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FESTIVAL CANNES 2009

Phil Ciné a vu pour vous une trentaine de films pendant le festival de Cannes. Lisez ces articles en cliquant sur festival cannes09 dans le menu en haut à gauche de cette page.
TEMPETE DE
BOULETTES GEANTES:
une météo généreuse!

TEMPETE DE BOULETTE GEANTE est un dessin animé en image de synthèse, genre moche! Si l’histoire peut sembler amusante à priori, le problème de la 3D, c’est qu’elle est tellement impersonnel que l’émotion ne passe pas… Perso, je préfère la soupe de Ponyo chère à Myasaki à cette tempête de boulettes géantes… Et pourtant, on a repris le procédé Arnold utilisé déjà sur Monster House, un logiciel qui permet de restituer les lumières indirectes, comme les reflets dans l’eau, les jeux d’ombres, histoire de renforcer le coté naturel aux images. Mais malgré ça, TEMPETE DE BOULETTE GEANTE reste aussi qu’un menu best of dans une chaîne de Fastfood bien connue! Et oui, car à priori, on pourrait voir ce film comme un long spot publicitaire pour un fastfood spécialisé dans le sandwich à la viande hachée hyper calorique. Mais au fil de l‘histoire, on y verra plus un film moralisateur pour lutter contre l’obésité, avec un message bien lourd: si vous vous goinfrez, vous allez exploser! Pour mettre en garde les enfants face à ce fléau, Phil Lord et Chris Miller, les co réalisateurs exploitent un vieux rêve que l’on a tous fait un jour ou l’autre! Oui, on a tous rêver qu’un jour, il pleuvrait des friandises! Un rêve qui n’en est pas un. Et non, en 1978, Judi Barrett et Ron Barrett imaginent Cloudy with a chance of meatballs. Paru en France sous le titre Il pleut des hamburgers, ce livre s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires à travers le monde. Pas étonnant avec un tel succès qu’un jour le cinéma s’empare de cette histoire pour en faire un film. En l’occurrence, c’est Sony Picture Animation qui a racheté les droits du livre pour mettre en chantier leur 7ème film. Dire tout de suite que ce n’est pas le meilleur, et qu’il est même franchement loin de la qualité de MONSTER HOUSE, leur premier! Le problème en effet avec les images de synthèse, c’est le coté impersonnel, le filtre qui empêche au spectateur de ressentir une quelconque émotion. Et pourtant, au niveau du scénario, tout est mis en œuvre.

A la base, un enfant un peu spécial. Il invente des trucs et des machins, qui la plupart du temps sont complètement foireux; exemple, ces chaussures en tube dentifrice. En gros, on se badigeonne les pieds avec la pâte enfermée dans le tube et aussitôt, on se retrouve avec une superbe paire de pompe! Le problème, c’est qu’il est impossible de les enlever. Les années passent et Flint Lockwood est resté un créateur de catastrophe. Mais l’heure de gloire de ce minable inventeur va bientôt sonner! C’est qu’il va réussir à mettre au point une machine à faire pleuvoir de la nourriture! Voilà une invention qui tombe au poil. En effet, on est ici sur un île perdue au milieu de l’océan, une île qui vit une crise sans précédent. Ici, on pêche , on mange, on pense, on vit sardine. Bien sur que les gens en ont marre de ces sardine. Donc l’invention de Flint tombe bien. En gros, son bidule est capable de faire pleuvoir des hamburger, des hot dogs, de la glace à la menthe, du chili con carné, des steak de wapiti, de la gelée de groseille, bref, ce que l’on veut! Voilà qui redonne le sourire aux habitants. Flint monte en grade et devient le préférer du maire de la ville, bien décidé à attirer les touristes du monde entier désireux de tester les averses de crevettes mayonnaise ou les déluges de tortellini carbonara. Après avoir été le parfait mouton noir, Flint le solitaire devient le héros, un statut qui lui permettra de se faire une copine, Sam, la présentatrice de la météo à la télé! Mais attention, chaque médaille a son revers, et celle-ci n’échappe pas à la règle: une tornade de spaghetti bolognaise avec des boulettes gigantesques approche de la ville et risque de tout dévaster!

