LA PETITE CHAMBRE, c'est la rencontre de deux solitudes, deux êtres malheureux, qui résistent, s'accrochent pour ne pas sombrer. LA PETITE CHAMBRE, c'est la rencontre de deux artistes, il y a bien des années déjà, Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, comédiennes, auteurs, réalisatrices au talent immense. LA PETITE CHAMBRE, c'est la surprise suisse de ce début d'année. Vous pensez voire un film chiant sur des vieux en fin de vie et vous vous retrouvez en fait devant un drame d'une justesse absolue, au dosage particulièrement fin entre moment de pure comédie et instants plus grave, un film ou le pathos ne surgit jamais et pourtant, avec le 4ème âge et le deuil périnatal comme sujets principaux, il y avait danger! « Quoi? En plus des viocs, ça parle de bébé mort-né! Non mais franchement... j'ai pas envie de voire ça au cinéma!». Et bien, vous devriez très cher. Ne pas pénétrer dans cette PETITE CHAMBRE serait vous priver d'un plaisir énorme, celui de découvrir un film savoureux, subtil, touchant, riche en émotion, brillamment mis en scène et porté par un trio d'acteurs épatants, Michel Bouquet, Florence Loiret-Caille et Eric Caravaca.

 

 

LA PETITE CHAMBRE raconte en fait une double histoire. Edmond, bien dans son 4ème age, n'est plus très raisonnable. Il fait sa crise d'adolescence! Son fils, muté aux Etats Unis, décide de le placer en maison de retraite. Cette décision est beaucoup plus sage. «Mais oui,» de dire le vieux monsieur: «je m'arrangerais pour mourir en aout, comme ça vous pourrez venir me voir!». Faisant mine d'accepter, Edmond se refuse finalement à s'enterrer vivant dans ce mouroir. Edmond veut vivre. Edmond veut rester chez lui. Edmond veut continuer à croire qu'il a encore suffisamment de force pour s'assumer loin d'un EMS. Et puis, Edmond n'est pas tout à fait seul. Chaque matin, Rose lui rend visite. Rose est infirmière à domicile. Une petite piqure et puis s'en va! Ca suffit juste à se rendre compte de l'état d'Edmond. D'abord réfractaire à l'idée que Rose lui fasse ses soins, le vieil homme va peu à peu s'adoucir, mais attention, sans pour autant devenir gâteux! Au fond de lui, il aime bien cette Rose, cette jeune femme visiblement pleine d'énergie mais qui pourtant dissimule une faille, un secret. Edmond ne sait pas quoi, mais il ne tardera pas à le découvrir.

 

 

Pour leur premier long métrage, le duo Stéphanie Chuat et Véronique Reymond frappe fort. Et pourtant, on imagine la difficulté pour accoucher d'un film pareil. Ça leur a pris 4 ans, 4 ans avec des hauts et des bas. Songez déjà à la tronche des producteurs quand vous vous pointez avec un script comme celui-ci qui parle de la fin de vie et de la difficulté à faire son deuil quand on a mis au monde un bébé mort-né! Pas facile de trouver quelqu'un qui croit en votre projet. Il n'y avait que Ruth Waldburger, la productrice de Jean-Luc Godard, Jacob Berger, Nicole Garcia, Léos Carax, Claire Denis, etc..., pour croire au potentiel de LA PETITE CHAMBRE. Sans elle, le film en serait encore au stade de projet. Sans Michel Bouquet aussi! Même s'il est évident que le costard du vieux monsieur était taillé pour lui, fallait-il encore qu'il accepte. Du haut de ses 80 ans bien tassé, Michel Bouquet se fait très rare au cinéma. Il refuse quasiment toutes les propositions qu'on lui soumet, préférant se concentrer sur ce qu'il aime plus que tout, le théâtre. Alors quand l'acteur a accepté ce rôle, les choses se sont décoincées pour de bon. 

 

 

Florence Loiret-Caille a rejoint le film. L'actrice se fait elle-aussi particulièrement discrète au cinéma, mais pour d'autres raisons. Les producteurs ne songent jamais à elle! Quel dommage que cette comédienne au potentiel incroyable doive se contenter de seconds rôles la plupart du temps. Elle a pourtant été à bonne école, chez Claire Denis, Michael Haneke, Xavier Giannoli et j'en passe, de quoi vous forger une solide assise pour interpréter toute sorte de personnages. Ici, elle campe une Rose fragile, de retour de dépression, qui ne se remet pas de la mort de son bébé mort-né. Croiser ce vieil homme abandonné sera pour elle une libération. Elle va pouvoir sortir enfin de sa coquille, donner ce trop plein d'amour qu'elle garde en elle à une personne qui en a tellement besoin. Et puis surtout, elle va pouvoir parler, exprimer ce qu'elle ressent, tout ce qu'elle ne peut pas dire à son mari interprété par Eric Caravaca. Finalement, le vrai sujet du film est là. Au fil de l'intrigue, le personnage de Rose prend de plus en plus de place et celui d'Edmond de servir de révélateur. 