TEMPETE DE BOULETTE GEANTE, un animé de qualité moyenne, pas avariée mais tout de même! C’est plus du fastfilm que du gastronomique. Pour l’annecdote, le moment le plus drôle sur ce film, vous ne le verrez pas sur l’écran. Il s’est passé en coulisse. Pour rendre crédible un lâcher de burger, et l'animer pour qu'il ait l'air le plus réel possible, l’équipe d’animation a du pratiquer le jeter de cheese!
TU N'AIMERAS POINT:
Un film adorable!

TU N’AIMERAS POINT, le 1er long métrage de Haim Tabakman, s’attaque au tabou des tabous dans la société juive ultra orthodoxe: l’homosexualité. En effet, à Jérusalem, avoir des relations sexuelles avec une personne du même sexe, c'est une chose impensable, car en réalité, l'homosexualité n'existe pas! De là à en déduire que TU N’AIMERAS POINT s’apparente à un film de science fiction, il n’y a qu’un pas.
Dans ce drame, Aaron, un membre respecté de la communauté juive ultra-orthodoxe de Jérusalem., marié, père de famille dévoué, mène une vie en apparence solide et structurée. Son père vient de décéder et il reprend alors en héritage sa boucherie casher. Mais le traintrain de Aaron va bientôt être bouleversée le jour où il va rencontrer Ezri, un jeune et bel étudiant de 22 ans. Progressivement, Aaron succombe à la tentation amoureuse que représente Ezri. C’est alors qu’il se détache tout doucement de sa famille et de la vie de la communauté. Malheureusement pour lui, la culpabilité, ainsi que les pressions exercées par son entourage le rattrapent, le forçant à faire un choix douloureux.

TU N’AIMERAS POINT, un film qui montre à quel point vivre à l'intérieur d'une communauté juive orthodoxe est chose peu aisée. Cela signifie respecter un cadre très strict. Dans la vie de cette communauté, les gens ont besoin de règles précises qui établissent les limites et le sens de la vie. Ici, il n'y a donc pas de discussion possible à propos de l‘homosexualité. Il n'y a tout simplement pas de place pour ce type d'orientation sexuelle, point. Voilà qui explique peut-être pourquoi le développement du scénario a duré 7 ans! 7 longues années pour définir les contours d’un film qu’on imagine difficile à tourner et à assumer ensuite. Ceci dit, Haim Tabakman a pris le temps de penser à tout. Tout d’abord, il a joué la carte de la contemplation et du plan fixe en rafale. Cette mise en scène particulièrement sobre imprime donc un rythme lent à ce film ou en plus, Haïm Tabakman a évité tous les champs-contrechamps. S’il n’y en a pas, c’est selon le cinéaste, pour permettre au regard du spectateur d'être plus contemplatif, plus libre en quelque sorte. Mais le défi majeur a relever pour Haim Tabakman, était de parvenir à faire ressentir au spectateur la solitude dans laquelle se trouvent ses 2 hommes dans un univers ou il est impossible d’être réellement seul. Comment faire pour montrer cela sans user d’artifices et de mouvements de caméras trop stylisés? En filmant des reflets! Haim Tabakman propose en effet par exemple, un plan à priori anodin mais finalement particulièrement malin. Alors que Aaron et Ezri sont seuls devant la boucherie d‘Aaron, un bus passe au premier plan. Via un reflet dans la vitre du bus, on remarque que depuis l‘autre trottoir, ils sont observés par une meute de voisins affolés par leur relation étrange. Ce plan donne une idée assez précise de ce que signifie vivre au sein de cette communauté ou l’on est surveillé en permanence, ou presque. Dans le film, il n’y a effectivement que 3 espaces de réelle liberté: un lac désert, une terrasse au dessus de la boucherie et la chambre ou les 2 hommes prennent du bon temps.

Sans crier au géni ou au chef d’œuvre, TU N’AIMERAS POINT est un film qui se laisse regarder, sans plus. Certes la mise en scène est brillante, les acteurs principaux épatant de justesse, mais le coté contemplatif finira par user un spectateur qui n’a finalement pas grand-chose à contempler à part les tourment d‘un juif ultra orthodoxe qui se découvre homosexuel
A L'ORIGINE:
ce n'est pas
une escroquerie
comme les autres!

A l’origine, il y a un fait divers, une histoire vraie, pas banale, celle d’un petit escroc qui va construire une portion d’autoroute au milieu d’un champ. C’était il y a 10 ans. Evidemment, on imagine bien l’ampleur de l’escroquerie. Parvenir à bitumer une parcelle de champ en milieu rural, c’est pas une simple arnaque à l’assurance. On régate dans une autre dimension. Il faut imaginer que le type embarque dans son délire toute une région, une commune, des entreprises locales, une banque, une population touchée par le chômage et qui se réjouit de retrouver du travail grâce à un tel chantier. Ce fait divers, autant intrigant que romanesque a tout de suite titillé Xavier Giannoli. Certes, au delà de ça, la personnalité de l’escroc, et ses réelles motivations surtout, l’ont franchement séduit. Parce qu'après avoir lu cet entrefilet dans la presse, Xavier Giannoli est entré en contact avec le juge qui a instruit l’affaire, un juge qui fait une apparition à la fin du film. Comme il n’est plus sujet au devoir de réserve, parce que retraité, il confie sans peine au cinéaste que l’escroc est un arnaqueur hors norme. Son mobile, aussi étrange que cela puisse paraître n’est pas l’argent! Bien sur qu’au début, il se lance dans cette entreprise par appât du gain, mais quand la situation commence à le dépasser, et on le voit très bien dans le film, il fini par se convaincre qu’il est train de répandre le bien autour de lui. Il se sent dès lors investi d’une mission. Il doit coûte que coûte construire cette portion d’autoroute. Donc, il fait faire des faux papiers à entête au nom d’une entreprise fantasque, filiale d’un grand groupe de construction existant. Il se fait copieusement graisser la patte par les entrepreneurs locaux qui veulent être de la partie. Il arrive à convaincre une banque de lui ouvrir un compte avec un chéquier. Il abuse ainsi la confiance de tous ceux qui l’approchent, avec une facilité déconcertante. Et ce qui est dingue, c’est que jamais personne ne remet en cause ce projet de reprendre la construction d’une autoroute qui avait été interrompue à cause des écologistes qui avaient mis la pression, le goudron nuisant à une population de scarabées très rares et qui vivaient là.