 

 

Certes, si Edmond avait eut 40 ans de moins, LA PETITE CHAMBRE aurait pris un autre tournant, plus convenu, moins intéressant. Ici, le grand âge de cet homme permet aux réalisatrices d'ouvrir un dialogue intergénérationnel. Elle peuvent aussi soulever une question essentielle, surtout en Suisse, pays assimilable à une maison de retraite géante. Dans nos sociétés vieillissantes, que faisons-nous de nos vieux? Faut-il s'en débarrasser et les stocker en EMS en attendant qu'ils trépassent? Est-ce respectueux? Est-ce normal de ne pas s'occuper de ses parents quand ceux-ci se sont occupé de vous toute leur vie? Ingratitude, égoïsme, à moins que ce ne soit l'une des conséquences de notre mode de vie actuel. A trop se concentrer sur son travail, sa carrière, l'argent, on en oublie l'essentiel, sa famille et l'amour qu'on doit lui porter. LA PETITE CHAMBRE, un film honnête et sincère, une petite merveille à courir voir au cinéma.

 
 
 
 
 
 

AU DELA:

Sauve qui peut! 

 

 

A Quoi pense-t-on quand on a fêté ses 80 ans en 2010 et qu'on s'appelle Clint Eastwood? Non, on ne songe pas une seconde qu'on va finir sa vie à l'EMS. Michel Bouquet, Inspecteur Harry même combat. En fait, dans le cas du yankee, on se dit qu'on n'a décidément pas envie de mourir, qu'on est trop jeune pour ça et on se console en réalisant un film, une vision crépusculaire de la vie après la mort. Et oui, Clint en est convaincu, même quand la mort vous frappe, la lumière ne s'éteint jamais. Reste à entrevoir à quoi peut bien ressembler ce que l'on appelle l'au delà? Figurez-vous que la réponse se trouve en Suisse! Marthe Keller possède un gros dossier la dessus! L'au delà est assimilable à un territoire plat sans limite ni points cardinaux, un lieu aussi étrange qu'intriguant, une étendue ou l'espace temps s'étire à l'infinie, un endroit ou l'on est tout et rien à la fois. L'au de là, est magique et cool! On se sent tellement léger, tellement mieux que sur terre. Ben oui, la vie sur terre c'est mortel! Ce n'est que Tsunami, attentats, ravages de la drogue, course au fric, inceste, internet maléfique, incompréhension, solitude, tristesse, trahison et désespoir. Bref, c'est pas joli-joli en comparaison de cette sensation d'apaisement que l'on éprouve quand on a franchi la frontière. En plus, depuis l'au delà, on peut continuer à veiller sur le monde des vivants. On observe et on agit parfois sur le destin de ceux que l'on aime. Il suffit par exemple de souffler sur la casquette que porte un jeune garçon, qu'elle s'envole, pour lui éviter une mort certaine dans le métro. Ceci dit, le sentiment de quiétude est tellement puissant dans l'au de là, qu'au bout d'un moment, on fini par se convaincre qu'on a autre chose à fiche que de veiller sur les vivants.

 

 

 

Voilà donc à quoi pense Clint Eastwood. Voilà comment il imagine sa vie après la vie. Ça a l'air trop super, nunuche mais super! Reste que pour convaincre les réticents, il a fallu glisser ce concept simplet, cette théorie fumeuse à base de bondieuseries ridicules dans un film, HEREAFTER, traduit en français par L'AU DELA, un long métrage de moyenne facture, à 3 entrées. Trois destins touchés par la mort vont forcément se croiser à un moment donné. Il y a tout d'abord celle qui fait l'expérience de la mort. Cécile de France, à la suite d'un Tsunami, revient miraculeusement à la vie après avoir vu l'au delà. Inévitablement chamboulée, elle ne pense désormais qu'à ça, quitte à passer pour une dingo, à perdre son boulot et son compagnon. Elle se met au vert, embobine un éditeur en lui vendant un projet de livre sur cette crapule de François Mitterrand et lui refourgue à la place les premières pages d'un bouquin sur l'au delà! Stupeur de l'éditeur qui lui conseille une autre maison d'édition, américaine. Emballée, celle-ci lui commande un livre sur ce sujet tabou, sur les enquêtes secrètes menées par des chercheurs. Elle ira présenter son bouquin au salon du livre en Angleterre... 

 

 

Mais revenons au début, pendant que Cécile de France surfe sur sa vague thaïlandaise, en Angleterre un gamin est témoins de la mort de son frère jumeaux. Élevé par une mère droguée, on le confie à une famille d'accueil en attendant qu'elle se désintoxique. Bouffé par le chagrin, reclus dans un mutisme inquiétant, le môme aimerait tellement parler à son frère. Il voudrait tant qu'il revienne. Alors il se rancarde auprès de charlatans qui parlent avec les morts. Un jour peut-être croisera-t-il la bonne personne...Et pourquoi pas Matt Damon, le médium, celui qui possède le pouvoir d'entrer en contact avec les morts. Attention, il ne peut que les écouter. Il est juste un intermédiaire, un relais. La bonne idée de Clint Eastwood est de faire de se médium un type qui n'en peut plus. Tout le monde l'enquiquine. On lui réclame une séance, mais lui, il s'en balance. Au contraire, il aimerait tellement oublier tout ça, mener une vie normale. Ce n'est pas un don, contrairement à ce que croit son frère, mais une malédiction. Ses rapports à autrui sont complètement faussés. Impossible de trouver une femme avec qui partager sa vie. Pas facile la vie de médium pour qui veut raccrocher. La seule solution est de fuir, en Angleterre...

 

 

L'AU DELA, un film ou il faut supporter quelques longueurs, ainsi que des scènes tire larme un peu vaine ou Clint cherche l'émotion à tout prix. Il réserve par exemple un traitement au gamin du film un peu lourd. Passé l'entrée en matière, le tsunami, le calme demeure tout au long du film. Au passage, la scène est d'un réalisme absolu. Clint Eastwood qui n'est pourtant pas un habitué des films à effets spéciaux fait preuve ici d'une maestria incroyable dans la reconstitution de cette catastrophe naturelle. La vague emporte tout sur son passage, y compris le spectateur.

 

 

 

Par la suite, sa mise en scène se voudra plus classique, plus standard, presque scolaire. Pas de fanfreluche, de mouvements de caméras inutiles et compliqués. Il va à l'essentiel. En bon élève appliqué, il choisi une photo différente selon que l'on change de lieue. En Asie, les couleurs sont belles, brillantes. En France, elles sont chaude et glamour. En Angleterre, un peu plus grise et terne et aux state, carrément sombre. Voilà qui donne à chaque ville un look différents en fonction de ce qui s'y passe. D'un mot enfin sur sa direction d'acteur qui est parfaite. Jamais Cécile de France n'a été aussi juste dans un film. Matt Damon est également brillant, plus convaincant en médium désespéré qu'en capitaine d'une équipe de Rugby sud africaine façon INVICTUS. Quant aux gamins du film, George et Frankie McLaren, il sauront vous tirer une petite larme, enfin seulement si vous êtes un extra-émotif....

 

 

 

 

 

LES EMOTIFS ANONYMES:

Grosse poilade! 

 

 

Saviez-vous qu’il existait, à l’instar des alcooliques anonymes, des associations d’émotifs anonymes ? Parce que l’hyper émotivité est en effet une maladie, peut-être plus grave que l’alcoolisme. D’ailleurs, Jean Pierre Améris en a fait le sujet moteur de son film EMOTIFS ANONYMES avec Benoit Poelvoorde et Isabelle carré. Les 2 s’étaient déjà croisés sur le tournage de ENTRE SES MAINS de Anne Fontaine, un drame amoureux. Dans ENTRE SES MAIN, il jouait un psychopathe, tueur de femme qui allait tomber amoureux de sa victime, donc incapable de la zigouiller ! LES EMOTIFS ANONYMES n’a rien à voire avec tout ça. On est dans la comédie pure jus, le genre explosive, réussie ou l’on rit à gorge déployée. Faut dire que ces émotifs sont drôles. Ils sont capables de faire des choses complètement folle, de se mettre dans des situations inextricables juste pour fuir leur peur, celle du monde qui les entoure. 

 

 

Un exemple avec une scène du film. Poelvorde écoute religieusement son psy qui lui donne un exercice pratique. Il doit, une fois soti du cabinet, toucher quelqu’un. Toutcher une personne ! C’est l’horreur, l’enfer pour un émotif. Comme il est patron d’une chocolaterie, il se dit qu’il pourra certainement toucher la main d’un de ses employés. Turlututu… Son plan d’attaque ne se passe pas si bien que ça. Dans l’atelier, il s’aopproche par derrière d’une chocolatière. La méprise est immédiate. Il prétexte chassez une mouche pour ne pas donner l’impression à cette employée qu’il avait des idées malsaines derrière la tête. Rebelotte avec un employé. Comme il n’arrive pas é ses fin, il sort de l’usine, court après Isabelle Carré, lsa nouvelle Vrp. Il l’a rattrappe et parce qu’il ne sait pas quoi lui dire, lui prend la main. Mission accompli. Il est soulagé ! quoique non… il doit expliquer pourquoi ce geste. Comme rien de convaincant ne lui vient, il lui roule une pelle ! Damned ! Un baiser.. .qu’est-ce à dir. Il s’excuse, est déolé. Elle-aussi est désolé.. il ne faudra plus jamais recommencer… non c’est promis, enfin une dernière fois peut-être ! La scène est hilarante et illustre bien à quel point les émotifs sont déroutants. 