Mais pour bien comprendre pourquoi il a pu berner tout le monde aussi facilement, il faut garder présent à l’esprit que la région est frappée par la misère, et grâce à lui, entrepreneur imaginaire, complètement mythomane, toute une population retrouve de l’espoir. L’espoir, ça n’a pas de prix! On considère donc ce type comme le messie. Xavier Giannoli dit avoir rencontré le véritable escroc, dans sa cellule, et être plus ou moins tombé sous son charme, parce que, assez curieusement pour un arnaqueur, ce n’est pas un type qui brasse de l’air, qui parle pour parler et embobiner, mais plutôt quelqu’un de timide, introverti, très à l’écoute. C’est sans doute pour ça que personne n’a pu le soupçonner. Le cinéaste est également allé au devant de ceux et celles qui se sont fait escroquer. Certain parlaient de ce mec comme d’un salaud qui voulait jouer au patron, d’autre comme d’un type qui voulait simplement les aider, autant d’éléments contradictoires qui ont favorisé le romanesque et ainsi aidé Xavier Giannoli a dessiner les contour de ce personnage incarné brillamment par François Cluzet, complexe, trouble, pris à son propre piège. A un moment donné, les sentiments vont forcément s’en mêler. Il noue une amitié avec un jeune couple, un peu dans la dèche. Il sait bien qu’il est train de les mettre en péril, mais il continue à se taire. Idem avec madame le maire, incarnée par Emmanuelle Devos. Comme le autres, elle est aveuglée et se laisse avoir en beauté. Autant dire que quand le poteau rose sera dévoilé, c’est toute une population qui tombera de haut.
A L’ORIGINE, un film présenté au festival de Cannes est reparti bredouille. Dommage! A L‘ORIGINE est un long métrage poignant, un de plus pour Xavier Giannoli, coutumier du fait. Se souvenir de ses précédentes réalisations comme par exemple, QUAND J’ETAIS CHANTEUR ou il parvenait à décrire avec autant de précision que possible, le portrait d’un chanteur de bal incarné par Gérard Depardieu. Sans jamais sombrer dans le pathos, Xavier Giannoli réussissait son tour de force: impressionner un spectateur peu enclin à sentir de l’empathie pour un type à priori ringard. Ici, il récidive (avec encore Gérard Depardieu puisque Gégé tient un rôle secondaire, celui d’une crapule proche de l’escroc joué par François Cluzet). Sans jamais juger son escroc, il nous présente avant tout un homme, simple, qui fini par croire à son bobard. Il fonce droit dans le mur, le sait mais s’avère incapable de faire marche arrière. Avec ce film, Xavier Giannoli dépasse largement la simple anecdote. En s'intéressant au destin d'un imposteur, il s'interroge surtout sur la crise identitaire qu'un individu peut vivre à notre époque, en étant livré à lui même, sans ressource morale, sans idéal politique ou grand dessin religieux, un homme sommé de réussir socialement par ses propres moyens.
A L’ORIGINE, un film pas facile à réaliser et qui a connut bon nombre d’embûches. Imaginer l’ampleur d’un tel tournage, en extérieur, avec un ballet d’engins de chantier magistral. Xavier Giannoli raconte qu'au
COEUR ANIMAL:
un film de bête!

Un alpage loin de tout. On est au beau milieu de nulle part, sur le versant d’une montagne rude. Ce paysage dur et sauvage, annonce inévitablement un film dur et sauvage! Et l’on ne met pas très longtemps à comprendre que ce CŒUR ANIMAL de Séverine Cornamusaz fera parti de ces films indélibiles. Un exploit pour un film suisse! Et c’est là que les chipoteurs reprennent en cœur: Heuuuu, mais un film suisse qui se passe à la montagne, de bleu le cliché! Oui, sauf que dans cet alpage, notre couple ne vit pas dans un joli petit chalet avec des bacs à fleurs remplis de géranium rouges pétant. Il n’y a pas juste 3 ou 4 vaches qui paissent en paix au loin! Non, oublié le cliché et songez que vous êtes isolé, en pleine nature, au dessus des nuages, de la brume, dans un environnement ou la météo peut changer en quelques minutes. On est coupé du reste du monde. Souvent, le seul moyen de rejoindre cet endroit aussi paisible qu’inaccessible, c’est l’hélicoptère! Il faut dire que l’unique chemin de pierre est régulièrement encombré par des éboulements.

Mais qu’est-ce qu’on fout là au juste? Et bien, on regarde! On observe, on scrute, on se demande ce que Paul et Rosine foutent là eux-aussi. Ils sont mariés. Ils vivent dans une vieille baraque de pierre imposante. ils s’occupent de leur bêtes, vaches laitières, cochons, chèvres, poules. Paul et Rosine ne se parlent pratiquement plus. Sans doute la faute à cette nature si âpre! Elle a fini par déteindre sur le caractère de Paul. Allergique à la tendresse, Paul est le genre de bonhomme qui en impose, une masse brute de décoffrage. Il aime sa femme mais ne sait pas du tout comment le lui dire, comment le lui montrer! Paul, ce pourrait être le frère caché de Gilles, alias Clovis Cornillac dans ce film LA FEMME DE GILLE de Frédéric Fonteyne. Clovis Astérix campait un salopard cocufiant et bastonnant sa femme enceinte. Paul pourrait aussi avoir pour frangin le Guillaume Cannet fumier de DARLING, celui qui joue et perd sa femme au poker, et la bastonne aussi! Oui, Paul est de cette veine d’homme. A la différence que Paul aime sa femme. Pas question d’aller batifoler ailleurs. Pas question non plus de sacrifier celle qu’il aime aux cartes. De toute façon, il y a trop de travail à la ferme. Pas le temps de jouer.