 

 

Ce qu’il faut savoir qu’un émotif n’est pas un timide mais un peureux qui redoute la mise à nu, au sens propre comme au sens figuré. Se mettre à nu, c’est prononcer un discours en public. Alors on peut donner l’impression d’une parfaite assurance et en fait, au fond de soit, se liquéfier complètement. Se mettre à nu, c’est se dépoiler pour faire l’amour. C’est toucher l’autre et être toucher, et c’est toute une histoire. On en est incapable. On repousse le moment le plus possible quitte à embêter son entourage, et à faire détaler son partenaire… En fait, un émotif tente donc de masquer toutes ces émotions, il s’interdit de les exprimer, par peur du regard des autres. Il n’a pas d’autres choix que de trimbaler son angoisse, et surtout vivre avec… Alors évidemment, de temps à autre, l’émotif passe à l’acte… Faut quand même bien vivre en société. Il se prépare psychologiquement avant un simple entretien. Lorsqu’il est paré, il se lance, sur de lui, mais il suffit d’un grain de sable, un imprévu et patatra., le scénario leur échappe complètement et ça devient n’importe quoi. Ils disent n’importe quoi, ils réagissent étrangement… Alors imaginez maintenant que 2  émotifs se rencontrent et tombent follement amoureux l’un l’autre ce que ça peut produire comme situation burlesques.

 

 

Imaginez que le décors soit une chocolaterie, que la rencontre se passe au cours d’un entretien d’embauche. Isabelle Carré, chocolatière de talent a Rdv avec Benoit Poelvoorde, patron d’une chocolaterie un peu minable. Au bout de 3 minutes, il l’embauche. Il sait qu’elle sera exceptionnelle en VRP. Elle qui croit avoir été recruté comme chocolatière va tomber de haut lorsqu’elle devra affronter des gens, pour leur vendre du chocolat: parler, argumenté, être persuasif… C’est insurmontable pour elle qui fréquente l’association des Emotifs Anonymes. Quant à lui, cette femme il l’aime mais comment le lui dire, lui faire comprendre. Il n’y a pour le moment que son psy qui sache. Ces 2 handicapés de la vies sont très drôles, touchant, émouvant aussi. Du début à la fin, on se marre très franchement devant ces 2 acteurs extrêmement bien dirigé. Pour l’anecdote, Jean Pierre Améris, le réalisateur est un ultra émotif par nature. Il sait donc de quoi il parle. Voilà sans doute pourquoi le film semble si juste.

 

 

 

 

 

 

SKYLINE:

A oublier! 

 

 

Et dire qu'ils s'y sont mis à 2 pour réaliser sans doute le pire film de science fiction des 10 dernières années. SKYLINE est en effet l'œuvre de 2 publicitaires, spécialistes des effets spéciaux. Ils ont bossé sur X-MEN entre autre et ont même réalisé un premier film, passé inaperçu. Reprenant ici à leur compte les mécas géants de la franchise TRANSFORMERS, les vaisseaux spatiaux flipants de la trilogie MATRIX et les effets spéciaux tout pourri de LA GUERRE DES MONDES, les frères Colin et Greg Strause ont donc accouché de SKYLINE, un imbuvable et inintéressant thriller d'anticipation ou d'étranges bestioles en aciers déboulent sur terre pour zigouiller tout le monde. Ces aspirateurs à humain (nous sommes leur carburant) sont donc venus faire le ménage à la surface du globe. Reclus dans leur grande tour sis dans une rivièra huppée de la côte californienne, un groupe d'amis est pris au piège. Doivent-ils se faire le plus discret possible dans cet endroit cosy pour échapper à la lumière bleue, donc à une mort certaine, ou doivent-ils quitter leur cache pour rejoindre le port de plaisance et tenter de monter à bord d'un bateau afin de fuir. Fuir? Mais pour aller où? Car vu la taille des engins et la puissance de leurs armes, sûr que le reste de la planète est également sous le joug de ces barbares envahisseurs pas très causant.

 

 

SKYLINE, avec son scénario qui tient sur un bout de PQ et son casting de freluquets ne vaut donc pas tripette. Au générique, on retrouve uniquement des seconds rôles comme Eric Balfour. Il jouait la tronçonneuse dans MASSACRE A LA TRONCONNEUSE version 2003, Egalement crédité, Scottie Thompson qui elle faisait le U de USS Enterprise dans STAR TREK 2009, mais aussi David Zayas, celui qui porte un turban et qui meurt tué par Stalonne dans EXPENDABLES. Plus sérieusement, vous connaissez déjà ces visages puisque Eric Balfour est informaticien de la cellule anti-terroriste dans la série 24 heures chrono, Scottie Thompson est apparu dans plusieurs épisodes de NCIS et David Zayas n'est autre que le flic noir qui cavale après le psychopathe Dexter. Oui, que des acteurs confirmés!

 

Idem du coté des deux scénaristes! Ils sont gonflés et ne manquent pas d'air pour oser affirmer que leurs sources d'inspiration se nomment Hitchcock et Romero! Perso, je conseillerais à ces espèces de zombi complètement crazie de revoir leurs classique! Si leur intrigue est aussi niaise qu'un épisode de Bob L'Eponge, les dialogues sont du niveau de Tchoupi et le savon magique! Insipides à souhaits, ces lignes de textes sont imbuvables. Si encore les scénaristes avaient eut le bon gout d'injecter de l'humour, du second degré, la pilule aurait été moins amère! On aurait accepté plus facilement le principe d'un gros bloubi-boulga comme celui-ci, mais non, les mecs ont pondu ce machin sérieusement, croyant révolutionner la SF, espérant affoler le box office. Ils ont presque réussi. Le film qui a couté 10 millions de dollars en a rapporté presque 7 fois plus! Certes, ce n'est pas le hold-up espéré mais ça reste un joli coup pour un film produit loin des majors. Oui, ils voulaient conserver leur liberté artistique. M'est avis que pour une fois, l'avis d'un grand studio leur aurait peut-être été bénéfique. N'empêche que les frangins Strausse sont allés quémander du pognon au festival de Berlin avec une démo en poche. Ils ont montrer à des investisseurs potentiel un clip tourné en une journée. Bret Ratner et d'autres se sont dit que si ils étaient capable d'atteindre un résultat si probant en si peu de temps, ils pourraient bien faire des merveilles avec 10 millions et 42 jours de tournage! Bret Ratner a presque vu juste. Malheureusement, il faut bien admettre que pour cette somme, ils ont réussi a réaliser une super bande annonce. Peut-être l'avez-vous vu au cinéma? Sachez que tout le film est dedans ou presque!

 

 

Au début du métrage, au lendemain d'un fête gigantesque, les locataires d'un appartement sont dérangés par une étrange lumière bleue d'une puissance incroyable. Quand vous la regardez fixement, un sentiment de bien être vous enrobe, en même temps que vos vaisseaux sanguins noircissent et se gonflent. Puis vous êtes subitement happé: Goodbye! Non, ce n'est pas un coup foireux du Schtroumpf farceur! Ce début, particulièrement anxiogène et réussi, va malheureusement se liquéfier très vite dès lors que le plus sérieusement du monde, 2 des gars bloqués dans l'appartement montent sur le toit de leur immeuble, sans doute pour épater les minettes encore en vie, et entendent bien avec leur mitraillette de balltrap, bouter cet encombrant envahisseur. Ils vont vite déchanter et regagner leurs pénates.

 

 

A ce stade du film, le spectateur peut abdiqué. En effet, à partir du moment ou le mystère de la lumière bleue est résolu, le film perd largement de son intérêt. On doit supporter un affligeant et pathétique spectacle ou des robots dévastent une ville, ou des gens sont titillés dans un parking sous-terrain par des calamars d'aciers qui font peur. Ce n'est qu'à la fin, lorsque 2 des occupants se retrouvent dans le bide d'un de ces aspirateurs géants, que l'on se prend à regretter, à se demander pourquoi les auteurs de ce scénario bidon n'ont pas injecté cet idée plus tôt. Cela aurait ouvert une piste intéressante, évité un déballage de scènes aux faux suspens. Entre des machines pesant des milliers de tonnes et des hommes d'à peine plus de 70 kilos, on se doute bien que le combat est inégal! Mais lorsque le lilliputien se retrouve dans le bide du géant de fer, il y a une possibilité de ré-équilibrer le combat. Ce sera peut-être le cas dans SKYLINE II, car, même si le film est à oublier très vite, nul doute que les producteurs y ont déjà pensé! A moins qu'il ne se fasse aspiré dans les oubliettes de l'histoire du 7ème art... on a le droit d'y croire! 