CŒUR ANIMAL renvoie donc à un film ou les personnages n’ont pas de masque social. Ils ne se cachent pas derrières de fausses apparences. C’est comme cela que Séverine Cornamusaz peut se concentrer sur l’essentiel à savoir les rapports humains entre 2 êtres, entre un homme et une femme. Malgré les tensions, l’amour est là, bien présent. Oui, ils s’aiment, mais ils se ‘Hainent’ aussi! Faut dire que Paul l’imprévisible, viole et frappe Rosine. Il l’humilie également devant leur ouvrier agricole. Elle n’a pas le droit de le regarder. Elle n’a pas le droit d’accepter de boire un verre avec lui! Eusébio est un clandestin. Il a quitté l’Espagne, sa femme et ses enfants, sans doute pour trouver une meilleur situation en Suisse. Il a vite déchanté. La seule différence entre lui et Paul, c’est que l’espagnol s’est parler aux femmes. Il sait les caresser, les faire rire, bref, les aimer! Paul, lui, ne sait pas. Si il trouve sa Rosine, étendue sur le sol de la cuisine, inconsciente, ce n’est pas grave. Une piqûre, un peu de pommade sur le bide, ça guéri tout. Ça soigne bien ses vaches, alors pourquoi pas sa femme? Un jour, Rosine fuira cet alpage, et ce sera trop tard pour Paul. Trop tard? Peut-être pas. Se retrouver seul lui permettra peut-être de réagir.

CŒUR ANIMAL, une histoire de couple qui chancelle raconté du point de vue de Paul, un anti-héros par excellence. Evidemment que quand on voit cette espèce de brute s‘en prendre avec autant de violence à sa femme, on ne peut que se révolter. Impossible de cautionner ses actes, c’est évident, mais la ou le film est réussi, et ce n’était pas évident, c’est qu’on arrive à émettre de la compassion pour cet homme qui souffre à force de faire souffrir sa femme. L’essence du film tient là. Il aurait été facile de mettre en place une mécanique scénaristique ayant pour seul but d’amener le spectateur à détester ce personnage détestable. Séverine Cornamusaz prend une autre option, autrement plus rude à négocier. Pour son premier long métrage, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’a pas choisi la facilité. Elle s’était imaginé naïvement qu’adapter un roman serait une formalité! Grossière erreur! D’autant qu’elle a jeté son dévolu sur un texte inadaptable de part son style terriblement littéraire et certainement pas cinématographique: Rapport aux bêtes de Noëlle Revaz (Ed. Gallimard). Au final, Séverine Cornamusaz n’a conservé du roman que le couple, leur relation et la montagne pour imaginer un scénario librement adapté.

D’un mot encore sur les comédiens. Camille Japy et Olivier Rabourdin joue le couple en crise. Olivier Rabourdin, un acteur époustouflant. Vous l’avez peut-être remarqué dans WELCOME de Philippe Lioret. Il n’a pourtant que 2 scènes dans ce film, mais il crève l’écran. Il joue le flic qui confronte Vincent Linton à ses délits. Dans CŒUR ANIMAL, il est d’une justesse impressionnante. Il faut dire qu’à peine sorti du TGV, la réalisatrice l’a conduit à l’alpage pour aller traire des vaches! L’immersion fut immédiate. Lui et Camille Japy n’ont commencé à tourner qu’après avoir côtoyé de véritables montagnards. Il y en avait même un en permanence à coté d’eux lors du tournage qui vérifiait leurs gestes. C’est dire si le spectateur se laissera abuser et pourra croire qu’il a vraiment affaire à des gens de ce pays d’en haut. Avec ce CŒUR ANIMAL, laissez moi vous dire qu’une cinéaste est née!
MICMAC A TIRE LARIGOT:
Saperlipopette !