 

 

 

 

 

ANNEE BISSEXTILE

un terrifiant film d'amour

 

 

Etrange et déroutant film que celui-ci, mais au fond aussi surprenant que terrifiant. Oui, ce drame de Micheal Rowe mérite sans contestation possible sa caméra d’or. La prestigieuse récompense lui a été décerné au festival de Cannes l’année dernière. Mais qu’est-ce qui fait qu’un film mérite cette distinction? Incontestablement, le jury vous répondra : le point de vu de l’auteur, son style radical, le discours tellement juste, le scénario si habile, les partis pris de mise en scène, et la distribution impeccable. Pas d’erreur, Micheal Rowe l’australien grisonnant exilé au Mexique a su, en effet, trouver les bons arguments pour emballer un jury et repartir de la croisette avec sa caméra d’or du meilleur premier film sous le bras. Reste maintenant à séduire un public, ce qui sera chose nettement moins aisé tant ANNEE BISSEXTILE, n’est pas un film à mettre devant toutes les rétines. Et pourtant il fait parti de ses films majeurs, le genre qui laisse une trace dans un coin de cerveau, le genre qui dans 10, 20 ou même 30 ans continuera de vous tarabuster inconsciemment. Ici, évidemment, on n’est pas dans la gaudriole façon MES PARENTS, MON BEAU PERE ET NOUS. Non, ce serait plutôt, ma maman, ma solitude et mon suicide! Bien sur, résumé comme ça, le quidam se dit immédiatement qu’il n’est pas question d’aller se frotter à un de ces drames pénible qui vous ruine le moral en deux temps trois mouvements, un drame mexicain qui plus est! Houlala… un drame mexicain ! Sûr qu’il y aura du plan fixe ! Vous ne croyez pas si bien dire. Le spectateur sera même condamné à rester cloîtré dans l’appartement de l’héroïne sans jamais rien voir du Mexique. Pour l’exotisme et la carte postale, vous repasserez. Faudra vous contenter de voyager entre la cuisine, la chambre à coucher, le salon et les toilettes de l’appartement de Laura. Le spectateur prisonnier de cet univers est un peu comme un lapin ou un ragondin enfermé dans une cage. Il reste là, veille sur Laura sans réellement comprendre ce qui lui passe par la tête. Déjà, il aimerait savoir pourquoi Laura coche le 29 février sur un calendrier. Pourquoi chaque matin, son premier réflexe au réveil est de tracer une croix sur la date du jour. Pourquoi se réjouit-elle plus la fin du mois approche? Que de questions qui restent sans réponse.

 

 

Alors, il faut se contenter de suivre avec délice la vie banale de Laura. Célibataire, vivant reclus dans un petit appartement. la jeune femme s’adonne à des activités prosaïques . elle fait la vaisselle, mange des pâtes lyophilisées, regarde la télé, fait pipi, se lave les dents, observe discrètement ses voisins, s’apprête pour aller en discothèque. Laura travaille à distance, comme journaliste, pour une publication. Laura n’attend visiblement pas grand chose de la vie. Quand elle n’écrit pas ses articles, elle parle un peu avec sa mère au téléphone. Elle lui ment, sans doute pour la rassurer. Elle évoque son boulot et son copain. Tout va bien. Tout va bien sauf qu’elle vient d’être viré et que son amoureux est le grand absent du film. Est-ce lui, sur la photo dans ce cadre posé sur la table de nuit à coté du lit de Laura? Il semble un peu âgé pour elle ? Cet homme serait-il son père ? Peut-être ! En tout cas, il n’est pas son frère. Lui, il vient de temps à autre visiter Laura. Elle l’accueille toujours chaleureusement. Elle masque son désarrois. Son jeune frère ne doit pas remarquer à quel point Laura est malheureuse. Et ce n’est pas avec ses coups d’un soir qu’elle va trouver le bonheur. Oui, Laura aime le sexe. Chaque fin de semaine, elle sort en discothèque et ramène inlassablement ses amants bourrés dans son lit d’amour. Ceci dit, entre deux partenaires un peu poussifs adeptes de la levrette pas très stimulante, Laura va rencontrer un soir un homme qui va bouleverser sa vie. 

 

 

En effet, au plumard avec Arturo, les choses sont bien différentes. Arturo sait mettre du piment dans leur relation sexuelle. Très vite s’instaure entre eux un jeu sado maso. Et Micheal Rowe de parfaitement décrire, avec une précision époustouflante cette relation de plus en plus ambiguë et malsaine, ce rapport entre dominant et dominé ou la frontière tend progressivement à disparaître. Après moult humiliations, mutilations, scarification, au fil des rendez-vous, la violence de la relation va crescendo. Chacun des protagonistes repousse les limites du possible. Que voilà un jeu amoureux dangereux. Sans le savoir, Arturo s’embarque pour un territoire inconnu, guidé par une Laura de plus en plus manipulatrice. Finalement, le dominé n’est peut-être pas celui que l’on imagine.