Figurez-vous que le nouveau film de Jean-Pierre Jeunet a bien failli s’appeler Saperlipopette. C’est vrai que MICMAC A TIRE LARIGOT l’a finalement emporté d’un poil sur Saperlipopette alors que le tournage du film venait tout juste de se terminer. « Trouver un titre, c’est-ce qu’il y a de plus dur », selon Jean-Pierre Jeunet. C’est-ce qu’il dit, « pour le reste ça va ». Une fois le thème défini, en l’occurrence ici la vengeance d’un quidam victime de marchands d’armes, Jeunet et son complice Guillaume Laurant laissent juste vaquer leur imagination. Ils remplissent leur boite à idées. Ils notent toutes leurs envies, tous leurs fantasmes: décor, situations, gags, bouts de dialogues… etc. Ils imaginent même des scènes dont-ils ne savent pas si elles serviront plus tard. Puis ils définissent des personnages, leurs noms, leurs caractéristiques physiques et mentales , leur passé. Une fois que la boîte à idées déborde, les 2 compères entament alors l’écriture du scénario et des dialogues.

Pour tout dire, dans MICMAC A TIRE LARIGOT, Bazil, un gérant de vidéo club, prend une balle perdue en plein milieu du front. Contraint de vivre avec cette munition plantée dans le crâne, Bazil, depuis cette mésaventure, a perdu son travail et son logement. A la rue, il est recueilli par des chiffonniers. Avec l’aide de sa nouvelle famille d’accueil, Bazil esquisse sa vengeance contre 2 marchands d’armes car il a 2 raisons de leur en vouloir : Cette balle et la mort de son père qui a sauté sur une mine anti-personnelle, quand il était môme! La révolte des petites gens contre des grands patrons de ce monde, c’est de cela dont parle MICMAC A TIRE LARIGOT, un film qui va bien au-delà de la simple comédie puisque Jean-Pierre Jeunet en profite pour pointer le cynisme des marchands d’armes.

Délicieux film que ce MICMAC A TIRE LARIGOT, qui rappelle par bien des aspects d’autres réalisations du cinéaste. Clin d’œil appuyé à Delicatessen. Jeunet nous refait carrément une scène, avec la musique de Carlos D’allessio… Et puis, à bien y regarder, le parcours de ce Bazil, c’est un peu comme si Amélie Poulain partait en guerre la fleur au fusil contre une industrie qui ne connaît pas la pitié. On n’est certes pas à Montmartre, mais sur les quais de Seine, pas loin du squat des SDF cher à Dupontel dans « Enfermés dehors », autre référence qui peut venir en tête. Le thème du petit poucet, du David en lutte contre Goliath est effectivement au cœur des 2 films. Mais Jeunet s’en moque. De toute façon, il est fan de Dupontel et la réciproque est aussi vraie. En tout cas, avec ce MICMAS A TIRE LARIGOT, le plaisir est une fois de plus au rendez-vous et c‘est bien là l‘essentiel. Et dire que le film à bien failli ne jamais voir le jour. Susse été dommage, voire déprimant pour Jeunet. Alors qu’il refusa de réaliser HARRY POTTER 5, il a passé 2 ans pour rien à développer LA VIE DE PI, un projet estimé à 85 millions de dollars. Trop cher pour Hollywood. Jeunet a été contraint de refiler le bébé à Ang Lee, chargé de réduire la note avant de pouvoir tourner cette histoire qui met en scène un gamin et un tigre sur une barque dérivant au milieu de l’océan . Sur la touche Jeunet pour LA VIE DE PI. C’est alors qu’il s’est lancé dans l’aventure MICMAC A TIRE LARIGOT. Tout était parfaitement sous contrôle jusqu’à ce que Djamel Debouze, pour qui le rôle de Bazil a été écrit sur mesure, annonce son refus de jouer, et ce, 2 mois avant le tournage. D’un seul coup, le monde s’écroule pour Jeunet. Il réécrit dans l’urgence une version du scénario pour une femme, une autre pour un enfant et une troisième pour Danny Boon. Les côtés Bourvil et Chaplin de Boon le séduise, mais le Chtit’ refuse à son tour. Motif : le film est écrit pour Djamel pas pour moi!!!

L’entêté Jeunet insiste tout de même pour rencontrer le biloute, prétextant juste vouloir faire des lectures, histoire de voir s’il pourrait s’entendre pour un prochain film. Les 2 hommes passent l’après-midi à se marrer. Le courant passe et le soir même Danny Boon rappelle JP Jeunet pour lui dire qu’il accepte la proposition. Résultat Danny Boon campe une blanche-neige remarquable entouré de ses 7 nains, sa nouvelle famille ou si vous préférez les 7 chiffonniers. Yoland Moreau, JP Mariel, Dominique Pinon, Julie Ferrier, Michel Cremade, Omar Sy, Marie-Julie Baup, tous viennent d’horizons différents. Ce casting hétéroclite composé d’habitués de l’univers de Jeunet et de nouveaux venus fonctionne parfaitement bien. Tous incarnent des personnages complètement loufoques. C’est un peu comme si les jouets de Toy Story prenaient vie.

MICMAC A TIRE LARIGOT est franchement un film qui sort du lot dans le marasme des productions hexagonales actuelles. Amateurs de bidules, de machins et de petites bricoles en tous genres seront ravis devant les gadgets fabriqués à base de matériaux de récupération par petit Pierre. Ils resteront baba face à la grotte des chiffonniers sorte de capharnaüm au mur fait de pièces métalliques. Ils ne manqueront pas d’apprécier cette vengeance même si la vengeance n’est pas une notion à ériger au rang de valeur suprême.

Sachez donc gardez votre âme d’enfants et laissez-vous envoûter par la fantaisie, la poésie, la créativité, l’inventivité dont fait preuve Jean-Pierre Jeunet et qui traverse tout ce film. Si vous aimez les marchands d’armes collectionneurs de doigts, les contorsionnistes désarticulées, les hommes canon, bref si les spécimens de barjots vous attirent et si en prime, vous voulez voire par exemple, un match de foot explosif, foncer découvrir ce MICMAC A TIRE LARIGOT, histoire de vivre un pur moment de bonheur cinématographique.
LES HERBES FOLLES:
un film fou!

Alain Resnais, 86 ans au compteur et toujours la même envie quand il s’agit de réaliser un film, celle d’embarquer son spectateur dans une aventure complètement dingue. LES HERBES FOLLES n’échappent pas à cette règle. Ici, figurez-vous que le loufoque et la légèreté côtoie le thriller et le mystérieux. Génial, non? D’emblée, la voix off du narrateur Edouard Baer met l’accent sur les pieds de Sabine Azéma, alors que la caméra rase le bitume et croise des pieds de toutes sortes. On est à Paris, sous les arcades du Palais Royal. La femme aux pieds spéciaux pénètre chez Marc Jacob. Une jeune vendeuse, particulièrement aimable et serviable se plie en quatre pour satisfaire les désirs de sa cliente. Et ça paye, au bout d’un temps certain, la cliente ressort heureuse d’avoir trouver chaussure à son pied. Son bonheur est de courte durée. A peine sort-elle du magasin qu’un diabolique personnage s’empare de son sac à main. Terrassée par la peur, elle ne crie pas, reste silencieuse, rentre chez elle et décide de prendre un bon bain. C’est certain, elle signalera demain à la police le vol et préviendra dans la foulée sa banque. Pendant ce temps là, André Dussolier trouve un porte feuille abandonné devant la roue de sa voiture, parquée dans un sous terrain. Il saisi l’objet, l’ouvre délicatement. Alors que 2 jeunes femmes passent non loin de lui, il s’interrompt, dévisages ces demoiselles et est soudainement pris d’une furieuse envie de meurtre! Tout ça à cause d’une faute de gout. L’une des 2 donzelles porte un pantalon de toile blanche suffisamment transparent pour laisser apparaître un string noir en dessous! Ce n’est pas possible, pas pensable. On ne devrait pas avoir le droit de faire preuve d’autant de mauvais de gout pense-t-il. Je vais la tuer… Je vais la tuer! Puis il se reprend: mais non! Comment ai-je pu penser à un truc pareil, pense-t-il. Énigmatique Dussolier qui ne manquera pas d’intriguer dans la suite du récit. De retour chez lui, il échafaude moult plans. Il se demande à quoi ressemble la propriétaire de ce porte feuille. Cela dit, il sait une chose: sur la photo de sa pièce d’identité, elle affiche une mine triste. Sur celle de son permis de voler, un large sourire irradie son visage. Il sent qu’il doit l’appeler pour la rassurer. Il décroche son combiné. Personne ne répond. N’y tenant plus, il se rend au commissariat du coin. Mathieu Amalrich l’accueille. Ce flic, à la mémoire parfaitement aiguisé, a l’œil! Il devine tout de suite que Dussolier est troublé. Il le laisse s’exprimer. Ce dernier tient des propos complètement débridés. L’histoire s’arrête là, pour l’instant. Le lendemain, Sabine Azéma qui a récupéré son porte feuille au commissariat téléphone à Dussolier pour le remercier. Mais l’échange tourne court, la faute à un Dussolier décidément bien dérangé. Dès lors, il ne pourra plus lutter contre un désir envahissant, celui de rencontrer cette femme. Mais elle, a-t-elle envie de voir cet homme? Pas si sur!