 

 

Sous ses allures de film de cul mexicain, ANNEE BISSEXTILE parle donc d’autres sujets, nettement plus grave comme la solitude, l’inceste, peut-être même le viol, bref, des arguments massues qui peuvent donner à une jeune femme mexicaine torturée depuis sa tendre enfance, des envies de suicide, envies qui tournent à l’obsession. Ceci dit, il ne suffit pas d’émettre le désir d’en finir avec la vie. Encore faut-il trouver le courage d’orchestrer sa propre mort. Mais doit-on parler de courage? Là n’est pas le sujet du film. Laura a pris sa décision. Un point c’est tout. Monica Del Carmen incarne a merveille cette jeune femme aussi diabolique que boulotte. ANNEE BISSEXTILE repose en entier sur elle, une prestation qui ne laissera personne indifférent. 

 

 

 

 

 

 

L'ENFANCE D'ICARE:

Le dernier film

de Guillaume Depardieu 

 

 

La différence entre la vie et la mort, c'est la vie! Cette phrase est tirée du film L'ENFANCE D'ICAR. Un professeur qui ne promet pas la vie éternelle mais seulement de franchir une étape pour y parvenir la prononce en s'adressant à Guillaume Depardieu, acteur aujourd'hui disparu. En effet, L'ENFANCE D'ICAR fut son dernier long métrage. Quelques jours après le tournage, l'acteur devait succomber d'une pneumonie foudroyante. Dans ce film, il incarne donc un type amputé d'une jambe et qui va suivre une thérapie particulière pour tenter de retrouver son membre. La régénération des cellules n'est plus un fantasme mais une réalité. On nage en pleine science fiction, pensez-vous! Pas exactement! Apprécier L'ENFANCE D'ICARE implique au contraire de se jeter corps et âmes dans un film qui touche à un des sujets de prédilection de la SF sans pour autant appartenir à ce genre cinématographique. Que voilà un paradoxe bigrement intéressant. Pour son premier long métrage, le roumain Alex Iordachescu a pris soin de garder ses distances avec la science fiction pour aborder de manière le plus réaliste possible, ce thème de la régénération des cellules. Actuellement, dans des laboratoires, de telles expériences existent. Loin des films à gros spectacle comme THE ISLAND de Micheal Bay ou 2 clones allaient découvrir qu'ils n'étaient pas humains, mais seulement des êtres conçus comme de véritables pièces de rechange pour leur propriétaire, Alex Iordaschescu a donc privilégié la dimension humaine pour amener le spectateur à réfléchir sur notre rapport à la mort. En fait, L'ENFANCE D'ICAR est le premier volet d'un diptyque. Le cinéaste a voulu traiter nos tentatives vaines de lutter contre la dégradation physique. La science fait des promesse qu'elle ne peut évidemment pas tenir. C'est d'autant plus vrai avec le protagoniste principal de ce film car sa souffrance est avant tout d'ordre spirituelle et affective. La science ne peut lui être d'aucun secours. Pour tout dire, Jonathan Vogel a perdu une jambe à la suite d'un accident de la route. L'espoir de retrouver celle-ci renaît dès lors qu'il croise un professeur travaillant sur la régénération des cellules. Ses recherches s'étant avérées fructueuses sur des rats de laboratoire, ses investisseurs lui donnent le feu vert pour expérimenter son traitement sur l'homme. Après examen, il s'avère que Vogel possède toutes les caractéristiques pour suivre cette thérapie. Mais voilà que le rêve de retrouver sa jambe se transforme en cauchemar pour le patient, future victime d'une erreur médicale. 

 

 

L'ENFANCE D'ICARE reprend bien évidemment le mythe grec. Depuis toujours, l'homme n'a eut de cesse de désirer la vie éternelle. Mais à force de jouer aux apprentis sorciers, le risque grandit de se retrouver face à face avec sa condition de simple humain, de simple mortel. Et oui, il faudra brûler encore bien des paires d'ailes avant d'entrevoir l'espoir d'une réussite en ce domaine. Le mythe d'Icare aborde aussi l'effet néfaste que peut avoir un conseil ou une interdiction. Dans le film, Vogel file droit à sa perte en suivant aveuglément les recommandations du médecin. Il en est de même lorsqu'il change de cap, et écoute la fille du toubib qui lui interdit de poursuivre le traitement. Alors que faire? Simplement revenir sur terre et continuer à vivre avec ses souffrances en attendant la mort! 

 

 

Si sur le papier L'ENFANCE D'ICARE est prometteur, sur l'écran il en est tout autre. Toutes les pistes ouvertes dans le scénario sont automatiquement annihilées par une mise en scène mollassonne et une photographie inadéquate. Une image plus sombre aurait sans doute renforcé le caractère énigmatique des recherches de ce professeur dingo. D'autant que l'un des effets secondaires du traitement a pour conséquence de raviver les traumas du patient qui a perdu sa jambe. Quelle bonne idée, malheureusement mal exploitée. Il est victime d'hallucinations d'une certaine manière. Il y avait là une opportunité de négocier un virage, sans pour autant s'engouffrer sur les chemins du film d'horreur, juste flirter un peu avec ce genre. Toutes ces images du passé qui ressurgissent et angoissent le patient manquent justement de cachet et laisse le spectateur perplexe! En plus, un type plein d'espoir qui devient complètement parano n'aurait pas fait tache dans cette clinique qui ne ressemble en rien à l'image que l'on se fait d'une clinique moderne, aux décors blancs, aseptisés, au mobilier minimaliste. Là encore, c'est une idée excellente. Si on excepte la salle d'examens, on est plus proche de l'hôtel voluptueux de Shining, avec ces décors parfois chargés et ces longs couloirs déserts. Alors on guette Jack Nicholson, mais il ne vient pas! Sans s'attendre à une mare de sang, on souhaiterait juste un soupçon de folie supplémentaire de la part du docteur joué par Carlo Brandt (un rescapé de la bande à Astier de Kaamelott). En guise de cela, on doit se fader un toubib qui manque sérieusement de conviction. On a de la peine à croire qu'il est prêt à sacrifier son cobaye pour le bien de la science! Il est trop sur la réserve, pas assez arrogant, même pas cynique, autant dire, trop lisse et sans faille pour un chercheur obnubilé par le résultat de son expérience. 

 

 

Autre bonne idée mal exploité, la relation confuse qu'il entretient avec sa fille, pas assez tordue, pas assez trouble. Elle est incarnée par Alysson Paradis, la sœur de Vanessa, actrice en devenir paraît-il! Amoureuse secrète de Vogel, elle est prête à lui ouvrir les yeux au péril de sa vie. Dire enfin que le choix de Guillaume Depardieu pour jouer le patient n'est pas anodin, rapport à son parcours personnel. Il se murmure d'ailleurs que Alex Iordaschescu a accepté de modifier son scénario en fonction des remarques faites par Depardieu fils. L'idée était d'ôter le plus de dialogues possible pour laisser s’exprimer le corps. Le corps qui souffre, qui somatise. A ce petit jeu, Guillaume s'avère un excellent cobaye. Sa prestation est remarquable. Dommage qu'il ne puisse pas participer au deuxième volet de ce diptyque. Il aurait pu composer un parfait astronome qui tombe amoureux d'une femme après avoir aimé uniquement les étoiles! 

 

 

 

 

 

LE FILS A JO:

un essai raté 

 

 

Si les Ch'ti du nord de la France ont leur Danny Boon, les basques et les landais du sud-ouest ont leur Philippe Guillard! La différence majeur entre les deux homme, c'est que l'un comique, showman, scénariste et acteur est un réalisateur à succès. L'autre, journaliste sportif entend peut-être suivre le même chemin de la gloire. Oui, Philippe Guillard , un commentateur de match de rugby qui embrasse une carrière de cinéaste, c'est un peu comme si un cinéaste reconverti en tavernier rêvait de décrocher 3 étoiles au guide Michelin. Pour être tout à fait clair et poursuivre sur la métaphore culinaire, LE FILS A JO est au cinéma ce que le couscous Garbit et la pizza Sodebo sont à la gastronomie: de la pure gerbe! Avec son scénario cousu de fil blanc, Philippe Guillard entend vous faire rire en enfilant les clichés les uns derrières les autres. Il aimerait surtout vous faire prendre conscience que les valeurs véhiculées dans le rugby sont tellement bonnes qu'elles doivent servir de modèle de vie. Pourquoi pas. C'est vrai que l'esprit d'équipe, la camaraderie ont toujours été préférable à l'individualisme. Pour s'épanouir, l'individu doit pouvoir compter sur des amis, et surtout, il doit s'effacer au profit du collectif. C'est ça la stratégie gagnante dans la vie, une tactique que Philippe Guillard n'a pas employé. S'il s'était effacé pour de bon, s'il avait laissé l'écriture du scénario, la réalisation, la mise en scène de son film à des gens de son équipe dont c'est le métier, peut-être que LE FILS A JO aurait eut une chance de ne pas deven