LES HERBES FOLLES, un film déroutant, qui part sur les chapeaux de roue. Malheureusement, Alain Resnais, trop fidèle à l’auteur du roman original, L’INCIDENT de Christian Gailly, ne choisi pas son camp. Quel dommage! Si seulement il avait su, ou simplement pu se détacher du récit, nulle doute que LES HERBES FOLLES aurait été un thriller époustouflant. On part d’ailleurs clairement sur cette voix dès lors qu’André Dussolier apparaît à l’écran. Il a tout du psychopathe en sommeil, un paisible grand-père en apparence, mais en réalité, un type profondément tourmenté, inquiétant monomaniaque. Avec un personnage pareil entre les mains, et un acteur aussi génial sous l‘oeilleton, on aurait tendance à dire qu’Alain Resnais est passé à coté de son film! D’autant que Sabine Azéma aurait pu faire une victime idéale, innocente, mais suffisamment folle dingue pour peut-être inverser les rôles. Il y avait donc matière, mais Alain Resnais, tombé littéralement amoureux du verbe de Christian Gailly a choisi de respecter l’auteur jusqu’au bout. Il n’a pas changer, ne serrait-ce qu’un point virgule, dans ce texte, certes brillant, hilarant bien souvent, un texte qui ne demandait qu’une brochette de comédiens épatants pour être servi sur un plateau. A ce petit jeu, le duo Azéma-Dussolier ne manquera pas de vous enchanter. Du côté des seconds rôles, Mathieu Amalric est sans aucun doute celui qui s’en sort le mieux. Incroyable Amalric, acteur caméléon, capable de passer des fougueux frères Larrieu à l’univers de Resnais avec une déconcertante facilité. Il prouve une fois de plus, si besoin en est, qu’il est l’Acteur français le plus brillant du moment.

Autre seconds rôles épatants, Emmanuelle Devos, l’amie et associée de Sabine Azéma puisqu’elles tiennent un cabinet dentaire ensemble. Elle a juste ce qu’il faut de désinvolture pour perturber le spectateur alors que le scénario prend un virage dangereux, en tout cas un insoupçonnable virement de situation. Souligner aussi la présence de Michel Vuillermoz, qui comme toujours n’a malheureusement pas beaucoup d’apparitions mais elles se remarquent. Seule Anne Consigny, pourtant une actrice remarquable, frise l’erreur de casting. Elle est censée être la femme de Dussolier, mais d’entrée, on a bien de la peine à les croire mariés, parents d’une fille, Sara Forestier, en passe de se mettre en ménage avec Nicolas Duvauchelle. Ceci dit, ne boudez surtout pas votre plaisir, parce qu’après tout, un film d‘Alain Resnais, même moyen, sera toujours un enchantement pour les yeux! On connaît la chanson, quoi....
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